La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 4 : Cum invocarem, la prière du soir
Cum invocarem
Le psaume 4, *Cum invocarem*, est la prière du soir de l'Église : David, entouré de détracteurs, rappelle que Dieu l'exauce, invite au silence du cœur sur sa couche et s'endort en paix. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit, avec le célèbre verset 9.
1 In finem, in carminibus. Psalmus David.
1 Pour la fin, parmi les cantiques, psaume de David.
2 Cum invocarem exaudivit me Deus justitiæ meæ, in tribulatione dilatasti mihi. Miserere mei, et exaudi orationem meam.
2 Lorsque je L’ai invoqué, le Dieu de ma justice m’a exaucé ; * Vous m’avez mis au large dans la tribulation. Ayez pitié de moi, * et exaucez ma prière.
3 Filii hominum, usquequo gravi corde ? ut quid diligitis vanitatem, et quæritis mendacium ?
3 Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti ? * Pourquoi aimez-vous la vanité, et cherchez-vous le mensonge ?
4 Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum ; Dominus exaudiet me cum clamavero ad eum.
4 Sachez donc que le Seigneur a merveilleusement glorifié Son Saint. * Le Seigneur m’exaucera quand j’aurai crié vers Lui.
5 Irascimini, et nolite peccare ; quæ dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini.
5 Irritez-vous, mais ne péchez point. * Ce que vous dites contre moi au fond de vos cœurs, répétez-le avec componction sur vos couches.
6 Sacrificate sacrificium justitiæ, et sperate in Domino. Multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ?
6 Offrez un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur. * Beaucoup disent : Qui nous fera voir le bonheur ?
7 Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : dedisti lætitiam in corde meo.
7 La lumière de Votre visage est gravée sur nous, Seigneur ; * Vous avez mis la joie dans mon cœur.
8 A fructu frumenti, vini, et olei sui, multiplicati sunt.
8 Ils se sont multipliés * par l’abondance de leur froment, de leur vin et de leur huile.
9 In pace in idipsum dormiam, et requiescam ;
9 Et moi je dormirai et me reposerai en paix ; *
10 quoniam tu, Domine, singulariter in spe constituisti me.
10 parce que Vous, Seigneur, * m’avez affermi dans une espérance singulière.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Que signifie le psaume 4 ?
Le psaume 4 est une prière du soir. Il commence par le souvenir d'un exaucement, se tourne vers ceux qui méprisent le juste, leur donne une leçon de sagesse et s'achève dans le sommeil paisible de celui qui a remis sa vie à Dieu. Son titre, « Pour la fin, parmi les cantiques, psaume de David » (v. 1), le rattache au roi-prophète et à la musique du Temple. Il suit le psaume 3, qui disait le réveil de David au milieu de ses ennemis ; celui-ci dit le coucher. Les deux forment une paire que la tradition a souvent rapprochée.
Verset 2 : le souvenir de l'exaucement
« Lorsque je L'ai invoqué, le Dieu de ma justice m'a exaucé ; Vous m'avez mis au large dans la tribulation » (v. 2). La prière s'appuie sur l'expérience. David ne demande pas dans le vide : il se souvient que Dieu l'a déjà entendu. L'image est belle : dans la tribulation, qui est un étau, Dieu met au large, dilatasti mihi. Le cœur serré par l'épreuve se dilate. Et l'expérience fonde la nouvelle demande : « Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière. »
Versets 3 à 6 : la leçon aux enfants des hommes
Le psalmiste se tourne alors vers ses adversaires : « Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti ? Pourquoi aimez-vous la vanité, et cherchez-vous le mensonge ? » (v. 3). Le cœur appesanti est celui qui ne s'élève plus vers Dieu, alourdi par les choses de la terre. La vanité, c'est ce qui n'a pas de consistance ; le mensonge, ce qui promet le bonheur sans le donner.
Puis vient un avertissement : « Sachez donc que le Seigneur a merveilleusement glorifié Son Saint » (v. 4). Celui qu'ils méprisent est l'élu de Dieu. Les Pères ont entendu ce « Saint » du Christ, que le Père a glorifié en le ressuscitant.
Le verset 5 est l'un des plus riches du psaume : « Irritez-vous, mais ne péchez point. Ce que vous dites contre moi au fond de vos cœurs, répétez-le avec componction sur vos couches » (v. 5). La colère n'est pas condamnée en elle-même ; elle doit rester sans péché. Saint Paul reprend ces mots dans l'épître aux Éphésiens, en leur donnant précisément une couleur du soir : « Si vous vous mettez en colère, ne péchez point ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Éphésiens, chapitre 4). Et le lit, lieu du repos, devient le lieu de la componction : avant de dormir, on reprend dans le silence ce que l'on a dit et pensé, et l'on s'en repent. C'est l'examen de conscience du soir en germe.
Le verset 6 donne le remède : « Offrez un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur » (v. 6). Le sacrifice de justice est celui d'une vie droite, offerte avec un cœur pur. Et le verset fait entendre la question de la foule, toujours actuelle : « Beaucoup disent : Qui nous fera voir le bonheur ? »
Versets 7 et 8 : la lumière de la face de Dieu
La réponse est l'un des versets les plus médités de la tradition : « La lumière de Votre visage est gravée sur nous, Seigneur ; Vous avez mis la joie dans mon cœur » (v. 7). La Vulgate dit signatum est, comme un sceau imprimé dans la cire. Saint Augustin y voit l'image de Dieu marquée dans l'âme raisonnable, que le péché obscurcit sans l'effacer, et que la grâce restaure. Saint Thomas d'Aquin cite ce verset pour définir la loi naturelle : la lumière de la raison, par laquelle nous discernons le bien et le mal, est en nous comme une empreinte de la lumière divine. L'homme a été fait « à Notre image et à Notre ressemblance » (Genèse, chapitre 1) : la lumière de la face de Dieu est sa vraie richesse.
À cette joie intérieure s'oppose l'abondance extérieure des autres : « Ils se sont multipliés par l'abondance de leur froment, de leur vin et de leur huile » (v. 8). Le froment, le vin et l'huile sont les biens de la terre ; ils ne suffisent pas à donner la paix. Le juste a moins, mais il a la joie que Dieu met dans le cœur.
Psaume 4, verset 9 : « je dormirai et me reposerai en paix »
C'est le verset le plus recherché du psaume, et la conclusion de tout : « Et moi je dormirai et me reposerai en paix » (v. 9), « parce que Vous, Seigneur, m'avez affermi dans une espérance singulière » (v. 10). En latin : In pace in idipsum dormiam, et requiescam ; quoniam tu, Domine, singulariter in spe constituisti me.
Pourquoi parle-t-on du verset 9, ou du verset 8 ?
La traduction de l'abbé Fillion, qui suit la Vulgate, partage ce verset en deux : le verset 9 dit le sommeil, le verset 10 en donne la raison. Les bibles faites sur l'hébreu, qui comptent aussi le titre comme premier verset, n'en font qu'un, le verset 9. Les bibles qui ne numérotent pas le titre, comme beaucoup de bibles anglaises, en font le verset 8. Psaume 4, 8 et psaume 4, 9 désignent donc la même parole ; seule la manière de compter change.
Le sens du verset
Au sens littéral, c'est la paix du juste qui, ayant remis sa cause à Dieu, peut dormir sans crainte au milieu de ses ennemis. Sa sécurité ne vient ni de ses gardes ni de ses biens, mais d'une « espérance singulière » : Dieu seul, singulariter, le fait reposer.
Saint Augustin s'est arrêté sur deux mots latins que la traduction française laisse de côté, in idipsum. Il y entend le nom même de Dieu, Celui qui est toujours le même et ne change pas : le juste s'endort dans la paix de l'Immuable. Au livre IX des Confessions, il raconte comment, retiré à Cassiciacum après sa conversion, il lisait ce psaume et en était bouleversé ; ce verset en particulier le faisait crier de joie, parce qu'il y trouvait le repos que toutes les vanités du verset 3 lui avaient refusé.
Les Pères y ont vu aussi le repos du Christ au tombeau, endormi dans la paix et l'espérance de la Résurrection, et, à sa suite, la bonne mort du chrétien, qui s'endort dans le Seigneur. Le sommeil de chaque soir devient ainsi l'image et l'apprentissage du dernier sommeil.
Le psaume 4, prière du soir dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 4 ouvre les Complies du dimanche, la dernière heure de l'office, dite avant le repos de la nuit. Il y précède le psaume 91, Qui habitat, la grande prière de protection, et le psaume 134, Ecce nunc benedicite Dominum, qui invite les serviteurs du Seigneur à le bénir pendant les nuits. Avant la réforme de saint Pie X, le rite romain récitait ces psaumes chaque soir à Complies ; le psautier de 1911 les a gardés au dimanche. L'office du jour se trouve sur la page du bréviaire, et l'heure elle-même est présentée dans notre article sur les Complies.
Le psaume revient aussi au cœur de la Semaine sainte. Aux Ténèbres du Samedi saint, il ouvre le premier nocturne des Matines avec l'antienne In pace in idipsum dormiam et requiescam : l'Église le chante auprès du tombeau du Christ, avant le psaume 16, Conserva me, où la chair « se reposera dans l'espérance ». La prière du soir de David devient la prière du Samedi saint.
Comment prier le psaume 4
- Le soir, avant de dormir. C'est son lieu propre. On peut le réciter seul ou au sein des Complies, en s'unissant à la prière de l'Église, et le conclure par le Gloria Patri. Il trouve sa place dans toute prière du soir.
- Pour l'examen de conscience. Le verset 5, la componction sur sa couche, en donne la méthode : reprendre sa journée devant Dieu, regretter ce qui a été dit ou fait de travers, et, s'il le faut, faire un acte de contrition avant de s'endormir.
- Après une colère. Avec saint Paul, le psaume demande que le soleil ne se couche pas sur la colère. On le prie pour se réconcilier avant la nuit.
- Dans l'insomnie et l'inquiétude. Le verset 9 se répète lentement, comme une respiration : je dormirai en paix, parce que vous, Seigneur, m'avez affermi dans l'espérance.
- Pour les mourants et les défunts. Le sommeil en paix est aussi celui de la mort chrétienne ; le verset convient au chevet d'un malade.
Les autres psaumes du soir, et tout le Psautier, se trouvent sur la page des Psaumes.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 4, verset 9 ?
Dans la traduction de l'abbé Fillion : « Et moi je dormirai et me reposerai en paix », puis, au verset 10, « parce que Vous, Seigneur, m'avez affermi dans une espérance singulière ». Fillion, qui suit la Vulgate, partage ce verset entre les versets 9 et 10. C'est la conclusion du psaume, que l'Église redit le dimanche soir à Complies.
Pourquoi certains parlent-ils du psaume 4, verset 8 ?
Parce que certaines bibles, en particulier anglaises, ne comptent pas le titre du psaume comme un verset : le dernier verset y porte alors le numéro 8. Les bibles françaises faites sur l'hébreu et la Vulgate comptent le titre, si bien que le même texte y est au verset 9. Il s'agit de la même parole.
Le psaume 4 est-il une prière du soir ?
Oui. Tout le psaume conduit au sommeil confiant du dernier verset, et le verset 5 invite à l'examen sur sa couche. L'Église l'a toujours chanté à Complies : chaque soir avant la réforme de saint Pie X, et aux Complies du dimanche dans le bréviaire de 1962.
Que signifie le verset 6 du psaume 4 ?
« Offrez un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur » : le sacrifice que Dieu attend est celui d'une vie droite et d'un cœur pur, joint à la confiance. Le même verset rapporte la question des hommes, « Qui nous fera voir le bonheur ? », à laquelle le verset 7 répond : la lumière du visage de Dieu gravée sur nous.
Qui a écrit le psaume 4 ?
Son titre l'attribue à David : « Pour la fin, parmi les cantiques, psaume de David. » La tradition le lit comme la prière du roi éprouvé qui garde en Dieu une confiance entière et peut dormir en paix. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
Comment méditer le psaume 4 ?
On peut le méditer en trois temps : se souvenir des exaucements passés (verset 2), examiner son cœur dans le silence du soir (versets 5 et 6), puis se reposer dans la confiance (versets 9 et 10). Saint Augustin, dans les Confessions, montre l'effet de cette méditation sur une âme qui vient de se convertir : elle y découvre la vanité de ce qu'elle aimait et la paix de Dieu.
Quelle différence avec le psaume 4 de la Bible Louis Segond ?
C'est le même psaume, sous le même numéro. La version Segond, protestante, traduit l'hébreu ; la traduction de l'abbé Fillion suit la Vulgate, le texte de la liturgie. D'où quelques différences, comme le dernier verset partagé en deux chez Fillion, ou la lumière du visage de Dieu « gravée sur nous » au verset 7.
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