Les Saints
Sainte Scholastique, sœur de saint Benoît (10 février)
Sainte Scholastique, sœur de saint Benoît et vierge consacrée à Dieu dès l'enfance : sa dernière rencontre avec son frère et l'orage obtenu par sa prière, la colombe, son tombeau au Mont-Cassin, sa fête du 10 février au calendrier de 1962 et l'oraison de sa messe.
Sainte Scholastique est la sœur de saint Benoît, le père des moines d'Occident ; consacrée à Dieu dès son enfance, elle mourut vers 543 près du Mont-Cassin, et son frère vit son âme monter au ciel sous la forme d'une colombe. Toute son histoire tient en deux chapitres des Dialogues de saint Grégoire le Grand, dont le plus célèbre raconte leur dernière rencontre et l'orage que sa prière obtint de Dieu. Au calendrier traditionnel de 1962, elle est fêtée le 10 février, comme fête de IIIe classe.
Qui est sainte Scholastique ?
Scholastique était la sœur de saint Benoît, et la tradition en fait sa sœur jumelle, née comme lui vers 480 à Nursie, en Ombrie. Saint Grégoire dit qu'elle avait été « consacrée au Dieu tout-puissant dès son enfance ». On ne sait pas où elle vécut dans sa jeunesse, ni si ce fut dans sa famille ou dans une communauté.
Lorsque Benoît se fut établi au Mont-Cassin, vers 529, elle vint s'installer non loin de là, à Plombariola, à environ cinq milles (huit kilomètres) au sud du monastère de son frère. Butler pense qu'elle y fonda et y gouverna probablement un monastère de femmes : saint Grégoire rapporte en effet que Benoît dirigeait des moniales aussi bien que des moines, et Scholastique en était sans doute l'abbesse, sous sa conduite.
Nous ne savons à peu près rien d'autre d'elle, reconnaît Butler, que ce que rapportent les chapitres 33 et 34 du livre II des Dialogues, écrits par saint Grégoire une cinquantaine d'années après la mort des deux saints. Le Bréviaire romain en lit le récit aux leçons de sa fête. Le voici, résumé de près.
Sainte Scholastique et saint Benoît : la dernière rencontre
La visite annuelle
Scholastique avait coutume de venir voir son frère une fois par an. Comme elle ne pouvait entrer dans le monastère, Benoît descendait à sa rencontre, avec quelques-uns de ses moines, dans une maison appartenant au monastère, non loin de la porte. Ils passaient la journée à louer Dieu et à s'entretenir des choses saintes.
Un jour, elle vint selon l'habitude. Ils passèrent toute la journée dans la louange de Dieu et les saints entretiens, et quand la nuit tomba, ils prirent ensemble leur repas. Comme ils étaient encore à table et que l'heure avançait au milieu de ces pieux discours, Scholastique pria son frère : « Je t'en prie, ne me laisse pas cette nuit, afin que nous parlions jusqu'au matin des joies de la vie céleste. » Benoît lui répondit : « Que dis-tu là, ma sœur ? Je ne puis absolument pas demeurer hors de ma cellule. »
L'orage obtenu par la prière
Le ciel était si serein qu'on n'y voyait pas un nuage. Scholastique, entendant le refus de son frère, joignit les mains sur la table, y posa la tête et pria le Dieu tout-puissant. Au moment où elle relevait la tête, éclata un tel orage d'éclairs, de tonnerre et de pluie que ni Benoît ni les frères qui l'accompagnaient ne purent mettre le pied hors du seuil.
Saint Grégoire ajoute qu'en inclinant la tête dans ses mains, elle avait répandu sur la table un torrent de larmes, et que ses larmes avaient changé la sérénité du ciel en pluie : la prière et l'orage furent si exactement d'accord qu'au même instant elle releva la tête et le tonnerre retentit.
Benoît, voyant qu'il ne pouvait regagner son monastère, se plaignit tristement : « Que le Dieu tout-puissant te pardonne, ma sœur ! Qu'as-tu fait ? » Elle lui répondit : « Voici que je t'ai prié, et tu n'as pas voulu m'écouter ; j'ai prié mon Dieu, et il m'a écoutée. Sors maintenant, si tu le peux ; laisse-moi, et retourne à ton monastère. » Ne pouvant sortir, celui qui n'avait pas voulu rester de lui-même resta malgré lui. Ils passèrent ainsi toute la nuit à veiller, et se rassasièrent l'un l'autre en s'entretenant des choses de la vie spirituelle.
« Celle qui aimait davantage put davantage »
Saint Grégoire commente cette scène, où la sœur l'emporta sur le frère et sur la Règle elle-même. Benoît voulait garder la discipline ; Dieu exauça Scholastique, parce que, selon la parole de saint Jean, « Dieu est amour » (1 Jean 4, 16, traduction Fillion). Et il conclut que, par un juste jugement, celle qui aimait davantage put davantage.
La leçon n'est pas que la Règle compte peu : saint Benoît l'a écrite pour conduire ses moines à l'amour de Dieu. Elle est que la charité, qui est la fin de toute règle, a le dernier mot auprès de Dieu, et que la prière d'une âme pure obtient ce qu'aucune autorité humaine n'aurait accordé.
La colombe : la mort de sainte Scholastique
Le lendemain, Scholastique regagna sa cellule et Benoît son monastère. Trois jours plus tard, se tenant dans sa cellule, Benoît leva les yeux et vit l'âme de sa sœur, sortie de son corps, pénétrer dans les secrets du ciel sous la forme d'une colombe. Se réjouissant d'une si grande gloire, il rendit grâces à Dieu par des hymnes et des louanges, et annonça sa mort aux frères.
Il les envoya aussitôt chercher son corps pour le déposer dans le tombeau qu'il s'était préparé pour lui-même. « Ainsi, conclut saint Grégoire, ceux dont l'âme avait toujours été unie en Dieu ne furent pas séparés, même dans le tombeau. » Benoît l'y rejoignit quelques années plus tard.
Butler donne pour sa mort la date de 543. C'est de cette vision que vient la colombe qui l'accompagne dans l'art, et que l'Église a mise dans l'oraison même de sa fête.
Les reliques de sainte Scholastique au Mans
Selon la tradition rapportée par Butler, ses reliques furent transférées en France au VIIe siècle avec celles de saint Benoît, et déposées au Mans. Celles de son frère furent portées à l'abbaye de Fleury, sur la Loire, aujourd'hui Saint-Benoît-sur-Loire.
Quand fête-t-on sainte Scholastique ?
Au calendrier de 1962, que suit Iter Fidei, sainte Scholastique, vierge, est fêtée le 10 février, comme fête de IIIe classe, avec ornements blancs. Le calendrier réformé de 1969 a gardé la même date. Les monastères bénédictins, qui suivent leur propre calendrier, la célèbrent avec un rang plus élevé.
La messe est celle du commun des vierges, Dilexisti : « Vous avez aimé la justice, et haï l'iniquité ; c'est pourquoi, ô Dieu, Votre Dieu Vous a oint d'une huile d'allégresse » (Psaume 44, 8, traduction Fillion). L'Évangile est la parabole des dix vierges, dont les cinq sages « prirent de l'huile dans leurs vases avec leurs lampes » et entrèrent aux noces avec l'époux (Matthieu 25, 1-13). Seule l'oraison est propre, et elle rappelle la colombe.
Sainte Scholastique se range ainsi parmi les vierges du calendrier traditionnel, à côté des vierges martyres comme sainte Agnès, fêtée le 21 janvier, ou sainte Cécile. Elle n'est pas martyre : sa couronne est celle de la virginité consacrée et de la prière.
Prière à sainte Scholastique
L'oraison de la messe du 10 février
Deus, qui ánimam beátæ Vírginis tuæ Scholásticæ ad ostendéndam innocéntiæ viam in colúmbæ spécie cœlum penetráre fecísti: da nobis ejus méritis et précibus ita innocénter vívere; ut ad ætérna mereámur gáudia perveníre. Per Dóminum nostrum Jesum Christum, Fílium tuum: qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. Amen.
Ô Dieu, qui, pour montrer le chemin de l'innocence, avez fait pénétrer dans le ciel, sous la forme d'une colombe, l'âme de la bienheureuse Scholastique, votre vierge : accordez-nous, par ses mérites et ses prières, de vivre dans une telle innocence que nous méritions de parvenir aux joies éternelles. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Cette oraison peut se dire en tout temps, en particulier pour obtenir la pureté du cœur, pour les religieuses et pour les familles où frères et sœurs s'aident mutuellement à aller à Dieu.
Ceux qui veulent prolonger leur prière auprès des deux saints peuvent y joindre la neuvaine à saint Benoît, le frère dont elle partage le tombeau.
Sainte Scholastique aujourd'hui
Le nom de sainte Scholastique est porté par de nombreux monastères de moniales bénédictines. En France, on peut citer l'abbaye Sainte-Scholastique de Dourgne, dans le Tarn, voisine de l'abbaye d'En-Calcat.
Sa figure garde une grande actualité. Elle rappelle que la vie monastique n'est pas l'affaire des seuls hommes : dès les origines, des femmes ont choisi de tout quitter pour Dieu, comme la sœur de saint Antoine, que saint Antoine le Grand confia à une maison de vierges avant de partir au désert. Elle montre aussi la place de l'amitié spirituelle dans la vie chrétienne : ce frère et cette sœur ne se voyaient qu'une fois l'an, mais pour parler, dit saint Grégoire, « des joies de la vie céleste ». On retrouve tous ces saints à leur date dans la liste des saints catholiques.
Questions Fréquentes
Qui est sainte Scholastique ?
La sœur de saint Benoît, née vers 480 à Nursie, consacrée à Dieu dès l'enfance. Elle vécut près du Mont-Cassin, où elle dirigea probablement une communauté de moniales, et mourut vers 543.
Sainte Scholastique était-elle la jumelle de saint Benoît ?
C'est la tradition, que rapporte Butler. Saint Grégoire, la seule source ancienne, dit seulement qu'elle était sa sœur.
Comment sainte Scholastique s'est-elle fait connaître ?
Par le récit de saint Grégoire le Grand : lors de sa dernière visite à son frère, elle obtint par sa prière un orage qui l'empêcha de repartir, afin de passer la nuit à parler du ciel. Trois jours plus tard, Benoît vit son âme monter au ciel sous la forme d'une colombe.
Pourquoi sainte Scholastique est-elle représentée avec une colombe ?
Parce que saint Benoît vit son âme pénétrer au ciel sous cette forme, selon les Dialogues de saint Grégoire. L'oraison de sa messe le rappelle.
Quelle est la date de la fête de sainte Scholastique ?
Le 10 février, fête de IIIe classe au calendrier de 1962 ; la date est la même dans le calendrier de 1969.
Où est enterrée sainte Scholastique ?
Au Mont-Cassin, dans le tombeau que saint Benoît s'était préparé et où il fut enseveli à son tour. Selon la tradition, ses reliques furent transférées au Mans au VIIe siècle.
L'application Iter Fidei donne chaque jour le calendrier traditionnel de 1962, la messe et l'office divin du jour : le 10 février, on y lit les leçons de saint Grégoire sur sainte Scholastique. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Bréviaire romain, 10 février, leçons tirées des Dialogues de saint Grégoire le Grand, livre II, ch. 33-34. Missel romain, 10 février, messe de sainte Scholastique, oraison Deus, qui animam. Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (Psaume 44, 8 ; Matthieu 25, 1-13 ; 1 Jean 4, 16). Saint Grégoire le Grand, Dialogues, livre II, ch. 33-34. Alban Butler, Vies des saints, au 10 février.