La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 2 : Quare fremuerunt gentes, le Christ-Roi des nations
Quare fremuerunt gentes
Le psaume 2, *Quare fremuerunt gentes*, est le grand psaume du Messie-Roi : les nations se liguent en vain contre le Seigneur et contre son Christ, car Dieu a établi son Roi sur Sion et lui dit : Tu es mon Fils. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit.
1 Quare fremuerunt gentes, et populi meditati sunt inania ?
1 Pourquoi les nations ont-elles frémi, * et les peuples ont-ils formé de vains desseins ?
2 Astiterunt reges terræ, et principes convenerunt in unum adversus Dominum, et adversus christum ejus.
2 Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont assemblés * contre le Seigneur et contre Son Christ.
3 Dirumpamus vincula eorum, et projiciamus a nobis jugum ipsorum.
3 Rompons leurs liens, * et jetons loin de nous leur joug.
4 Qui habitat in cælis irridebit eos, et Dominus subsannabit eos.
4 Celui qui habite dans les cieux Se rira d’eux, * et le Seigneur Se moquera d’eux.
5 Tunc loquetur ad eos in ira sua, et in furore suo conturbabit eos.
5 Alors Il leur parlera dans Sa colère, * et Il les épouvantera dans Sa fureur.
6 Ego autem constitutus sum rex ab eo super Sion, montem sanctum ejus, prædicans præceptum ejus.
6 Pour Moi, J’ai été établi Roi par Lui sur Sion, Sa montagne sainte, * afin d’annoncer Son décret.
7 Dominus dixit ad me : Filius meus es tu ; ego hodie genui te.
7 Le Seigneur M’a dit : * Tu es Mon Fils ; Je T’ai engendré aujourd’hui.
8 Postula a me, et dabo tibi gentes hæreditatem tuam, et possessionem tuam terminos terræ.
8 Demande-Moi et Je Te donnerai les nations pour Ton héritage, * et pour Ton domaine les extrémités de la terre.
9 Reges eos in virga ferrea, et tamquam vas figuli confringes eos.
9 Tu les gouverneras avec une verge de fer, * et Tu les briseras comme le vase du potier.
10 Et nunc, reges, intelligite ; erudimini, qui judicatis terram.
10 Et maintenant, ô rois, comprenez ; * instruisez-vous, juges de la terre.
11 Servite Domino in timore, et exsultate ei cum tremore.
11 Servez le Seigneur avec crainte, * et réjouissez-vous en Lui avec tremblement.
12 Apprehendite disciplinam, nequando irascatur Dominus, et pereatis de via justa.
12 Attachez-vous à la doctrine, de peur que le Seigneur ne S’irrite, * et que vous ne périssiez hors de la voie droite.
13 Cum exarserit in brevi ira ejus, beati omnes qui confidunt in eo.
13 Lorsque bientôt s’enflammera Sa colère, * heureux tous ceux qui ont confiance en Lui.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Que signifie le psaume 2 ?
Le psaume 2 est un petit drame en quatre scènes : les révoltés, Dieu dans le ciel, le Roi qui proclame le décret, le psalmiste qui avertit les puissants. Le psaume ne raconte pas une bataille : il montre l'inutilité de toute révolte contre Dieu et la royauté que le Père a donnée à son Fils.
Versets 1 à 3 : le tumulte des nations
« Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples ont-ils formé de vains desseins ? » (v. 1). La question est déjà une réponse : leurs desseins sont vains. Les rois se lèvent, les princes se concertent « contre le Seigneur et contre Son Christ » (v. 2), et leur mot d'ordre est celui de toute révolte contre Dieu : « Rompons leurs liens, et jetons loin de nous leur joug » (v. 3).
Versets 4 à 6 : le rire de Dieu et le Roi établi sur Sion
La scène passe de la terre au ciel : « Celui qui habite dans les cieux Se rira d'eux, et le Seigneur Se moquera d'eux » (v. 4). Ce rire n'est pas de la légèreté ; c'est la souveraine tranquillité de Dieu, que nulle conjuration n'atteint.
Au verset 6, la Vulgate fait parler le Roi lui-même : « Pour Moi, J'ai été établi Roi par Lui sur Sion, Sa montagne sainte, afin d'annoncer Son décret » (v. 6). L'hébreu met la parole dans la bouche de Dieu, qui déclare avoir oint son roi.
Versets 7 à 9 : « Tu es Mon Fils »
Voici le centre du psaume, et l'un des versets les plus commentés de l'Ancien Testament : « Le Seigneur M'a dit : Tu es Mon Fils ; Je T'ai engendré aujourd'hui » (v. 7). Au sens premier, le roi de la lignée de David était appelé fils de Dieu par adoption, selon la promesse faite à David par le prophète Nathan. Mais le psaume dit plus qu'une adoption : il dit un engendrement. Saint Augustin remarque que cet « aujourd'hui » désigne l'éternité, où il n'y a ni passé ni avenir ; le Père engendre le Fils dans un présent sans déclin.
Le verset 8 donne l'héritage : « Demande-Moi et Je Te donnerai les nations pour Ton héritage, et pour Ton domaine les extrémités de la terre » (v. 8). Aucun roi de Jérusalem n'a régné jusqu'aux extrémités de la terre ; la promesse regarde le Christ, dont l'Église s'étend à toutes les nations. La verge de fer du verset 9, l'Apocalypse l'appliquera au Christ vainqueur.
Versets 10 à 13 : l'avertissement aux rois
Le psaume se termine par un appel : « Et maintenant, ô rois, comprenez ; instruisez-vous, juges de la terre » (v. 10). Puis : « Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en Lui avec tremblement » (v. 11).
Le verset 12 porte dans la Vulgate « Attachez-vous à la doctrine », Apprehendite disciplinam. L'hébreu est difficile ; beaucoup de traductions modernes y lisent un hommage rendu au Fils. Le psaume s'achève sur une béatitude qui répond à celle du psaume 1 : « heureux tous ceux qui ont confiance en Lui » (v. 13).
Le Christ, roi et Fils : la lecture du Nouveau Testament
Le sens messianique du psaume 2 n'est pas une conjecture des commentateurs : ce sont les Apôtres eux-mêmes qui le fixent. Après leur première persécution, la communauté de Jérusalem prie avec ce psaume, cité comme une parole dite « par la bouche de notre père David », et elle en donne l'accomplissement : « Car Hérode et Ponce Pilate se sont vraiment ligués dans cette ville avec les gentils et le peuple d'Israël, contre Votre saint serviteur Jésus, que Vous avez oint » (Actes des Apôtres, chapitre 4).
Saint Paul, prêchant à Antioche de Pisidie, applique le verset 7 à la Résurrection : Dieu a accompli la promesse « en ressuscitant Jésus, ainsi qu'il est écrit dans le second psaume » (Actes, chapitre 13). L'épître aux Hébreux s'en sert pour montrer que le Fils est au-dessus des anges : « auquel des Anges a-t-Il jamais dit : Tu es Mon Fils » (Hébreux, chapitre 1) ; elle le cite encore pour le sacerdoce du Christ.
C'est pourquoi la tradition range le psaume 2 parmi les grands psaumes royaux et messianiques, avec le psaume 110, Dixit Dominus, où le Seigneur dit à mon Seigneur de s'asseoir à sa droite, et le psaume 45, Eructavit cor meum, le chant des noces du Roi. Il est aussi un psaume de la Passion, comme le psaume 22, Deus, Deus meus : les princes ligués contre le Christ sont ceux qui l'ont condamné. Le psaume 2 est enfin, avant la lettre, le psaume de la royauté du Christ sur les sociétés elles-mêmes, puisque ce sont les rois et les juges de la terre qu'il appelle à servir.
Le psaume 2 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 2 est chanté aux Matines du dimanche, à la suite du psaume 1, Beatus vir : chaque semaine, l'office de la nuit dominicale s'ouvre sur ce double portique du Psautier. Vous pouvez suivre l'office du jour sur la page du bréviaire.
Le Missel le fait entendre à deux moments décisifs de l'année. Son verset 7 forme l'introït de la messe de minuit de Noël : Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te. Et aux Ténèbres du Vendredi saint, le psaume 2 ouvre le premier nocturne des Matines, avec l'antienne Astiterunt reges terræ : les rois de la terre se sont levés contre le Seigneur et contre son Christ. La crèche et la Croix sont ainsi éclairées par le même psaume, et la Résurrection, que saint Paul y lisait, achève sa lumière à Pâques.
Comment prier le psaume 2
- Comme acte de foi au Christ-Roi. Le réciter, c'est reconnaître que le Christ règne déjà, et lui soumettre sa propre vie avant de demander qu'il règne sur les nations.
- Quand le mal semble l'emporter. Devant les puissances liguées contre l'Église, le verset 4 apprend la paix : Celui qui habite dans les cieux n'est pas inquiet.
On le conclut par le Gloria Patri. Les autres psaumes se trouvent sur la page des Psaumes.
Questions Fréquentes
Qui a écrit le psaume 2 ?
Le psaume n'a pas de titre, mais le Nouveau Testament l'attribue expressément à David : les Apôtres le citent comme la parole de Dieu dite « par la bouche de notre père David » (Ac 4, 25). C'est la tradition constante de l'Église. L'auteur premier est l'Esprit-Saint, qui a parlé par le roi-prophète.
Quelle est l'explication du verset 7 du psaume 2 ?
« Tu es Mon Fils ; Je T'ai engendré aujourd'hui » est la parole du Père au Fils. Les Pères y lisent d'abord la génération éternelle du Verbe, l'« aujourd'hui » désignant l'éternité. Saint Paul l'applique à la Résurrection (Ac 13, 33), l'épître aux Hébreux à la dignité du Fils au-dessus des anges, et l'Église en fait l'introït de la messe de minuit de Noël.
Que veut dire le verset 8 du psaume 2 ?
Dieu promet au Roi les nations pour héritage et les extrémités de la terre pour domaine. Aucun roi d'Israël n'a reçu un tel règne : la promesse s'accomplit dans le Christ, dont l'Église rassemble toutes les nations. La prière du Fils, « Demande-Moi », est exaucée dans la mission universelle des Apôtres.
Le psaume 2 est-il différent dans la Bible Louis Segond ?
Le psaume porte le même numéro partout. La version Segond, protestante, traduit sur l'hébreu : elle fait parler Dieu au verset 6 et lit au verset 12 un hommage rendu au fils, là où la Vulgate dit « Attachez-vous à la doctrine ». La traduction de l'abbé Fillion donnée ici suit la Vulgate, le texte que chante la liturgie.
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