Actualités
Des évêques prient pour le président : prier pour les gouvernants n'est pas épouser un parti
À douze jours des élections de mi-mandat, une poignée d'évêques américains ont prié autour du président dans le Bureau ovale ; la conférence épiscopale se démarque et le cadre reste contesté.

Le 22 octobre, l'archevêque de Denver, Mgr James Golka, et plus d'une demi-douzaine d'évêques américains se sont rassemblés autour du président des États-Unis, dans le Bureau ovale, pour prier et demander sur lui la bénédiction de Dieu. Parmi eux Mgr Abdallah Elias Zaidan, Mgr Edward Burns, Mgr James Wall, Mgr Joseph Naumann, Mgr William Joensen, Mgr Jeffrey Grob et Mgr Michael Barber.
La rencontre, organisée par le bureau de la foi de la Maison-Blanche, portait sur la liberté religieuse, le choix de l'école, les visas religieux et la défense de la vie ; avant de conclure, les évêques ont prié autour du bureau présidentiel. L'archevêque a rendu grâce « pour le don de notre belle nation, le don de notre gouvernement, et le don de cette charge présidentielle », et supplié le Ciel « d'entourer notre pays, de nous protéger contre toute influence du mal ».
Prier pour ceux qui détiennent l'autorité n'est ni une nouveauté ni une complaisance : c'est un commandement apostolique. « Je demande donc, avant toutes choses, que l'on fasse des supplications, des prières, des intercessions, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont constitués en dignité » (Ire à Timothée, II, 1-2). Le Canon même de la Messe nomme les gouvernants dans sa supplication, et le Catéchisme du Concile de Trente range au quatrième commandement, parmi les devoirs des sujets envers les magistrats, celui de prier pour eux. L'Église n'a jamais cessé d'appeler sur les princes la lumière et la crainte de Dieu ; elle le fait d'autant plus volontiers que le pouvoir est incertain de ses fins.
Là où la prière pour le prince est de toujours, l'équivoque se loge ailleurs : dans l'heure et dans l'usage. La scène se tient à douze jours d'élections de mi-mandat, et la vidéo en a été diffusée sur un compte de campagne, ce qui lui prête une couleur électorale. L'archidiocèse de Denver a tenu à préciser que prier pour les gouvernants « est une pratique de longue tradition dans l'Église catholique » et que « cela ne signifie pas soutenir un candidat ou un parti politique en particulier ».
La conférence des évêques des États-Unis s'en est démarquée : « Ce n'est pas quelque chose que l'USCCB a organisé. Ce n'est pas affilié à la Conférence. » La directrice du bureau de la foi y a vu « non de la politique, mais de l'action publique, s'achevant par une prière véritable avec le président et pour lui ». Le cadre, lui, reste contesté.
L'Église prie pour les princes ; elle ne se livre pas à un parti. Le geste est licite et antique ; ce qui ne l'est pas, ce serait d'en faire l'enseigne d'une faction à la veille d'un scrutin. Entre la supplication et la campagne, la frontière n'est pas une subtilité : c'est tout l'ordre que le quatrième commandement fixe entre le trône et l'autel. On peut bénir un homme revêtu d'une charge sans bénir ses alliances ; la prudence veut que le second ne se cache pas sous la première.
Sources. Catéchisme du Concile de Trente (1566), du quatrième commandement, sur l'honneur et les prières dus aux magistrats ; saint Paul, Ire épître à Timothée, II, 1-2 (Vulgate) ; Canon de la Messe (Te igitur), prière pour les gouvernants.