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Taybeh, dernier village chrétien de Cisjordanie : le patriarche latin y célèbre l'Assomption
Le 15 août 2026, le patriarche latin de Jérusalem a célébré l'Assomption à Taybeh, dernier village chrétien de Cisjordanie fermé par décret militaire, et appelé à préserver la présence chrétienne en Terre Sainte.
Le 15 août 2026, en la fête de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, le patriarche latin de Jérusalem s'est rendu à Taybeh, dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie, et y a célébré la messe en l'église latine du Christ Rédempteur. Le curé de la paroisse l'a accueilli comme un père venu auprès de ses enfants dans les jours difficiles.
La visite intervient après l'entrée en vigueur d'un décret militaire israélien, publié en juillet 2026, qui déclare « la zone de Taybeh et Rimon » zone militaire fermée et en interdit l'entrée et la présence aux Israéliens comme aux étrangers. La zone désignée englobe une partie du village, des terres agricoles et des sites religieux et historiques, ce qui pose la question de l'accès à Taybeh pour les pèlerins, les visiteurs, les journalistes et les bénévoles.
Les habitants rapportent avoir subi ces dernières semaines des attaques de colons : maisons et cultures détruites, accès à l'eau entravé. Le curé alerte depuis des mois que « lorsque l'attention du monde fera défaut, la dernière colonie chrétienne de Palestine cessera d'exister ». Sur la cause immédiate de la fermeture, l'accent diffère selon les récits : ici un acte administratif militaire, là l'aboutissement des violences des colons. Nous ne tranchons pas ce point ; l'un et l'autre s'accordent sur le fait que Taybeh se referme.
Devant sa communauté, le cardinal a parlé sans détour. « Nous continuerons à tout mettre en œuvre pour préserver la présence ecclésiale ici, à tous les niveaux, dans toute la Terre Sainte », a-t-il dit. Et encore : « Je n'ai peut-être pas de réponses sur le plan humain et temporel, mais je crois en Dieu. Et je suis certain qu'en Lui, nous pouvons continuer à donner la vie, même ici à Taybeh. » À ceux qui restent, il a demandé le courage : « Nous voulons rester une communauté qui donne la vie, sans renoncer à nos droits, à notre droit à la vie. Alors, soyez courageux. N'ayez pas peur. »
Ce que l'Église a toujours enseigné des Lieux saints
L'Église n'a jamais regardé la Terre Sainte comme un musée de pierres. Là où le Verbe s'est fait chair, a souffert et est ressuscité, elle a voulu garder une Église vivante, faite d'hommes qui prient et transmettent la foi sur le sol même de la Rédemption. C'est pourquoi, quand la guerre de 1948 disloqua la Palestine, Pie XII revint sur ce sujet à plusieurs reprises. Dans l'encyclique Redemptoris nostri cruciatus (1949), il pleurait le sort de la Terre Sainte, réclamait une protection efficace des Lieux saints et de ceux qui les habitent, et demandait que justice fût rendue à ceux qu'on avait arrachés à leurs foyers.
La même tradition juge la violence faite à l'innocent. Le Catéchisme du Concile de Trente enseigne, au cinquième commandement, que Dieu défend non seulement le meurtre mais toute violence injuste portée au prochain, et qu'il confie la vie et les biens du faible à la charité des forts. Détruire la maison, brûler la récolte, couper l'eau d'un village pour le vider de ses habitants tombe sous cette défense.
La mesure
Tenu contre cette règle, ce qui se passe à Taybeh se nomme sans emphase. Fermer par la force un village chrétien, en détruire les biens et en entraver la vie est une injustice, et l'injustice reste injustice quel qu'en soit l'auteur et quel que soit le décret qui la couvre. Nous ne prêtons aux hommes de Taybeh aucune cause qui ne soit la leur, et nous ne condamnons pas un peuple entier pour les actes de quelques-uns : nous nommons l'acte.
Et nous louons ce qui doit l'être. Une communauté qui, sous la contrainte, choisit de « donner la vie » et de ne pas céder à la peur tient exactement la place que la tradition lui assigne : témoin du Christ là où il a vécu. Le pasteur qui reste auprès d'elle fait son devoir de pasteur.
Pour les fidèles
Il n'est pas demandé au fidèle de trancher un conflit de terres ni de se draper dans une indignation qui ne coûte rien. Il lui est demandé de ne pas oublier. L'Église d'Orient, la plus ancienne, se réduit d'année en année, et d'abord là où nul ne regarde. Le premier secours est celui que l'Église a toujours prescrit : prier pour la paix de Jérusalem, selon le mot du psaume, « Rogate quae ad pacem sunt Ierusalem », demandez ce qui fait la paix de Jérusalem (Ps. 121, 6). Le second est de tenir la foi que ces chrétiens tiennent au prix que l'on voit.
Sources. Pie XII, encyclique Redemptoris nostri cruciatus (1949), sur les Lieux saints et les habitants de la Terre Sainte ; Catéchisme du Concile de Trente (1566), du cinquième commandement ; Psaume 121, 6 (Vulgate).