La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 70 (Vulgate 69) : Deus, in adjutorium, ô Dieu, venez à mon aide
Le psaume 70 des bibles modernes est le psaume 69 de la Vulgate, *Deus, in adjutorium meum intende* : le cri le plus bref du Psautier, dont le premier verset ouvre chaque heure de l'Office divin. Vous en lisez ci-dessous le texte intégral dans la traduction catholique de l'abbé Fillion, avec la Vulgate latine en regard, verset par verset ; l'explication, la tradition et la manière de le prier suivent.
Vous cherchez le psaume 69 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 68.
1 In finem. Psalmus David in rememorationem, quod salvum fecerit eum Dominus.
1 Pour la fin, psaume de David, en souvenir de ce que Dieu l’avait sauvé.
2 Deus, in adjutorium meum intende ; Domine, ad adjuvandum me festina.
2 O Dieu, venez à mon aide ; * Seigneur, hâtez-Vous de me secourir.
3 Confundantur, et revereantur, qui quærunt animam meam.
3 Qu’ils soient confondus et couverts de honte, * ceux qui cherchent à m’ôter la vie.
4 Avertantur retrorsum, et erubescant, qui volunt mihi mala ; avertantur statim erubescentes qui dicunt mihi : Euge, euge !
4 Qu’ils reculent en arrière et soient dans la confusion, * ceux qui me veulent du mal. Qu’ils reculent aussitôt, rougissant de honte, * ceux qui me disent : Va ! va !
5 Exsultent et lætentur in te omnes qui quærunt te ; et dicant semper : Magnificetur Dominus, qui diligunt salutare tuum.
5 Mais que tous ceux qui Vous cherchent tressaillent d’allégresse et de joie ; * et que ceux qui aiment Votre salut disent sans cesse : Que le Seigneur soit glorifié !
6 Ego vero egenus et pauper sum ; Deus, adjuva me. Adjutor meus et liberator meus es tu ; Domine, ne moreris.
6 Pour moi, je suis pauvre et indigent ; * ô Dieu, aidez-moi. Vous êtes mon aide et mon libérateur. * Seigneur, ne tardez pas.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 70 ou psaume 69 ?
Le psaume que les bibles modernes numérotent 70, la Louis Segond comme la Bible de Jérusalem, porte le numéro 69 dans la Vulgate, dans les écrits des Pères, dans le Bréviaire et le Missel romains. La Vulgate, à la suite de la Septante grecque, réunit en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu : à partir de là, et jusqu'au psaume 147, le numéro latin a le plus souvent un rang de retard. Il n'y a qu'un seul texte, celui qui commence par Deus, in adjutorium meum intende.
Une confusion fréquente vient de là. Les recueils liturgiques français actuels suivent la numérotation grecque : le refrain Ma bouche annonce ton salut, qu'on y trouve au « psaume 70 », appartient en réalité au psaume suivant, le 71 des bibles modernes (voir les questions en bas de page). La correspondance complète des numéros figure sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 70 ?
Cinq versets suffisent à ce psaume, et tout y est : la détresse, l'appel, la confiance. Le titre porte : « psaume de David, en souvenir de ce que Dieu l'avait sauvé » (v. 1). Le latin dit in rememorationem, « pour faire mémoire », comme le titre du psaume 38 (Vulgate 37) : c'est une prière destinée à remettre sous les yeux de Dieu la détresse de son serviteur, et sous les yeux du serviteur la fidélité de Dieu.
L'appel (v. 2). Le psaume n'a pas de préambule. Il commence par le cri : « O Dieu, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-Vous de me secourir » (v. 2). Deux fois le nom de Dieu, deux fois la demande, et un seul mot qui en dit l'urgence : festina, hâtez-vous. Celui qui prie ainsi n'a plus le temps des longues phrases. Il ne décrit même pas son malheur : il appelle.
Les ennemis confondus (v. 3-4). Viennent ensuite deux demandes contre ceux qui le poursuivent : « Qu'ils soient confondus et couverts de honte, ceux qui cherchent à m'ôter la vie » (v. 3). Que ceux qui lui veulent du mal reculent, et ceux aussi qui lui disent en se moquant « Va ! va ! » (v. 4). Le latin Euge, euge est un cri de triomphe moqueur ou de fausse admiration ; Fillion le rend par une exclamation de mépris. La honte demandée n'est pas une vengeance : c'est le désir que le mal soit démasqué et cesse.
La joie de ceux qui cherchent Dieu (v. 5). Le psaume se tourne alors vers les fidèles : « Mais que tous ceux qui Vous cherchent tressaillent d'allégresse et de joie ; et que ceux qui aiment Votre salut disent sans cesse : Que le Seigneur soit glorifié ! » (v. 5). Le Magnificetur Dominus répond au Deus, in adjutorium : l'appel au secours se change en louange.
Le pauvre (v. 6). La conclusion revient à l'orant : « Pour moi, je suis pauvre et indigent ; ô Dieu, aidez-moi. Vous êtes mon aide et mon libérateur. Seigneur, ne tardez pas » (v. 6). Le psaume finit comme il a commencé, par une demande d'urgence. Le pauvre n'a rien à offrir que sa pauvreté, et c'est précisément ce qui fonde sa confiance : il n'attend rien de lui-même, il attend tout de Dieu.
Un psaume tiré du psaume 40
Ce psaume reprend, presque mot pour mot, la fin du psaume 40, Exspectans exspectavi, aux versets 14 à 18. Les différences sont parlantes. Au psaume 40, le psalmiste dit : « Qu'il Vous plaise, Seigneur, de me délivrer » ; ici, il dit simplement : « O Dieu, venez à mon aide ». Là, il conclut : « mais le Seigneur prend soin de moi » ; ici, il demande : « ô Dieu, aidez-moi ». Là, Dieu est « mon aide et mon protecteur » ; ici, « mon aide et mon libérateur ». Le psaume 70 est plus nu, plus pressant. On dirait que l'Esprit-Saint a voulu détacher ce cri de son contexte pour en faire une prière autonome, qu'on peut porter sur soi.
Il est suivi, dans le Psautier, par le psaume 71, In te, Domine, speravi, qui développe la même confiance du pauvre jusque dans la vieillesse ; il est précédé par le psaume 69, Salvum me fac, la grande supplication du Juste dans les eaux, dont il est comme le résumé. Le psaume 86, Inclina, Domine, s'ouvre sur la même confession : « je suis indigent et pauvre ».
Cassien et saint Benoît : la prière de toutes les heures
Aucun verset de l'Écriture n'a reçu dans la tradition de la prière une place comparable. Au début du Ve siècle, Jean Cassien rapporte dans ses Conférences (Xe conférence, celle de l'abbé Isaac sur la prière) l'enseignement des anciens moines d'Égypte : pour garder le souvenir continuel de Dieu, ils se transmettaient comme une formule ce seul verset, Deus, in adjutorium meum intende ; Domine, ad adjuvandum me festina.
L'abbé Isaac explique qu'il convient à tous les états de l'âme : à la tentation et à la tristesse, mais aussi à la joie et à la ferveur, où l'on a besoin de Dieu pour ne pas tomber dans l'orgueil. Il contient l'invocation de Dieu, l'aveu humble de notre faiblesse, la vigilance et la confiance. Il faut, dit-il, le méditer sans cesse, au travail, en chemin, à table, et s'endormir sur lui.
Au siècle suivant, saint Benoît l'inscrit dans sa Règle : au chapitre 18, il prescrit de commencer les heures par ce verset, suivi du Gloria Patri et de l'hymne. Par la Règle bénédictine, puis par le Bréviaire romain, il est devenu le seuil de toute la prière de l'Église.
Les Pères y ont aussi entendu la voix du Christ. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, fait parler ici le Christ et ses membres, l'Église persécutée. Il s'arrête sur le Euge, euge : il y a deux sortes de persécuteurs, ceux qui insultent et ceux qui flattent, et la langue du flatteur est plus dangereuse que la main de celui qui frappe. Dans les jours de sa chair, rappelle l'Épître aux Hébreux, le Christ a offert « des prières et des supplications, avec un grand cri et avec des larmes » (Hébreux 5) : on peut entendre dans le Deus, in adjutorium l'écho de la prière de Gethsémani, que le chrétien fait sienne.
Le psaume 70 dans la liturgie
L'ouverture de chaque heure. Dans le Bréviaire romain de 1962, chaque heure de l'Office divin commence par le premier verset de ce psaume. Le prêtre ou le chantre dit Deus, in adjutorium meum intende, en se signant ; le chœur répond Domine, ad adjuvandum me festina ; puis vient le Gloria Patri, suivi de l'Alleluia, ou, de la Septuagésime à Pâques, du Laus tibi, Domine, Rex æternæ gloriæ. Aux Matines, il est précédé du Domine, labia mea aperies, tiré du psaume 51, Miserere ; aux Complies, il suit le Converte nos, Deus, salutaris noster. Il ne se tait qu'aux trois derniers jours de la Semaine sainte et à l'Office des morts, qui commencent sans lui. Sur l'ensemble de l'office, voir l'article sur le Bréviaire.
Le psaume entier. Dans le psautier hebdomadaire de 1962, le psaume 69 de la Vulgate est chanté en entier aux Complies du jeudi, avec le psaume suivant, In te, Domine, speravi. L'Église le place à l'heure du soir, avant le sommeil, quand l'âme se confie à Dieu pour la nuit. Vous pouvez prier l'heure du jour dans le bréviaire du jour, et découvrir cet office du soir dans l'article sur les Complies.
Celui qui prie l'office traditionnel prononce donc le Deus, in adjutorium huit fois par jour, de Matines aux Complies. C'est la manière qu'a l'Église de reconnaître, chaque fois qu'elle commence à prier, qu'elle ne peut pas prier sans Dieu.
Comment prier le psaume 70
Ce psaume est fait pour être su par cœur et dit au moment du besoin. Voici quelques manières de le prier, toutes reçues de la tradition.
- Pour commencer toute prière. Faire comme l'Église : ouvrir sa prière du matin ou du soir par le signe de croix et le Deus, in adjutorium, suivi du Gloria Patri. On se place ainsi, même seul, dans la prière de l'Église entière.
- Dans la tentation. C'est l'usage que Cassien enseignait. Au premier assaut de la colère, du découragement, d'une pensée impure, redire intérieurement : « O Dieu, venez à mon aide ». Notre-Seigneur a dit à ses disciples : « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation » (Évangile selon saint Matthieu, chapitre 26) ; ce verset est la forme la plus simple de cette prière vigilante. Voir aussi l'article sur la tentation.
- Dans le danger ou l'angoisse. Quand les mots manquent, le psaume entier dit tout en cinq versets. On peut le joindre au psaume 91, Qui habitat, le grand psaume de la protection divine.
- Le soir, avec l'Église aux Complies du jeudi, ou chaque soir avant de dormir : remettre sa nuit à Celui qui se hâte de secourir.
- En latin, au moins le premier verset : Deus, in adjutorium meum intende ; Domine, ad adjuvandum me festina. Il est à la portée de tous et unit à la prière de tous les siècles chrétiens.
On le dit posément, sans le précipiter, malgré son festina : la hâte est demandée à Dieu, non à celui qui prie.
Questions Fréquentes
Quel est le psaume 70 dans la Bible catholique ?
C'est le psaume Deus, in adjutorium meum intende, « O Dieu, venez à mon aide », numéroté 69 dans la Vulgate et dans les bibles catholiques traditionnelles. La traduction de l'abbé Fillion, faite sur la Vulgate, est le texte donné en haut de cette page, avec le latin en regard.
Pourquoi le psaume 70 porte-t-il le numéro 69 dans la Vulgate ?
Parce que la Vulgate et la Septante réunissent les psaumes 9 et 10 de l'hébreu en un seul psaume. Le décalage d'un numéro se poursuit ensuite sur la plus grande partie du Psautier. Le texte est le même.
Le psaume 70 Ma bouche annonce ton salut est-il celui-ci ?
Non. Ce refrain vient du psaume In te, Domine, speravi, que la Vulgate et les livres liturgiques français numérotent 70, mais que les bibles modernes numérotent 71. Vous le trouverez à la page du psaume 71, In te, Domine, speravi. Chez Fillion, le verset dit : « Ma bouche publiera Votre justice ».
Que signifie le psaume 70 ?
C'est un appel au secours immédiat : le pauvre, poursuivi par ses ennemis, demande à Dieu de se hâter, souhaite que le mal soit confondu et que ceux qui cherchent Dieu se réjouissent. La tradition y entend la voix du Christ dans sa Passion et celle de toute âme qui attend tout de Dieu. Il enseigne que la prière la plus courte, dite avec foi, suffit.
Qui a écrit le psaume 70 ?
Le titre l'attribue à David : « psaume de David, en souvenir de ce que Dieu l'avait sauvé ». L'Église a toujours reçu cette attribution. Le texte reprend la fin du psaume 40, lui aussi attribué à David.
Quelle différence entre le psaume 70 et le psaume 40 ?
Le psaume 70 reproduit presque mot pour mot les versets 14 à 18 du psaume 40. Il en est la forme brève et plus pressante, isolée pour servir de prière propre. Le psaume 40 commence par l'action de grâces et finit par l'appel ; le psaume 70 n'est qu'appel.
Le psaume 70 de la Louis Segond est-il le même texte ?
C'est le même psaume, mais traduit sur l'hébreu par un pasteur protestant, alors que la traduction de l'abbé Fillion est faite sur la Vulgate, texte reçu par l'Église. Le sens est le même pour l'essentiel ; les mots diffèrent. Ici, vous lisez le texte catholique de Fillion, avec le latin que chante la liturgie.
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