Les Saints
Saint Patrick : qui était-il, date et sens de la fête
Saint Patrick, ou saint Patrice, apôtre de l'Irlande : esclave à seize ans, évêque missionnaire, auteur de la Confession. Sa vraie histoire, la date de la Saint-Patrick (17 mars), son rang au calendrier de 1962 en plein Carême, la part de la légende (trèfle, serpents) et l'oraison du Missel.
Saint Patrick, que la tradition liturgique française appelle aussi saint Patrice, est l'apôtre de l'Irlande : un Breton de l'île de Bretagne, enlevé à seize ans par des pillards et réduit en esclavage en Irlande, qui revint plus tard dans ce pays comme évêque pour le convertir, au Ve siècle. La Saint-Patrick se fête chaque année le 17 mars, jour anniversaire de sa mort selon la tradition. Au calendrier traditionnel de 1962, c'est une fête de IIIe classe qui tombe toujours en Carême, de sorte qu'elle n'est le plus souvent qu'une commémoraison.
Quelle est la date de la Saint-Patrick ?
La Saint-Patrick tombe chaque année le 17 mars, quelle que soit la date de Pâques. En 2027, ce sera le mercredi 17 mars 2027 ; en 2026, c'était le mardi 17 mars.
Pourquoi le 17 mars ? Parce que l'Église d'Irlande tient ce jour pour celui de sa mort, à Saul, en Ulster. L'année, en revanche, est discutée : Butler retient « vers 461 », d'autres traditions la placent plus tard, jusqu'en 493.
Qui était saint Patrick ?
Un jeune Breton enlevé par des pillards
Patrick lui-même a raconté sa vie dans un écrit de vieillesse, sa Confession, dont nous possédons le texte latin. Elle commence ainsi :
Ego Patricius peccator rusticissimus et minimus omnium fidelium et contemptibilissimus apud plurimos. « Moi, Patrick, pécheur, le plus rustre et le moindre de tous les fidèles, et le plus méprisable aux yeux de beaucoup. »
Il y dit que son père, Calpornius, était diacre, fils d'un prêtre nommé Potitus, et qu'il vivait près du bourg de Bannavem Taberniae, dont on ne sait plus où il se trouvait : peut-être près de la Clyde, en Écosse, peut-être dans le Cumberland ou à l'embouchure de la Severn. Butler en conclut qu'il était d'origine romano-bretonne, né vers 389. Le Bréviaire ajoute, sur la foi de la tradition (ut perhibent), que sa mère Conchessa était parente de saint Martin de Tours.
« J'avais alors environ seize ans », écrit Patrick, et il avoue qu'il ne connaissait pas encore le vrai Dieu, ce que Butler comprend ainsi : il vivait sans y penser, comme ceux qui l'entouraient. Il fut emmené en captivité en Irlande avec des milliers d'autres, et il y vit lui-même un châtiment, parce que, dit-il, « nous nous étions éloignés de Dieu » et n'écoutions pas nos prêtres.
Six ans d'esclavage et de prière
Esclave d'un maître païen, il garda les troupeaux pendant six ans. Le lieu en est discuté : la tradition la plus répandue le place sur les pentes du mont Slemish, dans le comté d'Antrim ; une autre près du bois de Foclut, sur la côte du Mayo. C'est là que son âme grandit en sainteté. Il l'a écrit en des lignes que le Bréviaire résume au jour de sa fête :
« Je faisais paître les troupeaux et je priais souvent dans la journée ; l'amour de Dieu et sa crainte croissaient de plus en plus en moi, la foi grandissait et l'esprit était en mouvement, si bien qu'en un seul jour je disais jusqu'à cent prières, et la nuit presque autant ; je demeurais même dans les forêts et sur la montagne, et avant l'aube j'étais réveillé pour la prière, par la neige, par le gel, par la pluie, et je n'en ressentais aucun mal, et il n'y avait en moi aucune paresse, comme je le vois maintenant, car alors l'esprit était fervent en moi. »
L'évasion et l'appel de l'Irlande
Au bout de six ans, une voix l'avertit en songe de se tenir prêt : il allait retrouver sa patrie. Il s'enfuit, fit, dit-il, environ deux cents milles jusqu'à un navire, se vit d'abord refuser le passage, puis fut rappelé par les marins. Après trois jours de mer, ils errèrent un mois dans une contrée déserte, jusqu'à manquer de vivres ; à la prière de Patrick, un troupeau de porcs apparut sur leur chemin, et ils furent rassasiés. Il revint enfin chez les siens, qui le supplièrent de ne plus les quitter.
C'est alors qu'il eut la vision qui décida de sa vie. Il vit en songe un homme qui semblait venir d'Irlande, nommé Victoricus, portant d'innombrables lettres ; il lui en remit une, et en lisant le début de cette lettre, il crut entendre la voix de ceux qui vivaient près du bois de Foclut, près de la mer occidentale, criant d'une seule bouche :
Rogamus te, sancte puer, ut uenias et adhuc ambulas inter nos. « Nous t'en prions, saint jeune homme, viens marcher encore au milieu de nous. »
« Grâces à Dieu, ajoute-t-il, car après bien des années le Seigneur leur a accordé selon leur cri. »
L'apôtre de l'Irlande
La préparation en Gaule et l'envoi en mission
L'ordre des événements qui suivirent est incertain. Butler juge hors de doute que Patrick passa plusieurs années en Gaule avant d'entreprendre la conversion de l'Irlande ; les témoignages d'un séjour au monastère de Lérins, au large de Cannes, et de ses liens avec saint Germain d'Auxerre sont sérieux. Le Bréviaire suit la tradition selon laquelle il reçut du pape saint Célestin Ier le pouvoir d'annoncer l'Évangile, fut sacré évêque et partit pour l'Irlande. Une autre opinion, que rapporte Butler, veut qu'après la mort de Palladius, envoyé par Célestin en Irlande et mort en moins d'un an, saint Germain ait sacré Patrick évêque en 432 pour reprendre son œuvre.
La conversion de l'Irlande
Le Bréviaire résume l'étendue de ses travaux : les maux, les fatigues et les adversaires qu'il endura, et le fruit étonnant de sa prédication, qui fit de cette terre, idolâtre auparavant, celle que l'on appela ensuite « l'île des saints ». Patrick baptisa des foules, ordonna de nombreux évêques et clercs, établit des vierges et des veuves dans la continence. Par l'autorité du Pontife romain, il fit d'Armagh le siège métropolitain de toute l'île, et l'orna de reliques de saints rapportées de Rome. Les Annales d'Ulster placent la fondation de l'église d'Armagh en 444.
Les vies anciennes racontent sa rencontre avec le haut-roi Laoghaire à Tara et sa victoire sur les druides. Butler avertit qu'il y entre beaucoup de légende, mais qu'un événement décisif eut lieu, qui assura une certaine tolérance à la prédication chrétienne. Patrick lui-même, dans sa Confession, s'émerveille de la moisson :
filii Scottorum et filiae regulorum monachi et uirgines Christi esse uidentur. « Les fils des Scots et les filles des rois se font moines et vierges du Christ. »
Il n'ignorait pas les dangers : « Chaque jour, écrit-il, je m'attends à être mis à mort, ou circonvenu, ou réduit en servitude, ou à quelque autre accident ; mais je ne crains rien de tout cela, à cause des promesses du ciel, car je me suis jeté entre les mains du Dieu tout-puissant, qui règne partout. »
Sa vie de prière et sa mort
Le Bréviaire rapporte, sur la foi de la tradition (ajunt, « on dit »), qu'il récitait chaque jour le Psautier entier avec les cantiques et les hymnes, qu'il fléchissait trois cents fois le genou par jour et se signait de la croix cent fois à chaque heure canoniale. Butler rattache à la fin de sa vie le jeûne de quarante jours et quarante nuits qu'il fit au sommet du mont Aigli, aujourd'hui Croagh Patrick, pour prier sur tout le peuple d'Irlande.
Usé par les soucis de l'Église, il mourut dans une extrême vieillesse, après avoir reçu les divins mystères, et fut enseveli à Down, en Ulster, dit le Bréviaire. Butler tient pour certain qu'il mourut et fut enseveli vers 461 à Saul, près du Strangford Lough, où il avait bâti sa première église.
Les écrits de saint Patrick
Deux écrits de Patrick sont généralement reconnus comme authentiques : la Confession et la Lettre aux soldats de Coroticus. Ils montrent un homme humble, sensible, blessé par le soupçon de chercher son profit, et brûlant d'amour pour Dieu.
La tradition lui attribue aussi une prière de protection en vieil irlandais, appelée la Cuirasse ou Lorica de saint Patrick. Butler la range parmi ses écrits ; mais son authenticité n'est pas reconnue de tous comme celle de la Confession et de la Lettre à Coroticus, et l'attribution reste discutée. Nous ne la reproduisons pas ici.
Le trèfle, les serpents : la part de la légende
Saint Patrick est entouré de récits merveilleux. Butler avertit que, dans les vies anciennes, le merveilleux est partout, souvent sous une forme extravagante, et que la vraie figure de Patrick se lit dans ses propres écrits. Deux légendes reviennent sans cesse :
- le trèfle : on raconte qu'il se servit d'un trèfle à trois feuilles pour expliquer le mystère de la Sainte Trinité. Butler signale que cet épisode est une addition bien plus tardive ; il n'apparaît pas dans les sources anciennes, et l'association du trèfle à saint Patrick n'est attestée qu'à l'époque moderne ;
- les serpents : une légende populaire veut qu'il ait chassé tous les serpents d'Irlande. Elle n'a pas de fondement dans ses écrits ; on peut la lire, au mieux, comme une image de la victoire de l'Évangile sur le paganisme.
On peut aimer ces images, à condition de ne pas les prendre pour de l'histoire.
Pourquoi la Saint-Patrick ? Ce que signifie la fête
Pour l'Église, le 17 mars est la fête d'un évêque confesseur, l'apôtre d'un peuple entier. C'est le jour de sa naissance au ciel, et c'est pour cela qu'on le célèbre. Les réjouissances populaires qui ont fait de la Saint-Patrick une fête connue dans le monde entier relèvent du folklore et de la culture irlandaise ; elles n'ont rien de liturgique. Elles tombent d'ailleurs en plein Carême, temps de jeûne et de pénitence, ce que l'on oublie souvent.
La fête de saint Patrick au calendrier de 1962
Au calendrier de 1962, que suit Iter Fidei, saint Patrice, évêque et confesseur, est fêté le 17 mars, fête de IIIe classe, en ornements blancs. La messe est celle d'un confesseur pontife, Statuit, avec l'oraison propre de saint Patrick et l'Évangile des talents ; il n'y a pas de Credo. Le serviteur fidèle y entend la parole du maître : « C’est bien, bon et fidèle serviteur ; parce que tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître » (Matthieu 25, 21).
Mais le 17 mars tombe toujours en Carême. Selon les rubriques de 1960 :
- un jour de semaine du Carême ou du temps de la Passion, la férie de Carême l'emporte, et saint Patrick n'a qu'une commémoraison à la messe et à l'office : c'est le cas en 2026 (mardi de la 4e semaine de Carême) comme en 2027 (mercredi de la semaine de la Passion) ;
- s'il tombe un dimanche de Carême, ou pendant la Semaine sainte les années où Pâques est très précoce, jours de Ire classe, il n'est pas même commémoré cette année-là.
Prière à saint Patrick : l'oraison de la messe du 17 mars
L'oraison de sa fête rappelle sa mission : prêcher la gloire de Dieu aux nations.
Deus, qui ad prædicándam géntibus glóriam tuam beátum Patrícium Confessórem atque Pontíficem míttere dignátus es: ejus méritis et intercessióne concéde; ut, quæ nobis agénda prǽcipis, te miseránte adimplére possímus. Per Dóminum nostrum Jesum Christum, Fílium tuum: qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. ℟. Amen.
Ô Dieu, qui avez daigné envoyer le bienheureux Patrice, confesseur et pontife, prêcher votre gloire aux nations, accordez-nous, par ses mérites et son intercession, de pouvoir accomplir, par votre miséricorde, ce que vous nous commandez de faire. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. ℟. Ainsi soit-il.
On peut la réciter le 17 mars, ou pendant les neuf jours qui précèdent si l'on veut faire une neuvaine en son honneur, en priant pour l'Irlande et pour les missions : c'est la prière même de l'Église.
Saint Patrick et les saints d'Irlande
Alban Butler écrivait que si la vertu des enfants fait honneur aux parents, le nom de saint Patrick est illustré bien davantage par la sainteté dont brilla l'Église d'Irlande pendant des siècles, et par les colonies de saints qu'elle envoya en terre étrangère. La France en a reçu sa part : saint Fiacre, ermite irlandais venu en France, en est un exemple. Pour situer saint Patrick parmi les autres saints du calendrier traditionnel, voyez la liste des saints catholiques mois par mois, où il figure au mois de mars.
Questions Fréquentes
Quand est la Saint-Patrick ?
Chaque année le 17 mars. En 2027, la Saint-Patrick tombe le mercredi 17 mars.
Qui était saint Patrick ?
Un Romano-Breton de l'île de Bretagne, né vers 389, enlevé à seize ans et esclave six ans en Irlande, qui y revint comme évêque missionnaire et convertit l'île au Ve siècle. Il mourut vers 461 selon Butler, et laissa une Confession autobiographique.
Pourquoi la Saint-Patrick est-elle le 17 mars ?
Parce que la tradition de l'Église d'Irlande tient le 17 mars pour le jour de sa mort, c'est-à-dire de sa naissance au ciel. C'est ce jour que fixe le calendrier romain.
Que signifie la Saint-Patrick ?
C'est la fête de l'apôtre de l'Irlande, un évêque confesseur. Les célébrations populaires qui l'entourent relèvent du folklore ; liturgiquement, c'est une fête de saint qui tombe en Carême.
Saint Patrick et saint Patrice, est-ce le même saint ?
Oui. Patrice est la forme française traditionnelle du latin Patricius ; c'est le nom que donnent les livres liturgiques en français. Patrick est la forme anglaise, devenue la plus courante.
Saint Patrick a-t-il vraiment expliqué la Trinité avec un trèfle ?
Rien ne l'atteste dans les sources anciennes. Butler tient l'épisode pour une addition bien plus tardive. C'est une belle image, non un fait historique.
Saint Patrick était-il irlandais ?
Non. Il était né dans l'île de Bretagne, dans une famille romano-bretonne. Il connut l'Irlande comme esclave avant d'y revenir comme apôtre.
L'application Iter Fidei donne chaque jour le calendrier traditionnel de 1962, la messe et l'office divin du jour, avec la commémoraison de saint Patrick le 17 mars et les vies des saints. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Missel romain, 17 mars, messe de saint Patrice, oraison Deus, qui ad praedicandam. Bréviaire romain, 17 mars, leçons de saint Patrice. Saint Patrick, Confession (texte latin). Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (Matthieu 25, 21). Alban Butler, Vies des saints, au 17 mars. The Catholic Encyclopedia (1913), article « St. Patrick ».