La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 23 (Vulgate 22) : Dominus regit me, le Seigneur est mon berger
Dominus regit me
Le psaume 23 des bibles modernes, psaume 22 de la Vulgate, est le *Dominus regit me* : « C'est le Seigneur qui me conduit, et rien ne pourra me manquer ». Voici son texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion, avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication du psaume du bon Pasteur, sa place dans l'office et la manière de le prier suivent le texte.
Vous cherchez le psaume 22 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 21.
1 Psalmus David. Dominus regit me, et nihil mihi deerit :
1 Psaume de David. C’est le Seigneur qui me conduit, et rien ne pourra me manquer.*
2 in loco pascuæ, ibi me collocavit. Super aquam refectionis educavit me ;
2 Il m’a établi dans un lieu de pâturages. Il m’a amené près d’une eau fortifiante, *
3 animam meam convertit. Deduxit me super semitas justitiæ propter nomen suum.
3 Il a fait revenir mon âme. Il m’a conduit par les sentiers de la justice, * à cause de Son Nom.
4 Nam etsi ambulavero in medio umbræ mortis, non timebo mala, quoniam tu mecum es. Virga tua, et baculus tuus, ipsa me consolata sunt.
4 Aussi, quand même je marcherais au milieu de l’ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal, * car Vous êtes avec moi. Votre houlette et Votre bâton * m’ont consolé.
5 Parasti in conspectu meo mensam adversus eos qui tribulant me ; impinguasti in oleo caput meum : et calix meus inebrians, quam præclarus est !
5 Vous avez préparé devant moi une table * contre ceux qui me persécutent. Vous avez oint ma tête d’huile, * et que mon calice enivrant est admirable !
6 Et misericordia tua subsequetur me omnibus diebus vitæ meæ ; et ut inhabitem in domo Domini in longitudinem dierum.
6 Et Votre miséricorde me suivra * tous les jours de ma vie, pour que j’habite dans la maison du Seigneur * durant de longs jours.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 23 ou psaume 22 ?
C'est le même psaume sous deux numéros. Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, l'appellent psaume 23 ; la Vulgate latine, la Septante grecque et tous les livres liturgiques de l'Église le comptent comme psaume 22, parce qu'ils réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. C'est pourquoi un missel ou un recueil de chants catholique parle du psaume 22, Le Seigneur est mon berger, tandis qu'une bible faite sur l'hébreu le place au 23. Le tableau complet des deux numérotations se trouve sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 23 ?
Six versets suffisent à ce psaume pour dire toute la vie de l'âme avec Dieu. Il porte le titre « Psaume de David », et la tradition y entend la voix du berger de Bethléem devenu roi : celui qui gardait les brebis de son père et qui arrachait la proie à la gueule du lion et de l'ours, comme il le raconte à Saül au Ier livre des Rois, chapitre 17 (1 Samuel dans les bibles modernes), savait ce qu'un pasteur doit à son troupeau. Il le dit ici de Dieu.
Le pasteur qui conduit (v. 1-3). Le premier verset contient tout le reste : « C'est le Seigneur qui me conduit, et rien ne pourra me manquer » (v. 1). Le latin dit Dominus regit me, le Seigneur me gouverne ; l'hébreu, le Seigneur est mon berger. Les deux sens se rejoignent : le berger d'Orient ne pousse pas son troupeau, il marche devant lui. La brebis qui le suit ne manque de rien, non parce qu'elle possède tout, mais parce que celui qui la mène sait ce dont elle a besoin.
Viennent alors les images de la paix : « Il m'a établi dans un lieu de pâturages. Il m'a amené près d'une eau fortifiante » (v. 2). La Vulgate parle d'aqua refectionis, l'eau qui refait les forces, là où les traductions faites sur l'hébreu disent des eaux tranquilles. Puis : « Il a fait revenir mon âme. Il m'a conduit par les sentiers de la justice, à cause de Son Nom » (v. 3). Le pasteur ne nourrit pas seulement, il ramène la brebis égarée et la remet sur le droit chemin. Et il le fait « à cause de Son Nom » : non pour les mérites de la brebis, mais parce qu'il est fidèle à lui-même.
L'ombre de la mort (v. 4). Le verset 4 est le plus cherché et le plus cité : « Aussi, quand même je marcherais au milieu de l'ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal, car Vous êtes avec moi. Votre houlette et Votre bâton m'ont consolé » (v. 4). Le psaume change ici de personne : on parlait de Dieu, on lui parle. Au moment du danger, la brebis ne raisonne plus sur son pasteur, elle se tourne vers lui.
La confiance du psaume n'a rien d'une insouciance. L'ombre de la mort est réelle : la maladie, la persécution, le deuil, l'agonie elle-même. Ce qui chasse la crainte n'est pas l'absence du danger, mais une présence : quoniam tu mecum es. La houlette ramène la brebis qui s'écarte, le bâton écarte le loup ; l'une et l'autre, dit le psaume, « m'ont consolé ». La correction de Dieu fait partie de sa tendresse.
La table, l'huile et le calice (v. 5). L'image change encore : le berger devient l'hôte qui reçoit. « Vous avez préparé devant moi une table contre ceux qui me persécutent. Vous avez oint ma tête d'huile, et que mon calice enivrant est admirable ! » (v. 5). Les ennemis sont toujours là, mais ils regardent, impuissants, le festin offert au juste. L'huile sur la tête était, en Orient, l'honneur rendu à l'invité. Le calix meus inebrians de la Vulgate, « mon calice enivrant », est la coupe qui comble au-delà de la mesure.
La maison du Seigneur (v. 6). Le psaume s'achève en regardant vers la fin de tout : « Et Votre miséricorde me suivra tous les jours de ma vie, pour que j'habite dans la maison du Seigneur durant de longs jours » (v. 6). La miséricorde ne précède plus seulement, elle suit, comme un berger qui ferme la marche pour qu'aucune brebis ne reste en arrière. La maison du Seigneur, pour David, c'était le sanctuaire de Sion ; pour le chrétien, c'est le Ciel, où la brebis entrera pour des jours sans fin. La question de savoir qui montera dans cette maison est posée aussitôt après, par le psaume 24, Attollite portas : celui qui a les mains innocentes et le cœur pur.
Le bon Pasteur : la lecture des Pères
Notre-Seigneur s'est appliqué l'image lui-même : « Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis », dit-il en saint Jean, chapitre 10. Le berger du psaume n'est donc pas seulement le Dieu d'Israël en général : c'est le Verbe fait chair, qui conduit son troupeau jusqu'à donner sa vie pour lui. L'Apocalypse reprend la même image au terme de l'histoire, quand l'Agneau devient le pasteur des élus et « les conduira aux sources des eaux de la vie » (Apocalypse 7, 17).
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend dans ce psaume l'Église qui parle au Christ : c'est le Seigneur Jésus qui la paît, et parce qu'il la paît, rien ne lui manque. Le psaume devient alors la prière de chaque baptisé, qui se sait conduit, nourri et défendu.
Les Pères qui instruisaient les nouveaux baptisés sont allés plus loin. Saint Ambroise, dans le De mysteriis, et saint Cyrille de Jérusalem, dans ses Catéchèses mystagogiques, ont lu ces versets comme le chemin même de l'initiation chrétienne : l'eau où le pasteur mène sa brebis figure le baptême, l'huile répandue sur la tête l'onction du saint chrême, la table préparée et le calice enivrant l'Eucharistie. Le néophyte qui sortait des fonts pour s'avancer vers l'autel pouvait chanter ce psaume en le vivant. Ainsi lu, le Dominus regit me est un résumé des sacrements : le pasteur ne se contente pas de mener vers des pâturages, il donne sa propre chair en nourriture.
Le psaume prend aussi tout son relief par sa place dans le Psautier. Il suit immédiatement le psaume 22, Mon Dieu, pourquoi m'avez-Vous abandonné, le grand psaume de la Passion. Le pasteur qui conduit si doucement est celui qui a d'abord traversé lui-même l'ombre de la mort, les mains et les pieds percés. C'est pourquoi la brebis peut dire « Vous êtes avec moi » jusque dans la mort : son berger y est passé avant elle.
Le psaume 23 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, qui suit le psautier hebdomadaire réordonné par saint Pie X en 1911, le psaume 22 Dominus regit me se récite à Prime du jeudi, l'heure qui ouvre la journée de travail. L'Église remet chaque semaine son labeur à la conduite du pasteur. Vous pouvez le retrouver à son heure dans le bréviaire du jour.
L'Église le chante aussi dans l'Office des morts : avec le psaume 25 (24 de la Vulgate) et le psaume 27, Le Seigneur est ma lumière, il forme le deuxième nocturne des Matines des défunts, sous l'antienne In loco pascuæ ibi me collocavit, « Il m'a établi dans un lieu de pâturages ». L'âme qui vient de traverser l'ombre de la mort y est confiée au pasteur qui la mène vers sa maison. Ce psaume convient ainsi naturellement aux funérailles et à la prière pour les défunts.
Cet usage n'a rien à voir avec le « psaume responsorial » des lectionnaires modernes, où le même texte revient souvent dans la liturgie réformée après 1969 : la forme traditionnelle le chante à l'office, en entier, avec le Gloria Patri.
Comment prier le psaume 23
Le matin. C'est l'heure que lui donne le bréviaire. Récité au lever, il confie la journée à la conduite de Dieu : on demande non pas que la route soit facile, mais d'être conduit « par les sentiers de la justice ».
Après la communion. Les Pères y ont lu la table et le calice du Seigneur. Le redire lentement en action de grâces, après la messe, c'est reconnaître dans l'hostie reçue la table dont parle le psaume : « Vous avez préparé devant moi une table ».
Dans l'épreuve et le deuil. Le verset 4 est la prière de celui qui traverse la nuit. On peut le répéter seul, comme une oraison jaculatoire : Non timebo mala, quoniam tu mecum es. Au chevet d'un mourant ou pour un défunt, le psaume entier dit la foi de l'Église en la maison où le pasteur conduit les siens.
Avec les autres psaumes de confiance. La piété l'associe volontiers au psaume 91, Qui habitat, la prière de protection, et au psaume 25, Ad te, Domine, levavi, où l'âme demande à son tour : « Seigneur, montrez-moi Vos voies, et enseignez-moi Vos sentiers » (Ps 24, 4). Le premier dit Dieu comme refuge, le second comme guide ; le psaume 23 les réunit dans la figure du berger.
On le dit sans hâte, en laissant chaque image se poser, et on le conclut par le Gloria Patri, comme à l'office.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 23 est-il aussi appelé psaume 22 ?
Parce qu'il existe deux numérotations du Psautier. La Vulgate et la Septante, suivies par la liturgie catholique, le comptent comme psaume 22 ; l'hébreu et les bibles modernes le comptent comme psaume 23. C'est le même texte, le Dominus regit me, qu'on cherche aussi sous le nom le Seigneur est mon berger, psaume 22.
Qui a écrit le psaume 23 ?
Le psaume porte le titre « Psaume de David », Psalmus David dans la Vulgate. La tradition l'attribue donc au roi David, qui fut berger avant d'être oint par Samuel. Comme pour toute l'Écriture, l'auteur humain écrit sous l'inspiration du Saint-Esprit, véritable auteur du texte.
Que dit le verset 4 du psaume 23 ?
Dans la traduction de l'abbé Fillion : « Aussi, quand même je marcherais au milieu de l'ombre de la mort, je ne craindrais aucun mal, car Vous êtes avec moi ». Les bibles faites sur l'hébreu parlent d'une vallée de l'ombre de la mort. Le verset enseigne que la confiance ne supprime pas l'épreuve, mais la traverse avec Dieu présent.
Que signifie le Seigneur est mon berger ?
Que Dieu conduit, nourrit et défend l'âme comme un berger son troupeau, si bien qu'elle ne manquera de rien. Le Christ s'est appliqué l'image en se nommant le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Les Pères lisent dans la suite du psaume le baptême, l'onction et l'Eucharistie.
Le psaume 23 est-il une prière du matin ou du soir ?
Son heure liturgique est le matin : le Bréviaire romain de 1962 le place à Prime du jeudi, au début du jour. Rien n'empêche de le prier le soir, dans la maladie ou au chevet d'un défunt, puisque l'Église le chante aussi à l'Office des morts.
Où trouver le texte du psaume 23 en français, dans une bible catholique ?
Le texte complet est donné plus haut dans la traduction de l'abbé Fillion, faite sur la Vulgate, avec le latin en regard. La version Louis Segond, souvent cherchée, est une traduction protestante faite sur l'hébreu, où le psaume commence par L'Éternel est mon berger. Pour choisir une traduction, voyez notre guide quelle Bible catholique lire.
Peut-on prier ensemble les psaumes 23 et 91 ?
Oui, rien ne s'y oppose, et la piété les rapproche volontiers. Le psaume 23 chante Dieu comme le berger qui conduit, le psaume 91 comme le refuge qui protège contre la peur de la nuit et les dangers du jour. Réunis, ils forment une prière de confiance pour les temps d'épreuve.
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