Les Saints
Saint Josaphat, évêque et martyr de l'unité (14 novembre)
Saint Josaphat Kuntsevych, archevêque de Polotsk tué à Vitebsk en 1623 pour l'union des Ruthènes avec Rome : sa vie, son martyre, sa fête du 14 novembre au calendrier de 1962, l'oraison du Missel, et pourquoi il n'a rien à voir avec le Josaphat de la légende de Barlaam.
Saint Josaphat Kuntsevych est un moine basilien devenu archevêque de Polotsk, tué à Vitebsk le 12 novembre 1623 parce qu'il défendait l'union des chrétiens ruthènes de rite byzantin avec le Siège de Pierre. Premier saint des Églises orientales canonisé selon la procédure régulière de la Congrégation des Rites, il est fêté le 14 novembre au calendrier traditionnel de 1962, comme fête de IIIe classe. On l'appelle volontiers le martyr de l'unité : il est mort en pasteur, entre les mains de ceux qu'il voulait ramener à la communion de l'Église.
Qui est saint Josaphat ?
Josaphat est le nom de religion de Jean Kuntsevych (en polonais Kuncewicz), né vers 1580 à Volodymyr, en Volhynie, dans l'ancienne république de Pologne-Lituanie. Le Bréviaire romain le dit né de parents nobles et catholiques ; Butler précise que son père était un bourgeois de bonne famille. Son père l'envoya à l'école de sa ville natale, puis en apprentissage chez un marchand de Vilnius.
Pour comprendre sa vie, il faut connaître son époque. En 1595-1596, à l'union de Brest, le métropolite de Kiev et plusieurs évêques ruthènes (on dirait aujourd'hui biélorusses et ukrainiens) décidèrent de rentrer dans la communion du Siège de Rome, tout en gardant leur liturgie byzantine, leur langue liturgique slavonne et leurs usages. Cette union fut âprement combattue, et les controverses qui suivirent furent, selon le mot de Butler, défigurées par des excès et des violences déplorables. C'est dans ce combat que Josaphat a vécu et qu'il est mort.
Le jeune marchand qui voulait chanter l'Office
Le jeune Jean ne s'intéressait guère au commerce. Il employait ses heures libres à apprendre le slavon d'Église, pour suivre plus intelligemment le culte divin et réciter chaque jour une partie du long office byzantin. Son maître, d'abord agacé de cette piété, finit par lui offrir une association dans ses affaires et la main d'une de ses filles. Jean refusa l'une et l'autre : il voulait être moine.
Le Bréviaire rapporte un trait de son enfance que la tradition a retenu : entendant un jour sa mère parler de la Passion du Christ, il sentit son cœur comme blessé par un trait parti du côté d'une image du Crucifié. C'est le récit de l'Office ; on le reçoit comme une tradition pieuse, qui dit bien d'où venait sa vocation.
Moine basilien à Vilnius
En 1604, il entra au monastère de la Sainte-Trinité de Vilnius et prit le nom de Josaphat. Il y attira Joseph Rutsky, converti du calvinisme, et les deux jeunes moines conçurent ensemble le projet de réformer la vie monastique ruthène et de servir l'union avec Rome. Ordonné diacre puis prêtre, Josaphat devint vite un prédicateur réputé.
Sa vie personnelle était d'une austérité extrême. Le Bréviaire dit qu'il marchait pieds nus en plein hiver, qu'il ne mangea jamais de viande, ne but de vin que par obéissance et porta un rude cilice jusqu'à sa mort ; il avait voué sa chasteté à la Vierge Mère de Dieu dès son adolescence. Au procès de béatification, le bourgmestre de Vilnius déclara qu'il n'y avait pas en ville de meilleur religieux que le père Josaphat. Rutsky et lui sont à l'origine du mouvement qui donna naissance à l'ordre de Saint-Basile, dont les moines portent officiellement depuis 1932 le nom de Basiliens de Saint-Josaphat.
Archevêque de Polotsk
En 1614, Rutsky devint métropolite de Kiev, et Josaphat lui succéda comme archimandrite de Vilnius. En 1617, il fut sacré évêque de Vitebsk avec droit de succession au siège de Polotsk, et le vieil archevêque mourut quelques mois plus tard. Josaphat trouva un diocèse immense et en ruine : églises délabrées, bénéfices aux mains de laïcs, clergé ignorant, moines relâchés.
Il se mit à l'œuvre. Il réunit des synodes, publia un catéchisme et en imposa l'usage, donna des règles de vie au clergé, et défendit les biens de l'Église contre les seigneurs qui s'en étaient emparés. Il prêchait, catéchisait, administrait les sacrements, visitait les pauvres, les malades, les prisonniers et les hameaux les plus reculés. Le Bréviaire rapporte qu'un jour, n'ayant plus rien pour secourir une veuve dans la misère, il fit mettre en gage son propre omophorion, le pallium des évêques byzantins. Vers 1620, selon Butler, le diocèse était presque entièrement catholique et la vie chrétienne y avait repris.
Josaphat défendait aussi, sans fléchir, le droit du clergé et des usages byzantins à être traités à égalité avec ceux de Rome. Cette fermeté lui valut l'hostilité de certains évêques latins de Pologne, qui ne le soutinrent pas comme il l'aurait mérité. Il fut ainsi attaqué de deux côtés : par les adversaires de l'union, qui l'accusaient d'avoir « passé aux Latins », et par des catholiques latins qui ne comprenaient pas son attachement au rite oriental.
Le martyre de saint Josaphat à Vitebsk
En 1620, une hiérarchie dissidente fut établie à côté de la hiérarchie catholique, et un certain Mélèce Smotrytsky fut envoyé à Polotsk comme archevêque rival. Il répandit le bruit que Josaphat était devenu latin, que tout son peuple devrait le devenir, et que le catholicisme n'était pas la foi traditionnelle des Ruthènes. Plusieurs villes, dont Vitebsk, Mohilev et Orcha, passèrent de son côté. Le chancelier de Lituanie, Léon Sapieha, pourtant catholique, accusa par lettre Josaphat de violence ; Butler note que ces accusations générales furent amplement réfutées par des témoignages contemporains des deux camps, le seul fait avéré étant qu'il avait recouru au pouvoir civil pour recouvrer l'église de Mohilev.
En octobre 1623, il décida de retourner à Vitebsk, refusant toute escorte armée. « Si l'on me juge digne du martyre, je n'ai pas peur de mourir », dit-il. Pendant quinze jours, il prêcha dans les églises et visita toutes les maisons sans distinction. Menacé dans les rues, il dit à la foule : « Vous voulez me mettre à mort. Je suis ici au milieu de vous comme votre pasteur, et je serais heureux de donner ma vie pour vous. Je suis prêt à mourir pour la sainte union, pour la primauté de saint Pierre et de son successeur le Souverain Pontife. »
Le matin du 12 novembre 1623, un prêtre nommé Élie vint l'insulter à la porte de l'église ; Josaphat le fit enfermer dans une pièce de sa maison. C'était le prétexte attendu. Les cloches de l'hôtel de ville sonnèrent, la foule envahit la maison épiscopale et frappa ses serviteurs. Josaphat sortit au-devant d'elle : « Mes enfants, pourquoi frappez-vous mes serviteurs ? Si vous avez quelque chose contre moi, me voici. » Il fut abattu à coups de hallebarde et d'une balle, selon Butler ; le Bréviaire parle de coups, de traits et d'une hache. Son corps fut traîné et jeté dans la Dvina. Il avait environ quarante-trois ans.
Butler fait remarquer que ces paroles rappellent celles d'un autre archevêque martyr, saint Thomas Becket. Le Bréviaire ajoute que le corps, entouré d'une lumière merveilleuse, fut retiré du fond du fleuve, et que la plupart des meurtriers, condamnés à mort, abjurèrent le schisme et détestèrent leur crime. Le premier fruit du martyre, dit Butler, fut un retour à l'unité ; Smotrytsky lui-même finit par se réconcilier avec le Saint-Siège.
Béatification, canonisation et culte
Les miracles se multipliant, Urbain VIII inscrivit Josaphat au nombre des bienheureux. Le 29 juin 1867, en la fête des saints Pierre et Paul, pendant les solennités séculaires des Princes des Apôtres, Pie IX le canonisa dans la basilique vaticane, devant près de cinq cents patriarches, métropolites et évêques de tous les rites, comme le raconte la leçon du Bréviaire : il fut le premier saint des Églises orientales à être canonisé au terme d'un procès régulier. Léon XIII étendit ensuite son office et sa messe à toute l'Église.
En 1923, pour le troisième centenaire du martyre, Pie XI lui consacra l'encyclique Ecclesiam Dei, datée du 12 novembre. Après bien des vicissitudes, ses reliques ont été mises à l'abri à Rome au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; depuis 1963, elles reposent dans la basilique Saint-Pierre, sous l'autel de saint Basile. La vénération des reliques des martyrs, que l'Église pratique depuis les catacombes, prend ici un sens particulier : c'est au tombeau de Pierre que repose celui qui est mort pour la communion avec Pierre.
Dès 1874, le bénédictin dom Alphonse Guépin publia en deux gros volumes une vie de Saint Josaphat, archevêque martyr, et l'Église grecque unie en Pologne, nourrie des actes du procès de béatification ; la plupart des auteurs occidentaux qui ont écrit après lui en dépendent.
Quand fête-t-on saint Josaphat ?
Au calendrier de 1962, que suit Iter Fidei, saint Josaphat, évêque et martyr, est fêté le 14 novembre, fête de IIIe classe, avec ornements rouges. La messe a son oraison propre ; l'Évangile est celui du bon Pasteur, qui « donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10, 11, traduction Fillion).
Le calendrier réformé de 1969 a transféré sa mémoire au 12 novembre, jour de sa mort. Les catholiques de rite byzantin, de leur côté, le fêtent selon leur propre calendrier. C'est pourquoi on trouve les deux dates : 14 novembre dans le calendrier traditionnel, 12 novembre dans le calendrier réformé.
Prière à saint Josaphat
L'oraison de la messe du 14 novembre
L'oraison propre de sa fête est une prière pour l'Église entière, qui demande l'Esprit même qui a rempli le martyr.
Excita, quǽsumus, Dómine, in Ecclésia tua Spíritum, quo replétus beátus Jósaphat Martyr et Póntifex tuus ánimam suam pro óvibus pósuit: ut, eo intercedénte, nos quoque eódem Spíritu moti ac roboráti, ánimam nostram pro frátribus pónere non vereámur. Per Dóminum nostrum Jesum Christum, Fílium tuum: qui tecum vivit et regnat in unitáte ejúsdem Spíritus Sancti Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. Amen.
Suscitez dans votre Église, nous vous en prions, Seigneur, l'Esprit dont fut rempli le bienheureux Josaphat, votre martyr et pontife, lorsqu'il donna sa vie pour ses brebis ; afin que, par son intercession, mus et fortifiés nous aussi par ce même Esprit, nous ne craignions pas de donner notre vie pour nos frères. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en l'unité du même Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Cette oraison fait écho à la parole du Seigneur : « Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15, 13). On peut la dire en privé, en particulier pour l'unité des chrétiens et pour les catholiques orientaux.
Saint Josaphat et le Josaphat de la légende de Barlaam
Beaucoup de recherches confondent deux personnages qui n'ont rien de commun. Le Josaphat de la célèbre légende de Barlaam et Josaphat est un prince indien fictif, converti par l'ermite Barlaam : ce roman pieux, très lu au Moyen Âge, est une adaptation chrétienne de la vie traditionnelle du Bouddha, et le nom même de Josaphat dériverait, par une longue chaîne de traductions, du mot bodhisattva. Barlaam et Josaphat furent inscrits au Martyrologe romain au 27 novembre, mais ce sont des figures de légende.
Saint Josaphat Kuntsevych, lui, est un personnage parfaitement historique du XVIIe siècle, dont la vie et la mort sont connues par les actes de son procès et par des témoins des deux camps. Il a reçu ce nom en entrant au monastère, comme le reçoivent les moines byzantins, sans aucun lien avec le prince de la légende. Quant à la « vallée de Josaphat », nommée par le prophète Joël (Joël 3, 2), elle n'a pas davantage de rapport avec lui.
Pourquoi saint Josaphat compte aujourd'hui
Josaphat a vécu la division des chrétiens d'Orient et d'Occident de l'intérieur. Il n'a jamais demandé aux Ruthènes de renoncer à leur rite, à leur langue liturgique ni à leurs usages ; il leur demandait seulement de reconnaître l'autorité du successeur de Pierre. C'est exactement ce qui distingue l'Église catholique des Églises séparées, comme l'explique notre page sur la différence entre catholiques et orthodoxes. Il est mort pour cette primauté du pape, qu'il prêchait en paroles et défendait par écrit, dit le Bréviaire, contre les calomnies de ses adversaires.
Sa figure rappelle aussi qu'il n'existe pas un seul rite catholique. L'Église de 1962 vénère côte à côte les Pères latins et les Pères grecs, et elle a donné à toute l'Église latine la fête d'un moine byzantin. Pour situer saint Josaphat parmi les autres saints du calendrier traditionnel, voyez la liste des saints catholiques, où il figure au mois de novembre. D'autres évêques ont, comme lui, versé leur sang en pasteurs au milieu du peuple qu'ils évangélisaient, tel saint Boniface, apôtre de l'Allemagne, tué en Frise en 754.
Questions Fréquentes
Qui était saint Josaphat ?
Un moine basilien de rite byzantin, Jean Kuntsevych (vers 1580-1623), devenu archevêque de Polotsk, dans l'actuelle Biélorussie. Il travailla à l'union des Ruthènes avec Rome et fut tué par une foule hostile à cette union, à Vitebsk, le 12 novembre 1623.
Quel jour fête-t-on saint Josaphat ?
Le 14 novembre au calendrier traditionnel de 1962, comme fête de IIIe classe. Le calendrier réformé de 1969 l'a placé au 12 novembre, jour de son martyre.
Pourquoi saint Josaphat est-il appelé évêque et martyr de l'unité ?
Parce qu'il a donné sa vie pour la communion de son Église avec le Siège de Rome. Il disait être prêt à mourir « pour la sainte union, pour la primauté de saint Pierre et de son successeur ». Pie XI lui a consacré en 1923 l'encyclique Ecclesiam Dei, pour le troisième centenaire de son martyre.
Saint Josaphat est-il le Bouddha ?
Non. C'est le Josaphat légendaire de Barlaam et Josaphat qui est une adaptation chrétienne de la vie du Bouddha. Saint Josaphat Kuntsevych est un évêque historique du XVIIe siècle, sans aucun lien avec ce récit.
Quand saint Josaphat a-t-il été canonisé ?
Il fut béatifié par Urbain VIII, puis canonisé par Pie IX le 29 juin 1867, premier saint oriental canonisé par la procédure régulière de la Congrégation des Rites. Léon XIII étendit sa fête à toute l'Église latine.
Où se trouvent les reliques de saint Josaphat ?
À Rome, dans la basilique Saint-Pierre, sous l'autel de saint Basile, depuis 1963.
Qui sont les Basiliens de saint Josaphat ?
Les moines de l'ordre de Saint-Basile issu de la réforme que Josaphat et le métropolite Rutsky avaient lancée au début du XVIIe siècle. Ils portent officiellement ce nom depuis 1932.
L'application Iter Fidei donne chaque jour le calendrier traditionnel de 1962, la messe et l'office divin du jour, avec la fête de saint Josaphat le 14 novembre et les vies des saints. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Missel romain, 14 novembre, messe de saint Josaphat, oraison Excita, quaesumus. Bréviaire romain, 14 novembre, leçons du IIe nocturne (office d'avant 1960 ; le Bréviaire de 1962 n'en garde qu'une seule leçon, contractée). Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (Joël 3, 2 ; Jean 10, 11 ; 15, 13). Alban Butler, Vies des saints, au 14 novembre.