La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 74 (Vulgate 73) : Ut quid, Deus, la lamentation sur le sanctuaire dévasté
Le psaume 74 des bibles modernes est le psaume 73 de la Vulgate, *Ut quid, Deus, repulisti in finem* : la plainte du peuple devant le Temple incendié, qui rappelle à Dieu son alliance et ses œuvres de Créateur. Vous en lisez ci-dessous le texte intégral de l'abbé Fillion, avec la Vulgate latine en regard ; l'explication suit le texte.
Vous cherchez le psaume 73 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 72.
1 Intellectus Asaph. Ut quid, Deus, repulisti in finem, iratus est furor tuus super oves pascuæ tuæ ?
1 Instruction d’Asaph. Pourquoi, ô Dieu, nous avez-Vous rejetés pour toujours ? * pourquoi Votre fureur s’est-elle allumée contre les brebis de Votre pâturage ?
2 Memor esto congregationis tuæ, quam possedisti ab initio. Redemisti virgam hæreditatis tuæ, mons Sion, in quo habitasti in eo.
2 Souvenez-Vous de Votre famille, * que Vous avez possédée dès le commencement. Vous avez racheté le sceptre de Votre héritage : * c’est le mont Sion, où Vous avez habité.
3 Leva manus tuas in superbias eorum in finem : quanta malignatus est inimicus in sancto !
3 Levez Vos mains contre leur insolence sans bornes. * Que de forfaits l’ennemi a commis dans le sanctuaire !
4 Et gloriati sunt qui oderunt te in medio solemnitatis tuæ ; posuerunt signa sua, signa :
4 Ceux qui Vous haïssent ont fait leur gloire * de Vous insulter au milieu de Votre solennité. Ils ont placé leurs étendards comme étendards, *
5 et non cognoverunt sicut in exitu super summum. Quasi in silva lignorum securibus
5 et ils n’ont pas plus respecté le sommet que les issues. Comme dans une forêt d’arbres, à coups de hache,
6 exciderunt januas ejus in idipsum ; in securi et ascia dejecerunt eam.
6 ils ont brisé les portes à l’envi. * Avec la hache et la cognée ils ont tout renversé.
7 Incenderunt igni sanctuarium tuum ; in terra polluerunt tabernaculum nominis tui.
7 Ils ont mis le feu à Votre sanctuaire ; * ils ont renversé et profané le tabernacle de Votre Nom.
8 Dixerunt in corde suo cognatio eorum simul : Quiescere faciamus omnes dies festos Dei a terra.
8 Ils ont dit dans leur cœur, eux et toute leur bande : * Faisons cesser dans le pays tous les jours de fête consacrés à Dieu.
9 Signa nostra non vidimus ; jam non est propheta ; et nos non cognoscet amplius.
9 Nous ne voyons plus nos étendards ; * il n’y a plus de prophète, et on ne nous connaîtra plus.
10 Usquequo, Deus, improperabit inimicus ? irritat adversarius nomen tuum in finem ?
10 Jusques à quand, ô Dieu, l’ennemi insultera-t-il ? * L’adversaire outragera-t-il sans fin Votre Nom ?
11 Ut quid avertis manum tuam, et dexteram tuam de medio sinu tuo in finem ?
11 Pourquoi retirez-Vous sans cesse Votre main et Votre droite * de Votre sein ?
12 Deus autem rex noster ante sæcula : operatus est salutem in medio terræ.
12 Cependant Dieu est notre Roi depuis des siècles ; * Il a opéré notre salut au milieu de la terre.
13 Tu confirmasti in virtute tua mare ; contribulasti capita draconum in aquis.
13 C’est Vous qui avez affermi la mer par Votre puissance, * qui avez brisé les têtes des dragons dans les eaux.
14 Tu confregisti capita draconis ; dedisti eum escam populis Æthiopum.
14 C’est Vous qui avez écrasé les têtes du dragon, * qui l’avez donné en nourriture aux peuples d’Éthiopie.
15 Tu dirupisti fontes et torrentes ; tu siccasti fluvios Ethan.
15 C’est Vous qui avez fait jaillir des fontaines et des torrents, * qui avez desséché les fleuves intarissables.
16 Tuus est dies, et tua est nox ; tu fabricatus es auroram et solem.
16 A Vous est le jour, et à Vous est la nuit ; * c’est Vous qui avez créé l’aurore et le soleil.
17 Tu fecisti omnes terminos terræ ; æstatem et ver tu plasmasti ea.
17 C’est Vous qui avez établi toutes les limites de la terre, * Vous qui avez formé l’été et le printemps.
18 Memor esto hujus : inimicus improperavit Domino, et populus insipiens incitavit nomen tuum.
18 Souvenez-Vous-en : l’ennemi a outragé le Seigneur, * et un peuple insensé a irrité Votre Nom.
19 Ne tradas bestiis animas confitentes tibi, et animas pauperum tuorum ne obliviscaris in finem.
19 Ne livrez pas aux bêtes les âmes qui Vous louent, * et n’oubliez pas pour toujours les âmes de Vos pauvres.
20 Respice in testamentum tuum, quia repleti sunt qui obscurati sunt terræ domibus iniquitatum.
20 Ayez égard à Votre alliance, * car les lieux sombres du pays sont remplis de repaires d’iniquité.
21 Ne avertatur humilis factus confusus ; pauper et inops laudabunt nomen tuum.
21 Que l’humble ne s’en retourne pas couvert de confusion ; * le pauvre et l’indigent loueront Votre Nom.
22 Exsurge, Deus, judica causam tuam ; memor esto improperiorum tuorum, eorum quæ ab insipiente sunt tota die.
22 Levez-Vous, ô Dieu, jugez Votre cause ; * souvenez-Vous des outrages qui Vous viennent tout le jour de l’insensé.
23 Ne obliviscaris voces inimicorum tuorum : superbia eorum qui te oderunt ascendit semper.
23 N’oubliez pas les clameurs de Vos ennemis. * L’orgueil de ceux qui Vous haïssent monte toujours.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 74 ou psaume 73 ?
C'est le même psaume : 74 dans les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, 73 dans la Vulgate et le Bréviaire romain, qui réunissent les psaumes 9 et 10 en un seul. Toutes les correspondances sont sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 74 ?
Le titre porte : « Instruction d'Asaph » (v. 1). C'est une lamentation collective, dite au nom du peuple après la ruine du sanctuaire.
Pourquoi ? (v. 1-3). Il commence par une question : « Pourquoi, ô Dieu, nous avez-Vous rejetés pour toujours ? » Le peuple se dit « les brebis de Votre pâturage » et rappelle à Dieu ce qui lui appartient : « Souvenez-Vous de Votre famille, que Vous avez possédée dès le commencement » (v. 2), et la montagne de Sion où il a habité.
La dévastation (v. 4-9). Suit un récit d'une précision saisissante. Comme des bûcherons dans une forêt, l'ennemi a brisé les portes à coups de hache (v. 6). « Ils ont mis le feu à Votre sanctuaire ; ils ont renversé et profané le tabernacle de Votre Nom » (v. 7). Ils ont voulu abolir le culte : « Faisons cesser dans le pays tous les jours de fête consacrés à Dieu » (v. 8). Pire que tout, le silence de Dieu : « il n'y a plus de prophète » (v. 9).
Le Dieu Créateur (v. 10-17). Au milieu de la plainte, le peuple fait mémoire : « Cependant Dieu est notre Roi depuis des siècles ; Il a opéré notre salut au milieu de la terre » (v. 12). Viennent alors les grandes œuvres de Dieu : la mer affermie, les têtes des dragons brisées dans les eaux (v. 13), les sources ouvertes, le jour et la nuit, l'été et le printemps. « A Vous est le jour, et à Vous est la nuit » (v. 16).
L'appel (v. 18-23). Le psaume se termine par une série de supplications : « Ne livrez pas aux bêtes les âmes qui Vous louent » (v. 19), « Ayez égard à Votre alliance » (v. 20). La cause du peuple est celle de Dieu : « Levez-Vous, ô Dieu, jugez Votre cause » (v. 22).
Quel événement le psaume 74 évoque-t-il ?
Deux lectures traditionnelles se partagent les commentateurs. La plupart y voient l'incendie du Temple de Salomon par les Chaldéens de Nabuchodonosor, lorsque Nabuzardan « brûla la maison du Seigneur » (IV Rois 25, 2 Rois dans les bibles modernes). D'autres, s'appuyant sur la mention de la fin des prophètes et de l'abolition des fêtes, pensent à la profanation du Temple par Antiochus Épiphane, que racontent les livres des Maccabées : Judas Maccabée y trouvera « les portes brûlées » (I Maccabées 4).
La lecture des Pères
La lecture patristique y a reconnu l'Église persécutée, dont les temples sont détruits mais dont la foi demeure, et qui crie vers Dieu pour l'honneur de son Nom. Les versets 13 et 14, où Dieu brise « les têtes des dragons dans les eaux », ont souvent été lus du baptême : dans l'eau baptismale, le Christ écrase la puissance du démon. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, y lit en substance la leçon d'un peuple qui avait reçu des biens temporels, une terre, un royaume, un temple, et qui les perd pour apprendre à désirer les biens éternels : c'est l'« instruction » qu'annonce le titre.
On le rapprochera du psaume 79, Deus, venerunt gentes, autre lamentation d'Asaph sur Jérusalem profanée ; le psaume 137, Super flumina Babylonis, le chant de l'exil ; et le psaume 102, Domine, exaudi, psaume pénitentiel qui espère la reconstruction de Sion.
Le psaume 74 dans la liturgie
Dans le psautier du Bréviaire romain de 1962, le psaume 73 de la Vulgate se chante à Sexte le jeudi, en trois sections (versets 1 à 9, 10 à 17, 18 à 23). Vous pouvez le prier à l'heure de midi dans le bréviaire du jour.
Comment prier le psaume 74
On le prie pour l'Église dans les temps de persécution, de profanation ou de déclin : églises profanées, fêtes abandonnées. Il apprend à rappeler à Dieu ses œuvres passées et son alliance.
Questions Fréquentes
Que signifie le psaume 74 ?
C'est une lamentation du peuple sur le sanctuaire incendié et profané par l'ennemi. Le peuple se souvient que Dieu est Roi et Créateur, et lui demande de se lever pour sa propre cause.
Qui a écrit le psaume 74 ?
Le titre l'attribue à Asaph : « Instruction d'Asaph ». Le nom désigne le chantre de David ou la famille de chantres issue de lui.
Que dit le verset 14 du psaume 74 ?
« C'est Vous qui avez écrasé les têtes du dragon, qui l'avez donné en nourriture aux peuples d'Éthiopie. » Le dragon figure l'ennemi d'Israël, souvent l'Égypte vaincue à la mer Rouge. Les Pères y ont lu la victoire du Christ sur le démon.
Le psaume 74 a-t-il un verset 28 ?
Non : il ne compte que 23 versets. Le célèbre verset 28, « c'est mon bonheur de m'attacher à Dieu », appartient au psaume précédent, le psaume 73, Quam bonus.
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