La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 3 : Domine, quid multiplicati sunt, la confiance de David en fuite
Domine, quid multiplicati sunt
Le psaume 3, *Domine, quid multiplicati sunt*, est la prière de David fuyant devant son fils Absalom : entouré d'ennemis qui le disent perdu, il s'endort, se réveille et ne craint rien, parce que le Seigneur le soutient. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit.
1 Psalmus David, cum fugeret a facie Absalom filii sui.
1 Psaume de David lorsqu’il fuyait devant Absalom son fils.
2 Domine, quid multiplicati sunt qui tribulant me ? Multi insurgunt adversum me ;
2 Seigneur, pourquoi ceux qui me persécutent se sont-ils multipliés ? * Une multitude s’élève contre moi.
3 multi dicunt animæ meæ : Non est salus ipsi in Deo ejus.
3 Beaucoup disent à mon âme : * Il n’y a pas de salut pour elle dans son Dieu.
4 Tu autem Domine, susceptor meus es, gloria mea, et exaltans caput meum.
4 Mais Vous, Seigneur, Vous êtes mon protecteur et ma gloire, * et Vous relevez ma tête.
5 Voce mea ad Dominum clamavi ; et exaudivit me de monte sancto suo.
5 De ma voix j’ai crié vers le Seigneur, * et Il m’a exaucé du haut de Sa montagne sainte.
6 Ego dormivi, et soporatus sum ; et exsurrexi, quia Dominus suscepit me.
6 Je me suis endormi, et j’ai été assoupi ; * et je me suis levé, parce que le Seigneur a été mon soutien.
7 Non timebo millia populi circumdantis me. Exsurge, Domine ; salvum me fac, Deus meus.
7 Je ne craindrai point les milliers d’hommes du peuple qui m’environnent. * Levez-Vous, Seigneur ; sauvez-moi, mon Dieu.
8 Quoniam tu percussisti omnes adversantes mihi sine causa ; dentes peccatorum contrivisti.
8 Car Vous avez frappé tous ceux qui s’opposaient à moi sans raison ; * Vous avez brisé les dents des pécheurs.
9 Domini est salus ; et super populum tuum benedictio tua.
9 Le salut vient du Seigneur ; * et c’est Vous qui bénissez Votre peuple.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Que signifie le psaume 3 ?
Le psaume 3 est le premier du Psautier à porter un titre, et ce titre en donne la clé : « Psaume de David lorsqu'il fuyait devant Absalom son fils » (v. 1). C'est la prière d'un roi trahi, chassé de sa capitale par son propre fils, insulté sur la route, et qui pourtant ne désespère pas. En huit versets, la détresse se change en paix, puis en certitude de victoire. Le psaume ne nie pas le danger ; il le regarde en face, et il le remet à Dieu.
Le contexte : David chassé de Jérusalem
L'épisode est raconté au IIe livre des Rois (2 Samuel dans les bibles modernes). Absalom a gagné le cœur du peuple et s'est fait proclamer roi à Hébron ; Achitophel, le conseiller de David, est passé dans son camp. David quitte Jérusalem à pied avec ses fidèles. L'Écriture donne de cette fuite une image saisissante : « Cependant David montait la colline des Oliviers, et pleurait en montant » (II Rois, chapitre 15). C'est de cette heure que la tradition fait monter le psaume.
Versets 2 et 3 : la multitude et la parole qui tue
« Seigneur, pourquoi ceux qui me persécutent se sont-ils multipliés ? Une multitude s'élève contre moi » (v. 2). Le mot qui revient est le nombre : multipliés, multitude, beaucoup. Mais le pire n'est pas la foule armée ; c'est ce qu'elle dit : « Beaucoup disent à mon âme : Il n'y a pas de salut pour elle dans son Dieu » (v. 3). L'ennemi ne s'attaque pas seulement au corps, il s'attaque à l'espérance. Il veut persuader le juste que Dieu l'a abandonné. C'est la tentation la plus profonde de l'épreuve, et le psaume la nomme pour la vaincre.
Versets 4 et 5 : « Vous êtes mon protecteur »
La réponse arrive aussitôt, et elle ne s'adresse plus aux ennemis mais à Dieu : « Mais Vous, Seigneur, Vous êtes mon protecteur et ma gloire, et Vous relevez ma tête » (v. 4). Le latin dit susceptor meus, celui qui me prend et me soutient ; l'hébreu dit le bouclier. Les deux images se complètent : Dieu couvre et Dieu porte. « Vous relevez ma tête » répond à la tête couverte de David sur le mont des Oliviers, signe de deuil et de honte. Le roi humilié sait que sa dignité lui sera rendue par Dieu seul.
Le verset 5 affirme que la prière est déjà exaucée : « De ma voix j'ai crié vers le Seigneur, et Il m'a exaucé du haut de Sa montagne sainte » (v. 5). David est loin de Sion, mais Dieu l'entend depuis sa montagne : l'exil n'éloigne pas de Dieu celui qui crie vers lui.
Versets 6 et 7 : dormir au milieu des ennemis
Voici le verset le plus célèbre du psaume : « Je me suis endormi, et j'ai été assoupi ; et je me suis levé, parce que le Seigneur a été mon soutien » (v. 6). Dormir, au milieu d'une armée ennemie, est le signe le plus simple de la confiance. Le juste ne veille pas comme un homme qui compte sur ses propres sentinelles ; il s'abandonne. Et s'il se relève au matin, ce n'est pas par sa vigilance, mais parce que le Seigneur l'a soutenu.
D'où la hardiesse du verset suivant : « Je ne craindrai point les milliers d'hommes du peuple qui m'environnent » (v. 7). Le nombre, qui faisait l'angoisse du début, ne fait plus peur. Et la prière reprend avec élan : « Levez-Vous, Seigneur ; sauvez-moi, mon Dieu. »
Versets 8 et 9 : le salut vient du Seigneur
Le psaume s'achève en action de grâces. Dieu a frappé les ennemis, il a « brisé les dents des pécheurs » (v. 8) : l'image est celle d'une bête féroce désarmée, qui ne peut plus mordre. Le dernier verset en tire la leçon, valable pour tous les temps : « Le salut vient du Seigneur ; et c'est Vous qui bénissez Votre peuple » (v. 9). En latin, Domini est salus : le salut appartient au Seigneur. La dernière pensée de David n'est pas pour lui-même, mais pour le peuple, celui-là même qui l'avait abandonné pour suivre Absalom.
Le Christ endormi et ressuscité : la lecture des Pères
Les Pères ont lu ce psaume plus haut que David. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, l'entend d'abord de Notre-Seigneur : le sommeil du verset 6 est la mort qu'il a librement acceptée, le réveil est sa Résurrection, et le soutien du Seigneur est la puissance du Père qui l'a relevé. David trahi par son fils figure le Christ livré par l'un des siens. Augustin rapproche Absalom de Judas : le nom d'Absalom signifie « paix du père », et le Seigneur garda la paix avec le traître jusqu'au baiser de Gethsémani.
La comparaison va loin. David traverse le Cédron et monte au mont des Oliviers en pleurant ; c'est au même lieu que Notre-Seigneur entre dans son agonie et dit à ses disciples : « Mon âme est triste jusqu'à la mort » (Matthieu, chapitre 26). Les ennemis disent de David qu'il n'y a pas de salut pour lui en Dieu ; au Calvaire, on raille le Christ en disant que Dieu le délivre, s'il l'aime. Le psaume, dit en figure par David, s'accomplit à la lettre dans la Passion.
Augustin ajoute que le psaume peut se dire aussi au nom de l'Église entière, persécutée et toujours relevée, et au nom de chaque fidèle, assailli par des ennemis invisibles qui lui murmurent que Dieu ne le sauvera pas. Ces trois lectures ne s'excluent pas : la voix du Christ devient celle de son Corps.
Le psaume 3 appartient à la famille des psaumes de confiance au milieu des ennemis. On le rapprochera du psaume 27, Dominus illuminatio mea : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; qui craindrai-je ? », et surtout du psaume 91, Qui habitat, le grand psaume de la protection, où la vérité de Dieu environne le juste « comme un bouclier ». Il suit le psaume 2, où les nations se liguaient contre le Christ : la révolte des peuples devient ici la révolte d'un fils.
Le psaume 3 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 3 est chanté aux Matines du dimanche, à la suite des psaumes 1 et 2 : les trois premiers psaumes ouvrent ensemble l'office de la nuit dominicale. La place convient à un psaume qui chante le sommeil traversé et le réveil sous la garde de Dieu. L'office du jour se suit sur la page du bréviaire.
À Pâques, le verset 6 prend tout son sens : les Matines de la Résurrection le chantent avec l'antienne Ego dormivi, et somnum cepi : et exsurrexi, quoniam Dominus suscepit me. L'Église fait dire au Christ ressuscité les paroles de David.
L'usage monastique lui a donné une place plus remarquable encore. La Règle de saint Benoît, au chapitre 9, fait commencer chaque nuit les vigiles par le verset Domine, labia mea aperies, puis par le psaume 3, avant le psaume 94 de l'invitatoire. Depuis le VIe siècle, les moines se lèvent ainsi chaque nuit en disant : je me suis endormi, et je me suis levé, parce que le Seigneur a été mon soutien.
Comment prier le psaume 3
- Au réveil. C'est son heure propre. Le dire en se levant, c'est remercier Dieu d'avoir gardé la nuit et lui confier le jour, dans l'esprit de la prière du matin. Il appelle naturellement le psaume 5, Verba mea, que l'Église chante aux Laudes du lundi.
- Le soir, avec le psaume 4. Le psaume 3 dit le réveil, le psaume 4, Cum invocarem, le coucher : beaucoup les récitent l'un le matin, l'autre le soir.
- Quand on se sent assiégé. Difficultés accumulées, hostilité, jugements des autres : le psaume est fait pour l'âme qui voit « une multitude » s'élever contre elle.
- Quand on vous dit que tout est perdu. Contre la voix intérieure qui murmure qu'il n'y a pas de salut en Dieu, le verset 4 est une réponse à apprendre par cœur.
- Dans une trahison. Prière d'un père trahi par son fils, il convient aux blessures familiales, sans haine : David pleure Absalom, il ne le maudit pas.
Pour une prière de protection plus complète, voyez la prière de protection, qui réunit le psaume 91, saint Michel et l'ange gardien. Tous les psaumes se retrouvent sur la page des Psaumes.
Questions Fréquentes
Qui a écrit le psaume 3 et dans quelles circonstances ?
Le titre l'attribue à David, « lorsqu'il fuyait devant Absalom son fils ». L'épisode est raconté au IIe livre des Rois (2 Samuel), chapitres 15 à 18 : Absalom soulève le peuple contre son père, et David doit quitter Jérusalem. C'est la lecture constante de la tradition.
Que dit le psaume 3, verset 4 ?
Dans la traduction de l'abbé Fillion : « Mais Vous, Seigneur, Vous êtes mon protecteur et ma gloire, et Vous relevez ma tête. » C'est le retournement du psaume : après avoir entendu ses ennemis dire qu'il n'y a plus de salut pour lui, David se tourne vers Dieu. L'hébreu dit « mon bouclier », le latin susceptor meus, celui qui me soutient.
Que signifie le verset 6, « Je me suis endormi » ?
Au sens littéral, David dort en paix au milieu du danger parce que Dieu le garde, et il se réveille sain et sauf. Saint Augustin y entend la voix du Christ : le sommeil est sa mort sur la croix, le réveil sa Résurrection. C'est pourquoi l'Église chante ce verset à Pâques et pourquoi la tradition en a fait un psaume du réveil.
Que veut dire le verset 7 du psaume 3 ?
« Je ne craindrai point les milliers d'hommes du peuple qui m'environnent » : la confiance en Dieu l'emporte sur le nombre des ennemis. Le verset continue par un cri, « Levez-Vous, Seigneur ; sauvez-moi, mon Dieu », qui est l'une des invocations les plus fréquentes du Psautier.
Le psaume 3 est-il un psaume de protection ?
Oui. Toute sa substance est la garde de Dieu sur celui qui s'abandonne à lui : protecteur, sommeil paisible, réveil assuré, ennemis désarmés. Il se prie dans le danger comme le psaume 91, avec un accent propre : la confiance quand les adversaires sont nombreux et que l'on vous dit abandonné de Dieu.
Pourquoi le mot « Séla » ne figure-t-il pas dans ce texte ?
Séla est une indication musicale de l'hébreu, que l'on trouve trois fois dans ce psaume. Elle n'est pas traduite dans le texte de l'abbé Fillion donné ici, fait sur la Vulgate. On ne la prononce pas en priant : elle marquait sans doute une pause ou une reprise du chant.
Quelle différence avec le psaume 3 de la Bible Louis Segond ?
C'est le même psaume, avec le même numéro et les mêmes versets. La version Segond est une traduction protestante faite sur l'hébreu ; la traduction de l'abbé Fillion suit la Vulgate, le texte de la liturgie catholique, ce qui explique de petites différences, comme « protecteur » au lieu de « bouclier » au verset 4.
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