Les Saints
Sainte Élisabeth de Hongrie, la reine des pauvres
Sainte Élisabeth de Hongrie, princesse devenue servante des pauvres, veuve et tertiaire de saint François, fêtée le 19 novembre : sa vie à la Wartburg, la légende du miracle des roses, l'hôpital de Marbourg, sa prière et l'église qui lui est dédiée à Paris.
Sainte Élisabeth de Hongrie (1207-1231), fille du roi André II de Hongrie et épouse du landgrave de Thuringe, quitta les splendeurs de la cour pour servir de ses mains les pauvres et les malades. Veuve à vingt ans, tertiaire de saint François, elle mourut à Marbourg à vingt-quatre ans, et le pape Grégoire IX la canonisa dès 1235. L'Église la fête le 19 novembre ; elle est la patronne des œuvres de charité, des hôpitaux et du Tiers-Ordre franciscain.
La vie de sainte Élisabeth de Hongrie
Une princesse promise dès le berceau
Élisabeth naquit en 1207, à Presbourg (l'actuelle Bratislava) ou à Sárospatak, du roi André II de Hongrie et de la reine Gertrude d'Andechs-Méran. Par sa mère, elle était la nièce de sainte Hedwige, duchesse de Silésie ; plus tard, sainte Élisabeth de Portugal, sa petite-nièce, recevra son nom. Pour des raisons politiques, elle fut promise tout enfant au fils aîné du landgrave Hermann de Thuringe. À quatre ans, on la conduisit au château de la Wartburg, près d'Eisenach, pour y être élevée avec son futur époux.
La petite princesse eut à souffrir de la froideur d'une partie de la cour, qui ne comprenait pas sa piété. Mais le jeune Louis s'attacha à elle de plus en plus : à chaque voyage, il lui rapportait un présent, un couteau, une bourse, des gants ou un chapelet de corail, et elle courait à sa rencontre. On voulut le persuader de la renvoyer en Hongrie comme une épouse peu convenable ; il répondit qu'il jetterait plutôt une montagne d'or que de renoncer à elle.
L'épouse du landgrave Louis de Thuringe
En 1221, Louis, devenu landgrave à la place de son père, épousa Élisabeth, alors âgée de quatorze ans. Leur union ne dura que six ans, mais ce fut une union d'une rare tendresse et d'une grande piété. Ils eurent trois enfants : Hermann, né en 1222, Sophie, future duchesse de Brabant, et Gertrude, qui fut abbesse d'Altenberg et que l'Église honore comme bienheureuse.
Louis ne mit jamais d'obstacle à la charité de sa femme, à sa vie simple et mortifiée, ni à ses longues prières. Une de ses dames d'honneur raconte qu'Élisabeth se levait la nuit pour prier, et que son mari la suppliait de se ménager en lui tenant la main.
La mère des pauvres de la Wartburg
En 1225, une grande famine frappa la Thuringe. En l'absence du landgrave, Élisabeth vida son propre trésor et distribua toute la réserve de blé aux plus éprouvés. À son retour, les officiers de la maison se plaignirent de ses prodigalités ; Louis demanda seulement si elle avait aliéné quelqu'un de ses domaines, et ajouta : « Ses aumônes attireront sur nous les bénédictions divines. Nous ne manquerons de rien tant que nous la laisserons secourir les pauvres. »
Le château de la Wartburg se dressait sur un rocher abrupt, que les infirmes ne pouvaient gravir. Élisabeth fit donc bâtir au pied du rocher un hôpital où elle nourrissait les malades de ses mains, faisait leurs lits et les soignait, même au plus fort de l'été. Elle prit à sa charge les orphelins, fonda un autre hôpital de vingt-huit lits et nourrissait chaque jour neuf cents pauvres à sa porte. Sa charité restait discrète et sage : elle donnait du travail à ceux qui pouvaient travailler, plutôt que d'entretenir leur oisiveté. Elle rejoint ainsi la lignée des grands serviteurs des pauvres, de saint Martin de Tours partageant son manteau à saint Vincent de Paul, apôtre de la charité organisée.
Veuve et tertiaire de saint François
En 1227, Louis prit la croix et partit rejoindre l'empereur Frédéric II en Apulie ; le 11 septembre, il mourut de la peste à Otrante. Quand la nouvelle parvint à la Wartburg, Élisabeth venait de mettre au monde sa troisième enfant. « Le monde est mort pour moi, s'écria-t-elle, et tout ce qu'il avait de joyeux. »
La suite est diversement rapportée. Selon le témoignage d'Isentrude, sa dame d'honneur, son beau-frère Henri, régent, la chassa de la Wartburg avec ses enfants pendant l'hiver ; d'autres récits parlent d'un départ volontaire. Recueillie par sa tante, l'abbesse de Kitzingen, puis par son oncle Eckbert, évêque de Bamberg, elle refusa le remariage qu'on lui proposait : elle avait promis à son époux de ne jamais se remarier. Le Vendredi saint de 1228, dans l'église des Frères mineurs d'Eisenach, elle renonça solennellement au monde, puis prit l'habit gris et la corde du Tiers-Ordre de saint François d'Assise, alors encore vivant dans toutes les mémoires.
Marbourg et le maître Conrad
Son directeur, maître Conrad de Marbourg, prêtre austère que le pape Grégoire IX tenait en haute estime, exerça dès lors sur elle une autorité très sévère. Il l'empêcha de mendier de porte en porte, de se dépouiller de tous ses biens d'un seul coup ou de s'exposer à la lèpre ; mais il alla jusqu'à éloigner d'elle ses suivantes les plus chères et à la punir durement. Élisabeth se comparait au jonc d'un ruisseau en crue : l'eau le couche à plat, mais quand la pluie a cessé, il se redresse, droit, fort et intact. Butler, qui ne cache pas la rudesse de Conrad, reconnaît que les épreuves qu'il lui imposa furent pour elle un chemin de sainteté.
Elle bâtit près de Marbourg une petite maison et un hospice pour les malades, les vieillards et les pauvres, et s'y consacra entièrement. Un noble hongrois venu la chercher la trouva vêtue de gris, assise à son rouet : « A-t-on jamais vu une fille de roi filer la laine ? » Il voulut la ramener en Hongrie ; elle refusa, car ses enfants, ses pauvres et le tombeau de son mari étaient en Thuringe.
Sa mort à vingt-quatre ans
Sa santé s'épuisa en moins de deux ans. Sur son lit de mort, on l'entendit chanter doucement : un petit oiseau, disait-elle, chantait si gaiement entre elle et le mur qu'elle avait dû chanter aussi. À minuit, elle dit : « Voici l'heure où le Seigneur est né et a reposé dans la crèche. Il est venu racheter le monde, et il me rachètera. » Elle mourut le soir du 17 novembre 1231, n'ayant pas encore vingt-quatre ans. Les miracles se multiplièrent à son tombeau, et sa canonisation fut proclamée en 1235.
En 1236, ses restes furent transférés dans l'église Sainte-Élisabeth de Marbourg, en présence de l'empereur Frédéric II et d'une foule immense venue de toutes les nations. Ces reliques furent un lieu de pèlerinage pour toute l'Allemagne jusqu'en 1539, année où le landgrave protestant Philippe de Hesse les fit enlever et disperser.
Le miracle des roses et le lépreux : la légende de sainte Élisabeth
Le trait le plus connu de sa légende est le miracle des roses. On raconte qu'Élisabeth descendait de la Wartburg, le manteau chargé de pain pour les pauvres, quand elle fut surprise par son mari ; sommée de montrer ce qu'elle portait, elle ouvrit son manteau, et l'on n'y vit que des roses. Ce récit, qui a fait d'elle la patronne des boulangers et inspiré tant de statues et de tableaux, n'apparaît que dans des vies tardives ; les témoignages contemporains n'en parlent pas. Il exprime cependant une vérité : ce que l'on donne aux pauvres pour l'amour du Christ fleurit devant Dieu.
Plus ancien et plus beau est le récit du lépreux. Élisabeth avait couché un lépreux dans son propre lit. Le landgrave, indigné, arracha les couvertures ; « mais à cet instant, écrit Thierry d'Apolda, Dieu tout-puissant ouvrit les yeux de son âme, et au lieu d'un lépreux il vit le Christ crucifié étendu sur le lit ». Le P. Delehaye, cité par Butler, fait observer que les hagiographes postérieurs ont changé cette vision de la foi en apparition matérielle, un crucifix sanglant laissé sur le lit. La version première, tunc aperuit Deus interiores principis oculos, dit tout : la foi voit le Christ dans le pauvre.
Sainte Élisabeth de Hongrie, patronne de quoi ?
Sainte Élisabeth est la patronne :
- du Tiers-Ordre de saint François, dont elle fut l'une des premières et des plus illustres membres ;
- des œuvres de charité, des hôpitaux et des infirmières, à cause de ses hôpitaux de la Wartburg et de Marbourg ;
- des veuves, qu'elle édifia par sa fidélité au mari défunt ;
- des boulangers, en souvenir du pain changé en roses ;
- des pauvres et des affamés, pour lesquels elle vida ses greniers.
Elle est un modèle de la vertu de charité telle que l'expose notre page sur les vertus théologales et cardinales : l'amour de Dieu qui se fait service du prochain. Avec sainte Clotilde, reine des Francs, elle montre que la couronne n'empêche pas la sainteté, mais la met au service des plus petits. Pour les hôpitaux et les malades, l'Église invoque aussi saint Jean de Dieu, fondateur des Frères hospitaliers, que Léon XIII leur a donné pour patron céleste.
La fête de sainte Élisabeth de Hongrie : le 19 novembre
Morte le 17 novembre 1231, sainte Élisabeth est fêtée au calendrier de 1962 le 19 novembre, sous le titre de sainte Élisabeth, veuve, comme fête de IIIe classe. La messe est celle des saintes femmes, Cognovi, Domine : « J'ai reconnu, Seigneur, que vos jugements sont équitables. » Le calendrier de 1969 a déplacé sa mémoire au 17 novembre, jour de sa mort ; ceux qui suivent les livres de 1962 la gardent le 19.
Prières à sainte Élisabeth de Hongrie
L'oraison de sa fête
La prière officielle de l'Église pour sa fête, au Missel romain, demande la grâce même qui fit sa sainteté : mépriser les prospérités du monde.
Tuorum corda fidelium, Deus miserator, illustra: et, beatae Elisabeth precibus gloriosis, fac nos prospera mundi despicere, et caelesti semper consolatione gaudere. Per Dominum nostrum Iesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.
Ô Dieu de miséricorde, illuminez le cœur de vos fidèles ; et, par les glorieuses prières de la bienheureuse Élisabeth, faites-nous mépriser les prospérités du monde et jouir toujours de la consolation céleste. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous dans l'unité du Saint-Esprit, Dieu, pour tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
L'église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie à Paris
À Paris, au 195 rue du Temple, dans le IIIe arrondissement, s'élève l'église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie. La reine Marie de Médicis fonda en 1628 la maison des religieuses de Sainte-Élisabeth, tertiaires franciscaines cloîtrées qui instruisaient les jeunes filles ; l'église fut consacrée le 14 juillet 1646, en présence de la reine Anne d'Autriche, sous le double vocable de sainte Élisabeth et de Notre-Dame de Pitié. Fermée à la Révolution, elle échappa à la démolition qui emporta le couvent et devint paroissiale au début du XIXe siècle. Elle est aussi l'église conventuelle de l'Ordre de Malte à Paris. On y admire, dans le déambulatoire, une centaine de panneaux sculptés du XVIIe siècle provenant des stalles de l'abbaye Saint-Vaast d'Arras, et un grand orgue classé.
D'autres églises et paroisses portent son nom en France, notamment à Versailles : signe d'une dévotion qui, depuis le XIIIe siècle, n'a jamais cessé.
Les autres saints honorés au fil de l'année sont rassemblés dans notre calendrier des saints catholiques, mois par mois.
Questions Fréquentes
Quelle est la date de la fête de sainte Élisabeth de Hongrie ?
Au calendrier de 1962, sainte Élisabeth de Hongrie est fêtée le 19 novembre, comme fête de IIIe classe. Elle est morte le 17 novembre 1231, date que le calendrier de 1969 a retenue pour sa mémoire.
Quel est le miracle de sainte Élisabeth de Hongrie ?
Le plus célèbre est le miracle des roses : surprise alors qu'elle portait du pain aux pauvres dans son manteau, elle l'ouvrit et l'on n'y vit que des roses. Ce récit est une légende tardive ; le récit plus ancien est celui du lépreux couché dans son lit, en qui son mari vit le Christ crucifié.
Pourquoi sainte Élisabeth de Hongrie est-elle sainte ?
Pour l'héroïsme de sa charité : princesse et landgravine, elle se fit la servante des pauvres et des malades, accepta l'humiliation après la mort de son mari et embrassa la pauvreté franciscaine. Les miracles obtenus à son tombeau conduisirent à sa canonisation par Grégoire IX en 1235.
Sainte Élisabeth de Hongrie était-elle la nièce de sainte Hedwige ?
Oui. Sa mère, Gertrude d'Andechs-Méran, était la sœur de sainte Hedwige, duchesse de Silésie. La famille compte aussi sainte Élisabeth de Portugal, sa petite-nièce, qui reçut son nom.
Quel âge avait sainte Élisabeth de Hongrie à sa mort ?
Elle n'avait pas encore vingt-quatre ans. Née en 1207, mariée à quatorze ans, veuve à vingt, elle mourut à Marbourg le 17 novembre 1231.
Où se trouve l'église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie à Paris ?
Au 195 rue du Temple, dans le IIIe arrondissement. Fondée par Marie de Médicis en 1628 et consacrée en 1646, c'est aussi l'église conventuelle de l'Ordre de Malte à Paris.
Quel livre lire sur la vie de sainte Élisabeth de Hongrie ?
Le classique français est l'Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie du comte de Montalembert (1836), d'une grande beauté de style, même si Butler lui reproche un certain manque de critique historique. Les sources les plus anciennes sont les dépositions de ses quatre servantes et les lettres de Conrad de Marbourg.
L'application Iter Fidei donne chaque jour le calendrier traditionnel de 1962 avec la vie du saint, l'office divin et les prières, dont la neuvaine à sainte Élisabeth de Hongrie. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Alban Butler, Vies des Pères, des martyrs et des autres principaux saints, au 19 novembre. Missel romain, messe de sainte Élisabeth, veuve (Cognovi, Domine), oraison Tuorum corda fidelium. Thierry d'Apolda, Vie de sainte Élisabeth. Libellus de dictis quatuor ancillarum. Charles de Montalembert, Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie, duchesse de Thuringe, 1836.