La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 42 (Vulgate 41) : Quemadmodum, l'âme qui a soif de Dieu
Quemadmodum desiderat cervus
Le psaume 42 des bibles modernes, psaume 41 de la Vulgate, commence par *Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum* : « Comme le cerf soupire après les sources des eaux, ainsi mon âme soupire vers Vous, mon Dieu ». C'est le chant de l'exilé assoiffé de Dieu, que la liturgie a lié au baptême. Le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine suivent, verset par verset ; l'explication est donnée en dessous.
Vous cherchez le psaume 41 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 40.
1 In finem. Intellectus filiis Core.
1 Pour la fin, instruction des fils de Coré.
2 Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum, ita desiderat anima mea ad te, Deus.
2 Comme le cerf soupire après les sources des eaux, * ainsi mon âme soupire vers Vous, mon Dieu.
3 Sitivit anima mea ad Deum fortem, vivum ; quando veniam, et apparebo ante faciem Dei ?
3 Mon âme a soif du Dieu fort et vivant. * Quand viendrai-je, et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?
4 Fuerunt mihi lacrimæ meæ panes die ac nocte, dum dicitur mihi quotidie : Ubi est Deus tuus ?
4 Mes larmes ont été ma nourriture le jour et la nuit, * pendant qu’on me dit tous les jours : Où est ton Dieu ?
5 Hæc recordatus sum, et effudi in me animam meam, quoniam transibo in locum tabernaculi admirabilis, usque ad domum Dei, in voce exsultationis et confessionis, sonus epulantis.
5 Je me suis souvenu de ces choses, et j’ai répandu mon âme au dedans de moi-même ; * car je passerai dans le lieu du tabernacle admirable jusqu’à la maison de Dieu, parmi les chants d’allégresse et de louange, * pareils au bruit d’un festin.
6 Quare tristis es, anima mea ? et quare conturbas me ? Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi, salutare vultus mei,
6 Pourquoi es-tu triste, mon âme ? * et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je Le louerai encore, * Lui le salut de mon visage
7 et Deus meus. Ad meipsum anima mea conturbata est : propterea memor ero tui de terra Jordanis et Hermoniim a monte modico.
7 et mon Dieu. Mon âme a été toute troublée en moi-même ; * c’est pourquoi je me souviendrai de Vous, du pays du Jourdain, de l’Hermon, et de la petite montagne.
8 Abyssus abyssum invocat, in voce cataractarum tuarum ; omnia excelsa tua, et fluctus tui super me transierunt.
8 L’abîme appelle l’abîme, * au bruit de Vos cataractes. Toutes Vos vagues amoncelées et Vos flots * ont passé sur moi.
9 In die mandavit Dominus misericordiam suam, et nocte canticum ejus ; apud me oratio Deo vitæ meæ.
9 Pendant le jour le Seigneur a envoyé Sa miséricorde, * et la nuit Son cantique. Au dedans de moi est une prière pour le Dieu de ma vie.*
10 Dicam Deo : Susceptor meus es ; quare oblitus es mei ? et quare contristatus incedo, dum affligit me inimicus ?
10 Je dirai à Dieu : Vous êtes mon défenseur ; pourquoi m’avez-Vous oublié ? * et pourquoi faut-il que je marche attristé, tandis que l’ennemi m’afflige ?
11 Dum confringuntur ossa mea, exprobraverunt mihi qui tribulant me inimici mei, dum dicunt mihi per singulos dies : Ubi est Deus tuus ?
11 Pendant que mes os sont brisés, * mes ennemis qui me persécutent m’accablent par leurs reproches, me disant tous les jours : Où est son Dieu ? *
12 Quare tristis es, anima mea ? et quare conturbas me ? Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi, salutare vultus mei, et Deus meus.
12 Pourquoi es-tu triste, mon âme ? et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je Le louerai encore, * Lui le salut de mon visage et mon Dieu.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 42 ou psaume 41 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, le numérotent 42 ; la Vulgate et la Septante, qui réunissent les psaumes 9 et 10, le comptent comme le 41. C'est le même psaume, et ses versets portent ici les mêmes numéros que dans les bibles françaises modernes : les versets 2, 6 et 12 que l'on cherche sont bien ceux de cette page. Les livrets de messe, qui suivent la numérotation latine, écrivent « psaume 41 (42) », et parfois « psaume 41-42 » quand ils l'unissent au suivant. Toutes les correspondances sont sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 42 ?
Le titre porte « Pour la fin, instruction des fils de Coré » (v. 1) : les fils de Coré formaient une famille de chantres du Temple. Le psalmiste est loin de Jérusalem, « du pays du Jourdain, de l'Hermon » (v. 7), aux sources du Jourdain, au nord du pays. Il ne peut monter au sanctuaire, et son exil devient soif.
Le cerf et les sources (v. 2-4)
« Comme le cerf soupire après les sources des eaux, ainsi mon âme soupire vers Vous, mon Dieu » (v. 2). La soif n'est pas un désir parmi d'autres : c'est un besoin vital. Le verset suivant en précise l'objet : « Mon âme a soif du Dieu fort et vivant. Quand viendrai-je, et paraîtrai-je devant la face de Dieu ? » (v. 3). Le psaume 63, Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo, dit la même soif dès l'aurore.
Saint Augustin s'arrête longuement sur ce cerf. Il rapporte la croyance ancienne selon laquelle le cerf tue les serpents et, brûlé ensuite par leur venin, court plus ardemment vers l'eau : ainsi le chrétien qui a fait mourir ses vices désire Dieu davantage. Il note aussi que ce psaume était chanté pour les catéchumènes qui se hâtaient vers la grâce du baptême.
La douleur vient de l'absence de Dieu et de la moquerie : « Mes larmes ont été ma nourriture le jour et la nuit, pendant qu'on me dit tous les jours : Où est ton Dieu ? » (v. 4).
Le souvenir des fêtes et le refrain (v. 5-6)
Le psalmiste se souvient des processions vers la maison de Dieu, « parmi les chants d'allégresse et de louange » (v. 5). Puis il se parle à lui-même, dans un refrain qui reviendra deux fois : « Pourquoi es-tu triste, mon âme ? et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je Le louerai encore » (v. 6). C'est le verset 6 que l'on cherche souvent. L'âme ne se laisse pas emporter par sa tristesse ; elle la regarde, l'interroge et la tourne vers l'espérance.
« L'abîme appelle l'abîme » (v. 7-11)
La tristesse revient, plus forte : « L'abîme appelle l'abîme, au bruit de Vos cataractes. Toutes Vos vagues amoncelées et Vos flots ont passé sur moi » (v. 8). Au sens littéral, ce sont les eaux tumultueuses des sources du Jourdain, image des épreuves qui se succèdent sans répit. Saint Augustin y lit un abîme plus intérieur : le cœur de l'homme, profond et insondable, et la misère humaine qui appelle la miséricorde de Dieu, plus profonde encore.
Même dans cette nuit, Dieu ne se retire pas : « Pendant le jour le Seigneur a envoyé Sa miséricorde, et la nuit Son cantique » (v. 9). Le psalmiste peut dire à Dieu : « Vous êtes mon défenseur ; pourquoi m'avez-Vous oublié ? » (v. 10), tandis que ses ennemis répètent : « Où est son Dieu ? » (v. 11).
Le verset 12 : l'espérance a le dernier mot
Le refrain revient à la fin : « Pourquoi es-tu triste, mon âme ? et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je Le louerai encore, Lui le salut de mon visage et mon Dieu » (v. 12). C'est le verset le plus cherché du psaume. L'épreuve n'est pas finie, mais l'âme a décidé d'espérer. Le même refrain se retrouve à la fin du psaume 43, Judica me : beaucoup de commentateurs en concluent que les deux psaumes formaient d'abord un seul chant.
Le Christ et l'âme chrétienne
Les Pères ont entendu dans ce psaume la voix du Christ et celle de l'Église en exil. À Gethsémani, Notre-Seigneur dit : « Mon âme est triste jusqu'à la mort » (Matthieu 26, 38), parole où la tradition entend un écho du refrain. Il a pris sur lui la tristesse de l'homme pour la changer en espérance.
Il est aussi la source que cherche le cerf. À la Samaritaine, il promet une eau qui deviendra « une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle » (Jean 4, 14), et au Temple, il crie : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à Moi, et qu'il boive » (Jean 7, 37). La soif du psaume trouve ainsi sa réponse dans le baptême, puis dans la vision de Dieu au ciel, où l'âme paraîtra enfin devant sa face. Le psaume 84, Quam dilecta, chante le même désir des parvis du Seigneur.
Le psaume 42 dans la liturgie
Au Bréviaire romain de 1962, le psaume 41 de la Vulgate se dit à Sexte du mardi, partagé en deux sections (versets 2-6 et 7-12), après le Beatus qui intelligit. Vous le trouverez ce jour-là dans le bréviaire du jour.
La liturgie l'a surtout lié au baptême. À la vigile de Pâques, les versets 2 à 4 forment le chant Sicut cervus (un trait dans les livres antérieurs à la réforme de 1955), que l'on chante avant la bénédiction de l'eau baptismale ; l'oraison qui suit reprend l'image du cerf pour le peuple qui va renaître : les catéchumènes qui vont renaître sont le cerf qui court à l'eau vive. Voyez le baptême.
Il appartient enfin à l'office des morts, comme dernier psaume du troisième nocturne des Matines des défunts, sous l'antienne Sitivit anima mea ad Deum vivum. L'Église y prête sa voix à l'âme qui attend de voir Dieu ; voyez la prière pour les défunts.
Comment prier le psaume 42
- Dans la sécheresse spirituelle. Quand la prière semble sans goût, les versets 2 et 3 permettent de dire à Dieu que l'on a soif de lui, même sans rien sentir.
- Dans la tristesse. Le refrain des versets 6 et 12 se répète lentement : interroger son âme, puis lui commander d'espérer.
- Loin de l'église. Les malades et ceux qui sont privés de la messe prient le verset 5 en désirant la maison de Dieu.
- Pour les défunts. Avec l'antienne Sitivit anima mea, le psaume se prie pour les âmes qui attendent la vision de Dieu.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 42, verset 12 ?
« Pourquoi es-tu triste, mon âme ? et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je Le louerai encore, Lui le salut de mon visage et mon Dieu. » C'est le refrain du psaume : l'âme éprouvée se reprend et choisit d'espérer. Il revient au verset 6 et à la fin du psaume suivant.
Le psaume 42 de Mendelssohn est-il ce psaume ?
Oui. Félix Mendelssohn l'a mis en musique en allemand à la fin des années 1830, sous le titre Wie der Hirsch schreit (op. 42), pour solistes, chœur et orchestre, en suivant la numérotation hébraïque. Son psaume 43, Richte mich, Gott, écrit pour chœur a cappella, est le Judica me.
Que signifie « Comme le cerf soupire après les sources des eaux » ?
C'est l'image de l'âme qui a besoin de Dieu comme une bête altérée a besoin d'eau. Saint Augustin y voit le désir du catéchumène qui court au baptême et de tout chrétien qui aspire à voir Dieu.
Que veut dire « L'abîme appelle l'abîme » ?
Au sens littéral, les eaux tumultueuses qui se répondent, image des épreuves qui s'enchaînent. Saint Augustin y lit la profondeur du cœur humain et la misère de l'homme qui appelle la miséricorde de Dieu.
Qui a écrit le psaume 42 ?
Le titre le donne aux fils de Coré, famille de chantres du Temple ; le psalmiste parle depuis la région de l'Hermon, loin du sanctuaire.
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