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À Metz, Léon XIV invoque les racines chrétiennes de l'Europe devant les religions réunies
À Metz, le 28 septembre 2026, Léon XIV a célébré les racines chrétiennes de l'Europe tout en réunissant les religions autour de l'« Appel de Metz ».
Le 28 septembre 2026, au dernier jour de son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV s'est rendu à Metz, au Centre des congrès Robert Schuman. Il y a tenu, le matin, une rencontre avec les responsables des cultes de France, close par la signature de l'« Appel de Metz », puis le plus long discours de son voyage, intitulé « Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité ». Étaient présents Emmanuel Macron, le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, le grand-duc Guillaume de Luxembourg, le prince Albert II de Monaco et plusieurs présidents de conférences épiscopales européennes. Prenant la parole avant le pape, le chef de l'État a défendu une « Europe de la défense et de la paix » et le soutien à l'Ukraine.
Aux responsables des autres religions, le pape a déclaré : « Les religions sont gardiennes de la vie : elles en affirment la valeur sacrée. » Il a ajouté qu'« invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l'oppression est une profanation de ce nom », et que « dialoguer ne diminue pas notre identité mais l'exprime avec simplicité et vérité en nous ouvrant à la différence de l'autre ».
Devant les responsables européens, il a rendu hommage à Robert Schuman (1886-1963), député de la Moselle et auteur de la déclaration du 9 mai 1950, invoqué saint Benoît et le rayonnement du chant grégorien depuis Metz dans l'empire carolingien, jusqu'à cette conclusion : « Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n'existerait pas. » Dans le discours aux religions, il a cité deux textes postérieurs au Concile : une encyclique de son prédécesseur et un message pontifical pour la paix de 2001.
La journée a été largement résumée comme un appel contre le « réarmement ». Le texte intégral du discours ne contient pas cette formule, et, dans la même salle, le chef de l'État a défendu l'armement de l'Ukraine. Nous rapportons ce que le pape a dit, non ce qu'on lui a prêté.
Ce que l'Église a toujours enseigné
Que l'Europe soit née de la foi n'est pas une opinion : c'est l'enseignement constant de l'Église. Léon XIII a rappelé que les nations chrétiennes ont été façonnées par l'Église et que le Christ doit régner sur les sociétés comme sur les âmes (Immortale Dei, 1885). Le terreau monastique, le chant sacré, le droit et l'école sont sortis de cette racine. Sur ce point, l'hommage du pape aux fondements chrétiens du continent rejoint la doctrine perenne, et nous le recevons avec gratitude.
Mais la même tradition trace une ligne que le siècle voudrait effacer. Il n'y a pas plusieurs religions gardiennes d'une même vie sacrée : il y a une seule Révélation et une seule Église, hors de laquelle il n'est point de salut. Pie XI a condamné l'idée que toutes les religions seraient plus ou moins bonnes et qu'on pût les réunir sur un pied d'égalité ; l'unité voulue par le Christ, écrivait-il, ne se fait que par le retour des dissidents à l'unique Église (Mortalium animos, 1928). Le Catéchisme du Concile de Trente enseigne de même l'unicité de l'Église, une, sainte, catholique et apostolique.
La mesure
Mesuré à cette règle, le discours se sépare en deux. L'éloge de Schuman, de saint Benoît et de la civilisation née du cloître est juste, et il faut le dire aussi nettement qu'on relèverait un manquement. Reconnaître que l'Europe n'existerait pas sans son terreau chrétien, c'est reconnaître ce que la tradition a toujours tenu.
La formule « les religions sont gardiennes de la vie » et la signature commune de l'« Appel de Metz » appellent, elles, une réserve. Traiter les cultes comme les cogardiens d'un même sacré estompe la distinction que Pie XI a défendue : le dialogue demeure licite tant qu'il laisse entière la vérité que l'Église est seule dépositaire de la Révélation ; il cesse de l'être dès qu'il suggère la parité des croyances. Nous jugeons l'acte et sa formulation, non l'intention de l'homme.
Pour le fidèle, la conduite est simple : recevoir avec joie tout ce qui rappelle les racines chrétiennes de l'Europe, et tenir sans fléchir l'unicité de la foi que ces racines portaient. On ne garde pas la vie en additionnant les religions ; on la garde en gardant la vraie.
Sources. Léon XIII, encyclique Immortale Dei (1885), sur la constitution chrétienne des États ; Pie XI, encyclique Mortalium animos (1928), contre l'indifférentisme religieux et les congrès interconfessionnels ; Catéchisme du Concile de Trente (1566), sur l'unité et l'unicité de la sainte Église catholique.