La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 15 (Vulgate 14) : Domine, quis habitabit, qui demeurera près de Dieu ?
Le psaume 15 des bibles modernes, psaume 14 de la Vulgate, *Domine, quis habitabit*, pose la question décisive : Seigneur, qui habitera dans votre tabernacle ? Il répond par le portrait du juste, droit dans ses paroles et dans l'usage de son argent. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin en regard, verset par verset ; l'explication suit.
Vous cherchez le psaume 14 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 13.
1 Psalmus David. Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo ? aut quis requiescet in monte sancto tuo ?
1 Psaume de David. Seigneur, qui habitera dans Votre tabernacle ? * ou qui reposera sur Votre montagne sainte ?
2 Qui ingreditur sine macula, et operatur justitiam ;
2 Celui qui vit sans tache, * et qui pratique la justice ;
3 qui loquitur veritatem in corde suo : qui non egit dolum in lingua sua, nec fecit proximo suo malum, et opprobrium non accepit adversus proximos suos.
3 qui dit la vérité dans son cœur ; * qui n’a point usé de tromperie dans ses paroles ; qui n’a pas fait de mal à son prochain, * et qui n’a point accueilli de calomnie contre ses frères.
4 Ad nihilum deductus est in conspectu ejus malignus ; timentes autem Dominum glorificat. Qui jurat proximo suo, et non decipit ;
4 Le méchant est compté pour rien à ses yeux ; * mais il honore ceux qui craignent le Seigneur. Il fait serment à son prochain et ne le trompe pas ; *
5 qui pecuniam suam non dedit ad usuram, et munera super innocentem non accepit : qui facit hæc non movebitur in æternum.
5 il ne donne point son argent à usure, et ne reçoit pas de présents contre l’innocent. Celui qui se conduit ainsi * ne sera jamais ébranlé.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 15 ou psaume 14 ?
Ce psaume est le 15 des bibles modernes, qui suivent l'hébreu, et le 14 de la Vulgate et du bréviaire, qui réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. La double numérotation trompe souvent ceux qui cherchent « psaume 15 » : les lectionnaires français de la liturgie postconciliaire donnent en général le numéro grec et latin d'abord, l'hébreu ensuite entre parenthèses. Le psaume qu'ils appellent « psaume 15 », avec les refrains Seigneur, mon partage et ma coupe ou Tu m'apprends, Seigneur, le chemin de la vie, est donc le Conserva me, psaume 16 des bibles modernes : vous le trouverez à la page du psaume 16, Conserva me, Domine. Toutes les correspondances sont sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 15 ?
Le psaume s'ouvre sur une question : « Seigneur, qui habitera dans Votre tabernacle ? ou qui reposera sur Votre montagne sainte ? » (v. 1). On l'a souvent rapproché d'une liturgie d'entrée au sanctuaire : le pèlerin demande à quelles conditions il peut approcher de Dieu, et la réponse ne parle ni d'offrandes ni de rites, mais de la vie.
Verset 2 : la droiture
« Celui qui vit sans tache, et qui pratique la justice » (v. 2). Le latin dit qui ingreditur sine macula : celui qui marche sans tache. Le juste est d'abord un homme qui avance, chaque jour, sur un chemin droit. La justice n'est pas un état acquis, mais une pratique.
Versets 3 et 4 : la parole
Trois traits regardent la langue. Le juste « dit la vérité dans son cœur », « n'a point usé de tromperie dans ses paroles » et « n'a point accueilli de calomnie contre ses frères » (v. 3). La vérité commence dans le cœur, avant d'arriver aux lèvres. Et il y a une manière de pécher par l'oreille : accueillir la médisance, c'est déjà y prendre part.
Le verset 4 décrit un jugement juste sur les personnes : « Le méchant est compté pour rien à ses yeux ; mais il honore ceux qui craignent le Seigneur » (v. 4). Le juste n'est pas impressionné par la puissance du méchant ; il réserve son estime à la piété. Il tient enfin sa parole : « Il fait serment à son prochain et ne le trompe pas. »
Verset 5 : l'argent
Deux traits regardent l'argent : « il ne donne point son argent à usure, et ne reçoit pas de présents contre l'innocent » (v. 5). La loi de Moïse défendait le prêt à intérêt entre Israélites ; la tradition de l'Église a toujours condamné l'usure, et elle range la corruption du juge parmi les injustices les plus graves. Le psaume finit sur une promesse : « Celui qui se conduit ainsi ne sera jamais ébranlé. » La question portait sur le droit d'habiter auprès de Dieu ; la réponse est une stabilité qui ne passera pas.
La tente et la montagne : la lecture des Pères
Saint Augustin distingue les deux lieux du premier verset. Le tabernacle, la tente, est la demeure du temps, celle du soldat en campagne et du pèlerin : l'Église qui chemine sur la terre. La montagne sainte est la demeure de l'éternité, où l'on se repose. On passe par la tente pour parvenir à la montagne. Et celui qui marche vraiment sans tache est le Christ ; ses membres n'y entrent qu'en lui, par la grâce. Le psaume précédent l'avait dit avec sévérité : sans Dieu, « Il n'y en a point qui fasse le bien, il n'y en a pas un seul », selon le psaume 14 des bibles modernes, Dixit insipiens.
Le prophète Isaïe pose la même question et donne la même réponse : « Celui qui marche dans la justice et qui parle selon la vérité, qui rejette un gain acquis par extorsion » (Isaïe, chapitre 33). Et Notre-Seigneur la résume en une béatitude : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu » (Matthieu, chapitre 5). Le Psautier la reprend au psaume 24, Domini est terra : « Qui montera sur la montagne du Seigneur ? » Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur. Le psaume 15 rejoint aussi le psaume 1 : le juste, comme l'arbre planté près des eaux, ne sera pas ébranlé.
Saint Benoît a placé ce psaume au seuil de sa Règle. Dans le Prologue, il pose la question du premier verset, écoute la réponse du psaume et en fait le programme de la vie monastique ; on le lira dans notre page sur saint Benoît.
Le psaume 15 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 14 de la Vulgate est chanté aux Matines du lundi, après le Dixit insipiens : au portrait de l'homme sans Dieu succède celui du juste. L'office du jour se trouve sur la page du bréviaire. Aux Ténèbres du Samedi saint, il est chanté au premier nocturne des Matines, entre le psaume 4 et le psaume 16 des bibles modernes, avec l'antienne Habitabit in tabernaculo tuo, requiescet in monte sancto tuo : l'Église l'entend du Christ, qui repose au tombeau avant d'entrer dans la gloire.
Comment prier le psaume 15
- Comme examen de conscience. Les cinq versets passent en revue la droiture, la parole, la médisance, la fidélité aux engagements et l'usage de l'argent. Ils préparent utilement à la confession et éclairent plusieurs des dix commandements.
- Avant d'entrer à l'église ou de communier. La question du premier verset est celle de toute âme qui s'approche de Dieu.
- Avant une décision d'argent ou un engagement. Le psaume rappelle la valeur de la parole donnée et la justice dans les affaires.
On le conclut par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Le psaume 15 est-il Tu m'apprends, Seigneur, le chemin de la vie ?
Non, c'est un effet de la double numérotation. Ce refrain, comme Seigneur, mon partage et ma coupe, appartient au Conserva me, que la liturgie et la Vulgate numérotent 15 et les bibles modernes 16. Le psaume 15 des bibles modernes, présenté ici, est le Domine, quis habitabit ; le Conserva me a sa propre page.
Que signifie « Seigneur, qui habitera dans Votre tabernacle ? »
C'est la question de celui qui veut demeurer auprès de Dieu, dans son sanctuaire. Le psaume répond par une vie droite, sans tromperie ni injustice. Saint Augustin y distingue la tente, demeure du pèlerinage terrestre, et la montagne sainte, demeure de l'éternité.
Qui a écrit le psaume 15 ?
Le titre porte : « Psaume de David. » La tradition de l'Église l'attribue au roi-prophète. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
Quelle est la signification du psaume 15 ?
Il enseigne que l'on n'approche pas de Dieu par des rites extérieurs seulement, mais par une vie juste : marcher sans tache, dire la vérité, ne pas calomnier, tenir sa parole, ne pas exploiter les autres par l'argent. Celui qui vit ainsi « ne sera jamais ébranlé ».
Pourquoi le psaume 15 parle-t-il de l'usure ?
Parce que la loi de Moïse défendait de prêter à intérêt à son frère, et que l'usure était une manière d'écraser le pauvre. Le psaume en fait l'un des signes de l'injustice, avec les présents reçus contre l'innocent. La tradition catholique a toujours tenu l'usure pour une faute contre la justice.
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