La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 50 (Vulgate 49) : Deus deorum, le jugement de Dieu et le sacrifice de louange
Le psaume 50 des bibles modernes, psaume 49 de la Vulgate, est le *Deus deorum* d'Asaph : Dieu convoque le ciel et la terre pour juger son peuple et réclame, plus que des taureaux, le sacrifice de louange. Son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion, avec la Vulgate latine en regard, suit verset par verset, puis l'explication. Si vous cherchez le « psaume 50 » des livres liturgiques, *Pitié pour moi, ô Dieu*, c'est le Miserere, psaume 51 des bibles modernes.
Vous cherchez le psaume 49 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 48.
1 Psalmus Asaph. Deus deorum Dominus locutus est, et vocavit terram a solis ortu usque ad occasum.
1 Psaume d’Asaph. Le Dieu des dieux, le Seigneur a parlé, * et Il a appelé la terre du lever du soleil au couchant. *
2 Ex Sion species decoris ejus :
2 De Sion apparaît l’éclat de Sa beauté.
3 Deus manifeste veniet ; Deus noster, et non silebit. Ignis in conspectu ejus exardescet ; et in circuitu ejus tempestas valida.
3 Dieu viendra visiblement ; * Lui, notre Dieu, et Il ne Se taira point. Le feu s’enflammera en Sa présence, * et une tempête violente L’environnera.
4 Advocabit cælum desursum, et terram, discernere populum suum.
4 Il appellera d’en haut le Ciel * et la terre, pour faire le discernement de Son peuple.
5 Congregate illi sanctos ejus, qui ordinant testamentum ejus super sacrificia.
5 Rassemblez devant Lui Ses saints, * qui scellent Son alliance par des sacrifices.
6 Et annuntiabunt cæli justitiam ejus, quoniam Deus judex est.
6 Et les cieux annonceront Sa justice, * car c’est Dieu qui est juge.
7 Audi, populus meus, et loquar ; Israël, et testificabor tibi : Deus, Deus tuus ego sum.
7 Écoute, Mon peuple, et Je parlerai ; Israël, et Je te rendrai témoignage. * C’est Moi qui suis Dieu, ton Dieu.
8 Non in sacrificiis tuis arguam te ; holocausta autem tua in conspectu meo sunt semper.
8 Ce n’est pas pour tes sacrifices que Je te reprendrai, * car tes holocaustes sont toujours devant Moi.
9 Non accipiam de domo tua vitulos, neque de gregibus tuis hircos :
9 Je ne prendrai pas les veaux de ta maison, * ni les boucs de tes troupeaux ;
10 quoniam meæ sunt omnes feræ silvarum, jumenta in montibus, et boves.
10 car toutes les bêtes des forêts sont à Moi, * ainsi que les animaux des montagnes, et les bœufs.
11 Cognovi omnia volatilia cæli, et pulchritudo agri mecum est.
11 Je connais tous les oiseaux du ciel, * et la beauté des champs est en Ma présence.
12 Si esuriero, non dicam tibi : meus est enim orbis terræ et plenitudo ejus.
12 Si J’ai faim, Je ne te le dirai pas ; * car l’univers est à Moi, avec tout ce qu’il renferme.
13 Numquid manducabo carnes taurorum ? aut sanguinem hircorum potabo ?
13 Est-ce que Je mangerai la chair des taureaux ? * ou boirai-Je le sang des boucs ?
14 Immola Deo sacrificium laudis, et redde Altissimo vota tua.
14 Immole à Dieu un sacrifice de louange, * et rends tes vœux au Très-Haut.
15 Et invoca me in die tribulationis : eruam te, et honorificabis me.
15 Puis invoque-Moi au jour de la tribulation ; * Je te délivrerai, et tu Me glorifieras.
16 Peccatori autem dixit Deus : Quare tu enarras justitias meas ? et assumis testamentum meum per os tuum ?
16 Mais Dieu a dit au pécheur : * Pourquoi énumères-tu Mes lois, et pourquoi as-tu constamment Mon alliance à la bouche ?
17 Tu vero odisti disciplinam, et projecisti sermones meos retrorsum.
17 Toi qui hais la discipline, * et qui as rejeté derrière toi Mes paroles.
18 Si videbas furem, currebas cum eo ; et cum adulteris portionem tuam ponebas.
18 Si tu voyais un voleur, tu courais avec lui, * et tu mettais ta part avec les adultères.
19 Os tuum abundavit malitia, et lingua tua concinnabat dolos.
19 Ta bouche a été remplie de malice, * et ta langue ourdissait la fraude.
20 Sedens adversus fratrem tuum loquebaris, et adversus filium matris tuæ ponebas scandalum.
20 Tu t’asseyais pour parler contre ton frère, et tu tendais des pièges contre le fils de ta mère. *
21 Hæc fecisti, et tacui. Existimasti inique quod ero tui similis : arguam te, et statuam contra faciem tuam.
21 Voilà ce que tu as fait, et Je me suis tu. Tu as cru d’une manière impie que Je te serais semblable. * Je te reprendrai, et Je mettrai tout sous tes yeux.
22 Intelligite hæc, qui obliviscimini Deum, nequando rapiat, et non sit qui eripiat.
22 Comprenez ces choses, vous qui oubliez Dieu ; * de peur qu’Il ne déchire, sans que personne puisse délivrer.
23 Sacrificium laudis honorificabit me, et illic iter quo ostendam illi salutare Dei.
23 Le sacrifice de louange est celui qui M’honorera, * et là est la voie par laquelle Je montrerai à l’homme le salut de Dieu.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 50 ou psaume 49 ?
Le psaume que les bibles modernes appellent 50 porte le numéro 49 dans la Vulgate et la Septante. La raison est simple : la Vulgate compte comme un seul psaume les psaumes 9 et 10 de l'hébreu, si bien que la plus grande partie du Psautier y a un numéro de retard. C'est le même texte, celui qui commence par Deus deorum Dominus locutus est.
Ce décalage produit une confusion fréquente. Les livres liturgiques, les Pères, beaucoup de partitions et certains sites de lecture des textes de la messe, l'AELF notamment, emploient la numérotation grecque et latine : leur « psaume 50 » est le Miserere, la prière de pénitence de David. Si c'est lui que vous cherchez, sous le titre « Pitié pour moi » ou avec le refrain chanté en Carême, il a sa propre page, celle du psaume 51 des bibles modernes, signalée dans l'introduction de celle-ci. La page présente traite du psaume 50 des bibles modernes, celui d'Asaph. Toutes les correspondances sont réunies sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 50 ?
Le psaume a la forme d'un procès. Dieu siège, il cite des témoins, il interroge son peuple, puis il rend sa sentence. Mais l'accusé n'est pas une nation païenne : c'est Israël, le peuple de l'alliance, et la faute reprochée n'est pas l'oubli des rites. C'est un culte sans le cœur.
La convocation du tribunal (v. 1 à 6)
« Le Dieu des dieux, le Seigneur a parlé, et Il a appelé la terre du lever du soleil au couchant » (v. 1). L'audience s'ouvre dans la lumière de Sion : « De Sion apparaît l'éclat de Sa beauté » (v. 2). Puis vient l'annonce qui a tant frappé les Pères : « Dieu viendra visiblement ; Lui, notre Dieu, et Il ne Se taira point » (v. 3). Le feu et la tempête accompagnent sa venue, comme au Sinaï.
Dieu convoque « d'en haut le Ciel et la terre » (v. 4), les deux témoins que Moïse prenait déjà contre Israël dans le Deutéronome. Les accusés sont nommés avec une ironie douloureuse : « Rassemblez devant Lui Ses saints, qui scellent Son alliance par des sacrifices » (v. 5). Ce sont des hommes pieux en apparence, qui ne manquent aucune offrande.
Ce que Dieu ne demande pas (v. 7 à 13)
Dieu prend la parole : « Écoute, Mon peuple, et Je parlerai » (v. 7). Il commence par écarter un malentendu : « Ce n'est pas pour tes sacrifices que Je te reprendrai, car tes holocaustes sont toujours devant Moi » (v. 8). Les rites ne sont pas condamnés ; ils sont remis à leur place.
Suit un passage d'une grande hauteur. Dieu n'a besoin de rien : « car toutes les bêtes des forêts sont à Moi » (v. 10) ; « Si J'ai faim, Je ne te le dirai pas ; car l'univers est à Moi, avec tout ce qu'il renferme » (v. 12). La question finale achève de ruiner l'idée païenne d'un dieu qu'on nourrit : « Est-ce que Je mangerai la chair des taureaux ? ou boirai-Je le sang des boucs ? » (v. 13). Le sacrifice n'est pas un repas offert à Dieu ; il est le signe d'un cœur qui se donne.
Ce que Dieu demande (v. 14 et 15)
« Immole à Dieu un sacrifice de louange, et rends tes vœux au Très-Haut » (v. 14). Trois choses : la louange, la fidélité aux promesses faites, et la confiance. Le verset 15, le plus cherché du psaume, en est le sommet : « Puis invoque-Moi au jour de la tribulation ; Je te délivrerai, et tu Me glorifieras » (v. 15).
Ce verset renverse la logique du marchandage. L'homme n'achète pas le secours de Dieu par des victimes ; il l'appelle, Dieu le délivre, et la délivrance elle-même devient la gloire de Dieu. La prière du pauvre qui crie honore Dieu plus que mille holocaustes, parce qu'elle avoue que tout vient de lui.
Le réquisitoire contre l'hypocrite (v. 16 à 21)
La seconde partie vise un autre coupable : « Mais Dieu a dit au pécheur : Pourquoi énumères-tu Mes lois, et pourquoi as-tu constamment Mon alliance à la bouche ? » (v. 16). C'est l'homme qui récite la Loi et la viole. Le psaume parcourt alors les commandements : le vol, l'adultère, le mensonge, la médisance contre le frère, « le fils de ta mère » (v. 18 à 20). On reconnaît la seconde table des Dix Commandements.
Le verset 21 dit le fond du péché : « Voilà ce que tu as fait, et Je me suis tu. Tu as cru d'une manière impie que Je te serais semblable. » Parce que Dieu se taisait, le pécheur a cru qu'il approuvait. La patience de Dieu a été prise pour de l'indifférence. Mais le silence finit : « Je te reprendrai, et Je mettrai tout sous tes yeux. »
La sentence (v. 22 et 23)
La conclusion laisse encore une porte ouverte : « Comprenez ces choses, vous qui oubliez Dieu » (v. 22). Puis le dernier mot reprend celui du verset 14 : « Le sacrifice de louange est celui qui M'honorera, et là est la voie par laquelle Je montrerai à l'homme le salut de Dieu » (v. 23). C'est ce verset que certaines bibles traduisent sur l’hébreu par une promesse faite à celui qui veille sur sa voie.
Asaph, auteur du psaume
Le titre attribue le psaume à Asaph. Le Ier livre des Paralipomènes, chapitre 16 (1 Chroniques dans les bibles modernes) le montre établi par David à la tête des chantres devant l'arche. Le Psautier lui attribue douze psaumes : celui-ci, isolé dans le deuxième livre des Psaumes, puis les psaumes 72 à 82 de la Vulgate. On y retrouve souvent le même ton prophétique, et la même méditation sur la justice de Dieu : c'est le cas du psaume 73, Quam bonus Israel Deus, où Asaph s'étonne de la prospérité des méchants.
Le psaume 50 chez les Pères : la venue du Christ et le sacrifice nouveau
Saint Augustin, dans les Enarrationes in Psalmos, lit le verset 3 de la double venue du Christ. Il est venu une première fois caché, dans l'humilité, et il s'est tu devant ses juges ; il viendra une seconde fois « visiblement », et alors il ne se taira plus. Le psaume devient ainsi une annonce du Jugement dernier, où le Fils de l'homme rassemblera toutes les nations devant lui. Le récit de l'Évangile selon saint Matthieu, chapitre 25 en donne le tableau.
Le psaume prépare aussi la parole des prophètes et du Christ : Dieu veut « la miséricorde et non le sacrifice », dit Osée, et Notre-Seigneur reprend ce mot contre les pharisiens. L'Épître aux Hébreux tire la conclusion pour le culte chrétien : « Offrons donc par Lui sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c'est-à-dire, le fruit de lèvres qui confessent Son nom » (Hébreux 13, 15). Le psaume 40, Exspectans exspectavi, dit la même chose dans la bouche du Christ : Dieu n'a voulu ni sacrifice ni oblation, mais un corps offert.
Le canon romain de la messe reprend l'expression du psaume. Au mémento des vivants, le prêtre prie pour ceux qui offrent à Dieu hoc sacrificium laudis, ce sacrifice de louange. Les sacrifices d'animaux ont cessé ; le seul sacrifice qui demeure est celui du Christ, renouvelé sur l'autel, auquel le fidèle unit sa louange. L'article sur l'Eucharistie développe cette doctrine.
L'équilibre du psaume mérite d'être noté : Dieu ne méprise pas les rites qu'il a lui-même institués, mais il refuse qu'on les sépare de l'obéissance. La leçon vaut pour le chrétien qui assiste à la messe et néglige la charité.
Le psaume 50 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 49 de la Vulgate se dit aux Matines du mercredi, avec les psaumes voisins des fils de Coré. Chaque semaine, l'office de la nuit fait ainsi entendre au clerc et au moine le reproche de Dieu contre le culte sans le cœur : il est d'abord adressé à ceux qui prient le plus. Le bréviaire du jour permet de le retrouver à sa place.
Le missel de 1962 en tire le graduel du deuxième dimanche de l'Avent : Ex Sion species decoris ejus : Deus manifeste veniet (v. 2-3), avec pour verset Congregate illi sanctos ejus (v. 5). L'Église y entend, comme saint Augustin, l'annonce de la venue du Seigneur.
Le psaume 50 que l'on entend chanté à l’Asperges du dimanche ou en tête des Laudes du Carême n’est pas celui-ci : c'est le Miserere, psaume 50 de la Vulgate.
Comment prier le psaume 50
Au jour de l'épreuve. Le verset 15 est une promesse que Dieu lui-même formule. On peut l'apprendre par cœur et le redire tel quel : « invoque-Moi au jour de la tribulation ; Je te délivrerai ».
Avant la messe. Le psaume dispose à offrir le sacrifice de louange avec l'Église, et non à « faire ses dévotions » comme une dette à payer.
À l'examen de conscience. Les versets 16 à 21 sont un miroir. Celui qui prie beaucoup peut se demander si sa langue, ses fréquentations et ses jugements sur son frère répondent à ce que sa bouche récite.
En action de grâces. Après un bienfait, le psaume commande de rendre ses vœux au Très-Haut : tenir les promesses faites à Dieu dans la détresse est la forme la plus simple de la reconnaissance.
Questions Fréquentes
Le psaume 50 est-il le Miserere ?
Tout dépend de la numérotation. Dans les bibles modernes, le psaume 50 est le Deus deorum d'Asaph, et le Miserere est le psaume 51. Dans la Vulgate, la liturgie et les textes liturgiques de l'AELF, qui écrivent « psaume 50 (51) », le Miserere porte le numéro 50 : c'est lui que l'on chante avec le refrain Pitié, Seigneur, car nous avons péché.
Que signifie le psaume 50, verset 15 ?
« Invoque-Moi au jour de la tribulation ; Je te délivrerai, et tu Me glorifieras. » Dieu y déclare que la prière confiante l'honore plus que les victimes, et il promet lui-même la délivrance. La tradition en a fait une parole de recours dans toute épreuve.
Qui a écrit le psaume 50 ?
Le titre l'attribue à Asaph, chef des chantres institué par David devant l'arche, selon le Ier livre des Paralipomènes. Douze psaumes portent son nom.
Le psaume 50 a-t-il été écrit en araméen ?
Non. Le psaume a été composé en hébreu, comme tout le Psautier. Il existe d'anciennes paraphrases araméennes des psaumes, les targums, mais ce sont des traductions. L'Église latine le prie dans la Vulgate, faite sur le grec des Septante pour le Psautier.
Que veut dire « sacrifice de louange » ?
C'est le culte que Dieu préfère aux taureaux et aux boucs : la louange et l'action de grâces d'un cœur obéissant. Les Pères y voient l'annonce du sacrifice de la Loi nouvelle, la messe, que le canon romain appelle sacrificium laudis.
Le psaume 50 de la Louis Segond est-il le même ?
Oui, c'est le même psaume dans une traduction protestante faite sur l'hébreu, qui suit la numérotation moderne. L'abbé Fillion a traduit la Vulgate, d'où des nuances, par exemple au verset 23. Le texte de Fillion et le latin se trouvent en haut de cette page.
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