La Prière
Le Notre Père : texte de la prière, latin et explication
Le texte complet du Notre Père dans sa version traditionnelle, le Pater noster latin, l'explication des sept demandes selon le Catéchisme du concile de Trente, et la question de l'ancienne et de la nouvelle version.

Le Notre Père est la prière que Jésus-Christ lui-même a enseignée à ses disciples (Matthieu 6, 9-13) ; nous en donnons d'abord le texte complet, dans la version traditionnelle française, puis le Pater noster latin. Saint Thomas d'Aquin l'appelle la plus parfaite des prières, et Tertullien, dès le IIIe siècle, « l'abrégé de tout l'Évangile » (De la prière, 1) : tout ce que l'homme peut demander à Dieu y est contenu, dans l'ordre même où il faut le demander.
Le texte du Notre Père : la prière complète
Voici les paroles du Notre Père dans la forme traditionnelle, celle que les catholiques de France ont récitée jusqu'en 1966 et que les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle conservent :
Notre Père, qui êtes aux cieux,
que votre nom soit sanctifié,
que votre règne arrive,
que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
Mais délivrez-nous du mal.
Ainsi soit-il.
On remarquera que la prière catholique s'achève sur « délivrez-nous du mal ». La doxologie « car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire » ne fait pas partie du texte évangélique de saint Matthieu tel que l'Église l'a reçu ; à la Messe traditionnelle, le prêtre poursuit par une autre prière, l'embolisme Libera nos, comme nous le verrons plus bas.
Pater noster : le Notre Père en latin
Le Notre Père en latin est la forme dans laquelle l'Église romaine prie depuis les premiers siècles, à la Messe, dans l'office divin et dans le chapelet :
Pater noster, qui es in caelis,
sanctificetur nomen tuum ;
adveniat regnum tuum ;
fiat voluntas tua, sicut in caelo et in terra.
Panem nostrum quotidianum da nobis hodie ;
et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris ;
et ne nos inducas in tentationem ;
sed libera nos a malo.
Amen.
Le latin est aussi la réponse la plus simple à qui cherche le Notre Père en anglais, en italien ou en espagnol : le catholique qui sait son Pater noster prie d'une seule voix avec l'Église entière, dans toutes les nations et à toutes les époques. C'est l'une des raisons pour lesquelles la tradition tient à la langue liturgique commune, comme à la Messe tridentine.
Le Notre Père dans la Bible
L'Évangile rapporte deux fois l'enseignement de cette prière. Dans le Sermon sur la montagne, Notre-Seigneur la donne comme le modèle de toute prière : « Vous prierez donc ainsi » (Matthieu 6, 9). Chez saint Luc, il la donne en réponse à la demande des disciples : « Seigneur, apprenez-nous à prier » (Luc 11, 1). La traduction Crampon rend littéralement la sixième demande : « ne nous induisez point en tentation », calque du latin ne nos inducas in tentationem — nous reviendrons sur le sens exact de ces mots.
C'est parce qu'elle vient du Christ lui-même que l'Église l'appelle l'Oraison dominicale, la prière du Seigneur. Le Catéchisme de saint Pie X enseigne qu'elle est la première et la plus excellente de toutes les prières vocales, celle que le chrétien doit savoir et dire chaque jour, avec le Je vous salue Marie et le Credo.
Les sept demandes expliquées par le Catéchisme du concile de Trente
Le Catéchisme du concile de Trente consacre toute sa quatrième partie à l'Oraison dominicale. Il y distingue une invocation et sept demandes : les trois premières regardent la gloire de Dieu, les quatre dernières nos besoins.
Notre Père qui êtes aux cieux. Nous n'osons appeler Dieu notre Père que parce que le baptême a fait de nous ses enfants d'adoption. Le mot « notre » enseigne que nous prions comme membres d'un seul corps, jamais pour nous seuls ; « qui êtes aux cieux » élève le cœur au-dessus des choses de la terre.
Que votre nom soit sanctifié. Nous demandons que Dieu soit connu, honoré et servi par tous les hommes, et que rien en nous ne déshonore son nom.
Que votre règne arrive. Nous demandons que la grâce règne dans les âmes, que l'Église s'étende à tous les peuples, et que Dieu nous donne un jour le royaume du ciel, dont le Catéchisme de Trente dit qu'il est la fin de toutes nos espérances.
Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Nous demandons la grâce d'obéir à Dieu en toutes choses, avec la promptitude des anges et des saints qui le servent au ciel.
Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Nous demandons ce qui est nécessaire à la vie du corps, sans superflu, et surtout le pain de l'âme : la parole de Dieu et la sainte Eucharistie. C'est cette demande du pain quotidien que le chrétien renouvelle à chaque table par le bénédicité.
Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons. Nous demandons le pardon de nos péchés ; mais Notre-Seigneur y met une condition que nous prononçons nous-mêmes : nous ne serons pardonnés que si nous pardonnons. Le Catéchisme de Trente avertit que celui qui garde la haine de son frère prononce ici sa propre condamnation.
Et ne nous laissez pas succomber à la tentation. Nous ne demandons pas d'être exemptés de toute tentation — la vie de l'homme sur la terre est un combat — mais de n'être jamais privés du secours de la grâce, sans lequel nous succomberions.
Mais délivrez-nous du mal. Nous demandons d'être délivrés du mal par excellence, le péché, et du malin qui en est l'artisan, ainsi que des maux de cette vie dans la mesure où ils nuiraient à notre salut.
« Ne nous laissez pas succomber » : ancienne version et nouvelle version
Beaucoup cherchent l'ancienne version du Notre Père, celle d'avant 1966. Les faits sont les suivants. Jusqu'en 1966, les catholiques de langue française disaient la prière au vouvoiement, avec la sixième demande « et ne nous laissez pas succomber à la tentation ». En 1966 fut introduite une version dite œcuménique, au tutoiement, dont la sixième demande devint « ne nous soumets pas à la tentation ». Cette formulation fit difficulté, car elle pouvait laisser entendre que Dieu pousse l'homme au mal, ce que l'Écriture exclut : saint Jacques enseigne que Dieu ne tente personne (Jacques 1, 13). En 2017, elle fut remplacée dans l'usage courant par « ne nous laisse pas entrer en tentation ».
Le sens doctrinal, lui, n'a jamais varié. Le grec et le latin (ne nos inducas in tentationem) portent littéralement « ne nous induisez point en tentation », comme traduit Crampon ; et le Catéchisme du concile de Trente explique que nous demandons par ces mots de ne pas être abandonnés à nos seules forces dans l'épreuve. La formulation traditionnelle française, « ne nous laissez pas succomber à la tentation », exprimait exactement cette explication ; c'est elle que l'on continue d'entendre partout où se conserve la liturgie traditionnelle.
Le Notre Père en araméen
Notre-Seigneur parlait l'araméen, et c'est dans cette langue qu'il a d'abord enseigné la prière. Mais le texte inspiré que l'Église a reçu est le texte grec des Évangiles ; les « versions araméennes » qui circulent sont des rétroversions modernes ou des textes syriaques anciens, comme celui de la Peshitta, vénérables mais sans autorité liturgique en Occident. Le fidèle de rite romain n'a donc rien à chercher au-delà du texte évangélique et du Pater noster latin de l'Église.
Quand le Notre Père est dit à la Messe traditionnelle
Dans le Missel Romain de 1962, le Pater noster occupe une place d'honneur : il suit immédiatement le Canon de la Messe et prépare la communion. Le prêtre l'introduit par les mots « Praeceptis salutaribus moniti » — avertis par un commandement salutaire, nous osons dire — puis le chante ou le récite seul, au nom de tout le peuple ; les fidèles répondent « Sed libera nos a malo ». Le prêtre poursuit par l'embolisme Libera nos, qui développe la dernière demande et implore la paix par l'intercession de la sainte Vierge et des saints. C'est le Notre Père chanté au sens propre : à la Messe chantée, il se chante sur l'une des mélodies grégoriennes les plus anciennes du répertoire.
Hors de la Messe, le Pater ouvre et scande toutes les heures du bréviaire, et il structure le chapelet : on le dit sur les gros grains, avant chaque dizaine. La dernière heure de l'office, les Complies, se ferme d'ailleurs sur une antienne à la Sainte Vierge, tel le Regina Caeli au temps pascal.
Notre Père et Je vous salue Marie
Les deux prières que le catholique apprend en premier vont ensemble : le Notre Père, adressé à Dieu, et le Je vous salue Marie, adressé à celle qu'il nous a donnée pour Mère. La prière du matin et la prière du soir les unissent, et le chapelet les entrelace — un Pater, dix Ave — pour méditer les mystères du Rosaire. Celui qui dit chaque jour, avec attention, un Notre Père et un Je vous salue Marie tient déjà le fil de toute la vie de prière.
Questions Fréquentes
Quel est le texte complet du Notre Père ?
Dans la version traditionnelle française : « Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation. Mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il. »
Comment dit-on le Notre Père en latin ?
Le Pater noster commence par « Pater noster, qui es in caelis, sanctificetur nomen tuum » et s'achève par « sed libera nos a malo. Amen ». Le texte latin complet est donné plus haut ; c'est la forme dans laquelle l'Église romaine prie à la Messe, dans l'office et au chapelet.
Quelle est l'ancienne version du Notre Père ?
C'est la version au vouvoiement en usage jusqu'en 1966 : « Notre Père, qui êtes aux cieux… et ne nous laissez pas succomber à la tentation ». Elle demeure la forme reçue dans les communautés attachées à la liturgie traditionnelle.
Pourquoi la sixième demande du Notre Père a-t-elle changé ?
La version de 1966, « ne nous soumets pas à la tentation », fut jugée équivoque, car Dieu ne pousse personne au mal (Jacques 1, 13) ; elle fut remplacée en 2017 par « ne nous laisse pas entrer en tentation ». La formulation traditionnelle, « ne nous laissez pas succomber », exprimait déjà le sens exact donné par le Catéchisme du concile de Trente : demander de n'être pas abandonné sans grâce dans l'épreuve.
Où se trouve le Notre Père dans la Bible ?
En Matthieu 6, 9-13, au cœur du Sermon sur la montagne, et en Luc 11, 2-4, où le Christ l'enseigne aux disciples qui lui demandent : « Seigneur, apprenez-nous à prier ».
Le Notre Père existe-t-il en araméen ?
Le Christ l'a enseigné en araméen, mais le texte inspiré transmis par l'Église est le texte grec des Évangiles. Les versions araméennes diffusées aujourd'hui sont des rétroversions modernes ou des textes syriaques anciens, sans autorité liturgique dans le rite romain.
Quand dit-on le Notre Père à la messe ?
À la Messe traditionnelle de 1962, le prêtre le chante ou le récite seul aussitôt après le Canon, avant la communion ; les fidèles répondent « Sed libera nos a malo », et le prêtre enchaîne l'embolisme Libera nos.
Comment prier le Notre Père avec le Je vous salue Marie ?
Le matin et le soir, on dit l'un après l'autre le Notre Père, le Je vous salue Marie et le Credo. Au chapelet, le Notre Père se dit sur chaque gros grain, suivi de dix Je vous salue Marie sur les petits grains.
L'application Iter Fidei donne le Notre Père et les prières traditionnelles en français et en latin, avec audio, les psaumes et le calendrier liturgique de 1962. Télécharger ici.
Sources. Évangile selon saint Matthieu (6, 9-13) et selon saint Luc (11, 1-4), Bible Crampon ; Catéchisme du concile de Trente, quatrième partie (De l'Oraison dominicale) ; Catéchisme de saint Pie X ; Tertullien, De la prière ; saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 83 ; Missel Romain de 1962, ordinaire de la Messe.