Les Dévotions
Neuvaine au Saint-Sacrement : le texte des neuf jours
Le texte complet de la neuvaine au Très Saint-Sacrement : la prière quotidienne, les neuf jours médités sur l'Eucharistie, la collecte de saint Thomas d'Aquin, et comment la prier avant la Fête-Dieu.
La neuvaine au Très Saint-Sacrement s'adresse à Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, réellement présent sous les apparences du pain et du vin : on ne prie pas ici un intercesseur, mais Dieu en personne, dans le tabernacle. On la prie pour raviver sa foi eucharistique, préparer une communion, obtenir une grâce précise, ou réparer les outrages faits au Sauveur dans ce sacrement. On la commence traditionnellement neuf jours avant la Fête-Dieu, pour l'achever le jour de la solennité — mais elle se prie en tout temps.
Voici d'abord le texte intégral, celui que porte l'application Iter Fidei ; les explications viennent ensuite.
Le texte complet de la neuvaine au Très Saint-Sacrement
Chaque jour, on récite l'invocation quotidienne en formulant son intention, puis la méditation et la prière propres au jour, et l'on achève par le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père.
La prière quotidienne (à réciter les neuf jours)
Au nom du Père,
et du Fils,
et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.
Recueillez-vous un instant devant le Saint-Sacrement, présent ou figuré, puis récitez l'invocation quotidienne, que l'on dit chacun des neuf jours avant la méditation propre au jour.
Ô Jésus, réellement présent au Très Saint-Sacrement de l'autel, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime. Vous qui vous êtes fait pain pour demeurer parmi nous jusqu'à la fin des temps, augmentez en moi la foi vive en votre présence, la faim de vous recevoir et le désir de vous adorer ; et je vous supplie de m'accorder, si telle est votre volonté et si cela est bon pour mon âme, la grâce que je sollicite dans cette neuvaine.
Exprimez ici, simplement et clairement, l'intention que vous confiez à Notre-Seigneur présent au Saint-Sacrement — la même durant les neuf jours.
Loué et adoré soit à jamais le Très Saint-Sacrement de l'autel. Ainsi soit-il.
Premier jour — L'institution de l'Eucharistie
Au soir du Jeudi saint, à la Cène, la veille de sa Passion, Notre-Seigneur prit du pain, rendit grâces, le rompit et le donna à ses disciples, disant que ceci était son Corps livré pour eux, et qu'ils fissent cela en mémoire de lui. Ainsi institua-t-il l'Eucharistie et, du même geste, le sacerdoce qui la perpétuerait. Ce fut le don de son amour porté jusqu'à l'extrême, à l'heure même où il allait mourir. Mais le Jeudi saint, tout entier tourné vers la Passion qui commençait, ne pouvait déployer la joie qu'un tel don mérite : la Fête-Dieu la rend au Saint-Sacrement en pleine lumière.
Ô Jésus, vous nous avez aimés jusqu'à la fin, et pour demeurer avec nous jusqu'à la consommation des siècles, vous vous êtes donné en nourriture au soir de la Cène : obtenez-nous de recevoir ce don ineffable avec la foi, la révérence et la reconnaissance qu'il mérite, et de ne jamais oublier à quel prix il nous fut fait.
Notre Père, qui êtes aux cieux :
Que votre nom soit sanctifié.
Que votre règne arrive.
Que votre volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
Donnez-nous aujourd'hui
notre pain quotidien.
Et pardonnez-nous nos offenses,
comme nous pardonnons
à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laissez pas succomber à la tentation,
mais délivrez-nous du mal.
Ainsi soit-il.
Puis trois fois :
Je vous salue, Marie, pleine de grâce,
le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes,
et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
priez pour nous, pauvres pécheurs,
maintenant et à l'heure de notre mort.
Ainsi soit-il.
Gloire au Père, et au Fils,
et au Saint-Esprit.
Comme il était au commencement,
maintenant et toujours,
et dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
Deuxième jour — La présence réelle
L'Eucharistie contient vraiment, réellement et substantiellement le Corps, le Sang, l'âme et la divinité de Notre-Seigneur, sous les apparences du pain et du vin. Ce n'est pas un symbole ni un simple souvenir : c'est le même Jésus qui est au Ciel et qui naquit de la Vierge. Par les paroles de la consécration, la substance du pain est changée tout entière en son Corps, et celle du vin en son Sang : ce changement, l'Église le nomme transsubstantiation, et le concile de Trente en a fixé la doctrine contre toutes les hérésies.
Ô Jésus caché sous le voile des saintes espèces, je crois fermement que vous êtes là, vivant et vrai, mon Dieu et mon Seigneur : affermissez ma foi lorsqu'elle chancelle, et donnez-moi de m'agenouiller devant l'hostie comme les Mages devant la crèche, sachant qu'à genoux devant le Saint-Sacrement je suis à genoux devant Dieu même.
Puis le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père, comme au premier jour.
Troisième jour — Le sacrifice renouvelé
L'Eucharistie n'est pas seulement un sacrement à recevoir : elle est le sacrifice de la loi nouvelle. À chaque messe, c'est le sacrifice même de la Croix qui se renouvelle sur l'autel, de manière non sanglante ; la victime est la même, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le prêtre n'est que son ministre. Le Calvaire n'est pas répété, mais rendu présent, et ses fruits infinis nous sont appliqués. C'est pourquoi l'Église a voulu que le Saint-Sacrement, qui perpétue ce sacrifice, reçût une fête à part.
Ô Jésus, victime toujours offerte pour nous sur nos autels, apprenez-nous à assister à la sainte messe avec la foi et le recueillement des saints, à nous unir à votre oblation et à y déposer nos peines, nos actions de grâces et nos supplications, afin que le fruit de votre sacrifice ne demeure pas stérile en nous.
Puis le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père, comme au premier jour.
Quatrième jour — Le Pain de vie
Notre-Seigneur a promis que celui qui mange sa chair et boit son sang a la vie éternelle, et qu'il le ressuscitera au dernier jour. Le Pain des anges est devenu le pain des hommes : dans la sainte communion, il se donne à nous en nourriture, remède de nos faiblesses, gage de la vie qui ne finit pas. Communier souvent et dignement, le cœur pur et l'âme préparée, c'est laisser Notre-Seigneur agir en nous et nous transformer peu à peu en lui.
Ô Jésus, Pain vivant descendu du Ciel, donnez-nous la faim de vous recevoir, la pureté qui rend nos communions dignes et ferventes, et la grâce de ne jamais nous approcher de votre table par routine ou par froideur ; faites de chaque communion un pas de plus vers vous, jusqu'à ce que nous vivions de votre vie.
Puis le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père, comme au premier jour.
Cinquième jour — L'adoration du Roi caché
Le Saint-Sacrement est conservé dans le tabernacle de nos églises précisément pour y être adoré et porté aux malades. Là, jour et nuit, Notre-Seigneur demeure, roi caché sous les espèces, attendant qu'on vienne à lui. L'adoration eucharistique — se tenir à genoux devant l'hostie, exposée ou réservée — est le même acte de foi que la procession de la Fête-Dieu proclame à voix haute : reconnaître dans ce petit pain le Christ Roi qui règne, et lui rendre le culte d'adoration qui n'est dû qu'à Dieu seul.
Ô Jésus, Roi caché dans le tabernacle, où trop souvent vous demeurez seul et délaissé, donnez-nous l'amour de l'adoration et le désir de vous tenir souvent compagnie ; que jamais nous ne passions devant une église sans nous souvenir que vous y êtes, et faites régner votre paix dans nos âmes, nos foyers et le monde entier.
Puis le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père, comme au premier jour.
Sixième jour — Saint Thomas d'Aquin et le Lauda Sion
Lorsqu'il institua la fête, le pape Urbain IV demanda à saint Thomas d'Aquin de composer la messe et l'office du Saint-Sacrement. Le Docteur angélique donna à l'Église les pièces les plus denses de toute la liturgie eucharistique : la séquence Lauda Sion, qui enferme dans ses strophes toute la doctrine de la transsubstantiation ; l'hymne Pange lingua, dont les deux dernières strophes forment le Tantum ergo du salut ; le Sacris solemniis, d'où vient le Panis angelicus ; et le Verbum supernum, d'où vient l'O salutaris Hostia. En lui, la plus haute théologie de l'Eucharistie s'est faite chantable, pour que le peuple porte la foi dans sa bouche et dans son cœur.
Ô Jésus, qui avez inspiré à votre serviteur Thomas de si beaux chants pour honorer votre Corps et votre Sang, donnez-nous d'aimer la doctrine de l'Église sur l'Eucharistie, de la garder pure et entière, et de vous louer, comme lui, d'un cœur qui croit ce que la foi enseigne, quand les sens sont impuissants à le saisir.
Puis le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père, comme au premier jour.
Septième jour — Sainte Julienne et la procession
L'origine de la fête est liégeoise. Sainte Julienne de Mont-Cornillon (1193-1258) voyait en oraison un disque lunaire éclatant, entamé d'une brèche sombre : Notre-Seigneur lui fit connaître que la lune figurait l'Église, et la brèche l'absence d'une fête en l'honneur du Saint-Sacrement. L'évêque Robert de Thourotte l'institua à Liège en 1246, et Jacques Pantaléon, devenu le pape Urbain IV, l'étendit à l'Église universelle par la bulle Transiturus en 1264. Depuis lors, le jour de la Fête-Dieu, l'Église porte le Saint-Sacrement en procession par les rues, sous le dais, au chant du Pange lingua : profession de foi de toute une cité dans la présence réelle.
Ô Jésus, qui avez voulu que votre Église vous porte en triomphe par les rues pour confesser devant le monde ce qu'elle adore en secret, donnez-nous le courage de professer publiquement notre foi eucharistique, sans respect humain, et le zèle de faire connaître et aimer le Saint-Sacrement autour de nous.
Puis le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père, comme au premier jour.
Huitième jour — Le Viatique et l'heure de la mort
Notre-Seigneur, qui a promis la vie éternelle à celui qui mange ce pain, veut être notre force au dernier passage. Le Saint-Sacrement, porté aux mourants, devient le Viatique — le pain du voyage —, aliment pour la route qui mène du temps à l'éternité, gage de la résurrection et de la vie qui ne finit pas. Heureuse l'âme qui reçoit son Dieu au seuil de l'éternité, et que le Christ nourrit lui-même à l'heure où tout secours humain s'efface.
Ô Jésus, Pain de la vie éternelle, accordez-nous la grâce de recevoir le saint Viatique avant de mourir, en pleine foi et pleine paix ; et à l'heure de notre mort, venez vous-même à notre rencontre, afin que, fortifiés de votre Corps, nous passions de ce monde à vous et vous voyions face à face pour l'éternité.
Puis le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père, comme au premier jour.
Neuvième jour — Réparation et action de grâces
Ce don sans mesure est trop souvent méconnu. Combien passent devant le tabernacle sans un regard ; combien communient sans foi, dans l'indifférence, parfois en état de péché ; combien d'outrages et de sacrilèges le Sauveur reçoit là où il n'attendait que de l'amour. Au terme de cette neuvaine, l'Église nous invite à réparer par notre adoration les froideurs et les offenses, et à rendre grâces pour un tel bienfait : car après avoir tant reçu, il ne nous reste qu'à aimer et à remercier.
Ô Jésus présent au Très Saint-Sacrement, je vous rends grâces de tout mon cœur pour le don ineffable de votre Corps et de votre Sang, et je vous offre en réparation des outrages qu'on vous fait mon amour et mon adoration ; daignez, si telle est votre volonté et pour le bien de mon âme, m'accorder la grâce que je vous ai demandée durant cette neuvaine, et soyez à jamais loué, adoré et aimé au Saint-Sacrement de l'autel.
Puis le Notre Père, trois Je vous salue Marie et le Gloire au Père, comme au premier jour.
La conclusion
On achève la prière de chaque jour par le versicle et la collecte du Saint-Sacrement, tirés de l'office composé par saint Thomas d'Aquin, puis par le signe de la croix.
V. Vous leur avez donné le pain du ciel.
R. Renfermant en lui toute douceur.
Prions.
Ô Dieu, qui sous ce sacrement admirable nous avez laissé le mémorial de votre Passion : accordez-nous, nous vous en supplions, de vénérer les mystères sacrés de votre Corps et de votre Sang, en sorte que nous ressentions sans cesse en nous le fruit de votre rédemption. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
En latin : « Deus, qui nobis sub sacramento mirabili passionis tuae memoriam reliquisti: tribue, quaesumus, ita nos corporis et sanguinis tui sacra mysteria venerari, ut redemptionis tuae fructum in nobis iugiter sentiamus. Qui vivis et regnas in saecula saeculorum. »
Au nom du Père,
et du Fils,
et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.
Les variantes de la neuvaine au Saint-Sacrement
La neuvaine du Saint-Sacrement en PDF, à imprimer
Beaucoup cherchent un « PDF de la neuvaine au Saint-Sacrement » pour l'avoir sous la main au pied du tabernacle. Le texte ci-dessus est complet : il s'imprime tel quel depuis votre navigateur, en une feuille recto-verso qui tient dans un missel. Méfiez-vous en revanche des PDF glanés au hasard : les versions circulant en ligne diffèrent d'un site à l'autre, certaines ajoutent des jours, d'autres remplacent la collecte du Missel par une paraphrase. Celle-ci est fixe et vérifiable — c'est le même texte que l'application Iter Fidei, disponible hors ligne.
Pour une intention précise
La neuvaine se prie très bien pour une demande particulière : une guérison, un examen, une conversion, un travail, la paix d'un foyer. Formulez-la une fois pour toutes au premier jour, à l'endroit prévu dans l'invocation quotidienne, et redites-la mot pour mot les huit jours suivants ; l'insistance fait partie de la prière. Rappelons seulement ce que dit toute neuvaine bien comprise : ce n'est pas un procédé magique, et la formule « si telle est votre volonté et si cela est bon pour mon âme » n'est pas une clause de style — c'est la condition même d'une prière chrétienne.
Version courte
Si le temps manque, on peut réduire chaque jour à trois éléments, sans rien perdre de la substance : l'invocation quotidienne avec l'intention, la prière propre au jour, et un Notre Père. La méditation se lit alors dans la journée, à un autre moment. Mieux vaut une neuvaine courte tenue jusqu'au bout qu'une longue abandonnée au quatrième jour.
Devant le Saint-Sacrement exposé
C'est la manière la plus belle de la prier. Si votre paroisse a une adoration eucharistique régulière, faites-y coïncider votre neuvaine : chaque jour, la même demi-heure devant l'ostensoir. Là où l'exposition n'est pas possible, le tabernacle suffit — Notre-Seigneur y est le même. Et là où l'on ne peut se rendre à l'église, on prie chez soi devant une image ou un crucifix : c'est ce que le texte appelle le Saint-Sacrement « présent ou figuré ».
La neuvaine à Notre-Dame du Saint-Sacrement
Attention : c'est une autre dévotion. Elle ne s'adresse pas au Saint-Sacrement mais à la Très Sainte Vierge sous le titre de Notre-Dame du Saint-Sacrement, invoquée comme celle qui nous conduit à l'Eucharistie — dévotion propre aux familles religieuses fondées par le père Eymard au XIXe siècle. Les deux se complètent ; mais si vous cherchez la neuvaine que l'Église prie avant la Fête-Dieu, c'est bien celle donnée sur cette page.
Comment prier la neuvaine au Saint-Sacrement
Neuf jours de suite, sans interruption : c'est la loi de toute neuvaine, à l'imitation des neuf jours passés au Cénacle par les Apôtres et la Sainte Vierge entre l'Ascension et la Pentecôte. Choisissez une heure fixe — le matin avant de partir, le soir avant le coucher — et tenez-la ; si un jour vous oubliez, ne recommencez pas tout, reprenez simplement où vous en étiez.
La date traditionnelle est réglée sur la Fête-Dieu, qui est une fête mobile : le jeudi qui suit la fête de la Sainte Trinité, soit soixante jours après Pâques. Pour l'achever le jour même de la solennité, on commence donc huit jours avant :
- 2026 — Fête-Dieu le jeudi 4 juin ; neuvaine du 27 mai au 4 juin.
- 2027 — Fête-Dieu le jeudi 27 mai ; neuvaine du 19 au 27 mai.
- 2028 — Fête-Dieu le jeudi 15 juin ; neuvaine du 7 au 15 juin.
C'est aussi la raison pour laquelle vous trouverez en ligne des « neuvaines au Saint-Sacrement 2018 » ou « 2019 » : le texte, lui, ne change pas d'une année sur l'autre ; seules les dates bougent avec Pâques.
Rien n'oblige cependant à attendre juin. On la prie très bien avant une première communion, dans les jours qui entourent la Fête-Dieu, les premiers vendredis du mois, ou tout simplement le jour où l'on décide de reprendre au sérieux sa vie de foi. Enfin, si la neuvaine dispose l'âme, elle ne remplace rien : la messe et la communion demeurent le cœur de la dévotion eucharistique.
L'histoire de la fête et de la dévotion, sous le regard de 1962
La foi en la présence réelle est aussi ancienne que l'Église ; le culte public rendu au Saint-Sacrement en dehors de la messe, lui, s'est développé plus tard, et l'histoire en est bien documentée.
Le point de départ est liégeois, et les meilleures sources anciennes le rapportent : Julienne de Mont-Cornillon, née à Retinne près de Liège en 1193, orpheline à cinq ans et confiée, avec sa sœur jumelle Agnès, aux religieuses augustines de Mont-Cornillon, dont elle devint plus tard prieure. Les visions qu'elle rapporta — la lune échancrée du septième jour — reçurent l'examen des théologiens de Liège, et l'évêque Robert de Thourotte établit la fête pour son diocèse en 1246. Julienne, chassée de son monastère par une cabale, mourut en exil à Fosses en 1258, sans avoir vu son œuvre aboutir ; elle fut inscrite au Martyrologe romain sous le 5 avril par Pie IX en 1869. Six ans après sa mort, l'ancien archidiacre de Liège devenu Urbain IV étendit la fête à toute l'Église par la bulle Transiturus, le 11 août 1264 — c'est là le fait historique décisif, et il ne dépend d'aucune vision.
On lie souvent cette bulle au miracle de Bolsena, où l'hostie aurait saigné entre les mains d'un prêtre doutant de la présence réelle, à quelques lieues d'Orvieto où résidait alors le pape. La tradition est vénérable et le corporal de Bolsena est vénéré à Orvieto depuis le XIIIe siècle ; mais il faut le dire honnêtement : Transiturus ne le mentionne pas, et les historiens n'en trouvent pas trace avant plusieurs décennies. Le lien est probable, non prouvé. La cause de la fête, telle que le pape l'expose lui-même, est doctrinale : rendre au Saint-Sacrement l'honneur que le Jeudi saint, absorbé par la Passion, ne pouvait lui rendre.
Le reste appartient à la liturgie : l'office demandé à saint Thomas d'Aquin, mort en 1274, et par lui les hymnes que l'on chante encore ; la procession, attestée dès la fin du XIIIe siècle et devenue l'usage universel ; la doctrine fixée par le concile de Trente en 1551 contre les négateurs de la présence réelle ; enfin les décrets de saint Pie X sur la communion fréquente et la communion des enfants (1905, 1910), qui ont donné à cette dévotion son visage moderne. Dans le calendrier de 1962, la Fête-Dieu garde son rang de première classe et sa procession. Son octave, en revanche, n'y figure plus : le décret Cum nostra hac aetate de Pie XII, du 23 mars 1955, n'a laissé subsister que les octaves de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, et les jours qui suivaient la Fête-Dieu sont redevenus des féries. La neuvaine n'en est que plus à sa place : elle prépare la fête au lieu de la prolonger, et conduit le fidèle à ce que la messe traditionnelle célèbre ce jour-là en pleine solennité.
Questions Fréquentes
Comment faire la neuvaine au Saint-Sacrement ?
Neuf jours de suite, à heure fixe : le signe de la croix, l'invocation quotidienne où l'on formule son intention, la méditation et la prière du jour, puis un Notre Père, trois Je vous salue Marie et un Gloire au Père, et enfin le versicle et la collecte. Le tout tient en cinq minutes. Devant le tabernacle si vous le pouvez, chez vous sinon.
Quand commencer la neuvaine au Très Saint-Sacrement ?
Traditionnellement huit jours avant la Fête-Dieu, pour l'achever le jour de la solennité : du 27 mai au 4 juin en 2026, du 19 au 27 mai en 2027. Comme la fête est mobile, les dates changent chaque année ; le texte, lui, ne change pas. Et elle se prie en tout temps.
Existe-t-il une neuvaine au Saint-Sacrement en PDF ?
Cette page se suffit à elle-même et s'imprime directement ; c'est le texte complet, sans coupure. Les PDF circulant en ligne varient beaucoup d'une source à l'autre — vérifiez surtout que la collecte y est bien celle du Missel (Deus, qui nobis sub sacramento mirabili) et non une paraphrase.
Faut-il être devant le tabernacle pour la prier ?
Non. C'est évidemment préférable, et le fruit en est plus grand ; mais la rubrique dit « présent ou figuré » : une image, un crucifix, ou simplement le cœur tourné vers l'église la plus proche suffisent. Le malade, la mère de famille, celui qui travaille de nuit ne sont privés de rien.
Peut-on la prier pour un malade ou avant le sacrement des malades ?
Oui, et c'est un de ses usages les plus naturels : le huitième jour est tout entier consacré au Viatique et à l'heure de la mort. Confiez le malade dans l'intention quotidienne. Elle ne remplace évidemment pas l'extrême-onction, qu'il faut appeler le prêtre à donner en temps utile, et non à la dernière extrémité.
Quelle est la différence avec la neuvaine à Notre-Dame du Saint-Sacrement ?
L'objet du culte. Celle-ci adore Notre-Seigneur présent dans l'Eucharistie — c'est de l'adoration, due à Dieu seul. L'autre invoque la Très Sainte Vierge sous un titre eucharistique, pour qu'elle nous obtienne d'aimer ce sacrement — c'est de l'intercession. Les deux sont légitimes, mais ce ne sont pas les mêmes prières.
La neuvaine au Saint-Sacrement est-elle indulgenciée ?
L'Église a de longue date enrichi d'indulgences les prières eucharistiques qui la composent, notamment le Tantum ergo et les visites au Saint-Sacrement ; les conditions ordinaires s'appliquent — confession, communion et prière aux intentions du Souverain Pontife. La neuvaine, en tant que telle, n'a pas de concession propre : on la prie pour l'amour de Notre-Seigneur, non pour un décompte.
Que faire si l'on oublie un jour ?
Reprenez le lendemain au jour où vous vous étiez arrêté. La neuvaine n'est pas une formule dont un mot manquant annulerait l'effet ; c'est une prière de confiance, et Dieu regarde le cœur qui persévère plus que la comptabilité des jours.
Priez la neuvaine au Très Saint-Sacrement jour après jour, avec les rappels quotidiens et le texte lu à voix haute, dans l'application Iter Fidei. Téléchargez-la ici.
Sources. Sainte Écriture (traduction de l'abbé Fillion) ; Missel romain, messe et office du Très Saint-Sacrement composés par saint Thomas d'Aquin ; Urbain IV, bulle Transiturus de hoc mundo (11 août 1264) ; concile de Trente, session XIII, Décret sur le très saint sacrement de l'Eucharistie (1551) ; Martyrologe romain (5 avril, sainte Julienne de Mont-Cornillon) ; Butler, Lives of the Saints ; Catéchisme du concile de Trente ; saint Pie X, décrets Sacra Tridentina Synodus (1905) et Quam singulari (1910) ; Pie XII, décret Cum nostra hac aetate (23 mars 1955) ; Raccolta (indulgences attachées aux prières eucharistiques).