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Tennessee : une exécution ratée, le glaive de la justice tourné en supplice
Dans le Tennessee, l'exécution de Christa Pike a échoué ; mesurée à la tradition, la peine de mort reste licite pour le magistrat, mais seulement exercée « avec équité », jamais dans la cruauté.
Dans le Tennessee, la tentative d'exécution par injection létale de Christa Pike, cinquante ans, seule femme du couloir de la mort de l'État, a échoué. Elle a survécu à deux doses de pentobarbital et a été transportée dans un état critique vers un hôpital proche du Riverbend Maximum Security Institution de Nashville ; des journalistes présents ont déclaré l'avoir encore entendue respirer après la fermeture des rideaux de la chambre d'exécution, avant qu'une ambulance ne quitte la prison. Le gouverneur Bill Lee a ordonné une enquête indépendante sur « exactement ce qui s'est passé » et suspendu toutes les autres exécutions prévues cette année dans l'État. L'administration pénitentiaire n'a pas confirmé officiellement l'échec, et aucune information officielle sur son état n'a été diffusée.
Ses avocats ont dénoncé des difficultés d'accès aux veines de la condamnée, de possibles anomalies liées au pentobarbital et l'absence d'une assistance médicale d'urgence adéquate ; plusieurs voix ont appelé le gouverneur à commuer sa peine. Christa Pike avait été condamnée en 1996 pour le meurtre de Colleen Slemmer, dix-neuf ans, tuée sur un terrain du campus agricole de l'Université du Tennessee ; elle avait dix-huit ans au moment des faits. Peu avant l'exécution, une cour d'appel fédérale avait ordonné un sursis pour examiner d'éventuelles circonstances atténuantes liées à des abus sexuels subis dans l'enfance ; à la demande de l'État, la Cour suprême des États-Unis a levé ce sursis par six voix contre trois.
Ce qu'enseigne la tradition sur le glaive du magistrat
« Vous ne tuerez point » (Exode XX, 13). En exposant ce précepte, le Catéchisme du Concile de Trente distingue aussitôt les meurtres défendus de ceux qui ne le sont pas, et range parmi les seconds « les homicides ordonnés par les magistrats qui ont droit de vie et de mort pour sévir contre les criminels que les tribunaux condamnent, et pour protéger les innocents ». Loin d'être un crime, l'exécution juste du coupable est, dit le Catéchisme, une obéissance fidèle à la Loi : « Quand donc ils remplissent leurs fonctions avec équité, non seulement ils ne sont point coupables de meurtre, mais au contraire ils observent très fidèlement la Loi de Dieu. »
L'Écriture le fonde : « Quiconque aura répandu le sang de l'homme, sera puni par l'effusion de son propre sang » (Genèse IX, 6) ; et saint Paul rappelle que le prince « ne porte pas l'épée en vain », qu'il est « le ministre de Dieu » pour châtier le mal (Romains XIII, 4). Sur ce point la doctrine est constante, et nous ne la tairons pas : l'Église n'a jamais compté la peine capitale, infligée par l'autorité légitime, au nombre des homicides que défend le cinquième commandement.
Mais la même doctrine pose la condition de cette licéité, et elle tient tout entière dans un mot : l'équité. Le glaive n'est juste qu'« avec équité » ; parlant du soldat dans la guerre juste, le Catéchisme l'exige de même, « pourvu qu'ils n'obéissent point à la cupidité et à la cruauté, mais qu'ils ne cherchent que le bien public ». Le châtiment légitime a pour fin de mettre la vie des hommes en sûreté, non d'ajouter la cruauté à la mort.
La mesure
Nous ne joignons donc pas notre voix à ceux qui condamnent la peine de mort en elle-même : la tradition ne le fait pas, et nous ne mesurons pas les actes à l'air du temps. Ce que la tradition condamne, c'est précisément ce qui a manqué ici : l'équité. Une exécution qui échoue, qui laisse la condamnée respirer après deux doses de poison et qu'on emporte vivante vers une ambulance, n'est pas le glaive équitable de la justice ; c'en est la corruption en supplice.
La machinerie moderne, vantée comme une mort propre et sans douleur, est le lieu même de la faute : elle promet une justice aseptisée et livre l'agonie, et elle masque sous un vernis médical la gravité de ce que l'État accomplit. Mario Marazziti, de la Communauté de Sant'Egidio, l'a dit à sa manière : « On nous a vendu le mensonge qu'on peut tuer sans douleur. » Que l'État, par la voix de son propre gouverneur ordonnant une enquête, reconnaisse qu'il ignore « exactement ce qui s'est passé » suffit à établir que l'équité requise n'a pas été, à l'évidence, tenue.
Reste la question de la peine elle-même. Que la condamnée eût dix-huit ans lors du crime, que des abus subis dans l'enfance aient été jugés dignes d'examen par une cour fédérale, que la plus haute juridiction se soit divisée à six voix contre trois, tout cela touche encore à l'équité, car la justice pèse la mesure de la faute avant de frapper. Nous ne prononçons pas sur la sentence, qui n'est pas la nôtre à rendre ; nous disons seulement que l'équité dont le Catéchisme fait la condition du glaive légitime ne saurait s'accommoder ni de la cruauté du supplice, ni de la légèreté dans le jugement.
Pour les fidèles
L'État porte le glaive légitimement, mais sous Dieu et pour la justice, jamais pour la cruauté ni pour le spectacle ; il répondra devant Dieu de la manière dont il frappe. Le condamné, si grave que soit son crime, demeure une âme pour laquelle le Christ est mort, à qui sont dus et une mort juste et le temps de se repentir.
Il faut se défier de la fausse douceur qui habille la mort du langage de la médecine : nommer « humaine » une injection ne la rend pas équitable. Devant cela, le devoir du chrétien n'est ni la révolte ni le ricanement, mais de tenir la doctrine entière : le magistrat peut licitement mettre à mort le coupable dans l'équité, et il pèche lorsqu'il le fait dans la cruauté. Prions pour Christa Pike, et pour le repos de Colleen Slemmer, sa victime.
Sources. Exode XX, 13 ; Genèse IX, 6 ; Épître aux Romains XIII, 4 (Vulgate). Catéchisme du Concile de Trente (1566), du cinquième commandement : du droit de vie et de mort des magistrats exercé « avec équité », et contre la « cruauté » dans le glaive légitime.