La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 73 (Vulgate 72) : Quam bonus, le scandale de la prospérité des méchants
Le psaume 73 des bibles modernes est le psaume 72 de la Vulgate, *Quam bonus Israël Deus* : le juste qui a failli perdre la foi devant le bonheur des impies, et qui la retrouve dans le sanctuaire, jusqu'à dire « c'est mon bonheur de m'attacher à Dieu ». Le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine suivent, verset par verset ; l'explication, notamment des versets 26 et 28, se trouve en dessous.
Vous cherchez le psaume 72 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 71.
1 Psalmus Asaph. Quam bonus Israël Deus, his qui recto sunt corde !
1 Psaume d’Asaph. Que Dieu est bon pour Israël, * pour ceux qui ont le cœur droit !
2 Mei autem pene moti sunt pedes, pene effusi sunt gressus mei :
2 Mes pieds ont été presque ébranlés, * mes pas presque renversés,
3 quia zelavi super iniquos, pacem peccatorum videns.
3 parce que j’ai porté envie aux méchants, * en voyant la paix des pécheurs.
4 Quia non est respectus morti eorum, et firmamentum in plaga eorum.
4 Car la mort paraît les oublier, * et leurs blessures ne durent pas.
5 In labore hominum non sunt, et cum hominibus non flagellabuntur.
5 Ils n’ont point de part au labeur des mortels, * et ils ne sont pas frappés comme les autres hommes.
6 Ideo tenuit eos superbia ; operti sunt iniquitate et impietate sua.
6 Aussi l’orgueil les a-t-il saisis ; * ils sont couverts de leur iniquité et de leur impiété.
7 Prodiit quasi ex adipe iniquitas eorum ; transierunt in affectum cordis.
7 L’iniquité sort comme de leur graisse ; * ils se sont abandonnés aux passions de leur cœur.
8 Cogitaverunt et locuti sunt nequitiam ; iniquitatem in excelso locuti sunt.
8 Leurs pensées et leurs paroles n’ont été que malice ; * ils ont proféré hautement l’iniquité.
9 Posuerunt in cælum os suum, et lingua eorum transivit in terra.
9 Ils ont ouvert leur bouche contre le Ciel, * et leur langue a parcouru la terre.
10 Ideo convertetur populus meus hic, et dies pleni invenientur in eis.
10 C’est pourquoi mon peuple se tourne de ce côté, * et on trouve en eux des jours pleins.
11 Et dixerunt : Quomodo scit Deus, et si est scientia in excelso ?
11 Et ils ont dit : Comment Dieu le sait-Il ? * et le Très-Haut en a-t-Il connaissance ?
12 Ecce ipsi peccatores, et abundantes in sæculo obtinuerunt divitias.
12 Voyez ces pécheurs qui abondent en tout en ce monde : * ils ont acquis de nouvelles richesses.
13 Et dixi : Ergo sine causa justificavi cor meum, et lavi inter innocentes manus meas,
13 Et j’ai dit : C’est en vain que j’ai purifié mon cœur, * et que j’ai lavé mes mains parmi les innocents,
14 et fui flagellatus tota die, et castigatio mea in matutinis.
14 puisque j’ai été affligé tout le jour, * et châtié dès le matin.
15 Si dicebam : Narrabo sic ; ecce nationem filiorum tuorum reprobavi.
15 Si j’avais dit : Je parlerai en ce sens, * j’aurais condamné la race de Vos enfants.
16 Existimabam ut cognoscerem hoc ; labor est ante me :
16 Je songeais à pénétrer ce secret ; * la difficulté fut grande devant moi,
17 donec intrem in sanctuarium Dei, et intelligam in novissimis eorum.
17 jusqu’à ce que je fusse entré dans le sanctuaire de Dieu, * et que j’eusse compris ce que sera leur fin.
18 Verumtamen propter dolos posuisti eis ; dejecisti eos dum allevarentur.
18 En vérité, ce sont des pièges que Vous avez placés devant eux ; * Vous les avez renversés au moment même où ils s’élevaient.
19 Quomodo facti sunt in desolationem ? subito defecerunt : perierunt propter iniquitatem suam.
19 Comment sont-ils tombés dans la désolation ? * Ils ont disparu soudain ; ils ont péri à cause de leur iniquité.
20 Velut somnium surgentium, Domine, in civitate tua imaginem ipsorum ad nihilum rediges.
20 Comme le songe de ceux qui s’éveillent, Seigneur, * Vous réduirez au néant dans Votre cité leur image.
21 Quia inflammatum est cor meum, et renes mei commutati sunt ;
21 Parce que mon cœur s’est enflammé, et que mes reins ont été altérés, *
22 et ego ad nihilum redactus sum, et nescivi :
22 j’ai été réduit au néant, et plongé dans l’ignorance.
23 ut jumentum factus sum apud te, et ego semper tecum.
23 Je suis devenu devant Vous comme une bête de somme, * et cependant je suis toujours avec Vous.
24 Tenuisti manum dexteram meam, et in voluntate tua deduxisti me, et cum gloria suscepisti me.
24 Vous avez tenu ma main droite, et Vous m’avez conduit selon Votre volonté, * et Vous m’avez reçu avec gloire.
25 Quid enim mihi est in cælo ? et a te quid volui super terram ?
25 Car qu’y a-t-il pour moi dans le Ciel ? * et qu’ai-je désiré de Vous sur la terre ?
26 Defecit caro mea et cor meum ; Deus cordis mei, et pars mea, Deus in æternum.
26 Ma chair et mon cœur ont défailli, * ô Dieu, qui êtes le Dieu de mon cœur, et mon partage pour l’éternité.
27 Quia ecce qui elongant se a te peribunt ; perdidisti omnes qui fornicantur abs te.
27 Car voici que ceux qui s’éloignent de Vous périront ; * Vous avez résolu de perdre tous ceux qui se prostituent en s’éloignant de Vous.
28 Mihi autem adhærere Deo bonum est ; ponere in Domino Deo spem meam : ut annuntiem omnes prædicationes tuas in portis filiæ Sion.
28 Pour moi, c’est mon bonheur de m’attacher à Dieu, * de mettre mon espérance dans le Seigneur Dieu ; afin de publier toutes Vos louanges * aux portes de la fille de Sion.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 73 ou psaume 72 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, le numérotent 73 ; la Vulgate, les Pères et le Bréviaire romain le numérotent 72, parce qu'ils réunissent les psaumes 9 et 10 en un seul. Les versets portent en revanche les mêmes numéros dans les deux traditions : le « psaume 73, 28 » des bibles modernes est bien le verset 28 de la page que vous lisez. La correspondance de tous les psaumes est sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 73 ?
Le titre l'attribue à Asaph, l'un des chantres que David avait établis pour le service du culte. C'est le premier des psaumes d'Asaph qui ouvrent le troisième livre du Psautier. Il raconte une crise de la foi, et sa guérison.
La thèse et la tentation (v. 1-3). Tout commence par une affirmation : « Que Dieu est bon pour Israël, pour ceux qui ont le cœur droit ! » (v. 1). Mais le psalmiste avoue aussitôt qu'il a failli tomber : « Mes pieds ont été presque ébranlés, mes pas presque renversés » (v. 2), « parce que j'ai porté envie aux méchants, en voyant la paix des pécheurs » (v. 3).
Le portrait des impies (v. 4-12). Suit une description sans complaisance. Les méchants semblent épargnés par la mort et par la peine ; « ils ne sont pas frappés comme les autres hommes » (v. 5). L'orgueil les a saisis, l'iniquité sort « comme de leur graisse » ; « ils ont ouvert leur bouche contre le Ciel » (v. 9) et disent : « Comment Dieu le sait-Il ? » (v. 11). Et pourtant ils prospèrent : « ils ont acquis de nouvelles richesses » (v. 12).
Le découragement (v. 13-16). Le juste fait alors le calcul qui le conduit au bord du gouffre : « C'est en vain que j'ai purifié mon cœur, et que j'ai lavé mes mains parmi les innocents » (v. 13). Il se retient de le dire, pour ne pas scandaliser les enfants de Dieu (v. 15), mais la question l'accable : « la difficulté fut grande devant moi » (v. 16).
Le sanctuaire (v. 17-20). Le tournant tient en un verset : « jusqu'à ce que je fusse entré dans le sanctuaire de Dieu, et que j'eusse compris ce que sera leur fin » (v. 17). Dans la prière, à la lumière de Dieu, le regard change. La prospérité des impies est un piège placé devant eux, et Dieu les renverse « au moment même où ils s'élevaient » (v. 18) ; leur gloire s'évanouit « comme le songe de ceux qui s'éveillent » (v. 20).
La confession (v. 21-24). Le psalmiste reconnaît sa sottise : « Je suis devenu devant Vous comme une bête de somme, et cependant je suis toujours avec Vous » (v. 23). Dieu ne l'a pas lâché : « Vous avez tenu ma main droite, et Vous m'avez conduit selon Votre volonté, et Vous m'avez reçu avec gloire » (v. 24).
Dieu seul (v. 25-28). La finale est l'une des plus hautes prières de l'Ancien Testament : « Car qu'y a-t-il pour moi dans le Ciel ? et qu'ai-je désiré de Vous sur la terre ? » (v. 25). Même quand tout défaille, Dieu reste : il est « le Dieu de mon cœur, et mon partage pour l'éternité » (v. 26). D'où la conclusion : « Pour moi, c'est mon bonheur de m'attacher à Dieu, de mettre mon espérance dans le Seigneur Dieu » (v. 28).
La lecture des Pères : Dieu lui-même pour récompense
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, lit ce psaume comme l'histoire d'une âme qui servait Dieu pour des biens de la terre, et que la prospérité des impies a scandalisée parce qu'elle attendait de Dieu autre chose que Dieu. En entrant dans le sanctuaire, elle apprend à aimer Dieu gratuitement. Le verset 25 est pour lui la réponse : ni au ciel ni sur la terre l'âme ne veut rien d'autre que Dieu même. Il s'attache aussi au verset 23 : la « bête de somme », humble et lente, qui porte le fardeau sans comprendre, reste pourtant toujours avec son maître.
La même question traverse toute l'Écriture. Jérémie la pose à Dieu : « Pourquoi la voie des méchants est-elle prospère ? » (Jérémie 12), et Job en fait le sujet de son livre. Notre-Seigneur y répond par la parabole du riche et de Lazare : « souviens-toi que tu as reçu les biens pendant ta vie » (Évangile selon saint Luc, chapitre 16). La « fin » que le psalmiste comprend dans le sanctuaire, c'est le jugement et la vie éternelle.
Ce psaume a des frères. Le psaume 37, Noli æmulari, commence par le même conseil : « Ne porte pas envie aux méchants ». Le psaume 49, Audite hæc, omnes gentes, médite la vanité des richesses devant la mort. Le psaume 16, Conserva me, dit la même joie : « Le Seigneur est la part de mon héritage ». Et le psaume 1, Beatus vir, oppose dès le seuil du Psautier la voie du juste et celle des impies.
Le psaume 73 dans la liturgie
Dans le psautier du Bréviaire romain de 1962, le psaume 72 de la Vulgate se chante à Tierce le jeudi, en trois sections (versets 1 à 9, 10 à 17, 18 à 28). Il est la prière du milieu de la matinée, au cœur du travail du jour, quand la réussite des uns et la peine des autres sont le plus sensibles. Vous pouvez le suivre dans le bréviaire du jour.
Comment prier le psaume 73
- Dans la jalousie et le découragement, quand ceux qui trichent semblent réussir et que la fidélité paraît inutile : le psaume met des mots sur cette tentation et la conduit jusqu'à la paix. Voir aussi l'article sur la tentation.
- Dans le doute sur la Providence, avec les versets 16 et 17 : porter la question dans la prière, devant le tabernacle.
- Dans la maladie et le déclin, avec le verset 26 : « Ma chair et mon cœur ont défailli ».
- Après la communion, les versets 25 à 28 sont une action de grâces parfaite.
Questions Fréquentes
Que veut dire le psaume 73, verset 28 ?
Fillion traduit : « Pour moi, c'est mon bonheur de m'attacher à Dieu, de mettre mon espérance dans le Seigneur Dieu ; afin de publier toutes Vos louanges aux portes de la fille de Sion. » Le latin dit Mihi autem adhærere Deo bonum est. Après avoir envié les méchants, le juste découvre que le seul bien véritable est d'être uni à Dieu, et il en fait le sujet de sa louange.
Que veut dire le psaume 73, verset 26 ?
« Ma chair et mon cœur ont défailli, ô Dieu, qui êtes le Dieu de mon cœur, et mon partage pour l'éternité. » Même quand le corps et les forces s'épuisent, Dieu demeure le partage de l'âme, comme le Seigneur était la part des lévites, qui n'avaient pas de terre. C'est un verset de confiance pour la maladie, la vieillesse et la mort.
Que signifie le psaume 73 ?
C'est le récit d'une crise de foi : le juste, voyant la prospérité des méchants, a failli croire que sa fidélité était vaine. Entré dans le sanctuaire, il comprend leur fin, reconnaît sa sottise et découvre que Dieu lui-même est son bien. Il répond à la question éternelle : pourquoi les méchants réussissent-ils ?
Qui a écrit le psaume 73 ?
Le titre l'attribue à Asaph, lévite et chantre établi par David pour le chant du culte. Il ouvre la série des psaumes d'Asaph qui va jusqu'au psaume 83 des bibles modernes ; un seul autre psaume d'Asaph, le 50 hébreu (49 de la Vulgate), se trouve plus haut dans le Psautier.
Pourquoi les méchants prospèrent-ils, selon le psaume 73 ?
Le psaume ne nie pas leur prospérité ; il la juge à la lumière de leur fin. Leur bonheur est un piège et un songe qui se dissipe au réveil, tandis que le juste possède Dieu pour l'éternité. La réponse n'est pas un raisonnement, mais l'entrée dans le sanctuaire : la prière change le regard.
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