La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 137 (Vulgate 136) : Super flumina Babylonis, le chant de l'exil
Super flumina Babylonis
Le psaume 137 des bibles modernes, psaume 136 de la Vulgate, est le *Super flumina Babylonis* : le chant des captifs assis au bord des fleuves de Babylone, qui pleurent en se souvenant de Sion. Vous en trouverez ci-dessous le texte intégral de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate, verset par verset, puis l'explication, la lecture des Pères et sa place à l'office.
Vous cherchez le psaume 136 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 135.
1 Psalmus David, Jeremiæ. Super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus, cum recordaremur Sion.
1 Psaume de David, par Jérémie. Au bord des fleuves de Babylone nous nous sommes assis, et nous avons pleuré, * en nous souvenant de Sion.
2 In salicibus in medio ejus suspendimus organa nostra :
2 Aux saules qui étaient là * nous avons suspendu nos instruments.
3 quia illic interrogaverunt nos, qui captivos duxerunt nos, verba cantionum ; et qui abduxerunt nos : Hymnum cantate nobis de canticis Sion.
3 Car ceux qui nous avaient emmenés captifs nous demandaient * de chanter des cantiques ; ceux qui nous avaient enlevés disaient : * Chantez-nous quelqu’un des hymnes de Sion.
4 Quomodo cantabimus canticum Domini in terra aliena ?
4 Comment chanterons-nous le cantique du Seigneur * dans une terre étrangère ?
5 Si oblitus fuero tui, Jerusalem, oblivioni detur dextera mea.
5 Si je t’oublie, ô Jérusalem, * que ma main droite soit mise en oubli.
6 Adhæreat lingua mea faucibus meis, si non meminero tui ; si non proposuero Jerusalem in principio lætitiæ meæ.
6 Que ma langue s’attache à mon palais, * si je ne me souviens point de toi, si je ne place pas Jérusalem * au premier rang de mes joies.
7 Memor esto, Domine, filiorum Edom, in die Jerusalem : qui dicunt : Exinanite, exinanite usque ad fundamentum in ea.
7 Souvenez-Vous, Seigneur, des enfants d’Édom, * qui, au jour de la ruine de Jérusalem, disaient : Exterminez, exterminez * jusqu’à ses fondements.
8 Filia Babylonis misera ! beatus qui retribuet tibi retributionem tuam quam retribuisti nobis.
8 Malheur à toi, fille de Babylone ! * Heureux celui qui te rendra le mal que tu nous as fait.
9 Beatus qui tenebit, et allidet parvulos tuos ad petram.
9 Heureux celui qui saisira tes petits enfants, * et les brisera contre la pierre.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 137 ou psaume 136 ?
Les bibles modernes suivent la numérotation hébraïque et appellent ce psaume le 137. La Vulgate latine, la Septante grecque et toute la liturgie traditionnelle de l'Église, qui réunissent en un seul les psaumes hébreux 9 et 10, le comptent comme le 136. Il s'agit du même texte, reconnaissable à son premier mot latin : Super flumina Babylonis. La liseuse suit la Vulgate, comme la traduction de l'abbé Fillion ; la correspondance des deux comptes est rappelée sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 137 ?
Le psaume est daté par son objet même. En 587 avant Jésus-Christ, Nabuchodonosor prend Jérusalem, brûle le Temple et emmène le peuple en captivité ; les fleuves de Babylone sont l'Euphrate, le Tigre et leurs canaux. La Vulgate porte en titre « Psaume de David, par Jérémie » : la tradition y a vu une parole de David reçue en esprit de prophétie et faite sienne par le prophète de l'exil.
Les harpes suspendues (v. 1-4)
Tout commence par un tableau : « Au bord des fleuves de Babylone nous nous sommes assis, et nous avons pleuré, en nous souvenant de Sion » (v. 1). Les exilés n'ont pas brisé leurs instruments ; ils les ont pendus aux saules (v. 2), comme on pose ce qui ne sert plus. Leurs vainqueurs leur réclament par moquerie « quelqu'un des hymnes de Sion » (v. 3), c'est-à-dire les chants du Temple, réduits à un divertissement de banquet. La réponse est un refus : « Comment chanterons-nous le cantique du Seigneur dans une terre étrangère ? » (v. 4).
Le serment de fidélité (v. 5-6)
Vient alors le serment le plus cité du psaume : « Si je t'oublie, ô Jérusalem, que ma main droite soit mise en oubli » (v. 5). La main droite est celle qui pince la harpe, la langue celle qui chante : l'exilé aime mieux perdre l'une et l'autre que d'oublier la Ville sainte, et il promet de placer « Jérusalem au premier rang de mes joies » (v. 6). Au-dessus de toute consolation d'ici-bas passe la fidélité à la maison de Dieu.
La plainte contre Édom et Babylone (v. 7-9)
Le psaume s'achève par des paroles dures. Édom, peuple frère, a applaudi au sac de la ville en criant « Exterminez, exterminez jusqu'à ses fondements » (v. 7). Babylone est déclarée malheureuse, et le dernier verset va jusqu'à proclamer : « Heureux celui qui saisira tes petits enfants, et les brisera contre la pierre » (v. 9). Le psalmiste ne prescrit rien au fidèle : il remet à Dieu le jugement d'un empire qui avait traité ainsi les enfants de Juda.
Babylone et Jérusalem : la lecture des Pères
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, fait de ce psaume la charte des deux cités qu'il développera dans La Cité de Dieu. Babylone, la cité de la confusion, est l'amour de soi poussé jusqu'au mépris de Dieu ; Jérusalem, la vision de paix, est l'amour de Dieu poussé jusqu'à l'oubli de soi. Les fleuves de Babylone figurent les biens de ce monde, qui coulent et passent : le chrétien s'assoit sur leur rive sans s'y laisser emporter, et il pleure parce qu'il se souvient de sa patrie. Saint Paul donne à cette lecture son fondement quand il écrit que « la Jérusalem d'en-haut est libre, et c'est notre mère » (Ga 4, 26).
Quant aux « petits enfants » de Babylone, saint Augustin les entend des mauvais désirs à leur naissance. Il faut les écraser tant qu'ils sont petits, avant que l'habitude ne leur donne la force d'un géant, et les briser contre la pierre, qui est le Christ, selon la parole de l'Apôtre : « ce rocher était le Christ » (1 Co 10, 4). Le verset le plus violent du Psautier devient ainsi la loi du combat intérieur : ne rien laisser grandir en soi de ce qui vient de Babylone, mais le porter aussitôt au Seigneur.
L'Écriture elle-même reprend ce nom pour désigner la puissance du monde dressée contre Dieu. Au livre de l'Apocalypse, un ange jette une meule dans la mer en disant : « C'est avec cette vitesse que sera précipitée Babylone, la grande ville » (Ap 18, 21). La cité de l'exil tombe pour que descende la Jérusalem nouvelle.
Le psaume 137 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain réformé par saint Pie X en 1911, tel qu'il est en vigueur en 1962, le psaume 136 de la Vulgate se chante aux vêpres du jeudi. Il y précède immédiatement le psaume 138, Confitebor tibi, action de grâces chantée au même office : après la plainte de l'exil, la reconnaissance de celui que Dieu a exaucé. Vous pouvez suivre cet office du soir dans le bréviaire du jour, et en apprendre l'histoire et la structure dans notre page sur les vêpres, prière du soir de l'Église.
Comment prier le psaume 137
- Dans la désolation. Quand la joie s'est tue et que les harpes sont suspendues, ce psaume donne des mots aux larmes sans les laisser tourner au désespoir : on pleure, mais « en nous souvenant de Sion ».
- Comme acte de fidélité. Redire le verset 5 le matin, c'est remettre Dieu et son Église au premier rang avant les occupations du jour.
- Dans la tentation naissante. Selon la lecture de saint Augustin, le dernier verset se prie au moment où une pensée mauvaise apparaît : on la brise sur le Christ avant qu'elle ne prenne racine.
Ce psaume appartient à la grande famille des chants du désir de Dieu. Il fait écho au psaume 42, Comme le cerf soupire, au psaume 79, Deus, venerunt gentes, plainte sur Jérusalem dévastée, et au psaume 126, In convertendo, qui chante le retour des captifs. On le termine, comme à l'office, par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Que signifie le psaume 137 ?
C'est la plainte des Juifs déportés à Babylone après la ruine de Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ. Assis au bord des fleuves, ils refusent de chanter les cantiques du Temple pour leurs vainqueurs et jurent de ne jamais oublier la Ville sainte. Les Pères y lisent l'exil de toute âme en ce monde, loin de la Jérusalem céleste.
Que veut dire le verset 9, briser les petits enfants contre la pierre ?
Au sens littéral, le psalmiste remet à la justice de Dieu un empire qui avait massacré les enfants de Juda ; il ne prescrit aucune violence au fidèle. Au sens spirituel, saint Augustin y voit les mauvais désirs à leur naissance, qu'il faut briser contre la pierre, c'est-à-dire contre le Christ, avant qu'ils ne grandissent. C'est cette lecture qui permet au chrétien de le prier.
Qui a écrit le psaume 137 ?
L'hébreu ne porte pas de titre. La Vulgate et la Septante ont « Psaume de David, par Jérémie » : la tradition rapporte le Psautier à David, auteur inspiré, et rattache ce chant au prophète Jérémie, témoin de la ruine de Jérusalem. L'opinion moderne le date simplement de l'exil ou des années qui suivent le retour.
Le psaume 137 est-il celui de la chanson « Rivers of Babylon » ?
Oui. La chanson Rivers of Babylon, composée en 1970 par le groupe jamaïcain The Melodians et rendue célèbre en 1978 par Boney M., reprend les premiers versets du psaume. Le texte biblique complet, avec ses versets finaux, se lit plus haut dans la traduction de l'abbé Fillion.
Le psaume 137 de la Bible catholique est-il différent de la Louis Segond ?
C'est le même psaume. La Louis Segond est une traduction protestante faite sur l'hébreu ; l'abbé Fillion a traduit en 1895 sur la Vulgate, le texte reçu par l'Église latine, d'où le numéro 136 et quelques nuances, comme « nos instruments » au verset 2. Pour le choix d'une traduction, voyez notre guide quelle Bible catholique lire.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 137 ?
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 136 de la Vulgate est chanté chaque jeudi aux vêpres, juste avant le Confitebor tibi (psaume 138 hébreu). On peut le prier au soir avec l'Église, ou à toute heure d'épreuve.
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