La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 7 : Domine Deus meus, in te speravi, l'appel du juste calomnié
Le psaume 7, *Domine Deus meus, in te speravi*, est la prière du juste injustement accusé : il proteste de son innocence, refuse de se venger et remet sa cause au Dieu qui sonde les cœurs et les reins. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit.
1 Psalmus David, quem cantavit Domino pro verbis Chusi, filii Jemini.
1 Psaume de David, qu’il chanta au Seigneur à cause des paroles de Chus, fils de Jémini.
2 Domine Deus meus, in te speravi ; salvum me fac ex omnibus persequentibus me, et libera me :
2 Seigneur mon Dieu, j’ai espéré en Vous ; * sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi ;
3 nequando rapiat ut leo animam meam, dum non est qui redimat, neque qui salvum faciat.
3 de peur qu’il ne ravisse mon âme comme un lion, * s’il n’y a personne pour me délivrer et me sauver.
4 Domine Deus meus, si feci istud, si est iniquitas in manibus meis,
4 Seigneur mon Dieu, si j’ai fait cela, * s’il y a de l’iniquité dans mes mains,
5 si reddidi retribuentibus mihi mala, decidam merito ab inimicis meis inanis.
5 si j’ai rendu le mal à ceux qui m’en avaient fait, * que je succombe, justement et dénué de tout, devant mes ennemis.
6 Persequatur inimicus animam meam, et comprehendat ; et conculcet in terra vitam meam, et gloriam meam in pulverem deducat.
6 Que l’ennemi poursuive mon âme et s’en rende maître ; qu’il foule à terre ma vie, * et qu’il traîne ma gloire dans la poussière.
7 Exsurge, Domine, in ira tua, et exaltare in finibus inimicorum meorum : et exsurge, Domine Deus meus, in præcepto quod mandasti,
7 Levez-vous, Seigneur, dans Votre colère, * et soyez exalté au milieu de mes ennemis. Levez-Vous, Seigneur mon Dieu, suivant le précepte que Vous avez établi ; *
8 et synagoga populorum circumdabit te : et propter hanc in altum regredere :
8 et l’assemblée des peuples Vous environnera. A cause d’elle remontez en haut.*
9 Dominus judicat populos. Judica me, Domine, secundum justitiam meam, et secundum innocentiam meam super me.
9 Le Seigneur juge les peuples. Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice, * et selon l’innocence qui est en moi.
10 Consumetur nequitia peccatorum, et diriges justum, scrutans corda et renes, Deus.
10 La malice des pécheurs prendra fin, et Vous conduirez le juste, * ô Dieu, qui sondez les cœurs et les reins.
11 Justum adjutorium meum a Domino, qui salvos facit rectos corde.
11 Mon légitime secours me viendra du Seigneur, * qui sauve ceux qui ont le cœur droit.
12 Deus judex justus, fortis, et patiens ; numquid irascitur per singulos dies ?
12 Dieu est un juge équitable, fort et patient ; * est-ce qu’Il S’irrite tous les jours ?
13 Nisi conversi fueritis, gladium suum vibrabit ; arcum suum tetendit, et paravit illum.
13 Si vous ne vous convertissez, Il brandira Son glaive ; * Il a déjà tendu Son arc, et le tient tout prêt.
14 Et in eo paravit vasa mortis, sagittas suas ardentibus effecit.
14 Et Il y a préparé des instruments de mort ; * Il a rendu Ses flèches brûlantes.
15 Ecce parturiit injustitiam ; concepit dolorem, et peperit iniquitatem.
15 Voici que l’ennemi a mis au monde l’injustice ; * il a conçu la douleur, et a enfanté l’iniquité.
16 Lacum aperuit, et effodit eum ; et incidit in foveam quam fecit.
16 Il a ouvert une fosse, et l’a creusée ; * et il est tombé dans cette fosse qu’il avait faite.
17 Convertetur dolor ejus in caput ejus, et in verticem ipsius iniquitas ejus descendet.
17 La douleur qu’il a causée reviendra sur sa tête, * et son iniquité retombera sur son front.
18 Confitebor Domino secundum justitiam ejus, et psallam nomini Domini altissimi.
18 Je rendrai gloire au Seigneur selon Sa justice, * et je chanterai le Nom du Seigneur très haut.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Que signifie le psaume 7 ?
Le psaume 7 est la prière d'un homme accusé à tort. Il ne se fait pas justice lui-même : il porte l'affaire devant le tribunal de Dieu. Le psaume se déroule comme un procès, du serment d'innocence à la sentence.
Le titre : Chus, fils de Jémini
Le titre rattache le psaume à un épisode de la vie de David : « Psaume de David, qu'il chanta au Seigneur à cause des paroles de Chus, fils de Jémini » (v. 1). Le personnage n'apparaît pas ailleurs sous ce nom. Saint Augustin l'identifie à Chusaï, l'ami fidèle qui alla tromper Absalom pour sauver David. D'autres commentateurs pensent plutôt à Séméi, de la tribu de Benjamin, qui maudit David pendant sa fuite et que le roi appelle justement « un fils de Jémini » (II Rois, chapitre 16). Dans les deux cas, le cadre est celui de la révolte d'Absalom, comme au psaume 3.
Versets 2 et 3 : le refuge
« Seigneur mon Dieu, j'ai espéré en Vous ; sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi » (v. 2). Beaucoup de traductions modernes rendent ce verset par Seigneur mon Dieu, tu es mon refuge. Le latin dit in te speravi : l'espérance est déjà un refuge. Le danger est décrit par une image de chasse : « de peur qu'il ne ravisse mon âme comme un lion, s'il n'y a personne pour me délivrer et me sauver » (v. 3).
Versets 4 à 6 : le serment d'innocence
Le juste prononce alors un serment solennel : « Seigneur mon Dieu, si j'ai fait cela, s'il y a de l'iniquité dans mes mains » (v. 4), « si j'ai rendu le mal à ceux qui m'en avaient fait » (v. 5), qu'il succombe devant ses ennemis. Il ne prétend pas être sans péché devant Dieu ; il affirme être innocent de ce dont on l'accuse. Et il ajoute un trait remarquable : il n'a pas rendu le mal pour le mal. C'est déjà la morale de l'Évangile.
Versets 7 à 10 : « Levez-Vous, Seigneur »
« Levez-vous, Seigneur, dans Votre colère, et soyez exalté au milieu de mes ennemis » (v. 7). Le juste demande au Juge de prendre place, entouré de « l'assemblée des peuples » (v. 8). La scène s'élargit : ce n'est plus seulement la cause d'un homme, c'est le jugement de toutes les nations.
Le verset 9 est le cœur du procès : « Le Seigneur juge les peuples. Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice, et selon l'innocence qui est en moi » (v. 9). Ce n'est pas de l'orgueil : le juste sait que seul Dieu voit le fond des cœurs, et c'est pourquoi il s'en remet à lui plutôt qu'aux hommes. Le verset 10 le dit expressément : « ô Dieu, qui sondez les cœurs et les reins ». Les reins, dans la langue biblique, sont le siège des sentiments et des désirs les plus intimes. Le Christ de l'Apocalypse reprend ce titre : « Je suis celui qui sonde les reins et les cœurs » (Apocalypse, chapitre 2).
Versets 11 à 17 : le juge patient et le mal qui retombe
« Dieu est un juge équitable, fort et patient ; est-ce qu'Il S'irrite tous les jours ? » (v. 12). La patience de Dieu n'est pas de l'indifférence. Elle laisse le temps de la conversion, mais elle a un terme : « Si vous ne vous convertissez, Il brandira Son glaive » (v. 13).
Puis le psaume décrit le méchant avec une précision de moraliste : « Voici que l'ennemi a mis au monde l'injustice ; il a conçu la douleur, et a enfanté l'iniquité » (v. 15). Le péché a sa gestation : on le conçoit avant de l'enfanter. Saint Jacques décrit la même génération : « lorsque la concupiscence a conçu, elle enfante le péché » (Jacques, chapitre 1). Et le mal finit par se retourner contre son auteur : « Il a ouvert une fosse, et l'a creusée ; et il est tombé dans cette fosse qu'il avait faite » (v. 16). Saint Augustin y voit une loi constante : la malice punit d'abord celui qui la commet. Dieu n'a pas besoin de lancer ses flèches ; le pécheur tombe dans son propre piège.
Le procès s'achève en louange : « Je rendrai gloire au Seigneur selon Sa justice » (v. 18). Le juste ne célèbre pas sa victoire, mais la justice de Dieu.
La lecture des Pères : le Christ accusé
Les Pères ont entendu dans ce psaume la voix du Christ, accusé sans cause et livré à ses ennemis, qui ne rendit pas le mal pour le mal et remit sa cause à Celui qui juge avec justice. Le psaume enseigne ainsi au chrétien ce que saint Paul résumera : ne pas se venger soi-même, mais laisser agir la justice de Dieu. Il rejoint le psaume 35, Judica, Domine, nocentes me, où l'opprimé demande au Seigneur de plaider sa cause, et le psaume 17, Exaudi, Domine, justitiam meam, autre prière d'un innocent devant le tribunal de Dieu.
Le psaume 7 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 7 est chanté aux Complies du lundi, avec le psaume 6. Avant de s'endormir, l'Église remet à Dieu les injustices du jour et confesse qu'il est le seul juge. L'heure de Complies est présentée dans notre article sur les Complies, et l'office du jour sur la page du bréviaire. Le psaume 7 appartient aussi au premier nocturne de l'Office des morts, où il suit les psaumes 5 et 6.
Comment prier le psaume 7
- Quand on est accusé injustement. C'est le psaume de l'innocent calomnié. On le prie pour remettre sa cause à Dieu, non pour appeler le malheur sur l'adversaire.
- Quand on est tenté de se venger. Il apprend à garder les mains pures et à laisser le jugement à Dieu.
- Pour s'examiner. Avant de dire « si j'ai fait cela », il faut le vérifier : le psaume est aussi un examen de conscience.
- En pensant au jugement. Le Dieu « équitable, fort et patient » attend notre conversion ; voyez ce qu'enseigne l'Église sur le Jugement dernier.
On le conclut par le Gloria Patri. Tous les psaumes sont sur la page des Psaumes.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 7, verset 2 ?
« Seigneur mon Dieu, j'ai espéré en Vous ; sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi. » C'est l'ouverture du psaume, que beaucoup de traductions modernes rendent par Seigneur mon Dieu, tu es mon refuge. L'espérance en Dieu est le premier abri du juste persécuté.
Que signifie le verset 9 du psaume 7 ?
« Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice, et selon l'innocence qui est en moi. » Le juste ne se dit pas sans péché ; il affirme son innocence dans l'affaire dont on l'accuse et demande à Dieu, qui sonde les cœurs, de juger lui-même. C'est un appel au seul tribunal infaillible.
Que veut dire le verset 7, « Levez-vous, Seigneur » ?
C'est l'appel au Juge pour qu'il siège et rende sa sentence. Le psaume le reprend deux fois dans le même verset : le juste ne prend pas les armes, il demande à Dieu d'intervenir. Cette invocation revient souvent dans le Psautier.
Qui a écrit le psaume 7 ?
Le titre l'attribue à David, « à cause des paroles de Chus, fils de Jémini ». Saint Augustin identifie ce personnage à Chusaï, l'ami de David ; d'autres y voient Séméi, le Benjamite qui maudit le roi. Comme toute l'Écriture, le psaume a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
Quelle est la signification du psaume 7 ?
C'est la prière du juste calomnié qui s'en remet au jugement de Dieu. Il enseigne trois choses : ne pas rendre le mal pour le mal, croire que Dieu voit le fond des cœurs, et savoir que le mal finit par retomber sur celui qui le commet.
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