La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 6 : Domine, ne in furore, le premier psaume de la pénitence
Domine, ne in furore
Le psaume 6, *Domine, ne in furore tuo arguas me*, ouvre la série des sept psaumes de la pénitence : un pécheur accablé supplie Dieu de le guérir plutôt que de le juger, pleure toute la nuit et se relève exaucé. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit.
1 In finem, in carminibus. Psalmus David. Pro octava.
1 Pour la fin, parmi les cantiques, psaume de David, pour l’octave.
2 Domine, ne in furore tuo arguas me, neque in ira tua corripias me.
2 Seigneur, ne me reprenez pas dans Votre fureur, * et ne me châtiez pas dans Votre colère.
3 Miserere mei, Domine, quoniam infirmus sum ; sana me, Domine, quoniam conturbata sunt ossa mea.
3 Ayez pitié de moi, Seigneur, car je suis sans force ; * guérissez-moi, Seigneur, car mes os sont ébranlés.
4 Et anima mea turbata est valde ; sed tu, Domine, usquequo ?
4 Et mon âme est toute troublée ; * mais Vous, Seigneur, jusques à quand… ?
5 Convertere, Domine, et eripe animam meam ; salvum me fac propter misericordiam tuam.
5 Revenez, Seigneur, et délivrez mon âme : * sauvez-moi à cause de Votre miséricorde.
6 Quoniam non est in morte qui memor sit tui ; in inferno autem quis confitebitur tibi ?
6 Car il n’y a personne qui se souvienne de Vous dans la mort ; * et qui donc Vous louera dans le séjour des morts ?
7 Laboravi in gemitu meo ; lavabo per singulas noctes lectum meum : lacrimis meis stratum meum rigabo.
7 Je suis épuisé à force de gémir ; je laverai toutes les nuits mon lit de mes pleurs ; * j’arroserai ma couche de mes larmes.
8 Turbatus est a furore oculus meus ; inveteravi inter omnes inimicos meos.
8 Mon œil a été troublé par la fureur ; * j’ai vieilli au milieu de tous mes ennemis.
9 Discedite a me omnes qui operamini iniquitatem, quoniam exaudivit Dominus vocem fletus mei.
9 Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’iniquité, * car le Seigneur a exaucé la voix de mes larmes.
10 Exaudivit Dominus deprecationem meam ; Dominus orationem meam suscepit.
10 Le Seigneur a exaucé ma supplication ; * le Seigneur a agréé ma prière.
11 Erubescant, et conturbentur vehementer, omnes inimici mei ; convertantur, et erubescant valde velociter.
11 Que tous mes ennemis rougissent et soient saisis d’une vive épouvante ; * qu’ils reculent promptement, et qu’ils soient bientôt confondus.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Que signifie le psaume 6 ?
Le psaume 6 est la prière d'un homme malade de corps et d'âme, qui reconnaît mériter la correction et n'en appelle qu'à la miséricorde. Il ne nomme aucun péché précis, aucune circonstance : c'est pourquoi chacun peut le faire sien. En dix versets, il passe du gémissement à la certitude d'être entendu, et c'est tout le chemin de la pénitence.
Versets 2 à 4 : guérir plutôt que juger
« Seigneur, ne me reprenez pas dans Votre fureur, et ne me châtiez pas dans Votre colère » (v. 2). Le pénitent ne demande pas d'échapper à toute correction ; il demande que la correction ne vienne pas de la fureur. Saint Augustin distingue les deux mots : la fureur est la condamnation du dernier jour, la colère une correction qui purifie encore, comme par le feu ; le pécheur demande à être guéri dès cette vie, pour n'avoir besoin ni de l'une ni de l'autre.
La demande devient alors celle d'un malade : « Ayez pitié de moi, Seigneur, car je suis sans force ; guérissez-moi, Seigneur, car mes os sont ébranlés » (v. 3). Les os, dans la Bible, sont la charpente de l'homme : c'est tout l'être qui tremble. Et le trouble atteint l'âme elle-même, jusqu'à ce cri laissé en suspens : « mais Vous, Seigneur, jusques à quand… ? » (v. 4). La phrase n'est pas achevée ; la douleur coupe la parole. Notre-Seigneur reprendra presque ces mots à l'approche de sa Passion : « Maintenant Mon âme est troublée » (Jean, chapitre 12).
Versets 5 et 6 : se convertir avant la mort
« Revenez, Seigneur, et délivrez mon âme : sauvez-moi à cause de Votre miséricorde » (v. 5). Le pécheur n'invoque aucun mérite ; son seul argument est la miséricorde de Dieu.
Le verset 6 donne une seconde raison : « Car il n'y a personne qui se souvienne de Vous dans la mort ; et qui donc Vous louera dans le séjour des morts ? » (v. 6). Avant la Résurrection du Christ, l'Ancien Testament ne voyait dans le séjour des morts qu'un lieu d'ombre, où la louange se tait. La tradition chrétienne a lu le verset plus profondément : la mort dont il parle est aussi celle de l'âme, et celui qui meurt dans son péché ne loue pas Dieu. Le temps de la pénitence, c'est maintenant.
Versets 7 et 8 : les larmes de la nuit
« Je suis épuisé à force de gémir ; je laverai toutes les nuits mon lit de mes pleurs ; j'arroserai ma couche de mes larmes » (v. 7). L'image est forte et voulue : le lit, où l'on a peut-être péché, devient le lieu des larmes. La tradition a toujours tenu les larmes de componction pour un don de Dieu et le signe d'une contrition véritable.
Versets 9 à 11 : le retournement
Brusquement, le ton change : « Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l'iniquité, car le Seigneur a exaucé la voix de mes larmes » (v. 9). Les larmes ont une voix, et Dieu l'a entendue. Le pénitent peut maintenant congédier ceux qui l'entraînaient au mal. Notre-Seigneur reprend ces paroles pour le jugement : « retirez-vous de Moi, vous qui commettez l'iniquité » (Matthieu, chapitre 7). Ce que le pécheur pardonné dit aux tentateurs, le Christ le dira à ceux qui n'auront pas fait pénitence.
Le verset 10 redouble cette certitude, et le dernier verset souhaite aux ennemis de rougir et de reculer : non une vengeance, mais la confusion salutaire qui peut les convertir à leur tour.
Le titre « pour l'octave » et la lecture des Pères
Le titre porte « pour l'octave », pro octava (v. 1). Au sens premier, c'est sans doute une indication musicale, un instrument ou un registre. Saint Augustin y lit le huitième jour, celui qui vient après les sept jours de ce monde : le jour du jugement et de l'éternité. Le pénitent demande la miséricorde aujourd'hui, pour ne pas rencontrer la fureur en ce jour-là. Le psaume 6 est ainsi, dès son titre, une prière tournée vers les fins dernières.
Le premier des sept psaumes de la pénitence
L'Église a rangé le psaume 6 en tête des sept psaumes de la pénitence : le psaume 32, Beati quorum, le bonheur de celui dont la faute est remise ; le psaume 38, Domine, ne in furore, qui commence par les mêmes mots que le nôtre ; le psaume 51, Miserere, le plus célèbre ; le psaume 102, Domine, exaudi ; le psaume 130, De profundis, qui est aussi la prière pour les défunts ; et le psaume 143, Domine, exaudi orationem meam. Ensemble, ils forment une longue confession.
Le psaume 6 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 6 est chanté aux Complies du lundi, l'office qui précède le sommeil. La place convient à un psaume qui parle du lit et des larmes de la nuit : l'Église demande pardon avant de se reposer. Il appartient aussi au premier nocturne de l'Office des morts, à la suite du psaume 5. L'office du jour se suit sur la page du bréviaire.
Comment prier le psaume 6
- Avant la confession. C'est son usage le plus naturel. Il dispose à reconnaître sa faiblesse sans désespérer, et prépare l'aveu du sacrement ; voyez notre guide pour se confesser.
- Le soir, après une faute. Avec l'Église qui le chante à Complies, on peut le dire avant de dormir, puis réciter un acte de contrition.
- Dans la maladie. « Guérissez-moi, Seigneur, car mes os sont ébranlés » : le psaume est aussi une prière de guérison, qui demande ensemble la santé du corps et celle de l'âme.
- Avec les autres psaumes pénitentiels. On peut les réciter tous les sept, par exemple les vendredis ou en Carême.
On le conclut par le Gloria Patri. Tous les psaumes se trouvent sur la page des Psaumes.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 6 est-il un psaume de pénitence ?
Parce qu'il est tout entier la prière d'un pécheur qui demande grâce : il se dit sans force, les os ébranlés, l'âme troublée, et ne s'appuie que sur la miséricorde de Dieu. La tradition l'a placé en tête des sept psaumes de la pénitence, avant les psaumes 31, 37, 50, 101, 129 et 142 de la Vulgate.
Que dit le psaume 6, verset 6 ?
« Car il n'y a personne qui se souvienne de Vous dans la mort ; et qui donc Vous louera dans le séjour des morts ? » Le pénitent presse Dieu de le sauver tant qu'il est temps, car la mort met fin au temps de la louange et de la conversion. Les Pères y lisent aussi la mort de l'âme dans le péché.
Qui a écrit le psaume 6 ?
Le titre l'attribue à David : « Pour la fin, parmi les cantiques, psaume de David, pour l'octave. » Il ne précise aucune circonstance de sa vie. L'Église y entend la prière de tout pénitent, inspirée par l'Esprit-Saint.
Que signifie « pour l'octave » dans le titre ?
C'est probablement une indication musicale : l'hébreu sheminith signifie « la huitième », sans doute un instrument à huit cordes ou un registre grave. Saint Augustin y voit le huitième jour, celui du jugement et de l'éternité, qui suit les sept jours du temps présent. Le pénitent demande miséricorde maintenant pour ne pas connaître la colère ce jour-là.
Quelle est l'explication catholique du psaume 6 ?
Le psaume enseigne que Dieu corrige le pécheur pour le guérir, et que la vraie pénitence passe des larmes à la confiance. Lu avec les Pères, il oriente vers le jugement dernier et vers le sacrement de pénitence, où la voix des larmes est exaucée. Il ouvre la série des sept psaumes pénitentiels que l'Église met sur les lèvres de ses enfants.
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