Les Neuvaines
Neuvaine à saint Benoît
Le texte complet de la neuvaine traditionnelle à saint Benoît de Nursie : la prière quotidienne, les neuf jours, la prière de la Croix contre le mal, et les variantes contre la malchance et pour la protection.

Saint Benoît de Nursie, patriarche des moines d'Occident, est invoqué depuis des siècles comme un puissant protecteur contre les embûches du démon, les périls du corps et de l'âme, et tout ce que le langage populaire nomme « la malchance ». On récite cette neuvaine pour se placer sous sa garde et sous le signe de la sainte Croix, dont sa médaille porte l'inscription ; on peut la faire à toute époque de l'année, mais tout particulièrement dans les neuf jours qui précèdent sa fête, le 21 mars, jour de sa sainte mort. Voici le texte complet de la neuvaine traditionnelle, la prière de chaque jour et les variantes que l'on recherche le plus souvent, afin que rien ne vous manque pour la réciter avec fruit.
Avant de commencer, si vous découvrez cette pratique, lisez notre présentation de qu'est-ce qu'une neuvaine et notre article général sur la neuvaine.
Le texte de la neuvaine à saint Benoît
La neuvaine se compose d'une prière quotidienne, que l'on récite chaque jour à l'identique, et d'une méditation propre à chacun des neuf jours. On termine toujours par la prière de la sainte Croix de saint Benoît et par l'oraison de sa fête.
La prière quotidienne (à réciter chaque jour)
Ô glorieux saint Benoît, modèle sublime de toutes les vertus, vase pur de la grâce de Dieu ! Me voici humblement prosterné devant vous ; je vous demande, dans l'affliction où je me trouve, de vouloir bien tourner vers moi vos regards de bonté. Jetez sur moi, votre serviteur (votre servante), un regard de miséricorde ; obtenez-moi de Dieu la grâce que je sollicite dans cette neuvaine [exprimez ici votre intention], si elle est conforme à sa très sainte volonté et au bien de mon âme.
Aidez-moi surtout, par vos prières et votre exemple, à me corriger de mes défauts, à éviter toute occasion de péché, à fuir le monde et ses vanités, et à marcher fidèlement sur le chemin qui conduit au Ciel. Mais avant toute chose, obtenez-moi la grâce d'aimer et de servir Notre-Seigneur Jésus-Christ de tout mon cœur, et de vivre un jour éternellement avec vous dans la gloire. Ainsi soit-il.
Puis l'on récite un Notre Père*, un* Je vous salue Marie et un Gloire au Père aux intentions du jour.
La prière de la sainte Croix de saint Benoît
Cette prière, dont les initiales sont gravées sur la médaille-croix de saint Benoît, remonte à la tradition bénédictine ; sa formule de bénédiction fut solennellement approuvée par le pape Benoît XIV en 1742. On la récite chaque jour de la neuvaine, en tenant sa médaille ou en faisant sur soi le signe de croix :
Crux sacra sit mihi lux, non draco sit mihi dux.
Vade retro, Satana ! Numquam suade mihi vana.
Sunt mala quae libas ; ipse venena bibas.
Que la sainte Croix soit ma lumière, que le dragon ne soit pas mon guide.
Arrière, Satan ! Ne me conseille jamais tes vanités.
Ce que tu m'offres est mauvais : bois toi-même ton poison.
L'oraison de saint Benoît
Ô Dieu, qui avez honoré de tant et de si glorieux privilèges la précieuse mort du très saint Père Benoît, daignez accorder, à nous qui honorons sa mémoire, la grâce d'être protégés contre les embûches de nos ennemis, à l'heure de notre mort, par sa bienheureuse présence. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.
Les neuf jours
Chaque jour, après la prière quotidienne, on médite un trait de la vie de saint Benoît et l'on présente l'intention qui s'y rattache.
Jour 1 — La fuite du monde
Jeune homme, Benoît quitta Rome corrompue pour ne pas perdre son âme, préférant l'ignorance sainte à une science savante et coupable.
Grand saint Benoît, obtenez-nous la grâce de fuir les occasions du péché et de préférer Dieu à tout.
Jour 2 — La solitude de Subiaco
Trois années durant, caché dans une grotte, Benoît vécut seul avec Dieu, nourri par le pain que le moine Romain lui descendait au bout d'une corde.
Apprenez-nous le goût de la prière, du silence et de l'abandon à la Providence.
Jour 3 — La tentation vaincue par la Croix
Assailli par le souvenir d'une femme et par un merle envoyé du démon, Benoît fit le signe de la Croix, puis se roula dans les ronces jusqu'à guérir dans son corps les blessures de son âme.
Obtenez-nous de vaincre les tentations de la chair par la mortification et par le signe du salut.
Jour 4 — La coupe empoisonnée
Devenu abbé de moines relâchés, Benoît bénit d'un signe de croix le vase de vin empoisonné qu'on lui présentait, et le vase se brisa en éclats.
Protégez-nous des poisons visibles et invisibles, et de tous ceux qui trament notre perte.
Jour 5 — Le corbeau et le pain empoisonné
Le prêtre envieux Florentius lui fit porter un pain empoisonné ; sur l'ordre du saint, un corbeau l'emporta au loin.
Défendez-nous contre l'envie, la calomnie et les ennemis cachés, et gardez-nous dans la paix.
Jour 6 — La victoire du Mont-Cassin
Au sommet du Mont-Cassin, Benoît renversa le temple d'Apollon, brûla le bois sacré et chassa le démon qui régnait sur le lieu, y bâtissant la plus célèbre abbaye du monde.
Chassez de nos foyers toute puissance des ténèbres, et faites-y régner le Christ.
Jour 7 — La sainte Règle
Benoît écrivit sa Règle, « école du service du Seigneur », revêtant ses fils de « la forte et brillante armure de l'obéissance » pour combattre sous le Christ, vrai Roi.
Faites-nous aimer l'obéissance, le travail et la prière, selon l'esprit de votre Règle
(voir le bréviaire).
Jour 8 — Les miracles de la charité
Benoît fit remonter du fond du lac le fer d'une serpe, multiplia la farine pendant la famine et rendit la vie à des morts, secourant sans distinction les pauvres et les puissants.
Obtenez-nous la charité envers le prochain et la confiance en la toute-puissance de Dieu.
Jour 9 — La sainte mort
Six jours avant sa fin, Benoît fit creuser sa tombe ; puis, ayant reçu le Corps et le Sang du Seigneur, il rendit l'âme debout dans l'oratoire, les mains levées vers le Ciel.
Assistez-nous à l'heure de notre mort, et conduisez-nous auprès de vous dans la gloire.
On achève par la prière de la sainte Croix et l'oraison ci-dessus.
Les variantes de la neuvaine à saint Benoît
Selon l'intention, la neuvaine à saint Benoît se récite sous plusieurs formes. Le fond demeure le même ; on y ajoute simplement l'intention voulue dans la prière quotidienne.
Neuvaine de protection contre le mal, les ennemis et l'esprit du démon
C'est la forme la plus recherchée. On récite la neuvaine complète en insistant chaque jour sur la prière de la sainte Croix, et l'on ajoute cette invocation, tirée de la tradition de la médaille :
Saint Benoît, préservez-nous de toutes les attaques du démon, des maléfices, et de toute misère et malheur imprévus. Que le nom de Jésus et sa Croix soient nos défenseurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il.
Sur ce sujet, on lira avec profit nos articles sur la prière de protection, sur l'exorcisme et sur le diable.
Neuvaine contre la malchance persistante
Ce que l'on appelle « malchance » n'est jamais un sort ni une fatalité : le chrétien ne croit ni au hasard aveugle ni aux porte-bonheur, mais à la Providence de Dieu. La neuvaine « contre la malchance » n'est donc pas un charme : elle demande à saint Benoît d'écarter de nous les épreuves nuisibles à notre âme et de nous obtenir la grâce de tout recevoir de la main de Dieu. On ajoute à la prière quotidienne :
Grand saint Benoît, éloignez de nous les malheurs et les revers dont nous souffrons, et obtenez-nous de tout supporter avec foi, dans l'abandon à la sainte volonté de Dieu.
Neuvaine d'exorcisme
La véritable « neuvaine d'exorcisme » de saint Benoît n'est autre que la neuvaine récitée avec la médaille bénite et la prière de la Croix (Crux sacra sit mihi lux…), répétée matin, midi et soir. Que l'on se garde d'y mêler formules superstitieuses ou pratiques occultes : l'exorcisme proprement dit demeure réservé au prêtre mandaté par l'Église. Le fidèle, lui, se protège par la prière, l'eau bénite et le signe de la Croix.
Version courte
Pour ceux qui manquent de temps, on récite chaque jour, neuf jours durant :
Glorieux saint Benoît, protégez-nous contre les embûches de nos ennemis visibles et invisibles ; obtenez-nous [dites votre intention] et la grâce d'une sainte mort. Que la sainte Croix soit notre lumière. Ainsi soit-il.
Suivi d'un Notre Père*, d'un* Je vous salue Marie et de la prière de la Croix.
Texte à imprimer (PDF)
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La « demande de neuvaine »
Confier son intention à une communauté (une abbaye bénédictine, par exemple) qui priera aux mêmes jours est une pratique excellente. Une demande se rédige simplement : on indique son nom, l'intention (« Je confie à vos prières telle intention… »), et l'on remercie d'avance ; nul besoin de formule magique. L'essentiel est de prier soi-même en même temps.
Comment réciter cette neuvaine
Une neuvaine se fait sur neuf jours consécutifs, sans en omettre aucun. Pour l'achever le jour de la fête de saint Benoît, le 21 mars — jour où l'Église de 1962 célèbre son transitus, c'est-à-dire sa sainte mort —, on la commence le 12 mars. On peut aussi la faire à tout autre moment de l'année, dès qu'une nécessité presse.
Chaque jour, récitez la prière quotidienne, méditez le jour correspondant, puis dites la prière de la sainte Croix et l'oraison. Beaucoup allument un cierge béni et portent ou tiennent la médaille de saint Benoît pendant la prière : ce sont des aides pieuses, non des conditions nécessaires. Ce qui importe, c'est la foi, la persévérance et la contrition du cœur. Si vous débutez dans la prière, notre guide comment prier vous aidera.
Qui était saint Benoît — l'histoire de la dévotion
Benoît naquit vers l'an 480 à Nursie (Norcia), dans la Sabine, d'une famille honorable ; sa sœur jumelle, sainte Scholastique, s'était consacrée à Dieu dès l'enfance. Envoyé à Rome pour ses études, il fut si révolté par la licence de ses compagnons qu'il résolut, vers vingt ans, de quitter le monde. Il se retira d'abord au village d'Enfide, puis, cherchant une solitude plus grande, dans une grotte de Subiaco, où il vécut trois ans inconnu de tous, nourri par le moine Romain.
Sa sainteté attira bientôt des disciples. Devenu malgré lui abbé d'une communauté relâchée de Vicovaro, il faillit périr empoisonné : mais quand il fit le signe de la Croix sur la coupe, le vase se brisa. De retour à Subiaco, il organisa douze petits monastères de douze moines. La jalousie d'un prêtre nommé Florentius — qui lui envoya jusqu'à un pain empoisonné, emporté par un corbeau — le décida à partir pour le Mont-Cassin. Là, il renversa un temple d'Apollon, convertit les païens d'alentour, et fonda vers 530 l'abbaye qui allait rayonner sur toute l'Europe.
C'est au Mont-Cassin que Benoît composa sa célèbre Règle, monument de sagesse et de mesure, « école du service du Seigneur » où la prière liturgique, la lecture sacrée et le travail manuel se partagent la journée du moine sous l'autorité d'un père commun. Saint Grégoire le Grand, dans ses Dialogues, nous rapporte ses innombrables miracles : le fer d'une serpe remonté des eaux, la farine multipliée en pleine famine, des morts ressuscités, le don de lire dans les cœurs — comme lorsqu'il démasqua le roi goth Totila déguisé.
Averti d'en haut de sa fin prochaine, Benoît fit creuser sa tombe, reçut le saint Viatique, et mourut debout dans l'oratoire, les mains levées vers le Ciel, un 21 mars, vers l'an 547. Il fut enseveli auprès de sainte Scholastique. De ses fils naquit l'ordre bénédictin, qui christianisa et civilisa l'Occident ; de sa Règle sortirent aussi, au XIe siècle, les ermites de Camaldoli de saint Romuald. La médaille-croix de saint Benoît, dont les inscriptions résument la puissance de la Croix contre le démon, est un sacramental approuvé par l'Église ; sa forme jubilaire remonte à 1880, et Dom Prosper Guéranger en a exposé l'origine et les privilèges. On peut approfondir la figure du saint dans notre article saint Benoît.
Les lettres de la médaille
Sur la croix : C S S M L (Crux Sacra Sit Mihi Lux — Que la sainte Croix soit ma lumière) et N D S M D (Non Draco Sit Mihi Dux — Que le dragon ne soit pas mon guide). Aux angles : C S P B (Crux Sancti Patris Benedicti — Croix du saint Père Benoît). Au sommet : PAX (la paix). Sur le pourtour : V R S N S M V — S M Q L I V B (Vade Retro Satana, Numquam Suade Mihi Vana ; Sunt Mala Quae Libas, Ipse Venena Bibas — Arrière, Satan, ne me conseille jamais tes vanités ; ce que tu offres est mauvais, bois toi-même ton poison).
Questions Fréquentes
Comment faire la neuvaine à saint Benoît ?
Récitez, neuf jours de suite, la prière quotidienne ci-dessus, méditez le jour correspondant, puis dites la prière de la sainte Croix et l'oraison. Exprimez chaque jour la même intention. L'essentiel est la fidélité : ne sautez aucun jour, et priez avec confiance.
Quand faire la neuvaine à saint Benoît ?
À tout moment de l'année, selon le besoin. Pour l'achever le jour de sa fête, le 21 mars (calendrier de 1962), commencez-la le 12 mars. Certains la font aussi autour du 11 juillet, jour retenu par le calendrier réformé pour la translation de ses reliques ; mais qui suit les livres de 1962 s'en tient au 21 mars.
La neuvaine à saint Benoît contre la malchance est-elle permise ?
Oui, à condition de ne pas la traiter comme un porte-bonheur. Le chrétien ne croit ni au sort ni au hasard, mais à la Providence de Dieu. On demande simplement à saint Benoît d'éloigner de nous les maux nuisibles à l'âme et de nous obtenir de tout recevoir de la main de Dieu. Toute pratique superstitieuse serait au contraire un péché.
Qu'est-ce que la neuvaine d'exorcisme de saint Benoît ?
C'est la neuvaine récitée avec la médaille bénite et la prière de la Croix (Vade retro, Satana…), forte demande de protection contre le démon. Mais l'exorcisme proprement dit — l'adjuration du démon — est un rite réservé au prêtre mandaté par l'évêque. Le fidèle prie, se signe et use des sacramentaux ; il n'exorcise pas de lui-même.
Faut-il une bougie ou une médaille pour cette neuvaine ?
Non. Le cierge béni et la médaille de saint Benoît sont des aides pieuses et des sacramentaux recommandés, mais ni l'un ni l'autre n'est nécessaire à la valeur de la prière. Ce qui compte, c'est la foi et la persévérance.
Comment rédiger une demande de neuvaine à saint Benoît ?
Écrivez simplement : votre nom, l'intention que vous confiez (« Je vous demande de prier à telle intention… »), et un mot de remerciement. Nulle formule consacrée n'est requise. Priez vous-même aux mêmes jours ; la prière commune n'a de valeur que jointe à la vôtre.
Saint Benoît de Nursie ou saint Benoît-Joseph Labre d'Amettes ?
Ce sont deux saints distincts. Cette neuvaine s'adresse à saint Benoît de Nursie (vers 480-547), le patriarche des moines, dont la médaille protège du mal. Saint Benoît-Joseph Labre (1748-1783), le « mendiant de Rome » né à Amettes, dans l'Artois, est un autre saint, fêté le 16 avril ; certaines neuvaines lui sont adressées à Amettes, mais elles ne concernent pas la médaille de protection.
Existe-t-il un texte PDF à imprimer ?
Oui : cette page contient la neuvaine intégrale, prête à imprimer. Vous en trouverez aussi la version guidée, jour après jour, dans l'application Iter Fidei.
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Sources. Saint Grégoire le Grand, Dialogues, livre II (Vie de saint Benoît) ; Alban Butler, Lives of the Saints (au 21 mars) ; Dom Prosper Guéranger, Essai sur l'origine, la signification et les privilèges de la médaille ou croix de saint Benoît ; oraison et prières de la fête de saint Benoît selon le Missel et le Bréviaire romains de 1962 ; formule de bénédiction de la médaille approuvée par le pape Benoît XIV (1742).