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En France, une instance pour « accompagner » les victimes d'abus, à côté de la justice de l'Église
La Conférence des évêques de France a lancé le 1er septembre 2026 l'Iniave, instance permanente d'accompagnement des victimes d'abus fondée sur la « justice restaurative », présidée par Sophie Darbois.

Le 1er septembre 2026, la Conférence des évêques de France a mis en route l'Iniave, l'Instance nationale indépendante d'accompagnement des personnes victimes de violences sexuelles dans l'Église. Permanente et financée par une cotisation obligatoire de tous les diocèses, elle succède à l'Inirr, dont le mandat s'est achevé la veille et qui restera active quelques mois pour achever les dossiers déposés. La présidence est confiée à Sophie Darbois, magistrate honoraire ; le secrétariat général et le porte-parolat à Stéphane Jacquot, juriste de la justice restaurative. L'instance accompagne ceux qui, mineurs, ont subi des violences d'un clerc ou d'un laïc missionné par un évêque, en s'appuyant sur la « justice restaurative » et dans la continuité des recommandations de la CIASE. Le dispositif devait d'abord s'appeler « Renaître », nom abandonné après la protestation d'associations de victimes.
L'Église n'a jamais eu besoin d'un vocabulaire neuf pour nommer ce crime ni pour y répondre. Attenter à un enfant est un péché qui appelle vengeance, et le Seigneur en a fixé lui-même la mesure : « Celui qui scandalisera un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu'on le précipitât au fond de la mer. »
Le Catéchisme du Concile de Trente range sous le cinquième commandement le devoir de défendre l'innocent, et sous le sixième la pureté que Dieu exige surtout de ses ministres. À la faute la tradition oppose deux choses ensemble, jamais l'une sans l'autre : la justice, qui juge et punit le coupable, et la charité, qui relève la victime. La peine n'est pas la négation de la miséricorde ; elle en est la condition, car nulle paix n'est rendue sans que le tort soit reconnu, jugé et réparé.
Le dispositif annoncé dit lui-même ses limites. Il « ne remplace ni la justice étatique, ni la justice canonique », seules à pouvoir qualifier les faits et condamner les auteurs vivants ; il se veut accueil, écoute et accompagnement. Mgr Gérard Le Stang, qui préside le conseil épiscopal pour la protection des mineurs, en décrit la tâche : « constituer et coordonner le réseau d'accompagnants bénévoles ou salariés, à en élaborer la charte éthique, le programme de formation et le référentiel d'accompagnement, y compris le barème de la contribution financière », un groupe témoin de personnes victimes étant associé au travail.
Les accompagnants « ne rendent compte qu'à cette instance, et non aux évêques ». On notera le soin mis à garantir l'indépendance et l'écoute ; on notera aussi que la réparation s'organise à côté du for canonique, non en lui. Or c'est le tribunal de l'Église, appliquant sa propre loi, qui jadis dégradait le clerc criminel et le livrait au bras séculier. Une instance qui accompagne sans juger adoucit la peine des victimes ; elle ne rend pas la justice que la faute réclame, et que l'évêque, pasteur et juge, doit à son troupeau.
Sources. Évangile selon saint Matthieu, XVIII, 6 (Vulgate). Catéchisme du Concile de Trente (1566), du cinquième et du sixième commandement, et du sacrement de Pénitence. Dom Guéranger, « L'Année liturgique », office des saints Innocents.