Les Saints
La conversion de saint Paul sur le chemin de Damas
La conversion de saint Paul sur le chemin de Damas : le texte des Actes des Apôtres, ce que Paul en dit lui-même, la fête du 25 janvier au calendrier de 1962 avec la mémoire de saint Pierre, l'oraison du Missel, l'octave de prière pour l'unité, et les tableaux du Caravage et de Michel-Ange.
La conversion de saint Paul est l'événement par lequel Saul de Tarse, pharisien acharné contre les chrétiens, fut terrassé par une lumière venue du ciel sur la route de Damas, entendit la voix de Jésus ressuscité et devint l'Apôtre des nations. Les Actes des Apôtres la racontent trois fois (chapitres 9, 22 et 26), et Paul lui-même y revient dans ses lettres. L'Église la fête le 25 janvier : au calendrier traditionnel de 1962, c'est une fête de IIIe classe, en blanc, avec la mémoire de saint Pierre.
Qui était Saul avant sa conversion ?
Saul, appelé aussi Paul (Actes 13, 9), était un Juif de Tarse, en Cilicie, de la tribu de Benjamin, formé dans la stricte observance des pharisiens. Il le dit lui-même : « je surpassais dans le judaïsme bon nombre de ceux de mon âge et de ma nation, ayant un zèle plus ardent pour les traditions de mes pères » (Galates 1, 14, traduction Fillion).
Ce zèle en fit un persécuteur. Lors de la lapidation du diacre saint Étienne, « les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul », et « Saul consentait à sa mort » (Actes 7, 57-59). Aussitôt après, « Saul dévastait l'église ; entrant dans les maisons, il en arrachait hommes et femmes, et les faisait mettre en prison » (Actes 8, 3). Saint Augustin, dans un sermon que le Bréviaire romain lisait autrefois ce jour-là, remarque qu'il ne lui suffisait pas de lapider de ses propres mains : il gardait les vêtements de tous les bourreaux, pour être en quelque sorte dans toutes leurs mains à la fois.
La conversion de saint Paul : le texte des Actes des Apôtres
Voici le récit du chapitre 9 des Actes des Apôtres, qui est aussi l'épître de la messe du 25 janvier, dans la traduction de l'abbé Fillion.
« Cependant Saul, ne respirant encore que menaces et carnage contre les disciples du Seigneur, alla trouver le prince des prêtres, et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait des hommes ou des femmes engagés dans cette voie, il les amenât enchaînés à Jérusalem. Mais comme il était en chemin et qu'il approchait de Damas, il arriva que tout à coup une lumière du Ciel brilla autour de lui. Et, tombant à terre, il entendit une voix qui lui dit : Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu ? Il répondit : Qui êtes-Vous, Seigneur ? Et le Seigneur : Je suis Jésus, que tu persécutes ; il t'est dur de regimber contre l'aiguillon.
Alors, tremblant et stupéfait, il dit : Seigneur, que voulez-Vous que je fasse ? Le Seigneur lui dit : Lève-toi et entre dans la ville, et là on te dira ce qu'il faut que tu fasses. Or les hommes qui l'accompagnaient s'étaient arrêtés stupéfaits, entendant la voix, et ne voyant personne. Saul se leva donc de terre, et ayant les yeux ouverts, il ne voyait rien. Le conduisant par la main, on le fit entrer à Damas, et il y resta trois jours sans voir, et il ne mangea et ne but quoi que ce soit. » (Actes 9, 1-9)
Le Seigneur envoie alors un disciple de Damas, Ananie, qui hésite : il sait le mal que cet homme a fait aux chrétiens de Jérusalem. Le Seigneur lui répond : « Va, car il est un instrument que Je Me suis choisi pour porter Mon nom devant les nations, et les rois, et les fils d'Israël ; et Je lui montrerai combien il lui faudra souffrir pour Mon nom » (Actes 9, 15-16). La Vulgate dit : vas electionis, « vase d'élection », expression que la liturgie reprendra sans cesse.
« Alors Ananie alla, et entra dans la maison ; et lui imposant les mains, il dit : Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui t'a apparu dans le chemin par où tu venais, m'a envoyé pour que tu voies, et que tu sois rempli de l'Esprit-Saint. Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue ; et s'étant levé, il fut baptisé. » (Actes 9, 17-18)
Aussitôt le persécuteur « prêcha Jésus dans les synagogues, disant qu'Il est le Fils de Dieu », au grand étonnement de ceux qui savaient pourquoi il était venu (Actes 9, 20-22).
Les deux autres récits : Actes 22 et 26
Paul raconte lui-même sa conversion à deux reprises dans les Actes. Devant la foule de Jérusalem (Actes 22, 6-16), il précise que la lumière l'enveloppa « au milieu du jour », qu'elle était « abondante », et que ses compagnons « virent bien la lumière, mais ils n'entendirent pas la voix de Celui qui [lui] parlait ». Ananie lui dit : « Lève-toi, et reçois le baptême, et lave tes péchés en invoquant Son nom » (Actes 22, 16).
Devant le roi Agrippa (Actes 26, 12-19), il parle d'une lumière « plus éclatante que celle du soleil » et rapporte la mission reçue du Christ : être envoyé aux nations « pour leur ouvrir les yeux, afin qu'ils se convertissent des ténèbres à la lumière, et de la puissance de satan à Dieu ». Il conclut : « je ne fus pas incrédule à la vision céleste ».
Ce que saint Paul en dit dans ses lettres
Dans l'épître aux Galates, Paul insiste sur l'initiative de Dieu : « lorsqu'il plut à Celui qui m'a mis à part dès le sein de ma mère, et qui m'a appelé par Sa grâce, de révéler Son Fils en moi, pour que je fusse Son évangéliste parmi les nations, aussitôt je ne pris conseil ni de la chair ni du sang » (Galates 1, 15-16). Il partit ensuite en Arabie, revint à Damas, et ce n'est que trois ans plus tard qu'il monta à Jérusalem « pour voir Pierre » (Galates 1, 17-18).
Aux Corinthiens, il se compte parmi les témoins de la Résurrection : le Christ « a été vu de moi, comme de l'avorton. Car je suis le moindre des Apôtres, et je ne suis pas digne d'être appelé Apôtre, parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu. Mais par la grâce de Dieu je suis ce que je suis » (1 Corinthiens 15, 8-10). Et à Timothée : « moi qui auparavant étais un blasphémateur, un persécuteur et un oppresseur injurieux ; mais j'ai obtenu miséricorde » (1 Timothée 1, 13).
Le sens de la conversion de saint Paul
« Pourquoi Me persécutes-tu ? »
Saul ne persécutait pas Jésus en personne, mais ses disciples. Le Christ répond pourtant : « Je suis Jésus, que tu persécutes. » Toute la doctrine de l'Église, Corps mystique du Christ, est contenue dans cette parole : toucher aux membres, c'est toucher à la Tête. Paul la développera dans ses lettres.
Le loup de Benjamin
Ce sermon de saint Augustin, que le Bréviaire lisait au deuxième nocturne du 25 janvier (l'office de 1962, réduit à un seul nocturne, ne garde à Matines que le récit des Actes), part d'une prophétie de la Genèse. En bénissant ses fils, le patriarche Jacob avait dit : « Benjamin, loup ravisseur », qui « le matin ravit la proie, et le soir partage la nourriture ». Or Paul, dit Augustin, était de la tribu de Benjamin.
Le matin, il ravissait : il emmenait les chrétiens enchaînés. Le soir, il partageait la nourriture : « le matin et le soir », explique Augustin, veulent dire « d'abord et ensuite ». « Le Christ terrassa le persécuteur pour en faire un docteur de l'Église ; il le frappa et le guérit, il le tua et lui rendit la vie : l'Agneau mis à mort par les loups fait des loups des agneaux. »
Une conversion qui est une grâce
La conversion de Paul n'est pas le fruit d'une lente réflexion. Elle est un coup de la grâce, qui saisit un homme au milieu de sa route et de son péché. Mais elle n'est pas pour autant passive : « Seigneur, que voulez-Vous que je fasse ? » Paul obéit, se laisse conduire, jeûne trois jours, reçoit le baptême de la main d'un simple disciple. Pour le chrétien, chaque retour à Dieu suit ce chemin, jusque dans le sacrement de pénitence que décrit notre page sur la confession.
La fête de la conversion de saint Paul le 25 janvier
Au calendrier de 1962, que suit Iter Fidei, elle est fêtée le 25 janvier, comme fête de IIIe classe, avec ornements blancs, et avec la mémoire de saint Pierre : l'Église n'honore jamais l'un des deux Apôtres sans l'autre. Le calendrier réformé de 1969 l'a gardée à la même date, comme fête. Elle ouvre, dans la liste des saints catholiques du calendrier de 1962, une belle suite de fêtes liées à l'Apôtre et aux premiers évêques d'Asie.
La messe commence par l'introït Scio cui credidi : « je sais en qui j'ai cru, et je suis certain qu'Il est assez puissant pour garder mon dépôt jusqu'à ce jour » (2 Timothée 1, 12). L'épître est le récit des Actes donné plus haut (Actes 9, 1-22). Hors du temps de la Septuagésime, le verset de l'Alléluia chante : « Grand est saint Paul, vase d'élection ; il est vraiment digne d'être glorifié, lui qui a mérité d'occuper le douzième trône. » L'Évangile est la promesse du Christ à ceux qui ont tout quitté pour le suivre, qui siégeront sur douze trônes (Matthieu 19, 27-29), et la communion en reprend les paroles.
Les deux colonnes de l'Église, Pierre et Paul, ont leur grande fête commune le 29 juin, que nous présentons dans la page sur saint Pierre et saint Paul. La veille, le 24 janvier, le calendrier traditionnel fête l'un de ses disciples les plus chers : voyez notre page sur saint Timothée, disciple de saint Paul.
Prière pour la fête de la conversion de saint Paul
L'oraison de la messe et la mémoire de saint Pierre
L'Église ne sépare jamais les deux Apôtres : selon le Code des rubriques de 1960 (n. 110), l'oraison de saint Pierre s'ajoute à la collecte du jour sous une seule conclusion, sans second Orémus entre les deux.
Deus, qui univérsum mundum beáti Pauli Apóstoli prædicatióne docuísti: da nobis, quǽsumus; ut, qui ejus hódie Conversiónem cólimus, per ejus ad te exémpla gradiámur. Deus, qui beáto Petro Apóstolo tuo, collátis clávibus regni cœléstis, ligándi atque solvéndi pontifícium tradidísti: concéde; ut, intercessiónis ejus auxílio, a peccatórum nostrórum néxibus liberémur: Qui vivis et regnas cum Deo Patre, in unitáte Spíritus Sancti, Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. Amen.
Ô Dieu, qui avez instruit le monde entier par la prédication du bienheureux Apôtre Paul, accordez-nous, nous vous en prions, qu'en célébrant aujourd'hui sa conversion, nous marchions vers vous en suivant ses exemples. Ô Dieu, qui, en remettant à votre bienheureux Apôtre Pierre les clefs du royaume céleste, lui avez donné le pouvoir pontifical de lier et de délier, accordez-nous d'être délivrés, par le secours de son intercession, des liens de nos péchés. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l'unité du Saint-Esprit, Dieu, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
L'antienne à saint Paul
Le Bréviaire romain, à l'office de saint Paul, chante cette antienne que l'on peut dire seule, comme une invocation :
Sancte Paule Apóstole, prædicátor veritátis et doctor géntium, intercéde pro nobis ad Deum, qui te elégit.
Saint Paul Apôtre, prédicateur de la vérité et docteur des nations, intercédez pour nous auprès de Dieu, qui vous a choisi.
L'octave de prière pour l'unité, du 18 au 25 janvier
La fête de la conversion de saint Paul clôt une octave de prière née au début du XXe siècle. En 1908, le père Paul Wattson, alors anglican, fondateur avec Lurana White de la Société de l'Atonement aux États-Unis, proposa huit jours de prière pour le retour des chrétiens séparés à l'unité de l'Église, entre deux fêtes du calendrier de l'époque : la Chaire de saint Pierre à Rome, le 18 janvier, et la Conversion de saint Paul, le 25. Wattson et sa communauté entrèrent dans l'Église catholique en 1909. Saint Pie X bénit cette octave, et Benoît XV en encouragea la pratique dans toute l'Église.
Son intention était claire : prier pour que les chrétiens séparés reviennent à la communion du Siège de Pierre. L'idée a été reprise plus tard, sous une autre forme, par la « Semaine de prière pour l'unité des chrétiens » des milieux œcuméniques, qui en garde les dates dans une perspective différente. L'esprit de l'octave est celui de saint Josaphat, évêque et martyr de l'unité, mort en 1623 pour l'union des Ruthènes avec Rome ; sur ce que sépare encore Rome de l'Orient, voyez notre page catholique ou orthodoxe. Au calendrier de 1962, la Chaire de saint Pierre à Rome ne figure plus le 18 janvier : elle a été réunie en une seule fête au 22 février.
La conversion de saint Paul dans l'art
La conversion de saint Paul du Caravage
La plus célèbre représentation est celle du Caravage, commandée en septembre 1600 pour la chapelle Cerasi de l'église Santa Maria del Popolo, à Rome, en pendant d'une Crucifixion de saint Pierre. Paul y est renversé sur le dos, les bras ouverts, aveuglé par la lumière, sous un grand cheval qu'un palefrenier retient. Une première version, qui selon le biographe Baglione ne plut pas au commanditaire, se trouve aujourd'hui dans la collection privée Odescalchi Balbi, à Rome.
Le cheval est une tradition des peintres : les Actes ne parlent pas de cheval, mais seulement d'une chute à terre. La lumière, en revanche, est fidèle au texte : c'est elle, et non l'animal, qui est le vrai sujet du tableau. Les deux toiles de la chapelle Cerasi, Pierre crucifié et Paul terrassé, répètent en peinture ce que fait la liturgie du 25 janvier, qui n'honore jamais Paul sans Pierre.
Michel-Ange et Bruegel
Michel-Ange a peint La Conversion de saint Paul à fresque dans les années 1540, dans la chapelle Pauline, au Vatican, pour le pape Paul III, en face d'une Crucifixion de saint Pierre : le Christ s'y précipite du ciel vers Saul renversé. Pierre Bruegel l'Ancien a placé la scène dans un paysage de hautes montagnes escarpées, où la chute du persécuteur se perd presque dans la marche d'une armée ; le tableau, daté de 1567, est conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne.
Questions Fréquentes
Que s'est-il passé sur le chemin de Damas ?
Saul, qui allait à Damas pour arrêter les chrétiens, fut enveloppé d'une lumière venue du ciel, tomba à terre et entendit Jésus lui dire : « Saul, Saul, pourquoi Me persécutes-tu ? » Aveugle pendant trois jours, il fut guéri et baptisé par Ananie, puis se mit à prêcher le Christ. Le récit se trouve en Actes 9, 22 et 26.
Quelle est la date de la fête de la conversion de saint Paul ?
Le 25 janvier, aussi bien au calendrier traditionnel de 1962, où c'est une fête de IIIe classe avec mémoire de saint Pierre, qu'au calendrier réformé.
Où trouver le texte de la conversion de saint Paul dans la Bible ?
Dans les Actes des Apôtres, au chapitre 9 (versets 1 à 22), repris par Paul lui-même aux chapitres 22 (versets 6 à 16) et 26 (versets 12 à 19). Paul l'évoque aussi en Galates 1, 13-18 et 1 Corinthiens 15, 8-10.
Saint Paul est-il tombé de cheval ?
Les Actes disent qu'il tomba à terre, sans parler de cheval. Le cheval vient de la tradition des peintres, en particulier du tableau du Caravage.
Pourquoi Saul est-il devenu Paul ?
Les Actes emploient le nom de Saul jusqu'à la mission de Chypre, puis disent « Saul, qui est aussi appelé Paul » (Actes 13, 9), et ne l'appellent plus que Paul. Les Actes ne donnent pas la raison de ce double nom ; Paul était aussi citoyen romain, et c'est sous ce nom qu'il s'adresse aux Églises dans toutes ses lettres.
Quel est le lien entre la conversion de saint Paul et l'unité des chrétiens ?
La fête du 25 janvier clôt l'octave de prière pour l'unité lancée en 1908 par le père Paul Wattson, bénie par saint Pie X et encouragée par Benoît XV dans toute l'Église : huit jours de prière pour le retour des chrétiens séparés à l'unité de l'Église catholique.
Que représente le tableau du Caravage ?
La conversion de saint Paul, commandée en 1600 pour la chapelle Cerasi de Santa Maria del Popolo, à Rome : Paul renversé sous un cheval, aveuglé par la lumière divine. Il fait face à la Crucifixion de saint Pierre du même peintre.
L'application Iter Fidei suit le calendrier traditionnel de 1962 : la messe et l'office divin de chaque jour, dont la fête de la conversion de saint Paul le 25 janvier, en latin et en français. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Missel romain, 25 janvier, messe de la Conversion de saint Paul, oraisons Deus, qui universum mundum et Deus, qui beato Petro. Bréviaire romain, 25 janvier, sermon de saint Augustin (IIe nocturne, office antérieur à 1960) et antienne Sancte Paule Apostole. Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (Actes 7, 57-59 ; 8, 3 ; 9, 1-22 ; 13, 9 ; 22, 6-16 ; 26, 12-19 ; Galates 1, 13-18 ; 1 Corinthiens 15, 8-10 ; 1 Timothée 1, 13 ; 2 Timothée 1, 12 ; Matthieu 19, 27-29).