Actualités
Chine : un évêque de Datong ordonné sous l'Accord entre le Saint-Siège et Pékin
Paul Liu Honggang a été ordonné évêque de Datong le 31 août 2026, sa candidature approuvée par Léon XIV dans le cadre de l'Accord entre le Saint-Siège et la Chine ; nous mesurons l'acte à la doctrine pré-1958 sur la nomination des évêques.

Paul (Paolo) Liu Honggang a été ordonné évêque de Datong, dans la province chinoise du Shanxi, le lundi 31 août 2026, en la cathédrale du Cœur Immaculé de Marie, au district de Pingcheng. Sa candidature avait été approuvée le 10 août par Léon XIV, « ayant approuvé sa candidature dans le cadre de l'Accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine ». Le consécrateur principal était Joseph Shen Bin, évêque de Shanghai ; quatre évêques du Shanxi ont concélébré. Né près de Taiyuan en 1970, ordonné prêtre pour Datong en 1996, Liu administrait le diocèse depuis 2005.
Avec cette ordination, dix-sept évêques chinois ont désormais reçu la consécration en pleine communion avec Rome dans le cadre de cet accord, signé en septembre 2018 sous le pontificat de François, renouvelé en 2020 et 2022, puis prolongé pour quatre ans en octobre 2024. La procédure qu'il institue veut qu'un candidat soit d'abord désigné avec l'assentiment du Parti communiste, l'ordination n'ayant lieu qu'une fois le nommé accepté par le pape. Sur la portée de cet arrangement les comptes rendus divergent : les uns le présentent sans réserve, d'autres le disent contesté et rapportent le reproche de ses critiques, qui lui font grief de laisser au Parti trop de voix dans une décision interne à l'Église, jusqu'à ce que « seuls des clercs conformes à la ligne du Parti soient faits évêques ». La Chine compterait environ dix millions de catholiques.
Ce que l'Église a toujours enseigné
Le choix des évêques appartient à l'Église seule, et à son chef visible. Le droit ancien le fixe sans ambiguïté : « le Pontife romain nomme librement les évêques » (Code de 1917, canon 329 §2). Ce n'est pas une règle d'administration mais une conséquence de la constitution divine de l'Église, société parfaite et indépendante, dont la liberté ne relève d'aucun pouvoir civil (Léon XIII, Immortale Dei). Le prince, fût-il chrétien, n'a sur les nominations ecclésiastiques que ce que l'Église lui concède ; un pouvoir qui la combat n'y a aucun titre.
Ce cas précis, l'Église l'a connu et jugé. Face à une autorité civile qui prétendait présenter et faire consacrer ses propres candidats en Chine, Pie XII rappela que le droit de nommer et d'instituer les évêques appartient au Siège apostolique, et condamna comme illégitime toute consécration soustraite à ce mandat (Ad Apostolorum Principis, 1958).
La mesure
Une distinction est due, et nous la faisons. Les consécrations que Pie XII flétrissait se faisaient sans mandat pontifical : elles étaient illicites. Ici la candidature a reçu l'approbation du pape ; l'ordination n'est pas de celles-là, et l'homme est en communion avec Rome. C'est la différence, et il faut la dire.
Mais la tradition ne demande pas seulement que Rome ratifie à la fin ; elle tient le choix tout entier pour libre du pouvoir civil. Un arrangement où un État athée désigne d'abord le candidat, et où le Saint-Siège approuve ensuite, accorde à César une voix que la doctrine réservait à l'Église. Que la procédure s'achève par l'assentiment romain répond à la question de la validité des ordres ; elle ne répond pas à celle de la liberté de l'Église, qui est précisément le péril que Pie XII avait nommé. L'ordination est licite ; l'arrangement demeure ce contre quoi la tradition mettait en garde. Que les sources s'accordent ou non sur ce point, le fait, lui, n'est pas en litige.
Ce que cela signifie pour les fidèles
Prier pour l'Église de Chine, ses prêtres et ses fidèles éprouvés, et tenir fermement la doctrine que la liberté de l'Église n'est pas un don de l'État. Ni triomphalisme ni désespoir : la mesure des actes revient à la foi de toujours, non au calcul des rapports de force.
Sources. Pie XII, encyclique Ad Apostolorum Principis (29 juin 1958), sur l'Église en Chine et le droit du Siège apostolique de nommer et d'instituer les évêques ; Code de droit canonique de 1917, canon 329 §2 ; Léon XIII, encyclique Immortale Dei (1er novembre 1885), sur l'Église comme société parfaite, indépendante du pouvoir civil.