Les Saints
Saint Pierre Damien, docteur de l'Église (23 février)
Saint Pierre Damien (1007-1072), ermite de Fonte Avellana, cardinal-évêque d'Ostie et docteur de l'Église : sa vie, son combat contre la simonie et pour la réforme du clergé, sa fête du 23 février au calendrier de 1962 (21 février depuis 1969), l'oraison du Missel.
Saint Pierre Damien est un moine ermite italien du XIe siècle, prieur de Fonte Avellana, que les papes arrachèrent à sa solitude pour en faire un cardinal-évêque d'Ostie et l'un des grands artisans de la réforme de l'Église. Né à Ravenne vers 1007, mort à Faenza en 1072, il combattit sans relâche la simonie et le relâchement du clergé, et Léon XII l'a déclaré docteur de l'Église. Le calendrier traditionnel de 1962 le fête le 23 février, comme fête de IIIe classe ; le calendrier réformé de 1969 l'a placé au 21 février.
Qui est saint Pierre Damien ?
Butler le présente comme l'une de ces figures austères suscitées, comme saint Jean-Baptiste, pour rappeler les hommes d'un siècle relâché au chemin étroit de la vertu. Son siècle en avait besoin. Au milieu du XIe siècle, beaucoup de charges ecclésiastiques s'achetaient : c'est la simonie, du nom de Simon le Magicien qui voulut acheter aux apôtres le pouvoir de donner l'Esprit-Saint. Beaucoup de clercs vivaient au mépris du célibat. Pierre Damien fut, selon le mot de Butler, l'un des principaux précurseurs de la réforme que mènera Hildebrand, le futur saint Grégoire VII.
Une enfance de misère à Ravenne
Pierre naquit à Ravenne vers 1007, dans une famille honorable mais déjà nombreuse. Le Bréviaire romain rapporte que sa mère, lasse de tant d'enfants, l'abandonna encore à la mamelle, et qu'il ne dut la vie qu'à une servante de la maison qui le recueillit à demi mort, le soigna et fit rentrer la mère en elle-même. Orphelin de père et de mère très jeune, il fut confié à l'un de ses frères, qui le traita, dit Butler, plutôt en esclave qu'en parent, et l'envoya garder les porcs.
Le Bréviaire conserve un trait de cette enfance : ayant un jour trouvé une pièce de monnaie, l'enfant affamé ne s'en servit pas pour s'acheter à manger, mais la donna à un prêtre pour qu'il offrît le saint Sacrifice pour l'âme de son père.
Le nom de Damien
Un autre de ses frères, Damien, archiprêtre de Ravenne, eut pitié de lui et le prit chez lui. Pierre trouva en lui un père et, selon la tradition que rapportent le Bréviaire et Butler, prit de lui le surnom de Damien. Ce frère le fit étudier à Faenza puis à Parme ; l'élève fit de tels progrès qu'il devint lui-même un maître réputé et enseigna avec éclat les arts libéraux.
Il menait déjà, au milieu du monde, une vie de pénitent : il portait le cilice sous ses vêtements, jeûnait, veillait et priait. Le Bréviaire raconte que, pour vaincre les tentations de la chair, il allait la nuit se plonger dans l'eau glacée d'un fleuve, et qu'il avait coutume de réciter tout le psautier en visitant les lieux saints. Il recevait souvent des pauvres à sa table et les servait de ses propres mains.
Moine à Fonte Avellana
Résolu à quitter entièrement le monde, Pierre rencontra deux moines de Fonte Avellana, un ermitage de la règle de saint Benoît fondé, dit le Bréviaire, par le bienheureux Ludolphe, disciple de saint Romuald, dans le diocèse de Gubbio. Leur récit le décida : il entra dans cette communauté, alors très réputée, vers 1035.
Les ermites y vivaient deux par deux dans des cellules séparées, occupés surtout de prière et de lecture, dans une grande austérité. Pierre se livra à des veilles si excessives qu'il en contracta une insomnie dont il guérit difficilement : il apprit ainsi la discrétion. Il se consacra alors à l'étude des saintes Écritures, qu'il connut bientôt aussi bien qu'il avait connu les lettres profanes. Ses supérieurs l'envoyèrent prêcher la réforme dans d'autres monastères, à Pomposa et à Saint-Vincent de Pietrapertusa.
À la mort de l'abbé, vers 1043, les ermites l'élurent à l'unanimité pour leur supérieur ; il ne céda que par obéissance. Il gouverna Fonte Avellana avec sagesse, fonda cinq autres ermitages et forma des disciples dont plusieurs furent de grandes lumières de l'Église, comme saint Dominique l'Encuirassé et saint Jean de Lodi, son successeur et son biographe, plus tard évêque de Gubbio. Le Bréviaire l'appelle le second père de cet ordre et son principal ornement. La famille spirituelle à laquelle il appartenait, celle des ermites de saint Romuald, est présentée dans notre page sur saint Romuald, et la règle qu'ils suivaient dans celle de saint Benoît, père des moines d'Occident.
Cardinal-évêque d'Ostie
Pendant des années, les papes successifs l'employèrent au service de l'Église. En 1057, Étienne IX, malgré sa résistance, le créa cardinal de la sainte Église romaine et évêque d'Ostie. Pierre ne cessa de supplier Nicolas II de le laisser retourner à sa solitude ; Alexandre II finit par y consentir, en se réservant de l'employer dans les affaires importantes de l'Église. Il redevint simple moine.
Contre la simonie et pour la réforme du clergé
Le Bréviaire résume ses combats : il lutta jusqu'à la mort contre la simonie et contre l'hérésie des « nicolaïtes », c'est-à-dire des clercs qui refusaient le célibat ; il réconcilia avec Rome l'Église de Milan ; il résista aux antipapes Benoît et Cadalous. Il défendit le célibat ecclésiastique, encouragea la vie commune du clergé séculier, et écrivit avec une véhémence que Butler n'adoucit pas : son génie, selon un jugement que cite Butler, était d'exhorter et de pousser à l'héroïque.
Il reprocha durement à l'évêque de Florence d'avoir joué aux échecs ; le prélat reconnut sa faute et accepta pour pénitence de réciter trois fois le psautier et de laver les pieds de douze pauvres en leur donnant à chacun une pièce de monnaie. Il écrivit à l'évêque de Besançon contre l'usage de ses chanoines, qui chantaient l'office divin assis au chœur. Il insista sur la clôture des moines et sur la stricte pauvreté. Butler cite de lui cette phrase, qui est tout un programme :
« On ne restaure jamais la discipline primitive une fois qu'elle est tombée ; et si, par négligence, nous laissons diminuer ce qui en subsiste, les siècles futurs ne pourront jamais réparer la brèche. Ne nous attirons pas ce honteux reproche, mais transmettons fidèlement à la postérité l'exemple de vertu que nous avons reçu de nos pères. »
Cette parole, écrite au XIe siècle, parle singulièrement à ceux qui aiment aujourd'hui la liturgie traditionnelle de l'Église, telle que la décrit notre page sur la messe tridentine.
Le légat qui fit reculer Henri IV
Sévère, Pierre Damien savait aussi être doux avec les pénitents quand la charité et la prudence le demandaient. Butler et le Bréviaire retiennent surtout une légation. Le jeune roi de Germanie Henri IV voulait répudier son épouse Berthe sous prétexte que le mariage n'avait pas été consommé, et avait gagné à sa cause l'archevêque de Mayence. Le pape Alexandre II interdit cette injustice et envoya le vieux cardinal présider le synode réuni à Francfort. Pierre Damien rappela au roi la loi de Dieu, les canons de l'Église et le scandale qu'il donnerait ; les princes l'appuyèrent, et Henri dut renoncer au divorce.
Ses dévotions : la Croix, la Vierge, la pénitence
Le Bréviaire attribue à Pierre Damien la diffusion de plusieurs pratiques de piété que l'Église a gardées pendant des siècles : le jeûne du vendredi en l'honneur de la sainte Croix de Jésus-Christ, les heures de prière en l'honneur de la Mère de Dieu, c'est-à-dire le petit Office de la sainte Vierge, et le culte de Marie le samedi. Il propagea aussi la discipline volontaire, en expiation des péchés ; Butler précise qu'il la recommandait comme un substitut aux longs jeûnes de pénitence.
Jusque dans sa vieillesse, il ne se dispensa d'aucune des austérités qu'il prescrivait aux autres. Pour que ses mains ne restent jamais oisives entre la prière et le travail, il fabriquait des cuillers de bois et d'autres petits objets utiles.
La mort de saint Pierre Damien à Faenza
Sa dernière mission le conduisit à Ravenne, sa ville natale, dont l'archevêque venait de mourir excommunié : il amena ses complices à la pénitence et rendit la ville à l'obéissance du Pontife romain. Sur le chemin du retour, il fut pris d'une forte fièvre dans un monastère près de Faenza et mourut le huitième jour, pendant que les moines récitaient Matines autour de lui, le 22 février 1072. Le Bréviaire donne la même date : le huitième jour des calendes de mars.
Le Bréviaire ajoute que son corps, illustré par de nombreux miracles, était vénéré à Faenza, dont les habitants l'avaient choisi plusieurs fois pour protecteur dans les dangers. Ses restes reposent aujourd'hui dans une chapelle de la cathédrale de Faenza, où ils ont été placés en 1898.
Docteur de l'Église
Son culte, longtemps limité à quelques diocèses et à l'ordre des Camaldules, fut étendu à toute l'Église par Léon XII, qui, sur l'avis de la Congrégation des Rites, lui donna en 1828 le titre de docteur de l'Église, comme le rapportent Butler et la leçon du Bréviaire. Son œuvre est immense : lettres, sermons, traités, vies de saints, prières. Sa biographie fut écrite par son disciple Jean de Lodi.
La fête de saint Pierre Damien : 23 ou 21 février ?
Au calendrier de 1962, que suit Iter Fidei, saint Pierre Damien, évêque, confesseur et docteur de l'Église, est fêté le 23 février, fête de IIIe classe, avec ornements blancs. Le 22, jour de sa mort, est occupé dans ce calendrier par la fête de la Chaire de saint Pierre. Le calendrier réformé de 1969 a placé sa mémoire au 21 février. On trouve donc les deux dates : 23 février dans le calendrier traditionnel, 21 février dans le calendrier réformé. La liste des saints catholiques du calendrier de 1962 le situe en février.
Sa fête tombe souvent en Carême, ce qui convient à ce maître de pénitence ; selon les rubriques de 1962, elle cède alors le pas à la férie de Carême et n'y est plus que commémorée. Sur les règles du jeûne qu'il aimait tant, voyez notre page sur le Carême.
Prière à saint Pierre Damien
L'oraison de la messe du 23 février
L'oraison propre de sa fête demande la grâce de suivre ses avertissements et ses exemples, dans le mépris des choses de la terre.
Concéde nos, quǽsumus, omnípotens Deus: beáti Petri Confessóris tui atque Pontíficis mónita et exémpla sectári; ut per terréstrium rerum contémptum ætérna gáudia consequámur. Per Dóminum nostrum Jesum Christum, Fílium tuum: qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. Amen.
Accordez-nous, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, de suivre les avertissements et les exemples du bienheureux Pierre, votre confesseur et pontife, afin que, par le mépris des choses de la terre, nous parvenions aux joies éternelles. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Questions Fréquentes
Qui est saint Pierre Damien ?
Un moine italien du XIe siècle (1007-1072), né à Ravenne, ermite puis prieur de Fonte Avellana, créé cardinal-évêque d'Ostie en 1057, grand réformateur de l'Église contre la simonie et le relâchement du clergé, déclaré docteur de l'Église par Léon XII en 1828.
Quand fête-t-on saint Pierre Damien ?
Le 23 février au calendrier traditionnel de 1962, fête de IIIe classe. Le calendrier réformé de 1969 le fête le 21 février. Il est mort le 22 février 1072, jour de la Chaire de saint Pierre.
Saint Pierre Damien était-il bénédictin ?
Il suivait la règle de saint Benoît dans l'ermitage de Fonte Avellana, fondé par un disciple de saint Romuald, dans la tradition érémitique à laquelle appartiennent aussi les Camaldules, qui le fêtaient avant que Léon XII n'étende sa fête à toute l'Église.
Pourquoi l'appelle-t-on Damien ?
Selon la tradition rapportée par le Bréviaire et Butler, il prit le surnom de son frère Damien, archiprêtre de Ravenne, qui l'avait recueilli et fait instruire après une enfance malheureuse.
Qu'a écrit saint Pierre Damien ?
Une œuvre abondante : de nombreuses lettres, des sermons, des traités sur la vie des clercs et des moines, des vies de saints et des prières. Butler souligne la véhémence de son style et cite ce jugement : une force morale extraordinaire brûle dans tout ce qu'il a écrit.
Saint Pierre Damien était-il cardinal ?
Oui. Étienne IX le créa en 1057 cardinal de la sainte Église romaine et évêque d'Ostie, malgré sa résistance. Il obtint plus tard d'Alexandre II la permission de renoncer à son évêché pour redevenir simple moine.
L'application Iter Fidei suit le calendrier traditionnel de 1962 : la messe et l'office divin de chaque jour, avec la fête de saint Pierre Damien le 23 février et la vie des saints. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Missel romain, 23 février, messe de saint Pierre Damien, oraison Concede nos. Bréviaire romain, 23 février, leçons historiques. Alban Butler, Vies des saints, au 23 février.