La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 1 : Beatus vir, les deux voies du juste et de l'impie
Beatus vir
Le psaume 1, *Beatus vir*, ouvre tout le Psautier : heureux l'homme qui médite la loi du Seigneur jour et nuit, arbre planté près des eaux, tandis que l'impie passe comme la poussière au vent. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit le texte.
1 Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum, et in via peccatorum non stetit, et in cathedra pestilentiæ non sedit ;
1 Heureux l’homme qui n’a point marché dans le conseil des impies, qui ne s’est pas arrêté dans la voie des pécheurs, * et qui ne s’est point assis dans la chaire de pestilence ;
2 sed in lege Domini voluntas ejus, et in lege ejus meditabitur die ac nocte.
2 mais qui a ses affections dans la loi du Seigneur, * et qui médite cette loi jour et nuit.
3 Et erit tamquam lignum quod plantatum est secus decursus aquarum, quod fructum suum dabit in tempore suo : et folium ejus non defluet ; et omnia quæcumque faciet prosperabuntur.
3 Il sera comme un arbre planté près d’un cours d’eau, * et qui donne son fruit en son temps, et son feuillage ne tombera pas ; * et tout ce qu’il fera réussira.
4 Non sic impii, non sic ; sed tamquam pulvis quem projicit ventus a facie terræ.
4 Il n’en est pas ainsi des impies, il n’en est pas ainsi ; * mais ils sont comme la poussière que le vent disperse de dessus la surface du sol.
5 Ideo non resurgent impii in judicio, neque peccatores in concilio justorum :
5 C’est pourquoi les impies ne ressusciteront point dans le jugement, * ni les pécheurs dans l’assemblée des justes.
6 quoniam novit Dominus viam justorum, et iter impiorum peribit.
6 Car le Seigneur connaît la voie des justes, * et le chemin des impies périra.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Que signifie le psaume 1 ?
Le psaume 1 ne compte que six versets, et il n'a pas de titre. Il n'est ni une supplication ni un cantique de louange : c'est une leçon de sagesse, placée comme une préface à l'entrée des cent cinquante psaumes. Tout ce que le Psautier dira ensuite, la plainte, l'action de grâces, la pénitence, suppose le choix qu'il met d'abord devant chaque âme. Il n'y a que deux voies, celle du juste et celle de l'impie, et elles ne mènent pas au même terme.
Le mouvement est simple. Les trois premiers versets décrivent l'homme heureux, d'abord par ce qu'il refuse, puis par ce qu'il aime, enfin par ce qu'il devient. Le quatrième verset retourne le tableau. Les deux derniers portent le regard jusqu'au jugement.
Verset 1 : marcher, s'arrêter, s'asseoir
« Heureux l'homme qui n'a point marché dans le conseil des impies, qui ne s'est pas arrêté dans la voie des pécheurs, et qui ne s'est point assis dans la chaire de pestilence » (v. 1). Le premier mot du Psautier est une béatitude, Beatus, et elle commence par un triple refus.
Les verbes se suivent comme les étapes d'une chute : on marche, puis l'on s'arrête, puis l'on s'assied. Les lieux aussi : le conseil, la voie, la chaire. Les commentateurs anciens y ont lu les degrés du péché, qui commence par un mauvais conseil écouté, devient une habitude où l'on s'installe, et finit dans l'enseignement du mal, quand on ne se contente plus de pécher mais qu'on en fait profession. La « chaire de pestilence », cathedra pestilentiæ, est la leçon de la Septante grecque et de la Vulgate ; l'hébreu parle du siège des moqueurs. Les deux images se rejoignent : la moquerie des choses saintes est une contagion.
Verset 2 : la loi aimée et méditée
Le refus n'est que le seuil. Le juste est celui « qui a ses affections dans la loi du Seigneur, et qui médite cette loi jour et nuit » (v. 2). Le latin dit voluntas ejus : sa volonté, son désir, est dans la loi. Il ne s'agit pas d'une obéissance contrainte, mais d'un amour. Méditer, dans la langue de la Bible, c'est redire à mi-voix, ruminer un texte jusqu'à ce qu'il devienne la pensée de celui qui le prie. Le psaume le plus long du Psautier, le psaume 119, Beati immaculati, ne fera que déployer ce verset sur cent soixante-seize versets.
Verset 3 : l'arbre planté près d'un cours d'eau
C'est le verset le plus cité : « Il sera comme un arbre planté près d'un cours d'eau, et qui donne son fruit en son temps, et son feuillage ne tombera pas ; et tout ce qu'il fera réussira » (v. 3). L'arbre ne produit pas l'eau dont il vit : il la reçoit, parce qu'il a été planté au bon endroit. Ainsi l'âme juste ne tire pas sa fécondité d'elle-même, mais de la grâce, dont l'eau vive est partout la figure dans l'Écriture.
Le prophète Jérémie reprend la même image et lui donne sa clé : « Béni soit l'homme qui se confie dans le Seigneur, et dont le Seigneur est l'espérance » ; il sera comme un arbre près des eaux, qui ne craint pas la sécheresse (Jérémie, chapitre 17). Le fruit « en son temps » dit que Dieu demande chaque chose à son heure ; le feuillage qui ne tombe pas, la persévérance. On a souvent vu dans le fruit les œuvres, et dans le feuillage les paroles, qui demeurent vertes quand elles sont nourries par la même sève.
Versets 4 à 6 : la poussière et le jugement
Puis tout se renverse : « Il n'en est pas ainsi des impies, il n'en est pas ainsi ; mais ils sont comme la poussière que le vent disperse de dessus la surface du sol » (v. 4). La Septante et la Vulgate redoublent la négation, non sic, non sic, comme pour insister. À l'arbre enraciné répond ce qui n'a ni racine ni poids : l'hébreu dit la balle du grain, que le vanneur jette au vent.
Le verset 5 est rendu par l'abbé Fillion au plus près du latin non resurgent : « C'est pourquoi les impies ne ressusciteront point dans le jugement, ni les pécheurs dans l'assemblée des justes » (v. 5). Saint Augustin précise que les impies ressusciteront bien, mais non pour être jugés comme ceux dont la cause reste à examiner : ils sont déjà jugés, selon la parole de Notre-Seigneur, « celui qui ne croit pas est déjà jugé » (Jean, chapitre 3).
Le dernier verset donne la raison de tout : « Car le Seigneur connaît la voie des justes, et le chemin des impies périra » (v. 6). Connaître, ici, n'est pas seulement savoir : c'est reconnaître, garder, approuver. La voie des impies n'a pas besoin d'être détruite ; elle se perd d'elle-même, comme une piste qui s'efface dans le sable.
Qui a écrit le psaume 1 ?
Le psaume 1 ne porte aucun titre, ni dans l'hébreu ni dans la Vulgate. La tradition le range, comme l'ensemble du Psautier, sous le nom de David, le roi-prophète qui en est l'auteur principal ; plusieurs anciens pensaient aussi qu'il avait été placé en tête du recueil comme une introduction à tout le livre. Le Nouveau Testament témoigne que l'ordre était déjà fixé : saint Paul cite le psaume suivant comme « le second psaume ». L'auteur premier, ici comme dans toute l'Écriture, est l'Esprit-Saint.
Le psaume 1 lu par les Pères : le Christ, l'homme heureux
Saint Augustin ouvre ses Enarrationes in Psalmos sur une affirmation qui commande toute sa lecture : l'homme heureux du premier verset est d'abord Notre-Seigneur Jésus-Christ. Lui seul n'a jamais marché dans le conseil des impies ; et Augustin l'oppose au premier homme, Adam, qui a prêté l'oreille au conseil du serpent et s'est éloigné de Dieu. Le Psautier s'ouvre donc sur le portrait du nouvel Adam, et chaque chrétien n'est cet homme heureux qu'en lui et par sa grâce.
Les Pères ont aimé aussi l'arbre du verset 3. Plusieurs y ont vu la croix plantée près des eaux du baptême, et le fruit donné « en son temps », celui de la Rédemption, à l'heure fixée par le Père. Cette lecture spirituelle ne supprime pas le sens littéral, qui reste celui d'un enseignement moral : elle le fonde, car on ne devient un arbre fécond qu'en étant greffé sur le Christ.
Le psaume 1 forme enfin, avec le psaume qui le suit, le double portique du Psautier. Le premier oppose le juste et l'impie ; le psaume 2, Quare fremuerunt gentes, élève le regard des individus aux nations et dresse le Christ-Roi contre leur révolte. L'opposition des deux voies revient souvent dans la suite du livre, notamment au psaume 37, Noli æmulari, où les méchants se dessèchent comme l'herbe, et l'éloge de la loi au psaume 19, Cæli enarrant : « La loi du Seigneur est sans tache, elle restaure les âmes. » Notre-Seigneur reprendra l'enseignement des deux voies dans le Sermon sur la montagne, avec la porte étroite et la voie spacieuse (Matthieu, chapitre 7).
Le psaume 1 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, issu de la réforme de saint Pie X (Divino Afflatu), le psaume 1 est chanté aux Matines du dimanche. Il est ainsi le premier psaume de l'office de la nuit au premier jour de la semaine : chaque dimanche, l'Église reprend le Psautier par où il commence, et place toute la semaine sous la béatitude du Beatus vir. Ceux qui récitent le bréviaire le retrouvent à cette place chaque semaine ; l'office du jour se suit sur la page du bréviaire d'Iter Fidei.
Comment prier le psaume 1
- Au début de la journée ou de la semaine. Comme il ouvre le Psautier et l'office du dimanche, il ouvre bien un temps nouveau : le réciter le matin, c'est choisir sa voie avant de marcher.
- Avant de lire l'Écriture. Il loue celui qui médite la loi « jour et nuit » ; il prépare à la lecture lente de la Bible, celle qui se rumine.
- Devant une tentation ou une compagnie douteuse. Les trois verbes du premier verset forment un examen très court : ai-je écouté, me suis-je arrêté, me suis-je assis ?
- En latin, au moins le premier verset. Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum : quelques mots suffisent pour s'unir à la voix de l'Église qui chante ce psaume depuis les origines.
On le conclut, comme tout psaume de l'office, par le Gloria Patri. Pour situer ce psaume dans l'ensemble du livre et passer d'un psaume à l'autre, voyez la page des Psaumes.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 1, verset 1 ?
Dans la traduction de l'abbé Fillion : « Heureux l'homme qui n'a point marché dans le conseil des impies, qui ne s'est pas arrêté dans la voie des pécheurs, et qui ne s'est point assis dans la chaire de pestilence. » C'est la première béatitude du Psautier. Elle décrit trois degrés du mal, du mauvais conseil écouté jusqu'à l'enseignement de l'erreur, que le juste refuse tous.
Qui est l'auteur du psaume 1 ?
Le psaume ne porte pas de titre. La tradition l'attribue à David, auteur principal du Psautier, et y voit le prologue de tout le livre. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint, qui a inspiré l'écrivain sacré.
Que signifie le verset 3 du psaume 1 ?
L'arbre planté près d'un cours d'eau est l'image du juste enraciné en Dieu : il reçoit la grâce comme l'arbre reçoit l'eau, porte son fruit en son temps et ne se dessèche pas. Jérémie reprend la même image pour l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur. Les Pères y ont vu aussi la croix du Christ, plantée près des eaux du baptême.
Le psaume 1 est-il le même dans la Bible Louis Segond ?
C'est le même psaume, avec le même numéro : la numérotation hébraïque et celle de la Vulgate ne divergent qu'à partir du psaume 9. La version Segond est une traduction protestante faite sur l'hébreu ; elle dit la paille là où la Vulgate dit la poussière, et au verset 5 que les méchants ne résistent pas au jugement. La traduction de l'abbé Fillion donnée ici suit la Vulgate, le texte de la liturgie ; sur le choix d'une traduction, voyez quelle Bible catholique lire.
Quelle est la puissance du psaume 1 ?
Le psaume 1 n'est pas une formule qui agirait par elle-même. Sa force est celle de la parole de Dieu qu'il fait méditer : il redresse la volonté, éclaire les choix et promet au juste une fécondité qui vient de la grâce. On le prie avec fruit en conformant sa vie à ce qu'il décrit.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 1 ?
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 1 ouvre les Matines du dimanche. Chaque semaine, l'office de la nuit dominicale commence ainsi par le Beatus vir, premier psaume du Psautier.
Toute la Bible hors ligne, avec votre page gardée et vos versets marqués : la Bible catholique dans l'application.
Psaume 1 · avec l'app
Accès anticipé