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Effacer un nom ne défait pas le baptême : les évêques d'Europe défendent leurs registres
Une prise de position des évêques d'Europe s'oppose à l'effacement des noms dans les registres de baptême, au moment où la Cour de l'UE examine si ce refus viole le RGPD.

Dans une prise de position datée du 2 septembre 2026, la commission des épiscopats de l'Union européenne s'est opposée à l'effacement du nom des baptisés dans les registres de baptême de l'Église. La démarche répond à une affaire pendante devant la Cour de justice de l'Union européenne, saisie par la cour d'appel de Bruxelles : il s'agit de savoir si le refus d'effacer un nom d'un registre de baptême, à la demande de l'intéressé, viole le règlement européen sur la protection des données. L'affaire est née en 2023, lorsqu'une personne du diocèse de Gand, en Belgique, a réclamé le retrait complet de toutes ses données du registre paroissial ; le diocèse s'y est opposé. La décision de la Cour est attendue pour la fin de 2026 ou au cours de 2027.
Les évêques contestent qu'un registre de baptême soit une « liste des membres » de l'Église : ils y voient un « registre d'événements historiques » et un « instrument probatoire fondamental » pour vérifier le mariage, la profession religieuse et la confirmation. « La finalité d'un registre de baptême n'est pas d'attester la foi de personnes individuelles, le fait que quelqu'un soit affilié à l'Église ou sa participation à la vie de l'Église », écrivent-ils.
Effacer ces mentions serait, selon eux, « impossible » à concilier avec la vérification de ces actes essentiels, et reviendrait à exiger de l'Église qu'elle « s'adapte aux sentiments ou aux opinions » de chacun en une matière « protégée par l'autonomie de l'Église » ; une telle suppression, ajoutent-ils, « porterait atteinte à la substance même du sacrement, et non seulement à la manière dont il est administré ou accompli ». Alessandro Calcagno, juriste et secrétaire général adjoint de la commission, a précisé qu'il ne s'agissait pas « d'une initiative de l'Union européenne contre l'Église », mais d'« une réponse à des clarifications demandées au niveau national ».
Ce que la tradition enseigne
Le baptême n'imprime pas une simple inscription sur un registre : il imprime un caractère dans l'âme. Le concile de Trente, en sa septième session, a défini contre les novateurs que trois sacrements — le baptême, la confirmation et l'ordre — impriment dans l'âme un caractère, c'est-à-dire un signe spirituel et indélébile, en raison duquel ils ne peuvent être réitérés ; et il a frappé d'anathème quiconque le nie. De là vient que le baptême ne se répète jamais et ne s'annule jamais : le Catéchisme du Concile de Trente enseigne que ce sceau demeure à jamais gravé dans l'âme. Saint Paul l'avait dit d'un mot : « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éphésiens IV, 5).
La mesure
Sur le point en litige, la tradition ne dément pas les évêques : elle les fonde. Ils ont raison de distinguer le registre, simple témoin d'un événement, de la réalité qu'il atteste. Mais la raison profonde les dépasse : ce qu'aucune main ne peut effacer, ce n'est pas la ligne d'un cahier, c'est le caractère imprimé par le sacrement. On peut rayer un nom du papier ; on ne descelle pas une âme.
Lorsque cette prise de position affirme qu'une telle suppression toucherait « la substance même du sacrement », elle redit, dans le langage du droit, ce que Trente avait défini comme dogme : le baptisé demeure baptisé, quoi qu'en décident un registre ou un tribunal. Il faut toutefois mesurer nos mots comme nous mesurons les leurs : la Cour n'a pas tranché. Ce texte est une prise de position de cette commission d'évêques, non un arrêt ; l'issue est attendue, elle n'est pas acquise. Nous rapportons une attente, non une décision.
Pour les fidèles
Un homme peut renier sa foi, quitter l'Église, demander qu'on l'oublie ; il ne peut pas se débaptiser. L'apostasie de la volonté n'efface pas le caractère reçu, car ce caractère n'appartient pas à l'ordre des sentiments ni des papiers, mais à celui de la grâce. Le registre ne fait pas le chrétien : il témoigne d'une grâce qui ne se répète pas. Comprendre cela, c'est comprendre pourquoi l'Église garde ces livres non comme une liste d'adhérents, mais comme la mémoire d'un don reçu une fois pour toutes.
Sources. Concile de Trente, VIIe session (1547), décret sur les sacrements en général, canon 9 (du caractère indélébile) ; Catéchisme du Concile de Trente (1566), du sacrement de baptême ; Épître de saint Paul aux Éphésiens IV, 5 (Vulgate).