Les Saints
Saint Hilaire de Poitiers, docteur de la Trinité (14 janvier)
Saint Hilaire de Poitiers (IVe siècle), évêque, docteur de l'Église et rempart de la foi de Nicée contre les ariens : sa conversion, son exil en Phrygie, son traité De la Trinité, son disciple saint Martin, sa fête du 14 janvier au calendrier de 1962 et l'oraison du Missel.
Saint Hilaire de Poitiers est un évêque et docteur de l'Église du IVe siècle : païen converti par la lecture de l'Écriture, évêque de Poitiers vers 350, exilé en Phrygie pour avoir défendu la foi de Nicée contre les ariens, il a écrit les douze livres De la Trinité et formé saint Martin. Saint Jérôme l'appelait « la trompette des Latins contre les ariens », et Pie IX l'a proclamé docteur de l'Église universelle en 1851. Au calendrier traditionnel de 1962, sa fête se célèbre le 14 janvier, fête de IIIe classe ; voici sa vie, son œuvre et la prière de l'Église en son honneur.
Qui est saint Hilaire de Poitiers ?
Saint Hilaire en bref :
- Naissance : au début du IVe siècle, à Poitiers, dans une famille illustre d'Aquitaine, élevé dans le paganisme
- Conversion : par la lecture de l'Écriture ; baptisé déjà avancé en âge
- Famille : marié avant sa conversion, père d'une fille nommée Abra (Butler écrit Apra)
- Évêque : de Poitiers, vers 350
- Combat : la défense de la divinité du Fils, contre l'arianisme soutenu par l'empereur Constance
- Exil : en Phrygie, en Asie Mineure, de 356 à 360
- Œuvres principales : De la Trinité (douze livres), commentaires sur saint Matthieu et sur les psaumes, hymnes
- Disciple : saint Martin, futur évêque de Tours
- Mort : à Poitiers, vers 367-368 (le Bréviaire dit 369)
- Docteur de l'Église : proclamé par Pie IX en 1851
- Fête : 14 janvier au calendrier de 1962 (IIIe classe, blanc)
Un philosophe païen qui cherchait Dieu
Hilaire a raconté lui-même dans ses écrits les étapes de sa conversion, que Butler résume. Jeune païen cultivé, il comprit par la seule lumière de la raison que l'homme, libre et responsable, est placé en ce monde pour y pratiquer la patience, la tempérance et les autres vertus, et que ces vertus devaient recevoir leur récompense après cette vie. Il chercha qui est Dieu, vit bientôt l'absurdité du polythéisme et se convainquit qu'il ne peut y avoir qu'un seul Dieu, éternel, immuable, tout-puissant, cause première de toutes choses.
C'est alors qu'il rencontra les Écritures. Il fut saisi par le nom que Dieu se donne devant Moïse : « Je suis Celui qui est » (Exode 3, 14, traduction Fillion). La lecture du Nouveau Testament acheva sa recherche : le premier chapitre de saint Jean lui apprit que le Verbe, Dieu le Fils, est coéternel et consubstantiel au Père. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jean 1, 1). Toute sa vie d'évêque sera la défense de ce verset. Il reçut le baptême déjà avancé en âge.
Évêque de Poitiers
Le Bréviaire dit qu'il vécut d'abord dans le mariage « presque comme un moine ». Vers 350, le peuple de Poitiers le choisit pour évêque ; il fit tout pour échapper à cette charge, et son humilité ne fit qu'affermir le choix des fidèles. Sa femme vivait encore. Peu après son élévation, avant l'exil, il composa un commentaire sur l'Évangile de saint Matthieu, qui nous est parvenu.
Le rempart de la foi contre les ariens
L'arianisme et l'empereur Constance
Pour comprendre saint Hilaire, il faut connaître la crise qui déchirait alors l'Église. Le prêtre Arius enseignait que le Fils n'est pas Dieu comme le Père, mais la première et la plus haute des créatures. Le concile de Nicée, en 325, avait condamné cette erreur et confessé le Fils « consubstantiel au Père », comme nous le chantons dans le Credo. Mais l'empereur Constance favorisait le parti arien, et, dit le Bréviaire, il persécutait les catholiques par la terreur, la confiscation des biens, l'exil et toutes sortes de cruautés pour les faire passer dans le camp d'Arius.
En Orient, le champion de Nicée était saint Athanase d'Alexandrie. En 355, Constance et un synode réuni à Milan exigèrent de tous les évêques qu'ils signent sa condamnation ; ceux qui refusèrent furent bannis, dont saint Eusèbe de Verceil et saint Denys de Milan. Hilaire écrivit alors à l'empereur pour lui demander de rendre la paix à l'Église, et se sépara des trois évêques ariens d'Occident, Ursace, Valens et Saturnin d'Arles. Pour avoir mené en Occident le combat qu'Athanase menait en Orient, il a parfois été surnommé « l'Athanase de l'Occident ».
L'exil en Phrygie
Le Bréviaire dit qu'Hilaire s'opposa aux ariens « comme un mur très ferme » et attira sur lui leur fureur. Par la ruse de Saturnin, évêque d'Arles, il fut condamné au synode de Béziers et relégué en Phrygie, au cœur de l'Asie Mineure, vers le milieu de l'année 356. Butler dit qu'il partit en exil aussi gaiement qu'un autre partirait en voyage d'agrément, l'âme au-dessus des sourires et des menaces du monde, la pensée fixée en Dieu seul. Le Bréviaire rapporte qu'il y ressuscita un mort.
C'est en exil qu'il écrivit son œuvre maîtresse, les douze livres De la Trinité contre les ariens.
Séleucie, Constantinople et le retour
En 359, l'empereur réunit à Séleucie, en Isaurie, un concile destiné à neutraliser les décrets de Nicée. Les semi-ariens y firent venir Hilaire, espérant se servir de lui. Il y défendit au contraire Nicée sans faiblir, puis se rendit à Constantinople, où il vit, dit le Bréviaire, le péril extrême de la foi. Il demanda publiquement à l'empereur d'être entendu et de débattre de la foi en sa présence avec Saturnin, l'auteur de son bannissement. Les évêques ariens, redoutant son savoir, persuadèrent Constance de le renvoyer dans son diocèse, sous couleur d'honneur, pour débarrasser l'Orient d'un homme qui ne cessait d'en troubler la paix.
Il revint en 360, par l'Illyrie et l'Italie, affermissant partout les faibles. « L'Église des Gaules, écrit saint Jérôme, embrassa Hilaire revenant du combat contre les hérétiques. » Un synode des Gaules, réuni à sa demande, condamna les décisions arrachées à Rimini en 359, et Saturnin fut excommunié et déposé. En 364, il alla encore à Milan affronter l'évêque arien Auxence, qu'il obligea dans une dispute publique à confesser le Christ vrai Dieu, de même substance que le Père ; mais Auxence trompa l'empereur Valentinien et garda son siège.
Saint Hilaire et saint Martin
Le Bréviaire le dit en une phrase : Martin, qui gouverna plus tard l'Église de Tours, suivit Hilaire dans son épiscopat, et il progressa tant à l'école de ce maître que sa sainteté le montra ensuite. Disciple d'Hilaire avant l'exil, Martin revint auprès de lui à Poitiers après son retour d'Orient. Le plus populaire des saints de France est ainsi le fils spirituel du docteur de la Trinité : voyez la vie de saint Martin de Tours.
Le traité sur la Trinité et les autres écrits
Les recherches « Hilaire de Poitiers Trinité » renvoient à son grand ouvrage, De Trinitate. Contre les ariens, Hilaire y montre par l'Écriture que le Fils est vrai Dieu, né du Père, et non une créature ; que le Père et le Fils sont un seul Dieu sans être une seule Personne. Butler rapporte qu'il prit solennellement Dieu à témoin qu'il tient pour la grande œuvre de sa vie d'employer toutes ses facultés à l'annoncer au monde et à exciter tous les hommes à l'aimer. Le traité s'achève, à la fin du livre XII, sur une prière où l'évêque demande à Dieu de rester toujours fidèle à la foi qu'il a professée au jour de son baptême, dans le Père, dans le Fils et dans le Saint-Esprit. Pour la doctrine elle-même, voyez notre page sur la Sainte Trinité.
Ses autres écrits principaux :
- Commentaire sur saint Matthieu, écrit avant l'exil
- Traité sur les psaumes, écrit après l'exil
- Livres à l'empereur Constance, et un pamphlet contre Constance publié seulement après la mort de l'empereur
- Traité sur les synodes, écrit pendant l'exil
- Le Traité des mystères et quelques hymnes, retrouvés en partie dans un manuscrit d'Arezzo en 1887
Butler rapporte que les plus anciennes hymnes latines sont associées au nom d'Hilaire de Poitiers. Son style, ajoute-t-il, est élevé et noble, très orné, et la longueur de ses périodes le rend parfois obscur ; saint Jérôme se plaignait déjà de ses longues phrases. Mais le même Jérôme écrivait à Leta, que cite le Bréviaire, qu'on pouvait lire les livres d'Hilaire « d'un pied sûr », sans aucun soupçon d'erreur. Saint Augustin, qui invoque souvent son autorité contre les pélagiens, l'appelle « l'illustre docteur des Églises ».
La mort de saint Hilaire et le titre de docteur
Rentré à Poitiers, il gouverna son Église dans une grande paix et amena toute la Gaule à condamner l'impiété des ariens. Il mourut à Poitiers. Le Bréviaire place sa mort aux ides de janvier, sous les empereurs Valentinien et Valens, en 369 ; Butler, avec les historiens modernes, la place plutôt vers 368 et note que ni l'année ni le jour ne peuvent être fixés avec certitude. Il était par nature, dit Butler, le plus doux des hommes, plein de courtoisie et d'amitié pour tous.
Nommé « insigne docteur de l'Église » par de nombreux Pères et conciles, il était déjà honoré comme tel dans plusieurs diocèses. À la demande du synode de Bordeaux, Pie IX le déclara en 1851 docteur de l'Église universelle et ordonna que sa messe et son office fussent ceux des docteurs. À Poitiers, l'église Saint-Hilaire-le-Grand porte son nom.
La fête de saint Hilaire, le 14 janvier
Au calendrier de 1962, que suit Iter Fidei, saint Hilaire, évêque, confesseur et docteur de l'Église, est fêté le 14 janvier, fête de IIIe classe, en blanc. La messe est celle des docteurs, In medio Ecclesiae : « Au milieu de l'Église, le Seigneur lui a ouvert la bouche, et l'a rempli de l'esprit de sagesse et d'intelligence. » Selon les rubriques de 1962, on n'y dit pas le Credo. L'épître est l'exhortation de saint Paul à Timothée, « prêche la parole, insiste à temps et à contretemps » (2 Timothée 4, 2), et l'Évangile est celui du sel de la terre : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on ? » (Matthieu 5, 13, traduction Fillion).
Le calendrier réformé de 1969 a placé sa mémoire au 13 janvier. Pour situer saint Hilaire parmi les saints de janvier, voyez la liste des saints catholiques mois par mois.
Prière de saint Hilaire de Poitiers
L'oraison de la messe du 14 janvier
L'oraison est celle du commun des docteurs, qui dit exactement ce que fut Hilaire pour son peuple :
Deus, qui pópulo tuo ætérnæ salútis beátum Hilárium minístrum tribuísti : præsta, quǽsumus ; ut, quem Doctórem vitæ habúimus in terris, intercessórem habére mereámur in cælis. Per Dóminum nostrum Jesum Christum, Fílium tuum : qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. Amen.
Ô Dieu, qui avez donné à votre peuple le bienheureux Hilaire pour ministre du salut éternel, faites, nous vous en prions, que nous méritions d'avoir pour intercesseur dans les cieux celui qui fut sur la terre notre docteur de vie. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
La prière la plus conforme à l'esprit de saint Hilaire reste la confession de la foi trinitaire qu'il a défendue au prix de l'exil : le Credo de Nicée, ou le Symbole de saint Athanase, Quicumque, que le Bréviaire fait réciter à Prime le dimanche de la Trinité et qui expose, avec la précision d'Hilaire, la foi en un seul Dieu en trois Personnes.
Questions Fréquentes
Qui est saint Hilaire de Poitiers ?
Un évêque de Poitiers du IVe siècle, converti du paganisme, qui défendit la divinité du Christ contre l'arianisme. Exilé en Phrygie par l'empereur Constance, il y écrivit son traité De la Trinité. Il fut le maître de saint Martin et Pie IX le proclama docteur de l'Église en 1851.
Quand fête-t-on saint Hilaire de Poitiers ?
Le 14 janvier au calendrier traditionnel de 1962, comme fête de IIIe classe. Le calendrier réformé de 1969 l'a placé au 13 janvier.
Pourquoi saint Hilaire a-t-il été exilé ?
Parce qu'il refusait de condamner saint Athanase et de rompre avec la foi de Nicée. L'empereur Constance, favorable aux ariens, le fit reléguer en Phrygie en 356 après le synode de Béziers ; il ne revint qu'en 360.
Qu'est-ce que le traité sur la Trinité de saint Hilaire ?
Son œuvre principale, en douze livres, écrite pendant l'exil. Il y prouve par l'Écriture que le Fils est vrai Dieu, consubstantiel au Père, contre les ariens qui en faisaient une créature.
Saint Hilaire était-il marié ?
Oui. Il était marié avant sa conversion et avait une fille, Abra. Sa femme vivait encore lorsqu'il fut élu évêque ; le Bréviaire dit qu'il vécut dans le mariage presque comme un moine.
Quel lien entre saint Hilaire et saint Martin ?
Martin fut son disciple. Il le rejoignit à Poitiers après le retour d'exil, avant de devenir évêque de Tours ; le Bréviaire dit qu'il progressa tant à l'école d'Hilaire que sa sainteté le montra ensuite.
Pourquoi l'appelle-t-on l'Athanase de l'Occident ?
Parce qu'il a joué en Gaule et dans tout l'Occident le rôle que saint Athanase jouait en Orient : défenseur de la foi de Nicée, persécuté et exilé pour elle.
Quand saint Hilaire a-t-il été proclamé docteur de l'Église ?
En 1851, par le pape Pie IX, à la demande du synode de Bordeaux.
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Sources. Missel romain, 14 janvier, messe de saint Hilaire (commun des docteurs In medio Ecclesiae), oraison Deus, qui populo tuo. Bréviaire romain, 14 janvier, leçons du IIe nocturne (office d'avant 1960 ; le Bréviaire de 1962 n'en garde qu'une seule leçon, contractée). Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (Exode 3, 14 ; Matthieu 5, 13 ; Jean 1, 1 ; 2 Timothée 4, 2). Alban Butler, Vies des saints, au 14 janvier.