L'Année liturgique
La crèche de Noël : origine, santons, personnages et sens spirituel
La crèche de Noël vient de saint François d'Assise, qui fit représenter la nuit de Bethléem à Greccio en 1223. Son origine, ses personnages, les santons de Provence, quand l'installer et la retirer, sa bénédiction et son sens.

La crèche de Noël représente la grotte de Bethléem où le Verbe fait chair est né et fut couché dans une mangeoire — praesepium en latin, d'où notre mot crèche. Elle doit sa forme actuelle à saint François d'Assise, qui fit représenter la nuit de la Nativité au village de Greccio, en Italie, à Noël 1223 ; et selon l'usage traditionnel, elle demeure dressée dans les églises et les maisons jusqu'à la Chandeleur, le 2 février, qui clôt les quarante jours du temps de Noël.
L'Évangile lui-même fonde cette dévotion. Saint Luc rapporte : « Et elle mit au monde son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie » (Luc II, 7, Crampon). La crèche n'est donc pas un décor : elle est la première prédication de l'humilité de Dieu, mise sous les yeux des fidèles.
L'origine de la crèche de Noël : saint François à Greccio (1223)
À quel saint doit-on la première crèche de Noël ? À saint François d'Assise. Thomas de Celano, son premier biographe, raconte dans la Vie première (1228) comment, avant Noël 1223, François fit préparer dans une grotte de Greccio une mangeoire garnie de foin, avec un bœuf et un âne, pour « voir de ses yeux de chair » les incommodités de l'Enfant né à Bethléem. La sainte Messe fut célébrée sur la mangeoire, dans la nuit, au milieu des flambeaux ; François, diacre, chanta l'Évangile et prêcha sur le Roi pauvre. Saint Bonaventure reprend le récit dans la Legenda maior.
Greccio fut ainsi la première crèche vivante de l'histoire ; les crèches vivantes de Noël de nos paroisses en descendent directement. Des franciscains, l'usage passa aux églises — avec des figures sculptées dès la fin du Moyen Âge — puis aux maisons des fidèles. La grotte de Bethléem elle-même demeure le modèle de toutes nos crèches. En anglais, la crèche de Noël se dit nativity scene ou crib.
Les personnages de la crèche de Noël
Les personnages de la crèche de Noël sont d'abord ceux de l'Évangile. Au centre, l'Enfant Jésus dans la mangeoire ; auprès de lui, la très sainte Vierge Marie et saint Joseph, gardien du Verbe incarné. Viennent ensuite les bergers avec leurs moutons, premiers appelés par l'ange — « Voici que je vous annonce une grande joie… vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche » (Luc II, 10-12, Crampon) — l'ange de la Nativité au-dessus de l'étable, et l'étoile.
Le bœuf et l'âne ne figurent pas dans saint Luc, mais les Pères les ont toujours vus dans la prophétie d'Isaïe : « Le bœuf connaît son possesseur, et l'âne la crèche de son maître ; mais Israël ne me connaît pas » (Isaïe I, 3, Crampon). Ils sont à la crèche depuis les plus anciennes représentations chrétiennes, dès les sarcophages du IVe siècle.
La position des personnages suit le calendrier liturgique. L'Enfant Jésus n'est déposé dans la mangeoire qu'à la nuit de Noël, au retour de la Messe de minuit ; les rois mages — Melchior, Gaspard et Balthazar, selon la tradition — cheminent à travers la crèche et n'arrivent devant l'Enfant qu'à l'Épiphanie, le 6 janvier, avec l'or, l'encens et la myrrhe.
Les santons de Provence et la crèche provençale
Les crèches et santons de Noël forment en France une tradition propre : la crèche provençale. Lorsque la Révolution ferma les églises et interdit les crèches publiques, les fidèles de Provence firent entrer la crèche dans les maisons. Un artisan marseillais, Jean-Louis Lagnel (1764-1822), modela dans l'argile crue de petites figures populaires que l'on nomma santoun — « petit saint » en provençal. La foire aux santons de Marseille, ouverte en 1803, les vend chaque année depuis.
Autour de la Sainte Famille, la crèche provençale rassemble tout le village qui vient adorer : le berger, le meunier, la poissonnière, le rémouleur, le ravi qui lève les bras d'étonnement. Le sens en est juste : toute condition humaine est appelée à la crèche, et chacun y apporte ce qu'il a. Les santons de Provence, d'argile peinte ou habillés, se transmettent de génération en génération ; c'est la forme française par excellence de la crèche de Noël traditionnelle.
Quand installer la crèche et quand la retirer
L'usage traditionnel est de dresser la crèche au début de l'Avent — ou, au plus tard, la veille de Noël — mais vide de l'Enfant : la mangeoire attend, comme l'Église attend pendant les quatre semaines de l'Avent. L'Enfant Jésus y est placé dans la nuit du 24 au 25 décembre ; les mages arrivent le 6 janvier.
La crèche se retire à la Chandeleur, le 2 février, fête de la Purification de la sainte Vierge et de la Présentation de Jésus au Temple. Dom Guéranger enseigne dans L'Année liturgique que le temps de Noël embrasse quarante jours, du 25 décembre au 2 février, à l'image des quarante jours qui séparent la naissance du Sauveur de sa présentation au Temple. Tant que dure ce temps, la crèche demeure ; la retirer après l'Épiphanie est un usage appauvri. Nous en traitons dans notre article sur la Chandeleur.
La bénédiction de la crèche
La crèche est un objet de piété, et l'Église bénit les images de Notre-Seigneur : le Rituel romain contient une bénédiction des images du Christ, que le prêtre peut appliquer à la crèche de l'église comme à celle de la maison. Dans les familles, l'usage est que le père bénisse la crèche ou conduise devant elle la prière du soir du temps de Noël : on s'y agenouille, on chante un cantique, on adore l'Enfant. La crèche devient ainsi l'autel domestique du temps de Noël, le lieu naturel de la prière du soir en famille.
Fabriquer ou choisir sa crèche : bois, carton, santons
Fabriquer une crèche de Noël soi-même est dans le droit fil de la tradition : les santons de Lagnel étaient d'argile crue, et des générations de familles ont bâti leur étable de leurs mains. Une crèche de Noël en bois — planches, écorces, bois de palette — dure des décennies ; une crèche en carton, avec du papier rocher froissé et peint pour la montagne et la grotte, se fait en une veillée avec les enfants ; la mousse et les branchages ramassés font le paysage. Grande crèche d'extérieur, crèche complète à santons ou mini-crèche posée sur un meuble : la taille importe peu, la fidélité au mystère importe seule. Mieux vaut une crèche de Noël artisanale et priée qu'un décor coûteux que personne ne regarde.
Le sens spirituel de la crèche
Le Catéchisme du concile de Trente enseigne, à la suite de saint Paul, que le Fils de Dieu s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (II Corinthiens VIII, 9). La crèche met ce dogme sous les yeux : le Verbe éternel, par qui tout a été fait, couché dans la mangeoire des bêtes. Dom Guéranger fait contempler tout au long du temps de Noël cet abaissement qui guérit notre orgueil : Dieu se fait petit pour être approché.
Regarder la crèche est donc une prière. On y apprend la pauvreté, l'humilité, le silence de Marie et de Joseph, l'empressement des bergers. La crèche prêche sans paroles, aux enfants comme aux vieillards, ce que la Messe de minuit chante : Et Verbum caro factum est — et le Verbe s'est fait chair. Cette même adoration de l'Enfant Jésus se prolonge dans l'année par la neuvaine à l'Enfant Jésus de Prague, qui honore le Verbe fait petit enfant sous les traits du Roi couronné.
Questions Fréquentes
À quel saint doit-on la première crèche de Noël ?
À saint François d'Assise, qui fit représenter la nuit de Bethléem à Greccio, en Italie, à Noël 1223, avec une mangeoire garnie de foin, un bœuf et un âne. Thomas de Celano rapporte le fait dans la Vie première (1228).
Quels sont les personnages de la crèche de Noël ?
L'Enfant Jésus, la Vierge Marie et saint Joseph forment le cœur de la crèche ; s'y ajoutent les bergers et leurs moutons, l'ange, le bœuf et l'âne annoncés par Isaïe, puis les trois rois mages, que l'on avance jusqu'à l'Enfant pour l'Épiphanie. La crèche provençale y joint les santons du village.
Quand faut-il retirer la crèche de Noël ?
À la Chandeleur, le 2 février, fête de la Purification. Le temps de Noël traditionnel dure quarante jours, du 25 décembre au 2 février, et la crèche demeure dressée tant qu'il dure.
Où acheter une crèche de Noël ?
Chez les santonniers — les ateliers de Provence vendent santons et étables à la foire de Marseille comme toute l'année — dans les magasins d'artisanat religieux et auprès de nombreux monastères. Une crèche artisanale, en bois ou en argile, se transmet ensuite de génération en génération.
Comment faire une montagne pour une crèche de Noël ?
Avec du papier rocher — un papier kraft froissé, peint en gris et brun — posé sur une armature de boîtes ou de grillage, ou avec du liège et des pierres plates. On y ménage la grotte au centre, et l'on garnit de mousse séchée et de branchages.
Comment dit-on crèche de Noël en anglais ?
Nativity scene, ou crib en Angleterre et crèche même en Amérique. Le mot français vient du latin praesepium, la mangeoire où fut couché l'Enfant Jésus (Luc II, 7).
L'application Iter Fidei accompagne tout le temps de Noël : les prières et les psaumes, le calendrier liturgique traditionnel de 1962 avec chaque fête de la crèche à la Chandeleur, et l'audio pour prier en famille. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Évangile selon saint Luc II, 7-12, Isaïe I, 3, et II Corinthiens VIII, 9 (traduction Crampon) ; Thomas de Celano, Vie première de saint François d'Assise (1228), le récit de la crèche de Greccio ; saint Bonaventure, Legenda maior ; Catéchisme du concile de Trente (l'Incarnation et la pauvreté de la Nativité) ; Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique (Le Temps de Noël : les quarante jours du 25 décembre au 2 février) ; Rituel romain (bénédiction des images de Notre-Seigneur).