La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 5 : Verba mea, la prière du matin
Verba mea auribus percipe
Le psaume 5, *Verba mea auribus percipe*, est la prière du matin du juste : dès l'aurore, David se tient devant Dieu, lui confie sa journée au milieu d'ennemis menteurs et demande d'être conduit dans sa justice. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit le texte.
1 In finem, pro ea quæ hæreditatem consequitur. Psalmus David.
1 Pour la fin, pour celle qui obtient l’héritage, psaume de David.
2 Verba mea auribus percipe, Domine ; intellige clamorem meum.
2 Seigneur, prêtez l’oreille à mes paroles, * comprenez mon cri.
3 Intende voci orationis meæ, rex meus et Deus meus.
3 Soyez attentif à la voix de ma prière, * mon Roi et mon Dieu.
4 Quoniam ad te orabo, Domine : mane exaudies vocem meam.
4 Car c’est Vous que je prierai, * Seigneur ; dès le matin Vous exaucerez ma voix.
5 Mane astabo tibi, et videbo quoniam non Deus volens iniquitatem tu es.
5 Dès le matin je me tiendrai devant Vous, et je verrai * que Vous n’êtes pas un Dieu qui aime l’iniquité.
6 Neque habitabit juxta te malignus, neque permanebunt injusti ante oculos tuos.
6 Le méchant n’habitera pas auprès de Vous, * et les injustes ne subsisteront point devant Vos yeux.
7 Odisti omnes qui operantur iniquitatem ; perdes omnes qui loquuntur mendacium. Virum sanguinum et dolosum abominabitur Dominus.
7 Vous haïssez tous ceux qui commettent l’iniquité ; * Vous perdrez tous ceux qui profèrent le mensonge. Le Seigneur aura en abomination l’homme sanguinaire et trompeur ; *
8 Ego autem in multitudine misericordiæ tuæ introibo in domum tuam ; adorabo ad templum sanctum tuum in timore tuo.
8 mais moi, grâce à l’abondance de Votre miséricorde, J’entrerai dans Votre maison ; * j’adorerai dans Votre saint temple, pénétré de Votre crainte.
9 Domine, deduc me in justitia tua : propter inimicos meos dirige in conspectu tuo viam meam.
9 Seigneur, conduisez-moi dans Votre justice ; * à cause de mes ennemis, rendez droite ma voie en Votre présence.
10 Quoniam non est in ore eorum veritas ; cor eorum vanum est.
10 Car la vérité n’est point dans leur bouche ; * leur cœur est vain.
11 Sepulchrum patens est guttur eorum ; linguis suis dolose agebant : judica illos, Deus. Decidant a cogitationibus suis ; secundum multitudinem impietatum eorum expelle eos, quoniam irritaverunt te, Domine.
11 Leur gosier est un sépulcre ouvert ; ils se sont servis de leurs langues pour tromper : * jugez-les, ô Dieu ! Qu’ils échouent dans leurs desseins ; repoussez-les selon la multitude de leurs impiétés, * parce qu’ils Vous ont irrité, Seigneur.
12 Et lætentur omnes qui sperant in te ; in æternum exsultabunt, et habitabis in eis. Et gloriabuntur in te omnes qui diligunt nomen tuum,
12 Mais que tous ceux qui espèrent en Vous se réjouissent ; * ils seront éternellement dans l’allégresse, et Vous habiterez en eux. Et tous ceux qui aiment Votre Nom se glorifieront en Vous, *
13 quoniam tu benedices justo. Domine, ut scuto bonæ voluntatis tuæ coronasti nos.
13 parce que Vous bénirez le juste. Seigneur, Vous nous avez entourés de Votre amour * comme d’un bouclier.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Que signifie le psaume 5 ?
Le psaume 5 est une prière du matin, faite par un homme qui va affronter une journée difficile. Il se présente devant Dieu avant toute autre chose, rappelle que Dieu ne pactise pas avec le mal, demande à être guidé, dépeint ses adversaires sans complaisance et finit dans la joie de ceux qui espèrent en Dieu. Le ton est grave et lumineux à la fois : celui d'un juste qui sait où il va chercher sa force.
Le titre : « pour celle qui obtient l'héritage »
Le titre de la Vulgate, que Fillion traduit à la lettre, est énigmatique : « Pour la fin, pour celle qui obtient l'héritage, psaume de David » (v. 1). L'hébreu porte une indication musicale, qu'on entend souvent d'instruments à vent. La Septante a lu autrement, et les Pères ont commenté ce qu'elle leur donnait. Saint Augustin reconnaît dans « celle qui obtient l'héritage » l'Église, qui reçoit de Dieu en héritage la vie éternelle, et en qui Dieu lui-même devient son héritage. Le psaume entier devient alors la voix de l'Église qui prie au matin de ce monde, en attendant le jour sans fin.
Versets 2 à 4 : « dès le matin »
La prière commence par trois appels : « Seigneur, prêtez l'oreille à mes paroles, comprenez mon cri » (v. 2) ; « Soyez attentif à la voix de ma prière, mon Roi et mon Dieu » (v. 3). Il y a les paroles, que l'on prononce ; il y a le cri, qui monte plus profond que les mots ; et il y a la voix de la prière, qui les porte tous deux. Dieu est appelé Roi et Dieu : celui qui règne et celui que l'on adore.
Puis vient le mot qui donne au psaume son heure : « Car c'est Vous que je prierai, Seigneur ; dès le matin Vous exaucerez ma voix » (v. 4). Le latin dit mane exaudies vocem meam. La première parole de la journée appartient à Dieu. Notre-Seigneur lui-même, rapporte saint Marc, « S'étant levé de très grand matin, Il sortit et alla dans un lieu désert, et là Il priait » (Marc, chapitre 1).
Versets 5 à 7 : un Dieu qui n'aime pas l'iniquité
« Dès le matin je me tiendrai devant Vous, et je verrai que Vous n'êtes pas un Dieu qui aime l'iniquité » (v. 5). Se tenir devant Dieu, astabo tibi, c'est l'attitude du serviteur qui attend les ordres de son maître, et celle du prêtre à l'autel. Et ce que le juste voit, dans la lumière de l'aurore, c'est la sainteté de Dieu. Le mal ne peut habiter auprès de lui : « Le méchant n'habitera pas auprès de Vous, et les injustes ne subsisteront point devant Vos yeux » (v. 6).
Le verset 7 nomme trois figures du mal : ceux qui commettent l'iniquité, ceux qui profèrent le mensonge, et « l'homme sanguinaire et trompeur ». La violence et la ruse vont ensemble ; le psaume reviendra plus loin sur la ruse, qui est le péché de la langue.
Versets 8 et 9 : entrer dans la maison de Dieu
Le contraste est voulu : « mais moi, grâce à l'abondance de Votre miséricorde, J'entrerai dans Votre maison ; j'adorerai dans Votre saint temple, pénétré de Votre crainte » (v. 8). Le juste n'entre pas au temple par ses mérites, mais par la miséricorde. Sa confiance n'est pas l'assurance d'un homme content de lui ; c'est la confiance d'un pauvre qui sait d'où vient la grâce. Ce verset évoque le psaume 43, Judica me, que le prêtre récite au bas de l'autel, au commencement de la messe : « Et j'entrerai à l'autel de Dieu, au Dieu qui réjouit ma jeunesse. »
Puis vient la demande centrale du psaume, la seule chose que le juste demande pour sa journée : « Seigneur, conduisez-moi dans Votre justice ; à cause de mes ennemis, rendez droite ma voie en Votre présence » (v. 9). Il ne demande pas que ses ennemis disparaissent, mais que sa route reste droite au milieu d'eux.
Versets 10 et 11 : le sépulcre ouvert
Le portrait des adversaires est terrible : « Car la vérité n'est point dans leur bouche ; leur cœur est vain » (v. 10). Et plus loin : « Leur gosier est un sépulcre ouvert ; ils se sont servis de leurs langues pour tromper » (v. 11). La bouche du menteur est comparée à une tombe béante, qui exhale la mort et engloutit ceux qui s'y fient. Saint Paul reprend ce verset dans l'épître aux Romains, parmi les textes qui montrent que tous les hommes, Juifs et païens, sont sous le péché (Romains, chapitre 3) ; il le rassemble avec d'autres versets que la Vulgate a insérés au psaume 14, Dixit insipiens.
La fin du verset 11, « jugez-les, ô Dieu ! », appartient aux paroles dures du Psautier. Les Pères ne l'entendent pas comme une vengeance personnelle : c'est la sentence de la justice divine sur le mensonge, que le juste ratifie. Saint Augustin y lit une prophétie plutôt qu'une malédiction. La première peine annoncée est d'ailleurs que les méchants « échouent dans leurs desseins » : le mal se défait de lui-même.
Versets 12 et 13 : la joie de ceux qui espèrent
Le psaume s'achève sur une large bénédiction : « Mais que tous ceux qui espèrent en Vous se réjouissent ; ils seront éternellement dans l'allégresse, et Vous habiterez en eux » (v. 12). Le juste, au début, demandait à entrer dans la maison de Dieu ; à la fin, c'est Dieu qui vient habiter en ceux qui l'aiment. Et la dernière image enveloppe toute la journée qui commence : « Seigneur, Vous nous avez entourés de Votre amour comme d'un bouclier » (v. 13). Le latin dit ut scuto bonæ voluntatis tuæ coronasti nos : la bienveillance de Dieu nous entoure comme une couronne et nous protège comme un bouclier.
Le psaume 5 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 5 est chanté aux Laudes du lundi, l'office de l'aurore, aussi bien dans le schéma ordinaire des Laudes que dans celui des temps de pénitence. L'Église ouvre ainsi la semaine de travail en se tenant, dès le matin du lundi, devant son Roi et son Dieu. L'office du jour se suit sur la page du bréviaire, et l'heure de Laudes est présentée dans notre article sur les laudes.
Le psaume a une seconde place, plus grave, dans l'Office des morts. Aux Matines des défunts, il ouvre le premier nocturne, avec l'antienne tirée de son verset 9 : Dirige, Domine, Deus meus, in conspectu tuo viam meam. L'Église demande pour l'âme du défunt ce que David demandait pour sa journée : que sa voie soit dirigée devant Dieu. Le premier mot de cette antienne a fini par désigner l'office lui-même : c'est l'origine de l'anglais dirge, le chant funèbre. Il y est suivi des psaumes 6 et 7 ; sur la prière pour les âmes, voyez notre page sur la prière pour les défunts.
Les Pères et la prière du matin
Saint Augustin s'arrête sur le verset 5, Mane astabo tibi, et videbo. Il y voit le passage de la nuit au jour : la nuit est le temps où l'âme était loin de Dieu ; le matin, celui où elle se tient devant lui et commence à voir. Tant que dure ce monde, nous ne voyons qu'à travers la foi ; mais l'aurore annonce le plein jour où l'Église verra Dieu face à face.
La tradition chrétienne a fait de ce psaume un maître de la prière matinale. D'autres psaumes en reprennent l'élan : le psaume 63, Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo, que l'Église chante aux Laudes du dimanche, où l'âme « veille aspirant à Vous dès l'aurore » ; ou le psaume 3, la prière du réveil de David au milieu de ses ennemis.
Comment prier le psaume 5
- Le matin, avant toute occupation. C'est son heure propre. Le réciter au lever, c'est donner à Dieu les prémices de la journée, selon l'enseignement constant de la prière du matin.
- Avant une journée difficile. Une réunion, un conflit, une épreuve : le verset 9 suffit, « conduisez-moi dans Votre justice ».
- En entrant à l'église. Le verset 8 prépare à la messe ou à une visite au Saint-Sacrement : on n'entre dans la maison de Dieu que par sa miséricorde.
- Contre le mensonge. Celui qui souffre de la calomnie remet sa cause à Dieu ; celui qui lutte contre ses propres péchés de langue mesure leur gravité à l'image du sépulcre ouvert.
- Pour un défunt. Avec l'antienne Dirige, le psaume se prie pour une âme qui achève son chemin.
On le conclut par le Gloria Patri. Tous les psaumes se retrouvent sur la page des Psaumes.
Questions Fréquentes
Qui a écrit le psaume 5 ?
Le titre l'attribue à David : « Pour la fin, pour celle qui obtient l'héritage, psaume de David. » La tradition le lit comme la prière matinale du roi entouré d'adversaires violents et trompeurs. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
Le psaume 5 est-il une prière du matin ?
Oui. Son verset 4, « dès le matin Vous exaucerez ma voix », et son verset 5, « Dès le matin je me tiendrai devant Vous », lui donnent son heure. L'Église le chante aux Laudes du lundi dans le bréviaire de 1962, et beaucoup de fidèles le disent au lever.
Que dit le psaume 5, verset 12 ?
« Mais que tous ceux qui espèrent en Vous se réjouissent ; ils seront éternellement dans l'allégresse, et Vous habiterez en eux. » C'est la conclusion joyeuse du psaume, après la description des ennemis : ceux qui espèrent en Dieu ont une joie qui ne finit pas, parce que Dieu fait en eux sa demeure.
Quelle est la signification du psaume 5 ?
C'est la prière d'un juste qui commence sa journée devant Dieu, au milieu d'ennemis menteurs. Il affirme la sainteté de Dieu, qui ne supporte pas l'iniquité, demande à être conduit sur une voie droite et s'abandonne à la miséricorde, qui l'entoure comme un bouclier. Saint Augustin y entend la voix de l'Église qui reçoit en héritage la vie éternelle.
Le psaume 5 protège-t-il contre les jalousies familiales ?
Aucun psaume n'est une formule qui agirait d'elle-même contre une personne. Le psaume 5 peut accompagner celui qui souffre de la malveillance, même dans sa famille : il lui apprend à remettre sa cause à Dieu, à demander une voie droite et à ne pas répondre au mensonge par le mensonge. Sa force est celle de la prière confiante, non d'un charme.
Quelle différence avec le psaume 5 de la Bible Louis Segond ou de Jérusalem ?
C'est le même psaume, sous le même numéro dans toutes les bibles. La Segond, protestante, et la Bible de Jérusalem traduisent l'hébreu ; la traduction de l'abbé Fillion suit la Vulgate, le texte de la liturgie. D'où le titre « pour celle qui obtient l'héritage », propre à la Septante et à la Vulgate, et quelques nuances dans les versets.
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