La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 16 (Vulgate 15) : Conserva me, Domine, le Seigneur est mon héritage
Conserva me, Domine
Le psaume 16 des bibles modernes, psaume 15 de la Vulgate, *Conserva me, Domine*, est le chant de l'âme qui a choisi Dieu pour seul héritage, et l'un des grands psaumes de la Résurrection : saint Pierre et saint Paul l'ont cité pour annoncer que le Christ n'a pas connu la corruption. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin en regard ; l'explication suit.
Vous cherchez le psaume 15 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 14.
1 Tituli inscriptio, ipsi David. Conserva me, Domine, quoniam speravi in te.
1 Inscription du titre, de David. Conservez-moi, Seigneur, car j’ai espéré en Vous.*
2 Dixi Domino : Deus meus es tu, quoniam bonorum meorum non eges.
2 J’ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu, et Vous n’avez nul besoin de mes biens.
3 Sanctis qui sunt in terra ejus, mirificavit omnes voluntates meas in eis.
3 Il a fait éclater toutes mes dispositions bienveillantes envers les Saints * qui sont sur Sa terre.
4 Multiplicatæ sunt infirmitates eorum : postea acceleraverunt. Non congregabo conventicula eorum de sanguinibus, nec memor ero nominum eorum per labia mea.
4 Leurs infirmités se sont multipliées, * et ensuite ils ont couru avec vitesse. Je ne les réunirai point dans des assemblées de sang, * et je ne me souviendrai plus de leurs noms pour les prononcer.
5 Dominus pars hæreditatis meæ, et calicis mei : tu es qui restitues hæreditatem meam mihi.
5 Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe ; * c’est Vous, Seigneur, qui me rendrez mon héritage.
6 Funes ceciderunt mihi in præclaris ; etenim hæreditas mea præclara est mihi.
6 Le cordeau est tombé pour moi en des lieux magnifiques, * car mon héritage est excellent.
7 Benedicam Dominum qui tribuit mihi intellectum ; insuper et usque ad noctem increpuerunt me renes mei.
7 Je bénirai le Seigneur qui m’a donné l’intelligence ; * de plus, jusque dans la nuit même mes reins m’y ont excité.
8 Providebam Dominum in conspectu meo semper : quoniam a dextris est mihi, ne commovear.
8 Je prenais soin d’avoir toujours le Seigneur devant mes yeux ; * car Il est à ma droite, pour que je ne sois pas ébranlé.
9 Propter hoc lætatum est cor meum, et exsultavit lingua mea ; insuper et caro mea requiescet in spe.
9 C’est pourquoi mon cœur s’est réjoui, et ma langue a tressailli d’allégresse ; * de plus, ma chair même se reposera dans l’espérance.
10 Quoniam non derelinques animam meam in inferno, nec dabis sanctum tuum videre corruptionem. Notas mihi fecisti vias vitæ ; adimplebis me lætitia cum vultu tuo : delectationes in dextera tua usque in finem.
10 Car Vous n’abandonnerez pas mon âme dans l’enfer, * et Vous ne souffrirez pas que Votre Saint voie la corruption. Vous m’avez fait connaître les voies de la vie ; Vous me comblerez de joie par Votre visage : * il y a des délices sans fin à Votre droite.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 16 ou psaume 15 ?
Ce psaume est le 16 des bibles modernes, qui suivent l'hébreu, et le 15 de la Vulgate et du bréviaire, qui réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. C'est aussi le « psaume 15 » des livres liturgiques français actuels, avec ses refrains Seigneur, mon partage et ma coupe et Tu m'apprends, Seigneur, le chemin de la vie. Les versets correspondent jusqu'au verset 10 ; le verset 11 des bibles modernes, « le chemin de la vie », forme ici la seconde moitié du verset 10. Le psaume 15 des bibles modernes, Domine, quis habitabit, est présenté à la page du psaume 14 de la Vulgate, et toutes les correspondances sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 16 ?
C'est une profession de foi personnelle et joyeuse. L'orant a choisi Dieu, et Dieu seul ; il en tire une paix qui va jusqu'à l'espérance de vaincre la mort.
Versets 1 et 2 : « Conservez-moi, Seigneur »
« Conservez-moi, Seigneur, car j'ai espéré en Vous » (v. 1). La prière est brève, et toute fondée sur la confiance. Puis vient l'acte de foi : « J'ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu, et Vous n'avez nul besoin de mes biens » (v. 2). Dieu ne reçoit rien qui lui manque ; c'est l'homme qui a besoin de lui.
Versets 3 et 4 : les saints et les assemblées de sang
L'orant tourne son affection vers les Saints « qui sont sur Sa terre » (v. 3), et il refuse toute part aux cultes de sang : « Je ne les réunirai point dans des assemblées de sang, et je ne me souviendrai plus de leurs noms pour les prononcer » (v. 4). Le passage est l'un des plus obscurs du Psautier ; l'hébreu, que suivent les bibles modernes, y parle de ceux qui courent vers d'autres dieux et de leurs libations de sang. Dans les deux lectures, le juste ne partage pas son cœur entre Dieu et les idoles.
Versets 5 et 6 : la part de mon héritage
C'est le cœur du psaume : « Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe ; c'est Vous, Seigneur, qui me rendrez mon héritage » (v. 5). Quand Israël entra dans la Terre promise, chaque tribu reçut un territoire, sauf celle de Lévi, consacrée au culte. Dieu avait dit à Aaron : « C'est Moi qui suis votre part et votre héritage au milieu des enfants d'Israël » (Nombres, chapitre 18). L'orant fait sien ce privilège : il n'a pas d'autre terre que Dieu.
D'où la joie du verset 6 : « Le cordeau est tombé pour moi en des lieux magnifiques, car mon héritage est excellent » (v. 6). On mesurait les parts de terre au cordeau ; celle du juste est la plus belle, puisque c'est Dieu. La même confession revient au psaume 73, Quam bonus, où Dieu est appelé « mon partage pour l'éternité ».
Versets 7 et 8 : le Seigneur toujours devant moi
« Je bénirai le Seigneur qui m'a donné l'intelligence » (v. 7) : jusque dans la nuit, le cœur le plus intime, que l'Écriture appelle les reins, pousse l'orant à la louange. Le verset 8 donne le secret de sa stabilité : « Je prenais soin d'avoir toujours le Seigneur devant mes yeux ; car Il est à ma droite, pour que je ne sois pas ébranlé » (v. 8). C'est la pratique de la présence de Dieu : vivre sous son regard et le savoir à ses côtés.
Versets 9 et 10 : la chair qui repose dans l'espérance
La confiance s'étend jusqu'au corps : « C'est pourquoi mon cœur s'est réjoui, et ma langue a tressailli d'allégresse ; de plus, ma chair même se reposera dans l'espérance » (v. 9). Et voici la raison, qui dépasse toute l'expérience de David : « Car Vous n'abandonnerez pas mon âme dans l'enfer, et Vous ne souffrirez pas que Votre Saint voie la corruption » (v. 10). Le psaume s'achève sur la vie : « Vous m'avez fait connaître les voies de la vie ; Vous me comblerez de joie par Votre visage » ; c'est le verset 11 des bibles modernes.
Le psaume de la Résurrection
L'Église a toujours lu ces derniers versets du Christ ressuscité, parce que les Apôtres eux-mêmes l'ont fait. Le jour de la Pentecôte, saint Pierre cite tout le passage et en donne la clé : David est mort, son tombeau est encore à Jérusalem ; c'est donc d'un autre qu'il parlait. « C'est la résurrection du Christ qu'il a prévue, lorsqu'il a dit qu'il n'a pas été laissé dans le séjour des morts, et que sa chair n'a pas vu la corruption » (Actes des Apôtres, chapitre 2). Saint Paul, à Antioche, fait le même raisonnement : « Mais Celui que Dieu a ressuscité d'entre les morts n'a pas vu la corruption » (Actes, chapitre 13).
Saint Augustin entend tout le psaume comme la voix du Christ dans sa nature humaine : c'est lui qui dit au Père « Conservez-moi », lui dont la chair repose au tombeau dans l'espérance, lui que le Père ne laisse pas voir la corruption. Le « Saint » du verset 10 est le Saint par excellence. La lecture chrétienne rejoint ici celle du psaume 2, que saint Paul cite dans le même discours sur la Résurrection.
Le psaume 16 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 15 de la Vulgate est chanté aux Complies du mardi. Avant le sommeil, l'Église redit que sa chair se reposera dans l'espérance. L'office du jour se trouve sur la page du bréviaire.
La Semaine sainte lui donne une place remarquable : aux Ténèbres du Samedi saint, il est chanté au premier nocturne des Matines, avec l'antienne Caro mea requiescet in spe, après le psaume 4, Cum invocarem et le psaume Domine, quis habitabit. L'Église veille auprès du tombeau en chantant la promesse que Pâques accomplit.
Le verset 5 a longtemps marqué l'entrée dans l'état clérical. Au rite de la tonsure, tel que le donnait le Pontifical romain, celui qui recevait la tonsure disait : Dominus pars hereditatis meæ et calicis mei : tu es qui restitues hereditatem meam mihi. Il renonçait à tout autre héritage pour n'avoir que Dieu.
Comment prier le psaume 16
- Pour choisir Dieu. Le verset 5 est une consécration : le dire, c'est remettre à Dieu ses biens, ses projets et son avenir.
- Dans le deuil. La chair qui repose dans l'espérance et l'âme que Dieu n'abandonne pas en font une prière pour les mourants et les défunts, à joindre à la prière pour les défunts.
- Au temps pascal. C'est l'un des psaumes de la Résurrection ; il prolonge la joie de Pâques.
On le rapprochera du psaume 23, Dominus regit me, autre chant de la confiance totale. On le conclut par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 16, verset 11 ?
Dans les bibles modernes, le verset 11 dit que Dieu fait connaître le chemin de la vie et que la joie est en sa présence. Chez l'abbé Fillion, qui suit la Vulgate, ce texte forme la fin du verset 10 : « Vous m'avez fait connaître les voies de la vie ; Vous me comblerez de joie par Votre visage » et « il y a des délices sans fin à Votre droite ». C'est l'origine du refrain Tu m'apprends, Seigneur, le chemin de la vie.
Quelle est l'explication du verset 5 du psaume 16 ?
« Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe » : comme la tribu de Lévi, qui n'avait pas de terre parce que Dieu était son héritage, l'orant ne veut d'autre bien que Dieu. Il exprime le don total de soi à Dieu.
Le psaume 16 annonce-t-il la Résurrection du Christ ?
Oui. Saint Pierre (Ac 2, 25-31) et saint Paul (Ac 13, 35-37) le citent pour montrer que le Messie devait ressusciter sans connaître la corruption du tombeau, puisque David, lui, est mort et que son sépulcre demeure. L'Église a toujours lu ainsi les versets 9 et 10.
Qui a écrit le psaume 16 ?
Le titre l'attribue à David, et saint Pierre le cite expressément comme une parole de David prophète. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
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