Les Dévotions
Chapelet de la Miséricorde Divine : texte et histoire
Le chapelet de la miséricorde divine, issu des écrits de sœur Faustine : son origine, sa récitation, l'heure de 15h, la neuvaine — et la notification du Saint-Office de 1959, présentée sobrement, avec les dévotions traditionnelles à la miséricorde.

Le chapelet de la miséricorde divine est une dévotion issue des écrits de sœur Faustine Kowalska (1905-1938), religieuse polonaise, qui se récite sur un chapelet ordinaire et invoque la Passion du Christ pour obtenir miséricorde. Sa diffusion fut interdite par le Saint-Office en 1959, puis permise de nouveau en 1978 ; elle n'appartient pas à la liturgie de 1962. Nous donnons ici le texte et la manière de le réciter, puis son histoire datée, et enfin les prières par lesquelles l'Église a toujours imploré la miséricorde de Dieu.
L'origine : sœur Faustine Kowalska
Hélène Kowalska naît en 1905 à Głogowiec, en Pologne, et entre en 1925 chez les Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde sous le nom de sœur Marie-Faustine. Elle rapporte, à partir de 1931, des apparitions du Christ lui demandant de faire peindre une image avec l'inscription « Jésus, j'ai confiance en Toi », puis, en 1935 à Vilnius, de réciter un chapelet particulier dont les formules lui auraient été dictées. Elle consigne ces révélations privées dans un journal, publié après sa mort en 1938 sous le titre de Petit Journal.
Il s'agit donc, au sens strict, de révélations privées : même lorsqu'elles sont approuvées, elles n'ajoutent rien au dépôt de la foi et n'obligent personne. La foi catholique repose sur l'Écriture et la Tradition, non sur les visions d'une âme particulière ; c'est l'enseignement constant des théologiens.
Comment réciter le chapelet de la divine miséricorde
Voici la manière dont ce chapelet se récite selon les écrits de sœur Faustine, sur un chapelet ordinaire de cinq dizaines :
- Au début : un Notre Père, un Je vous salue Marie et le Credo (Symbole des Apôtres).
- Sur les gros grains (avant chaque dizaine) :
Père éternel, je T'offre le Corps et le Sang, l'Âme et la Divinité de Ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation de nos péchés et de ceux du monde entier.
- Sur les dix petits grains :
Par Sa douloureuse Passion, sois miséricordieux pour nous et pour le monde entier.
- À la fin, trois fois :
Dieu Saint, Dieu Fort, Dieu Éternel, prends pitié de nous et du monde entier.
La récitation dure une dizaine de minutes. Contrairement au rosaire, ce chapelet ne comporte pas de mystères à méditer : les « cinq mystères » que certains cherchent n'existent pas dans cette dévotion — il s'agit simplement des cinq dizaines, toutes identiques. L'invocation finale fait écho au Trisagion, l'Agios o Theos (« Dieu saint, Dieu fort, Dieu immortel »), prière très ancienne que la liturgie romaine traditionnelle chante le Vendredi Saint, pendant l'adoration de la Croix, dans les Impropères.
L'heure de la miséricorde : pourquoi 15 heures
Les écrits de sœur Faustine désignent 15 heures — l'heure de la mort du Christ en croix — comme « l'heure de la grande miséricorde », et invitent à y prier la Passion. C'est pourquoi beaucoup récitent le chapelet de la miséricorde divine à 15h.
Sur ce point, la donnée est traditionnelle avant d'être faustinienne : l'Évangile rapporte que « vers la neuvième heure, Jésus cria d'une voix forte : Eli, Eli, lamma sabacthani ? » (Matthieu 27, 46, trad. Fillion) — la neuvième heure des Juifs correspondant à nos trois heures de l'après-midi. La piété catholique a toujours honoré cette heure, notamment le vendredi, par la mémoire de la Passion et le chemin de croix.
La neuvaine à la miséricorde divine et le dimanche de la miséricorde
Le Petit Journal propose également une neuvaine : le chapelet ci-dessus récité neuf jours de suite, du Vendredi Saint au samedi de Pâques, en confiant chaque jour une catégorie d'âmes à la miséricorde de Dieu. Elle s'achève la veille du premier dimanche après Pâques, auquel un décret de la Congrégation pour le culte divin du 5 mai 2000 a donné le nom de « dimanche de la divine miséricorde ». Dans le calendrier traditionnel de 1962, ce dimanche demeure le dimanche in albis, ou dimanche de Quasimodo, octave de Pâques.
Sur la pratique de la neuvaine en général — neuf jours de prière persévérante, à l'image des Apôtres au Cénacle —, le texte complet des neuf jours est donné dans notre neuvaine à la Miséricorde divine. Des litanies de la miséricorde divine circulent également dans les recueils issus de cette dévotion ; elles ne figurent pas parmi les litanies que l'Église traditionnelle avait approuvées pour la récitation publique.
Le regard de la tradition : de 1959 à 2000
Ce chapelet est une dévotion privée du vingtième siècle ; il ne figure ni au Missel ni au Bréviaire de 1962. Les faits, dans l'ordre :
- 5 octobre 1938 : mort de sœur Faustine à Cracovie.
- 19 novembre 1958 : la Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office, après examen des visions et révélations alléguées, décide que leur caractère surnaturel n'est pas établi, qu'aucune fête de la Miséricorde divine ne doit être instituée, et que la diffusion des images et des écrits présentant cette dévotion « dans les formes proposées par sœur Faustine » est interdite. La notification paraît le 6 mars 1959 aux Acta Apostolicae Sedis (t. 51, p. 271), sous le pontificat de Jean XXIII.
- 15 avril 1978 : une notification de la Sacrée Congrégation pour la doctrine de la foi déclare ces interdictions désormais sans objet, au vu de documents originaux inconnus en 1959.
- 18 avril 1993 : béatification ; 30 avril 2000 : canonisation.
- 5 mai 2000 : décret de la Congrégation pour le culte divin donnant au deuxième dimanche de Pâques le nom de « dimanche de la divine miséricorde », sans rien changer à sa messe.
Dans le calendrier de 1962, ce dimanche reste le dimanche in albis, dit de Quasimodo. Une révélation privée, même permise, n'oblige personne ; nous donnons ce chapelet parce qu'il est très demandé et que ses paroles invoquent la Passion, mais comme une dévotion privée, non comme une partie du rite traditionnel. L'Église offrait déjà, sous des formes éprouvées depuis des siècles, la même confiance en la miséricorde de Dieu.
La miséricorde divine dans la tradition : le Miserere et le Sacré-Cœur
Car la miséricorde divine n'a pas attendu le vingtième siècle. Elle est un attribut de Dieu que l'Écriture chante à chaque page : « Célébrez le Seigneur, car Il est bon, car Sa miséricorde est éternelle » (Psaume 135, 1, trad. Fillion).
La grande prière de miséricorde de la tradition est le Miserere, le psaume 50 de la Vulgate (psaume 51 selon la numérotation hébraïque) : « Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon Votre grande miséricorde ; et selon la multitude de Vos bontés, effacez mon iniquité » (Psaume 50, 3, trad. Fillion). C'est le psaume de David pénitent, que l'Église fait réciter au prêtre, au moine et au fidèle depuis les origines : il ouvre les Laudes des jours de pénitence dans l'office traditionnel. Qui veut prier la miséricorde de Dieu chaque jour possède là un texte inspiré par Dieu même.
La grande dévotion de miséricorde approuvée par l'Église est celle au Sacré-Cœur de Jésus, issue des apparitions à sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial (1673-1675), examinées, approuvées, et consacrées par le Magistère : Pie IX étendit la fête à l'Église universelle en 1856, Léon XIII consacra le genre humain au Sacré-Cœur en 1899, et Pie XI, dans l'encyclique Miserentissimus Redemptor (1928), fit de la réparation au Cœur de Jésus un devoir de toute la chrétienté.
Le Cœur transpercé du Sauveur est précisément la miséricorde divine rendue visible ; l'heure sainte, la communion réparatrice du premier vendredi du mois, les litanies du Sacré-Cœur en sont les pratiques éprouvées. Pie XII en a donné la doctrine dans l'encyclique Haurietis aquas (1956). Le Précieux Sang, fêté le 1er juillet au calendrier de 1962, et les Cinq Plaies prolongent la même dévotion à la Passion.
Enfin, le canal ordinaire de la miséricorde n'est pas une formule mais un sacrement : la confession. Le catéchisme de saint Pie X enseigne que la pénitence remet les péchés commis après le baptême ; c'est au confessionnal que la miséricorde de Dieu absout, et l'acte de contrition y dispose le pénitent.
Questions Fréquentes
Comment réciter le chapelet de la miséricorde divine ?
Sur un chapelet ordinaire : au début, un Notre Père, un Je vous salue Marie et le Credo ; sur chaque gros grain, l'offrande au Père éternel du Corps et du Sang de son Fils ; sur les dix petits grains, « Par Sa douloureuse Passion, sois miséricordieux pour nous et pour le monde entier » ; à la fin, trois fois « Dieu Saint, Dieu Fort, Dieu Éternel, prends pitié de nous et du monde entier ».
Comment faire la neuvaine de la miséricorde divine ?
Selon les écrits de sœur Faustine, la neuvaine consiste à réciter le chapelet neuf jours de suite, du Vendredi Saint à la veille du premier dimanche après Pâques, en confiant chaque jour une catégorie d'âmes à Dieu. Elle peut aussi se faire à toute époque de l'année, comme toute neuvaine.
Pourquoi réciter le chapelet de la miséricorde divine à 15h ?
Parce que les écrits de sœur Faustine désignent 15 heures, l'heure de la mort du Christ en croix, comme l'heure de la miséricorde. Cette heure — la neuvième heure de l'Évangile — a toujours été honorée par la piété catholique en mémoire de la Passion.
Le chapelet de la miséricorde divine a-t-il été interdit par l'Église ?
Oui. Par une notification décidée le 19 novembre 1958 et publiée le 6 mars 1959, le Saint-Office interdit la diffusion des images et des écrits présentant cette dévotion dans les formes proposées par sœur Faustine. Ces interdictions furent déclarées sans objet par une notification du 15 avril 1978 ; sœur Faustine fut canonisée le 30 avril 2000.
Quand est le dimanche de la divine miséricorde ?
C'est le premier dimanche après Pâques, ainsi nommé par un décret du 5 mai 2000. Dans le calendrier liturgique traditionnel de 1962, ce même dimanche est le dimanche in albis (Quasimodo), octave de Pâques.
Que sont les 5 mystères de la divine miséricorde ?
Il n'y en a pas : contrairement au rosaire, le chapelet de la miséricorde divine ne comporte aucun mystère à méditer. Ce que l'on appelle parfois ainsi n'est que les cinq dizaines du chapelet, toutes composées des mêmes invocations.
Le chapelet commence-t-il par trois Je vous salue Marie ?
Non. Le texte issu du Petit Journal fait commencer le chapelet par un seul Notre Père, un seul Je vous salue Marie et le Credo. L'usage des trois Je vous salue Marie d'ouverture appartient au rosaire traditionnel, non à ce chapelet.
L'application Iter Fidei donne les prières traditionnelles, les psaumes selon Fillion, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier chaque jour. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Petit Journal de sainte Faustine, n° 475-476 (le chapelet) ; La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion sur la Vulgate (Psaumes 50, 135 ; Matthieu 27) ; notification du Saint-Office du 6 mars 1959, Acta Apostolicae Sedis 51 (1959), p. 271 ; notification de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 15 avril 1978 ; Congrégation pour le culte divin, décret du 5 mai 2000 ; Pie XII, encyclique Haurietis aquas (1956) ; Catéchisme de saint Pie X (la pénitence) ; Pie XI, encyclique Miserentissimus Redemptor (1928) ; Dom Guéranger, L'Année liturgique (temps de la Passion, fête du Sacré-Cœur).