Les Saints
Saint Cyrille de Jérusalem : vie, catéchèses et fête
Saint Cyrille de Jérusalem (vers 315-386), évêque de la Ville sainte, trois fois exilé, docteur de l'Église : sa vie, ses catéchèses baptismales et mystagogiques, la croix lumineuse de 351, ce qu'il dit vraiment de la communion, sa fête du 18 mars et son oraison.
Saint Cyrille de Jérusalem est l'évêque de la Ville sainte au IVe siècle, l'homme qui instruisait les catéchumènes à quelques pas du Calvaire et du Saint-Sépulcre, et dont les Catéchèses sont le plus ancien exposé complet de la foi et des rites de l'Église qui nous soit parvenu. Pris dans la tempête arienne, il fut chassé trois fois de son siège et passa seize de ses trente-cinq années d'épiscopat en exil, avant de souscrire au concile de Constantinople en 381 ; Léon XIII l'a inscrit au nombre des docteurs de l'Église. Au calendrier de 1962, sa fête se célèbre le 18 mars.
Qui était saint Cyrille de Jérusalem ?
Cyrille naquit vers 315, sinon à Jérusalem, du moins y fut-il élevé, de parents probablement chrétiens, qui lui donnèrent une excellente éducation. Il acquit une connaissance de l'Écriture si étendue que certaines de ses instructions ne sont presque qu'un tissu de textes bibliques enchaînés les uns aux autres. L'évêque de Jérusalem, saint Maxime, l'ordonna prêtre et, estimant ses talents, lui confia la charge importante d'instruire les catéchumènes.
Alban Butler, qui suit le cardinal Newman, présente un homme « doux et conciliant », jeté dans une époque d'amères controverses. Méfiant envers le mot homoousios (consubstantiel), qu'il jugeait nouveau, il se tint quelque temps à l'écart des amis de saint Athanase comme des ariens ; mais il n'y a rien d'hérétique dans son enseignement, et il fut l'un de ceux que saint Athanase appelait des « frères, qui pensent ce que nous pensons et ne diffèrent que sur le mot ».
Les Catéchèses de saint Cyrille
Les instructions de Cyrille furent données pendant plusieurs années, et sans livre ; celles qui nous sont parvenues, prêchées vers le milieu du IVe siècle, sont peut-être les seules qui aient jamais été mises par écrit. Elles forment trois ensembles.
La catéchèse prébaptismale et les catéchèses baptismales
Une procatéchèse, discours d'introduction, et dix-huit catéchèses adressées pendant le Carême aux illuminandi, les candidats au baptême de Pâques. Elles étaient prononcées dans la grande basilique de la Sainte-Croix bâtie par Constantin, le Martyrium, tout près du rocher du Calvaire. Cyrille y explique la pénitence, le baptême, puis, article par article, le Symbole de foi de l'Église de Jérusalem, proche de notre Credo. On y trouve des allusions saisissantes à la découverte de la vraie Croix, à la pierre qui avait fermé le Sépulcre, ou à la fatigue de ses auditeurs après leur long jeûne. Ce sont, dit Butler, « le plus ancien exemple qui subsiste de quelque chose qui ait la forme d'un système de théologie ».
La quinzième catéchèse, sur le retour du Christ en gloire, s'ouvre par ces mots souvent cités : « Nous annonçons non pas un seul avènement du Christ, mais aussi un second, bien plus glorieux que le premier. Le premier a manifesté sa patience ; le second apporte la couronne du royaume divin. »
Les catéchèses mystagogiques
Cinq catéchèses mystagogiques étaient données pendant la semaine de Pâques, aux nouveaux baptisés, dans la rotonde de l'Anastasis, l'église de la Résurrection. Elles leur expliquaient après coup les « mystères » reçus pendant la nuit pascale : les renonciations et le baptême, l'onction du saint chrême, l'Eucharistie, enfin la messe. La tradition les attribue à Cyrille ; une partie de la critique moderne les rapporte plutôt à son successeur Jean de Jérusalem, ou les tient pour une rédaction plus tardive de son enseignement. La question reste débattue, mais le texte demeure un témoin vénérable de la liturgie de Jérusalem.
Leur doctrine eucharistique est d'une netteté remarquable : le pain et le vin consacrés ne sont plus du pain et du vin ordinaires, mais le Corps et le Sang du Christ, et le fidèle doit le croire même si le goût lui dit le contraire. C'est la foi même que l'Église a définie plus tard au concile de Trente sur l'Eucharistie.
« Fais de ta main un trône » : saint Cyrille et la communion
Une phrase de la cinquième catéchèse mystagogique est souvent invoquée pour la communion dans la main. Voici ce qu'elle dit, dans son contexte (notre traduction) :
« En t'approchant, ne viens pas les paumes étendues ni les doigts écartés ; mais fais de ta main gauche un trône pour la droite, puisqu'elle doit recevoir le Roi ; et, creusant la paume, reçois le Corps du Christ en disant : Amen. Puis, après avoir soigneusement sanctifié tes yeux par le contact du saint Corps, communie, en prenant garde de n'en rien perdre ; car ce que tu perdrais, ce serait comme si tu perdais un de tes propres membres. »
Trois remarques s'imposent. D'abord, ce texte décrit l'usage de Jérusalem au IVe siècle et non une règle universelle, et l'on ne sait pas avec certitude qu'il soit de Cyrille lui-même. Ensuite, il est entouré de précautions qu'on oublie de citer : sanctifier ses yeux par le contact du Corps du Seigneur, ne laisser tomber aucune parcelle, s'incliner devant le calice « avec adoration et respect ». Enfin, l'Église latine a fixé par la suite la communion des fidèles sur la langue et à genoux, la seule en usage dans le rite de 1962, précisément pour protéger cette révérence et la foi en la présence réelle. Lire saint Cyrille, ce n'est donc pas trouver un argument pour banaliser la communion, mais la leçon inverse : le soin infini que les premiers chrétiens apportaient au plus petit fragment de l'hostie.
Un évêque trois fois exilé
Cyrille succéda à saint Maxime sur le siège de Jérusalem dans des circonstances obscures ; il fut en tout cas sacré régulièrement par les évêques de la province. La première année de son épiscopat fut marquée par un prodige dont il fit le récit à l'empereur Constance, dans une lettre conservée : « Le jour des nones de mai, vers la troisième heure, une grande croix lumineuse parut dans le ciel au-dessus du Golgotha, s'étendant jusqu'à la sainte montagne des Oliviers, vue non par une ou deux personnes, mais clairement par toute la ville. » Les habitants, saisis de crainte et de joie, coururent à l'église louer Notre-Seigneur Jésus-Christ. L'authenticité de la lettre a été discutée, mais le style est bien le sien.
Les conflits commencèrent bientôt avec Acace, métropolitain de Césarée, devenu arien, qui prétendait soumettre le siège de Jérusalem à son autorité. Un petit concile de son parti déposa Cyrille, à qui l'on reprochait aussi d'avoir vendu des biens de l'Église pendant une famine pour nourrir les pauvres, ce qu'avaient fait et que feront saint Ambroise, saint Augustin et bien d'autres grands évêques. Chassé, il se réfugia à Tarse ; le concile de Séleucie le rétablit, mais Acace obtint de l'empereur Constance un second exil. À la mort de Constance, en 361, Julien l'Apostat rappela tous les évêques bannis.
Julien voulut alors faire rebâtir le Temple de Jérusalem pour démentir la prophétie du Seigneur. Cyrille regarda les préparatifs avec calme et prédit l'échec de l'entreprise ; les historiens de l'Église rapportent les tremblements de terre et les globes de feu qui la firent abandonner, et le païen Ammien Marcellin lui-même les atteste. En 367, Valens bannit de nouveau les évêques rappelés par Julien : ce fut le troisième exil de Cyrille. Rétabli vers l'avènement de Théodose, il gouverna en paix les huit dernières années de sa vie une Église déchirée par les schismes.
En 381, il siégea au deuxième concile œcuménique, à Constantinople, au rang de métropolitain, avec les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche ; il y souscrivit au Symbole de Nicée sous sa forme complétée et accepta le mot homoousios. Les évêques du concile, écrivant au pape saint Damase, le louèrent comme un défenseur de la vérité orthodoxe contre les ariens. Il mourut en 386, âgé de près de soixante-dix ans. Sur le combat de cette époque, on lira aussi la vie de saint Athanase.
La fête de saint Cyrille : le 18 mars
Au calendrier de 1962, saint Cyrille, évêque de Jérusalem, confesseur et docteur de l'Église, est fêté le 18 mars, avec le rang de fête de IIIe classe, en ornements blancs. Le 18 mars tombant toujours en Carême, on fait mémoire de la férie, et la messe prend le trait au lieu de l'alléluia ; si le 18 mars est un dimanche ou un jour de la Semaine sainte, la fête cède le pas. La messe commence par l'introït des docteurs, In medio Ecclesiae, mais elle a son oraison propre et un évangile choisi pour cet évêque proscrit : « Lors donc qu'ils vous persécuteront dans une ville, fuyez dans une autre » (Matthieu 10, 23, trad. Fillion). En 2027, le 18 mars tombe un jeudi.
Le calendrier de 1969 l'a maintenu au 18 mars, comme mémoire facultative.
L'oraison de saint Cyrille de Jérusalem
C'est la prière de l'Église au jour de sa fête, et la meilleure « prière de saint Cyrille » qui soit. Elle reprend la parole du Seigneur : « Or la vie éternelle, c'est qu'ils Vous connaissent, Vous le seul vrai Dieu, et Celui que Vous avez envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17, 3) ; et : « Mes brebis écoutent Ma voix » (Jean 10, 27).
Da nobis, quaesumus, omnipotens Deus, beato Cyrillo Pontifice intercedente: te solum verum Deum, et quem misisti Iesum Christum ita cognoscere; ut inter oves, quae vocem eius audiunt, perpetuo connumerari mereamur. Per eundem Dominum nostrum Iesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.
Accordez-nous, Dieu tout-puissant, nous vous en prions, par l'intercession du bienheureux pontife Cyrille, de vous connaître, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ, de telle sorte que nous méritions d'être comptés pour toujours parmi les brebis qui écoutent sa voix. Par le même Jésus-Christ Notre-Seigneur, votre Fils, qui vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, Dieu, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Docteur de l'Église
Saint Cyrille a été inscrit au nombre des docteurs de l'Église par le pape Léon XIII, en même temps que saint Cyrille d'Alexandrie. Ses écrits conservés sont peu nombreux : les Catéchèses, une homélie sur le paralytique de la piscine de Béthesda, la lettre à l'empereur Constance et trois courts fragments. Mais ils suffisent à faire de lui le maître de tous ceux qui préparent des adultes au baptême, ou qui veulent devenir catholiques : un catéchiste qui expose la foi tout entière, avec l'Écriture, à des hommes qui vont la recevoir au prix de leur vie.
Les autres saints de l'année, mois par mois, sont rassemblés dans notre liste des saints catholiques selon le calendrier de 1962.
Questions Fréquentes
Qui est saint Cyrille de Jérusalem ?
L'évêque de Jérusalem au IVe siècle (vers 315-386), catéchiste des futurs baptisés, trois fois exilé par les ariens et les empereurs qui les soutenaient, présent au concile de Constantinople en 381, et docteur de l'Église, proclamé par Léon XIII.
Quand fête-t-on saint Cyrille de Jérusalem ?
Le 18 mars, au calendrier de 1962 comme au calendrier de 1969. Comme ce jour tombe toujours en Carême, la férie y est commémorée.
Que sont les catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem ?
Une procatéchèse et dix-huit catéchèses prêchées pendant le Carême aux candidats au baptême, sur la pénitence, le baptême et le Symbole de foi, puis cinq catéchèses mystagogiques expliquant aux nouveaux baptisés, pendant la semaine de Pâques, les sacrements qu'ils venaient de recevoir.
Saint Cyrille de Jérusalem a-t-il écrit les catéchèses mystagogiques ?
La tradition les lui attribue, mais une partie des savants les donne à son successeur Jean, évêque de Jérusalem. La question n'est pas tranchée.
Saint Cyrille de Jérusalem justifie-t-il la communion dans la main ?
Le texte décrit l'usage de Jérusalem au IVe siècle, entouré d'un respect extrême pour la moindre parcelle. L'Église latine a ensuite établi la communion sur la langue, seule en usage dans le rite de 1962.
Qu'est-ce que la croix lumineuse de Jérusalem ?
Une grande croix de lumière apparue dans le ciel au-dessus du Golgotha, un 7 mai, la première année de l'épiscopat de Cyrille, et vue par toute la ville, selon la lettre qu'il adressa à l'empereur Constance.
Pourquoi saint Cyrille a-t-il été exilé ?
Parce qu'il refusa de se soumettre à Acace de Césarée, évêque arien, qui le fit déposer, et que les empereurs Constance et Valens soutinrent ses adversaires. Il fut banni trois fois.
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Sources. Alban Butler, Vies des Pères, des martyrs et des autres principaux saints, au 18 mars. Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses (procatéchèse, catéchèses baptismales, XV, et catéchèses mystagogiques, V) ; Lettre à l'empereur Constance. Missel romain, 18 mars, oraison Da nobis, quaesumus. Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion : Matthieu 10, 23 ; Jean 10, 27 ; Jean 17, 3.