Les Dévotions
Le Chemin de Croix : les 14 stations, prières et méditation
Le chemin de croix, ses 14 stations avec le texte complet, la manière traditionnelle de le faire selon saint Alphonse de Liguori, les indulgences attachées et sa place les vendredis de Carême.

Le chemin de croix est la dévotion par laquelle nous suivons Notre-Seigneur de sa condamnation par Pilate jusqu'au tombeau, en méditant quatorze stations de sa Passion. Il se fait devant les quatorze croix érigées dans une église, ou en privé avec un texte, particulièrement les vendredis de Carême et le Vendredi saint. Nous donnons ici la liste complète des stations, la manière traditionnelle de le faire selon la méthode de saint Alphonse de Liguori, et les indulgences que l'Église y a attachées.
Qu'est-ce que le chemin de croix ?
Le chemin de croix — on dit aussi le chemin de la croix, en latin Via Crucis — reproduit le trajet que le Sauveur a parcouru en portant sa croix, de la maison de Pilate au Calvaire. « Et, portant Sa croix, Il vint au lieu appelé Calvaire ; en hébreu, Golgotha » (Jean 19, 17, Fillion).
La Tradition rapporte que la sainte Vierge visitait après la Résurrection les lieux sanctifiés par le sang de son Fils ; les pèlerins de Jérusalem firent de même, et lorsque la Terre sainte devint inaccessible, les Franciscains, gardiens des Lieux saints, propagèrent en Europe la reproduction de ce parcours. Le pape Clément XII étendit la dévotion à toutes les églises en 1731, et saint Léonard de Port-Maurice, franciscain, érigea de sa main plus de cinq cents chemins de croix, dont celui du Colisée en 1750.
La dévotion est une prédication en actes de la parole du Seigneur : « Si quelqu'un veut venir après Moi, qu'il renonce à lui-même, et qu'il porte sa croix tous les jours, et qu'il Me suive » (Luc 9, 23, Fillion). Le psaume 22, que Jésus cita en croix, en est comme le texte prophétique.
Les 14 stations du chemin de croix (liste complète)
Voici le texte des quatorze stations dans leur ordre traditionnel, tel qu'on le trouve dans les manuels traditionnels. Chacune porte une courte méditation dans l'esprit de saint Alphonse.
1. Jésus est condamné à mort. Pilate livre l'Innocent ; le Juge des vivants accepte une sentence inique pour effacer la nôtre.
2. Jésus est chargé de sa croix. Il embrasse le bois qui porte le poids de nos péchés ; recevons de sa main les croix de chaque jour.
3. Jésus tombe pour la première fois. Le fardeau l'écrase ; nos premières chutes sont ici expiées.
4. Jésus rencontre sa très sainte Mère. Le regard du Fils croise celui de la Mère des douleurs ; nul n'a compati à la Passion comme Marie.
5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix. « Ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix, la lui faisant porter derrière Jésus » (Luc 23, 26, Fillion). Porter la croix derrière Jésus : toute la vie chrétienne tient dans ce geste.
6. Véronique essuie le visage de Jésus. Le Sauveur laisse l'empreinte de sa sainte Face sur le linge de la compassion.
7. Jésus tombe pour la deuxième fois. Il se relève pour nous apprendre à nous relever par la pénitence.
8. Jésus console les filles de Jérusalem. « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur Moi ; mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants » (Luc 23, 28, Fillion). Les vraies larmes sont celles de la contrition.
9. Jésus tombe pour la troisième fois. Au pied du Calvaire, il achève la montée pour ceux qui désespèrent de persévérer.
10. Jésus est dépouillé de ses vêtements. Ils se partagent ses habits, comme l'avait annoncé le psalmiste ; il est dépouillé de tout pour expier nos vanités.
11. Jésus est cloué à la croix. Les mains qui bénissaient sont percées ; nous adorons les plaies sacrées, prix de notre rachat.
12. Jésus meurt sur la croix. Ici l'on s'agenouille : entre deux larrons, le Fils de Dieu remet son âme à son Père.
13. Jésus est descendu de la croix et remis à sa Mère. Marie reçoit sur ses genoux le corps de son Fils ; elle est la Mère de tous les rachetés.
14. Jésus est mis au tombeau. Le grain de blé est mis en terre ; le troisième jour, il se lèvera.
Ce texte suffit pour prier ; il peut être recopié ou imprimé pour suivre les stations chez soi ou à l'église.
Comment faire le chemin de croix
La manière traditionnelle est simple. Elle demande deux choses seulement : méditer la Passion, et aller de station en station lorsque le chemin de croix est fait individuellement devant des stations érigées (quand une assemblée nombreuse le fait avec un prêtre, celui-ci se déplace pour tous).
- Devant la première station, formuler l'intention et faire un acte de contrition ; l'acte de contrition ordinaire convient.
- À chaque station, on s'agenouille et l'on dit : « Nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons, parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix. »
- On médite quelques instants la scène, avec le texte ci-dessus ou un manuel traditionnel.
- On dit un Pater, un Ave et un Gloria Patri, puis l'on passe à la station suivante.
- À la fin, l'usage est de prier aux intentions du Souverain Pontife (un Pater, un Ave et un Gloria).
Les prières du chemin de croix : la méthode de saint Alphonse
Le texte le plus répandu dans la tradition est celui de saint Alphonse de Liguori, docteur de l'Église. Sa méthode ajoute à chaque station une courte prière d'amour et de repentir, où le fidèle dit à Jésus qu'il l'aime plus que lui-même, qu'il se repent de l'avoir offensé, et lui demande de ne plus jamais se séparer de lui. Cette prière, répétée quatorze fois, imprime dans l'âme la contrition que la dévotion veut produire.
Les chants : le Stabat Mater
Entre les stations, l'usage est de chanter une strophe du Stabat Mater, la séquence médiévale des douleurs de Marie au pied de la croix. D'autres cantiques traditionnels de la Passion conviennent ; le silence aussi.
Les indulgences attachées au chemin de croix
L'Église a enrichi cette dévotion plus qu'aucune autre. Selon la discipline traditionnelle (Raccolta), les fidèles qui font le chemin de croix devant des stations légitimement érigées gagnent, avec au moins un cœur contrit, une indulgence plénière chaque fois qu'ils le font, et une autre s'ils communient le même jour ; ceux qui sont légitimement empêchés — malades, prisonniers, voyageurs en mer — peuvent gagner les mêmes indulgences en tenant en main un crucifix bénit à cette fin et en récitant vingt fois Pater, Ave et Gloria : un pour chaque station, cinq en l'honneur des cinq plaies, un aux intentions du Souverain Pontife. Aucun pèlerinage n'est requis : la richesse spirituelle du Calvaire est ouverte dans la moindre église de campagne.
Le chemin de croix bénite : l'érection des stations
Ce qui constitue canoniquement un chemin de croix, ce sont quatorze croix de bois bénites et érigées par un prêtre ayant le pouvoir requis — pouvoir longtemps réservé aux Franciscains. Les images ou tableaux qui accompagnent les croix aident la méditation, mais ce sont les croix elles-mêmes qui portent la bénédiction et les indulgences. C'est pourquoi l'on parle de chemin de croix bénite ou érigé. La croix de saint Benoît, frappée sur sa médaille, relève d'une autre dévotion, que nous exposons dans notre article sur saint Benoît. De même, le scapulaire du Mont-Carmel, sacramental que l'on porte sur soi, relève d'une autre dévotion mariale, avec sa promesse propre.
Le vendredi de Carême et le Vendredi saint
En dehors du chemin de croix, la piété privée médite aussi la Passion par d'anciennes prières, comme les quinze oraisons de sainte Brigitte. Le chemin de croix peut se faire en tout temps, mais la tradition le lie aux vendredis, jour de la mort du Seigneur, et singulièrement aux vendredis de Carême, où les paroisses le font en commun. Son sommet est le Vendredi saint, au cœur de la Semaine sainte, jour où l'Église ne célèbre pas la messe, où elle découvre et vénère le bois de la vraie Croix, et où cette dévotion prend toute sa force — le Vendredi saint tombe le 26 mars en 2027, après le 3 avril en 2026.
Le chemin de croix de Lourdes
Parmi les chemins de croix monumentaux, celui de Lourdes, sur la colline des Espélugues, inauguré en 1912, est l'un des plus fréquentés de France : les pèlerins en gravissent les stations aux figures de bronze, certains pieds nus, en prolongement des grâces de la Grotte.
Le chemin de croix est l'école de la Passion : un quart d'heure suffit, et l'âme y apprend ce que coûte le péché et ce que vaut son rachat. C'est la leçon même des grands maîtres du Carmel : pour saint Jean de la Croix, il n'est point d'union à Dieu qui n'ait la Croix pour porte.
Questions Fréquentes
Combien de stations compte le chemin de croix ?
Quatorze, de la condamnation à mort à la mise au tombeau. Ce nombre, stabilisé par l'usage des Franciscains et confirmé par les papes du XVIIIe siècle, est requis pour l'érection canonique des stations.
Comment faire le chemin de croix ?
Il suffit de méditer la Passion en passant de station en station : à chacune, une génuflexion, le verset « Nous vous adorons, ô Christ », une courte méditation, puis Pater, Ave et Gloria. La méthode de saint Alphonse de Liguori fournit les textes les plus répandus.
Quand fait-on le chemin de croix ?
En tout temps, mais principalement le vendredi, jour de la mort du Sauveur, et surtout les vendredis de Carême et le Vendredi saint, où il se fait publiquement dans les églises.
Quelle prière dit-on à chaque station ?
« Nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons, parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix », suivi de la méditation, d'un Pater, d'un Ave et d'un Gloria. Saint Alphonse y ajoute une courte prière d'amour et de repentir.
Qu'est-ce qu'un chemin de croix bénite ?
Ce sont les quatorze croix de bois bénites et érigées par un prêtre ayant le pouvoir requis. Cette érection canonique est la condition des indulgences ; les images qui les accompagnent ne sont qu'une aide à la méditation.
Peut-on faire le chemin de croix seul, chez soi ?
Devant des stations érigées, oui, en se déplaçant de l'une à l'autre. Ceux qui sont légitimement empêchés d'aller à l'église peuvent, selon la discipline traditionnelle, gagner les indulgences avec un crucifix indulgencié à cette fin.
Que signifie l'expression « un chemin de croix » ?
Dans le langage courant, elle désigne une épreuve longue et douloureuse. L'expression vient directement de la dévotion : la vie chrétienne est une montée au Calvaire à la suite du Christ, et la langue en a gardé la mémoire.
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Sources. Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion sur la Vulgate (Jean 19 ; Luc 9 ; Luc 23) ; saint Alphonse de Liguori, Via Crucis ; Clément XII, bref d'extension de la dévotion (1731) ; The Raccolta (Benziger, 1943), n° 164.