La Prière
Le Te Deum, la grande hymne d'action de grâces
Le Te Deum, hymne d'action de grâces de l'Église — texte complet en latin et en français, son origine attribuée à saint Ambroise et saint Augustin, sa place dans l'Office et les indulgences qui lui sont attachées.

Le Te Deum est la grande hymne d'action de grâces de l'Église latine : un chant de louange à la Sainte Trinité que l'on entonne aux jours de joie, à la fin de l'Office des Matines des dimanches et des fêtes, et chaque fois que le peuple chrétien veut remercier Dieu solennellement. Son nom vient de ses premiers mots latins, Te Deum laudamus, « Nous te louons, ô Dieu ». Nous en donnons d'abord le texte complet, en latin et en français, avant d'en exposer l'origine, l'usage liturgique et les indulgences qui y sont attachées.
Te Deum laudamus : le texte latin
L'hymne se chante en latin dans la liturgie romaine. La voici en entier.
Te Deum laudámus: te Dóminum confitémur.
Te ætérnum Patrem omnis terra venerátur.
Tibi omnes Ángeli, tibi Cæli et univérsæ Potestátes:
Tibi Chérubim et Séraphim incessábili voce proclámant:
Sanctus, Sanctus, Sanctus Dóminus Deus Sábaoth.
Pleni sunt cæli et terra majestátis glóriæ tuæ.
Te gloriósus Apostolórum chorus,
Te Prophetárum laudábilis númerus,
Te Mártyrum candidátus laudat exércitus.
Te per orbem terrárum sancta confitétur Ecclésia,
Patrem imménsæ majestátis;
Venerándum tuum verum et únicum Fílium;
Sanctum quoque Paráclitum Spíritum.
Tu Rex glóriæ, Christe.
Tu Patris sempitérnus es Fílius.
Tu, ad liberándum susceptúrus hóminem, non horruísti Vírginis úterum.
Tu, devícto mortis acúleo, aperuísti credéntibus regna cælórum.
Tu ad déxteram Dei sedes, in glória Patris.
Judex créderis esse ventúrus.
Te ergo quǽsumus, tuis fámulis súbveni, quos pretióso sánguine redemísti.
Ætérna fac cum sanctis tuis in glória numerári.
Salvum fac pópulum tuum, Dómine, et bénedic hereditáti tuæ.
Et rege eos, et extólle illos usque in ætérnum.
Per síngulos dies benedícimus te.
Et laudámus nomen tuum in sǽculum, et in sǽculum sǽculi.
Dignáre, Dómine, die isto sine peccáto nos custodíre.
Miserére nostri, Dómine, miserére nostri.
Fiat misericórdia tua, Dómine, super nos, quemádmodum sperávimus in te.
In te, Dómine, sperávi: non confúndar in ætérnum.
Le Te Deum en français : la traduction
Voici la traduction française reçue, pour prier l'hymne et en suivre le sens.
Nous te louons, ô Dieu ; nous te bénissons, Seigneur.
Toute la terre t'adore, ô Père éternel.
Tous les Anges, les Cieux et toutes les Puissances,
Les Chérubins et les Séraphins te proclament sans cesse :
Saint, Saint, Saint le Seigneur, Dieu des armées.
Les cieux et la terre sont pleins de la majesté de ta gloire.
Le chœur glorieux des Apôtres,
La troupe vénérable des Prophètes,
L'armée éclatante des Martyrs célèbrent tes louanges.
La sainte Église par toute la terre te confesse,
Père d'une infinie majesté,
Et ton Fils unique, véritable et adorable,
Ainsi que le Saint-Esprit consolateur.
O Christ, tu es le Roi de gloire.
Tu es le Fils éternel du Père.
Pour délivrer l'homme, tu n'as pas dédaigné le sein de la Vierge.
Tu as brisé l'aiguillon de la mort, et ouvert aux fidèles le royaume des cieux.
Tu es assis à la droite de Dieu, dans la gloire du Père.
Nous croyons que tu viendras juger le monde.
Nous te supplions donc de secourir tes serviteurs, que tu as rachetés de ton sang précieux.
Reçois-les au nombre de tes saints, dans la gloire éternelle.
Sauve ton peuple, Seigneur, et bénis ton héritage.
Conduis-les et élève-les jusque dans l'éternité.
Chaque jour nous te bénissons ;
Nous louons ton nom à jamais, et dans les siècles des siècles.
Daigne, Seigneur, en ce jour, nous garder sans péché.
Aie pitié de nous, Seigneur, aie pitié de nous.
Que ta miséricorde, Seigneur, se répande sur nous, selon l'espérance que nous avons mise en toi.
C'est en toi, Seigneur, que j'ai espéré : je ne serai pas confondu à jamais.
Que signifie « Te Deum » : la définition
« Te Deum » n'est pas un titre mais l'incipit de l'hymne, ces deux mots latins par lesquels elle s'ouvre : Te Deum laudamus, « Toi, Dieu, nous te louons ». Par extension, « chanter un Te Deum » signifie dans la langue courante rendre grâces à Dieu de manière solennelle, pour une victoire, une paix, une naissance royale, une délivrance. La structure de l'hymne éclaire ce sens.
Elle s'ouvre par une acclamation de toute la création et des chœurs angéliques à la Trinité, reprend le Sanctus des Séraphins d'Isaïe, confesse tour à tour le Père, le Fils et le Saint-Esprit, puis contemple le Christ dans les mystères de son Incarnation et de sa Rédemption. Elle s'achève par une série de supplications tirées des psaumes, où la louange se fait prière de confiance. C'est un abrégé de la foi autant qu'un cantique de joie ; il prolonge, en une grande hymne, la louange que le Gloria Patri enferme en trois lignes à la fin de chaque psaume.
L'origine : l'hymne de saint Ambroise et de saint Augustin
La tradition attribue le Te Deum à saint Ambroise et à saint Augustin. Une pieuse légende, rapportée au long des siècles, veut que les deux docteurs l'aient improvisé ensemble, alternant verset après verset, la nuit où Ambroise baptisa Augustin à Milan, en 387. De là son nom ancien d'« hymne ambrosien ».
La sobriété doctrinale et l'ampleur du chant s'accordent en effet à l'âge des Pères, quand l'Église fixait dans ses cantiques la foi de Nicée contre les ariens : le Te Deum confesse le Fils « éternel », « véritable et unique », égal au Père, ce que l'hérésie niait. Quel qu'en soit l'auteur, l'Église l'a reçu très tôt et l'a placé au sommet de sa prière quotidienne. On le rapproche naturellement des autres grandes hymnes latines, comme le Veni Creator au Saint-Esprit, qui portent la même densité de foi.
Quand l'Église chante le Te Deum
Le Te Deum a d'abord sa place fixe dans l'Office divin, ce que confirme le bréviaire romain de 1962. On le chante à la fin des Matines, après le dernier répons, aux dimanches et aux fêtes — mais on l'omet pendant l'Avent, la Septuagésime et le Carême, ainsi qu'aux offices des morts, l'Église réservant ce chant de joie aux temps où l'allégresse convient. Il précède immédiatement les Vêpres et les autres heures dans le rythme de la journée liturgique, marquant le passage de la veille nocturne à la louange du jour.
Au-delà de l'Office, le Te Deum est le chant d'action de grâces de l'Église entière. On l'entonne à la clôture d'un concile, à l'élection d'un pape, à la canonisation d'un saint, au sacre d'un roi, à la profession religieuse, à la fin d'une mission ou d'une retraite. Les cathédrales le font retentir aux grandes actions de grâces publiques, pour une paix rendue ou une épreuve surmontée. Le dernier jour de l'année civile, le 31 décembre, la coutume veut qu'on le chante pour remercier Dieu des bienfaits reçus durant l'année écoulée. En cela, il est le frère solennel de toute prière de remerciement.
Le Te Deum grégorien
Dans la liturgie romaine, le Te Deum se chante sur une mélodie grégorienne propre, d'une grande noblesse, que la tradition connaît sous deux formes, le ton solennel et le ton simple ou « ferial ». Le chant alterne entre le célébrant, ou la schola, et le chœur, à la manière antique où saint Ambroise et saint Augustin sont dits l'avoir composé. C'est cette version chantée, dépouillée et priante, que l'Église a toujours privilégiée pour son propre culte, distincte des grandes compositions polyphoniques que le texte a par ailleurs inspirées aux musiciens.
Les indulgences attachées au Te Deum
L'Église enrichit d'indulgences la récitation du Te Deum, tant elle en fait cas comme prière d'action de grâces. Selon le recueil officiel des indulgences, la Raccolta, une indulgence partielle est accordée aux fidèles qui récitent l'hymne en action de grâces ; et une indulgence plénière, aux conditions ordinaires — confession, communion et prière aux intentions du Souverain Pontife —, à ceux qui prennent part au chant public du Te Deum le dernier jour de l'année, le 31 décembre. Ainsi l'Église attache à ce chant, non seulement l'honneur rendu à Dieu, mais un fruit spirituel pour les vivants et pour les âmes que la charité veut soulager.
Questions Fréquentes
Que veut dire « Te Deum » ?
« Te Deum » sont les deux premiers mots latins de l'hymne, Te Deum laudamus, qui signifient « Toi, Dieu, nous te louons ». C'est un incipit : on nomme le cantique par son commencement, comme il est d'usage pour les prières latines. Par extension, l'expression désigne toute action de grâces solennelle rendue à Dieu.
Qui a composé le Te Deum ?
La tradition l'attribue à saint Ambroise et à saint Augustin, qu'une antique légende dit l'avoir improvisé ensemble la nuit du baptême d'Augustin, en 387, à Milan. De là son nom d'hymne ambrosien. L'Église l'a reçu dès les premiers siècles et l'a placé au terme des Matines des jours de fête.
Quand chante-t-on le Te Deum ?
À l'Office, on le chante à la fin des Matines des dimanches et des fêtes, hors de l'Avent, de la Septuagésime et du Carême. Hors de l'Office, il accompagne les grandes actions de grâces de l'Église : élection d'un pape, canonisation, fin d'un concile, et par coutume le 31 décembre pour remercier Dieu de l'année écoulée.
Le Te Deum se chante-t-il en latin ou en français ?
Dans la liturgie romaine, il se chante en latin, sur sa mélodie grégorienne propre. La traduction française sert à en suivre le sens et à le prier en privé. Nous donnons les deux textes complets plus haut.
Pourquoi le Te Deum est-il une prière d'action de grâces ?
Parce qu'il unit la louange de toute la création et des anges à la confession de la foi trinitaire, puis à la reconnaissance des bienfaits de la Rédemption. Chanter un Te Deum, c'est rendre grâces à Dieu solennellement pour ses dons, ce qui explique qu'on l'entonne aux jours de joie et de délivrance.
Y a-t-il une indulgence pour le Te Deum ?
Oui. Selon la Raccolta, une indulgence partielle est attachée à sa récitation en action de grâces, et une indulgence plénière, aux conditions ordinaires, à la participation au chant public du Te Deum le dernier jour de l'année.
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Sources. Texte du Te Deum, Bréviaire romain (édition de 1962), à la fin des Matines ; la Raccolta (recueil officiel des indulgences) pour les indulgences attachées à l'hymne ; Dom Guéranger, L'Année liturgique, sur l'usage et le sens du Te Deum ; l'attribution traditionnelle à saint Ambroise et saint Augustin.