Les Saints
Saint Expédit : histoire, prière et neuvaine du martyr
Saint Expédit, martyr de Mélitène inscrit au Martyrologe romain le 19 avril : ce que l'histoire en sait, le corbeau et le HODIE, la prière de l'Église, la neuvaine, son culte à La Réunion et la vraie dévotion.

Saint Expédit est un martyr que le Martyrologe romain inscrit au 19 avril, parmi les saints de Mélitène en Arménie, et que la piété populaire invoque pour les causes urgentes. De sa vie, l'histoire ne sait presque rien ; sa dévotion, elle, est très répandue, en France, à La Réunion et dans tout le monde latin. Voici ce que l'on peut dire de lui avec certitude, ce qui relève de la légende, et comment le prier en catholique. Le texte complet des neuf jours se trouve dans notre neuvaine à saint Expédit.
Qui est saint Expédit ? Ce que dit le Martyrologe
Le Martyrologe romain porte, au 19 avril :
Melitínæ, in Arménia, sanctórum Mártyrum Hermógenis, Caji, Expedíti, Aristoníci, Rufi et Gálatæ, qui omnes una die sunt coronáti.
C'est-à-dire : « À Mélitène, en Arménie, les saints martyrs Hermogène, Caïus, Expédit, Aristonique, Rufus et Galata, qui furent tous couronnés le même jour. » Mélitène est l'actuelle Malatya, en Turquie. Cette mention, venue de l'ancien Martyrologe dit hiéronymien, est le seul document : aucun acte de son martyre ne nous est parvenu. Ce qu'on ajoute (qu'il était soldat, officier de la légion qui tenait garnison à Mélitène, décapité sous Dioclétien vers 303) vient de la tradition postérieure et non des sources anciennes.
Il faut le dire honnêtement. Le bollandiste Hippolyte Delehaye, dans une étude de 1906 sur « Saint Expédit et le martyrologe hiéronymien », a examiné cette entrée et douté que le nom désigne un martyr distinct. La fable d'une caisse de reliques marquée spedito (« expédié »), qui aurait fait naître le culte par méprise, est de son côté une légende sans fondement. Ce qui demeure est ce que l'Église atteste : un nom reçu au catalogue de ses martyrs, honoré le 19 avril. Cela suffit à fonder une dévotion sobre ; cela interdit d'y broder.
Saint Expédit n'a pas de fête au calendrier universel du Missel de 1962 : sa mémoire est au Martyrologe, que l'on lit à l'Office.
Pourquoi saint Expédit est le patron des causes urgentes
Le patronage est venu de son nom. Expeditus, en latin, désigne celui qui est dégagé, prêt, sans entrave. L'iconographie l'a traduit en une image : un jeune soldat qui lève une croix portant le mot HODIE, « aujourd'hui », et foule aux pieds un corbeau qui croasse CRAS, « demain ». C'est une allégorie et non une chronique, mais la leçon est sûre : le corbeau est la tentation de remettre sa conversion au lendemain, la croix est la réponse immédiate à Dieu. L'Écriture le dit sans détour : « Voici maintenant le temps favorable ; voici maintenant le jour du salut » (2 Corinthiens 6, 2, trad. Fillion), et le psaume de l'Invitatoire : « Aujourd'hui, si vous entendez Sa voix, gardez-vous d'endurcir vos cœurs » (psaume 94 de la Vulgate, 8, trad. Fillion).
De ce hodie, la piété populaire a tiré le patronage des affaires pressantes : un examen, un jugement, une échéance, une décision qui n'attend pas. La dévotion s'est surtout répandue entre le XVIIe et le XIXe siècle. Ceux qui portent une cause non seulement urgente mais désespérée se tournent aussi vers les grands avocats des cas difficiles, avec la neuvaine à saint Jude ou la neuvaine à sainte Rita.
La prière de l'Église pour saint Expédit et ses compagnons
L'Église n'a pas composé d'oraison propre pour saint Expédit. La prière liturgique qui lui convient est celle du Commun de plusieurs martyrs du Bréviaire romain, que nous donnons avec les noms du Martyrologe :
Da, quǽsumus, omnípotens Deus : ut, qui beatórum Mártyrum tuórum Hermógenis, Expedíti et Sociórum solémnia cólimus, eórum apud te intercessiónibus adjuvémur. Per Dóminum nostrum Jesum Christum, Fílium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti, Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. Amen.
En français (traduction de notre rédaction) :
Accordez-nous, Dieu tout-puissant, nous vous en prions, qu'honorant la mémoire de vos saints martyrs Hermogène, Expédit et leurs compagnons, nous soyons aidés auprès de vous par leur intercession. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, Dieu, pour tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
On la fait suivre d'un Notre Père, d'un Je vous salue Marie et d'un Gloire au Père, en nommant la cause que l'on confie. Dans l'instant, une invocation suffit : Saint Expédit, martyr du Christ, priez pour nous. Pour un danger soudain, l'Église a son propre cri, le premier verset du psaume 70 : « O Dieu, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-Vous de me secourir. »
Prière pour les causes urgentes : demandes d'argent, procès, vente d'une maison
Les nécessités temporelles (une échéance d'argent, un procès, la vente d'une maison, une guérison) peuvent être portées dans la prière : Notre-Seigneur nous fait demander le pain quotidien. Mais Il en donne l'ordre : « Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et Sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît » (Matthieu 6, 33, trad. Fillion). On présente la demande, on s'en remet à la volonté de Dieu, et l'on accepte que la réponse soit oui, non, ou plus tard.
Prière contre les ennemis
Beaucoup cherchent une prière à saint Expédit « contre les ennemis ». La tradition connaît la supplique du juste injustement attaqué, comme le psaume 35, mais elle en fixe les bornes : on demande à Dieu justice et protection, jamais le mal de quelqu'un. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient » (Matthieu 5, 44, trad. Fillion).
La neuvaine à saint Expédit
La neuvaine est la forme traditionnelle de la prière persévérante : neuf jours pour une même intention, à l'imitation des neuf jours que les Apôtres et la Sainte Vierge passèrent en prière entre l'Ascension et la Pentecôte (voir qu'est-ce qu'une neuvaine). La neuvaine à saint Expédit, avec le texte des neuf jours, médite chaque jour une vertu du martyr, de la jeunesse du cœur à la charité. On la commence quand la nécessité se présente, ou le 11 avril pour l'achever le 19.
La meilleure manière de l'appuyer est d'y joindre ce que l'Église donne : une bonne confession, la communion, le chapelet, l'aumône selon ses moyens.
Saint Expédit à La Réunion
Le culte de saint Expédit est particulièrement vivant à l'île de La Réunion, où de petits oratoires peints en rouge jalonnent les routes. Cette ferveur témoigne d'un vrai sens de l'intercession des saints chez un peuple chrétien, et l'Église ne méprise pas la piété populaire. Elle en juge aussi les déviations, dont il est question juste après.
Saint Expédit est-il dangereux ? La dévotion vraie
On lit parfois que saint Expédit serait « dangereux », qu'il ferait payer ses faveurs ou se vengerait des promesses non tenues. Cette crainte ne vient pas de la foi catholique, mais des déformations de son culte : statues retournées ou décapitées pour « punir » le saint, offrandes conçues comme un marchandage, prières « miraculeuses » à recopier un certain nombre de fois ou à publier comme condition de l'exaucement, mélange avec des cultes étrangers à la foi. Un saint du ciel ne nuit à personne : il voit Dieu et intercède dans la charité. Ce qui est réellement dangereux, c'est la superstition elle-même, que le Catéchisme du concile de Trente range parmi les péchés contre le premier commandement : attendre d'objets, de nombres ou de rites un effet qu'ils n'ont ni par nature ni par institution divine.
La règle est simple. Honorer saint Expédit par la prière, la neuvaine, une image ou une statue, c'est la dévotion catholique aux saints. Le traiter comme un génie qu'on soudoie ou un serviteur qu'on châtie n'en est pas une. Qui a pratiqué ces choses y renonce et les porte à la confession.
Saint Expédit figure, avec les autres saints présentés sur Iter Fidei, dans notre liste des saints catholiques par mois de fête.
Questions Fréquentes
Qui est saint Expédit ?
Un martyr inscrit au Martyrologe romain le 19 avril, parmi les saints de Mélitène en Arménie, avec Hermogène, Caïus, Aristonique, Rufus et Galata. Ses actes ne nous sont pas parvenus ; qu'il ait été soldat relève de la tradition postérieure.
Quand est la fête de saint Expédit ?
Le Martyrologe romain fait mémoire de lui le 19 avril. Il n'a pas de fête au calendrier universel du Missel de 1962.
Quelle est la prière à saint Expédit pour une cause urgente ?
On peut dire l'oraison de l'Église pour les martyrs donnée plus haut, nommer la cause, puis ajouter un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père. Dans l'urgence, une invocation suffit : « Saint Expédit, martyr du Christ, priez pour nous. »
Comment faire la neuvaine à saint Expédit ?
Pendant neuf jours de suite, pour la même intention, selon le texte donné dans notre neuvaine à saint Expédit. On peut la commencer à tout moment, ou le 11 avril pour la finir le 19.
Pourquoi saint Expédit est-il représenté avec un corbeau ?
Le corbeau croasse cras, « demain », et le saint le foule aux pieds en levant la croix marquée hodie, « aujourd'hui ». C'est une allégorie tirée de son nom, qui enseigne à ne pas remettre au lendemain la conversion.
La caisse marquée « spedito » est-elle à l'origine du culte ?
Non. Cette histoire d'une caisse de reliques mal lue est une légende ; le nom d'Expédit figure dans les martyrologes bien avant.
Saint Expédit est-il dangereux ?
Non. Un saint du ciel intercède dans la charité et ne se venge de personne. Le seul danger réel est la superstition, qu'il faut abandonner et confesser.
L'application Iter Fidei donne les neuvaines, les prières aux saints, les psaumes et le calendrier traditionnel de 1962, en latin et en français. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Martyrologium Romanum, au 19 avril ; Breviarium Romanum, Commun de plusieurs martyrs (oraison Da, quǽsumus) ; H. Delehaye, « Saint Expédit et le martyrologe hiéronymien », Analecta Bollandiana 25 (1906) ; Catéchisme du concile de Trente, sur le premier commandement ; La Sainte Bible, traduction Fillion (2 Corinthiens 6, 2 ; Psaume 94, 8 ; Matthieu 5, 44 ; Matthieu 6, 33).