La Prière
Veni, veni Emmanuel : paroles latines et traduction
Veni, veni Emmanuel, le grand chant de l'Avent : paroles latines complètes, traduction française strophe par strophe, les sept grandes antiennes « Ô » des Vêpres dont il est tiré, son histoire de Cologne (1710) à la mélodie médiévale, et quand le chanter.
Veni, veni Emmanuel est le chant le plus connu de l'Avent : une hymne latine qui appelle la venue du Messie sous les titres que lui donnent les prophètes — Emmanuel, Rejeton de Jessé, Orient, Clef de David, Adonaï. Elle est la mise en vers des grandes antiennes « Ô », que l'Église chante aux Vêpres du 17 au 23 décembre, et son texte latin est imprimé pour la première fois à Cologne en 1710. Voici ses paroles latines complètes avec leur traduction, puis les sept antiennes liturgiques dont elle est née, son histoire et la manière de la chanter.
Les paroles latines de Veni, veni Emmanuel
Le texte publié en 1710 compte cinq strophes, chacune suivie du refrain Gaude ! Gaude !
Veni, veni, Emmanuel,
captivum solve Israel,
qui gemit in exilio,
privatus Dei Filio.
R. Gaude ! Gaude ! Emmanuel
nascetur pro te, Israel.Veni, O Iesse virgula,
ex hostis tuos ungula,
de specu tuos tartari
educ, et antro barathri.
R. Gaude ! Gaude !…Veni, veni, O Oriens,
solare nos adveniens,
noctis depelle nebulas,
dirasque mortis tenebras.
R. Gaude ! Gaude !…Veni, Clavis Davidica,
regna reclude caelica,
fac iter tutum superum,
et claude vias inferum.
R. Gaude ! Gaude !…Veni, veni, Adonai,
qui populo in Sinai
legem dedisti vertice,
in maiestate gloriae.
R. Gaude ! Gaude !…
Traduction française de Veni, veni Emmanuel
Il n'existe pas de version française catholique consacrée de cette hymne : dans les églises de France, elle se chante en latin. Les adaptations rimées en circulation viennent pour la plupart de recueils protestants et s'éloignent du texte. Nous en donnons donc une traduction littérale, pour comprendre ce que l'on chante.
Viens, viens, Emmanuel,
délivre Israël captif,
qui gémit en exil,
privé du Fils de Dieu.
R. Réjouis-toi ! Réjouis-toi ! L'Emmanuel
naîtra pour toi, ô Israël.Viens, ô Rejeton de Jessé,
arrache les tiens à la griffe de l'ennemi ;
de la caverne de l'enfer
tire les tiens, et de l'antre de l'abîme.
R. Réjouis-toi ! Réjouis-toi !…Viens, viens, ô Orient,
console-nous par ta venue ;
dissipe les brumes de la nuit
et les sinistres ténèbres de la mort.
R. Réjouis-toi ! Réjouis-toi !…Viens, Clef de David,
ouvre grand le royaume des cieux ;
rends sûr le chemin d'en haut,
et ferme les voies de l'enfer.
R. Réjouis-toi ! Réjouis-toi !…Viens, viens, Adonaï,
toi qui, au sommet du Sinaï,
as donné la loi à ton peuple
dans la majesté de ta gloire.
R. Réjouis-toi ! Réjouis-toi !…
Plus tard, on a composé deux strophes supplémentaires, qui invoquent la Sagesse et le Roi des nations, pour que l'hymne reprenne les sept antiennes. Elles se chantent dans certains recueils, mais n'appartiennent pas au texte de 1710.
La source : les grandes antiennes « Ô » de l'Avent
L'hymne n'est que l'écho d'une prière beaucoup plus ancienne et proprement liturgique. Du 17 au 23 décembre, le Bréviaire romain donne aux Vêpres une antienne propre au Magnificat, chaque jour différente, qui commence toujours par « Ô » et se termine toujours par « Viens » (veni). Ces sept antiennes, que l'on appelle les antiennes « Ô » ou les grandes antiennes, remontent au moins à l'époque carolingienne. Les voici en latin et en français, telles que les donne le Bréviaire.
17 décembre. O Sapientia, quae ex ore Altissimi prodiisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiae.
Ô Sagesse, qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut, atteignant d'une extrémité à une autre extrémité, et disposant toutes choses avec force et douceur : venez pour nous enseigner la voie de la prudence.
18 décembre. O Adonai, et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in brachio extento.
Ô Adonaï, et Conducteur de la maison d'Israël, qui avez apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï : venez pour nous racheter par la puissance de votre bras.
19 décembre. O radix Iesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, iam noli tardare.
Ô Racine de Jessé, qui êtes comme l'étendard des peuples, devant qui les rois fermeront leur bouche, et dont les nations imploreront le secours : venez nous délivrer, maintenant ne tardez plus.
20 décembre. O clavis David, et sceptrum domus Israel ; qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris, et umbra mortis.
Ô Clef de David, et sceptre de la maison d'Israël ; qui ouvrez, et nul ne peut fermer ; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez, et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.
21 décembre. O Oriens, splendor lucis aeternae, et sol iustitiae : veni, et illumina sedentes in tenebris, et umbra mortis.
Ô Orient, splendeur de la lumière éternelle, et soleil de justice : venez et éclairez ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort.
22 décembre. O Rex gentium, et desideratus earum, lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem, quem de limo formasti.
Ô Roi des nations, et objet de leurs désirs, Pierre angulaire, qui réunissez en vous les deux peuples : venez et sauvez l'homme, que vous avez formé du limon.
23 décembre. O Emmanuel, Rex et legifer noster, exspectatio gentium, et Salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine, Deus noster.
Ô Emmanuel, notre Roi et notre Législateur, attente des nations et leur Sauveur : venez nous sauver, Seigneur notre Dieu.
Une remarque ancienne a souvent été faite : si l'on lit à rebours les initiales des titres latins — Emmanuel, Rex, Oriens, Clavis, Radix, Adonai, Sapientia —, on obtient ERO CRAS, « je serai là demain ». La veille de la vigile de Noël, la dernière antienne semble ainsi répondre à toutes les autres.
D'où viennent les titres du Messie
Chaque titre est pris aux Écritures, et l'hymne les reprend en les condensant :
- Emmanuel : « Voici, la Vierge concevra, et Elle enfantera un Fils, et on Lui donnera le nom d'Emmanuel ; ce qui signifie : Dieu avec nous » (Matthieu 1, 23, reprenant Isaïe 7, 14 ; trad. Fillion).
- Rejeton de Jessé : « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur naîtra de sa racine » (Isaïe 11, 1) ; « le rejeton de Jessé sera comme un étendard pour les peuples » (Isaïe 11, 10). Jessé est le père du roi David, ancêtre du Christ.
- Orient : Zacharie, dans le Benedictus, chante « le soleil levant [qui] nous a visités d'en haut, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort » (Luc 1, 78-79) ; Malachie annonce que « le Soleil de Justice Se lèvera pour vous » (Malachie 4, 2).
- Clef de David : « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David ; il ouvrira, et personne ne fermera » (Isaïe 22, 22).
- Adonaï : le nom divin que les Juifs prononçaient à la place du nom révélé à Moïse dans le buisson ardent (Exode 3, 2), au Dieu qui donna la loi au Sinaï.
Les antiennes, et l'hymne après elles, font ainsi parcourir toute l'histoire du salut : la Sagesse éternelle, le Dieu de la loi, la promesse faite à David, la lumière attendue, et enfin « Dieu avec nous » dans la crèche. C'est le mystère de l'Incarnation et la Rédemption attendu et désiré.
Une hymne de dévotion, non une hymne du Bréviaire
Il faut être exact : Veni, veni Emmanuel n'appartient ni au Bréviaire ni au Missel de 1962. Ce n'est pas l'hymne des Vêpres de l'Avent (qui est le Creator alme siderum), ni une pièce obligatoire d'aucun office. C'est un cantique de dévotion, de forme populaire, né dans les recueils de chants catholiques du XVIIIe siècle. Les antiennes « Ô », elles, sont pleinement liturgiques et se chantent chaque année aux Vêpres. L'hymne est donc légitime et belle, mais elle prolonge la liturgie au lieu de la remplacer : on la chante volontiers à la messe comme cantique, aux processions, au Salut du Saint-Sacrement ou en famille, et l'on garde aux Vêpres les antiennes du Bréviaire.
Histoire : de Cologne 1710 à John Mason Neale
Le texte latin apparaît en 1710 dans le Psalteriolum Cantionum Catholicarum, un recueil de cantiques catholiques publié à Cologne et plusieurs fois réédité. Il y compte les cinq strophes données plus haut ; l'auteur en est inconnu.
L'hymne est devenue célèbre grâce à l'Angleterre. En 1851, le prêtre anglican John Mason Neale, grand traducteur d'hymnes latines médiévales, en publia une traduction anglaise ; retouchée, elle devint en 1861 le célèbre O come, O come, Emmanuel. Le musicien Thomas Helmore l'avait associée, dans les années 1850, à une mélodie qu'il disait tirée d'un missel français. Un siècle plus tard, on a retrouvé cette mélodie dans un manuscrit français du XVe siècle conservé à la Bibliothèque nationale, où elle accompagne un autre texte : c'est donc bien une mélodie médiévale française, mais elle n'a été unie aux paroles de Veni, veni Emmanuel qu'au XIXe siècle.
Veni, veni Emmanuel chanté : plain-chant et polyphonies
La mélodie se chante comme un plain-chant, à l'unisson, d'un mouvement souple ; elle est au premier mode et se reconnaît dès les premières notes. On l'entend souvent sous le nom de « chant grégorien », ce qui est vrai de son style plus que de son origine : elle n'est pas dans le Graduel romain. Le refrain Gaude ! Gaude ! s'élève brusquement, comme un cri de joie au milieu de l'attente.
De nombreux compositeurs l'ont harmonisée. Le Hongrois Zoltán Kodály en a tiré en 1943 un célèbre chant d'Avent pour chœur, où les voix entrent l'une après l'autre. On en trouve aussi d'innombrables harmonisations pour chœur et orgue.
Quand chanter Veni, veni Emmanuel ?
- Pendant tout l'Avent, et surtout dans la dernière semaine, du 17 au 23 décembre, au temps des antiennes « Ô ».
- À la messe, comme cantique d'entrée, d'offertoire ou de sortie, là où l'usage permet un chant en dehors des pièces propres.
- En famille, le soir, avec la couronne d'Avent ou devant la crèche que l'on prépare, et pendant la neuvaine de Noël, qui commence le 16 décembre.
- Aux Vêpres du 17 au 23 décembre, après l'office, pour prolonger l'antienne du jour.
Questions Fréquentes
Quelles sont les paroles de Veni, veni Emmanuel ?
Le texte latin compte cinq strophes : Veni, veni, Emmanuel, Veni, O Iesse virgula, Veni, veni, O Oriens, Veni, Clavis Davidica et Veni, veni, Adonai, chacune suivie du refrain Gaude ! Gaude ! Emmanuel nascetur pro te, Israel. Les paroles complètes et leur traduction sont données plus haut.
Que veut dire « Veni, veni Emmanuel » ?
« Viens, viens, Emmanuel. » Emmanuel signifie « Dieu avec nous » : c'est le nom que le prophète Isaïe donne au Fils de la Vierge, et que saint Matthieu applique à Jésus.
Que signifie le refrain « Gaude, gaude » ?
« Réjouis-toi, réjouis-toi : l'Emmanuel naîtra pour toi, ô Israël. » Israël désigne ici le peuple de Dieu tout entier, l'Église, qui attend son Sauveur.
Veni, veni Emmanuel est-il un chant grégorien ?
C'est un plain-chant par son style, et sa mélodie est médiévale, mais elle ne fait pas partie du répertoire grégorien du Graduel romain. Le texte date de 1710, et l'union du texte et de la mélodie du XIXe siècle.
Y a-t-il une version française de Veni, veni Emmanuel ?
Il existe des adaptations rimées, venues surtout de recueils protestants, mais aucune version catholique consacrée. Dans les églises catholiques de langue française, on le chante en latin, en s'aidant d'une traduction comme celle que nous donnons.
Quel est le lien entre Veni, veni Emmanuel et les antiennes « Ô » ?
Chaque strophe de l'hymne reprend une des grandes antiennes « Ô » que l'Église chante au Magnificat des Vêpres, du 17 au 23 décembre. Les antiennes sont liturgiques et très anciennes ; l'hymne en est une paraphrase populaire du XVIIIe siècle.
Qui a composé Veni, veni Emmanuel ?
L'auteur du texte latin est inconnu ; il paraît à Cologne en 1710. La traduction anglaise est de John Mason Neale (1851), et la mélodie, d'origine française médiévale, lui a été associée par Thomas Helmore au XIXe siècle.
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Sources. Psalteriolum Cantionum Catholicarum, Cologne, 1710 ; Bréviaire romain (1962), antiennes du Magnificat du 17 au 23 décembre ; Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion : Isaïe 7, 14 ; 11, 1 et 10 ; 22, 22 ; Malachie 4, 2 ; Exode 3, 2 ; Matthieu 1, 23 ; Luc 1, 78-79 ; Dom Guéranger, L'Année liturgique (l'Avent).