La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 41 (Vulgate 40) : Beatus qui intelligit, le malade et l'ami trahi
Le psaume 41 des bibles modernes, psaume 40 de la Vulgate, commence par *Beatus qui intelligit super egenum et pauperem* : « Heureux celui qui a l'intelligence de l'indigent et du pauvre ». C'est la prière d'un malade trahi par son ami, que Notre-Seigneur s'est appliquée au soir de la Cène. Le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine suivent, verset par verset ; l'explication est donnée en dessous.
Vous cherchez le psaume 40 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 39.
1 In finem. Psalmus ipsi David.
1 Pour la fin, psaume de David lui-même.
2 Beatus qui intelligit super egenum et pauperem : in die mala liberabit eum Dominus.
2 Heureux celui qui a l’intelligence de l’indigent et du pauvre : * le Seigneur le délivrera au jour mauvais.
3 Dominus conservet eum, et vivificet eum, et beatum faciat eum in terra, et non tradat eum in animam inimicorum ejus.
3 Que le Seigneur le conserve, et le fasse vivre, et qu’Il le rende heureux sur la terre, * et qu’Il ne le livre pas au désir de ses ennemis.
4 Dominus opem ferat illi super lectum doloris ejus ; universum stratum ejus versasti in infirmitate ejus.
4 Que le Seigneur lui porte secours sur son lit de douleur. * Vous avez retourné toute sa couche dans sa maladie.
5 Ego dixi : Domine, miserere mei ; sana animam meam, quia peccavi tibi.
5 J’ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi ; * guérissez mon âme, car j’ai péché contre Vous.
6 Inimici mei dixerunt mala mihi : Quando morietur, et peribit nomen ejus ?
6 Mes ennemis ont dit du mal contre moi : * Quand mourra-t-il, et quand périra son Nom ?
7 Et si ingrediebatur ut videret, vana loquebatur ; cor ejus congregavit iniquitatem sibi. Egrediebatur foras et loquebatur.
7 Si l’un d’eux entrait pour me voir, il me tenait de vains discours ; * son cœur amassait l’iniquité en lui-même. Il sortait dehors, * et parlait.
8 In idipsum adversum me susurrabant omnes inimici mei ; adversum me cogitabant mala mihi.
8 Tous mes ennemis ensemble chuchotaient contre moi ; * ils tramaient des maux contre moi.
9 Verbum iniquum constituerunt adversum me : Numquid qui dormit non adjiciet ut resurgat ?
9 Ils se sont arrêtés contre moi à une parole inique : * Est-ce que celui qui dort ne pourra jamais se lever ?
10 Etenim homo pacis meæ in quo speravi, qui edebat panes meos, magnificavit super me supplantationem.
10 Même l’homme de mon intimité, en qui je me suis confié, * et qui mangeait mon pain, a fait éclater sa trahison contre moi.
11 Tu autem, Domine, miserere mei, et resuscita me ; et retribuam eis.
11 Mais Vous, Seigneur, ayez compassion de moi, et ressuscitez-moi ; * et je leur rendrai ce qu’ils méritent.
12 In hoc cognovi quoniam voluisti me, quoniam non gaudebit inimicus meus super me.
12 J’ai connu quel a été Votre amour pour moi, * en ce que mon ennemi ne se réjouira point à mon sujet.
13 Me autem propter innocentiam suscepisti ; et confirmasti me in conspectu tuo in æternum.
13 Vous m’avez accueilli à cause de mon innocence, * et Vous m’avez affermi pour toujours en Votre présence.
14 Benedictus Dominus Deus Israël a sæculo et usque in sæculum. Fiat, fiat.
14 Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, dans les siècles des siècles. * Ainsi soit-il. Ainsi soit-il.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 41 ou psaume 40 ?
Ce psaume porte le numéro 41 dans les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, et le numéro 40 dans la Vulgate et la Septante, qui réunissent les psaumes 9 et 10. C'est le même texte, et ses versets ont les mêmes numéros que dans les bibles françaises modernes. Attention : ce que les livrets de messe appellent « psaume 41 », parfois « psaume 41-42 », avec les refrains Comme un cerf altéré ou Mon âme a soif du Dieu vivant, n'est pas ce psaume, mais le Quemadmodum, numéroté 41 dans la Vulgate. Toutes les correspondances sont sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 41 ?
Le titre porte « Pour la fin, psaume de David lui-même » (v. 1). Le psaume clôt le premier des cinq livres du psautier. Ce premier livre s'ouvre par une béatitude, le psaume 1, Beatus vir, et il se ferme par une autre : « Heureux celui qui a l'intelligence de l'indigent et du pauvre » (v. 2).
La béatitude du miséricordieux (v. 2-4)
Avoir « l'intelligence » du pauvre, c'est plus que lui donner : c'est le comprendre, prendre garde à lui, entrer dans sa situation. La promesse suit : « le Seigneur le délivrera au jour mauvais », le gardera en vie et le soutiendra « sur son lit de douleur » (v. 4). C'est déjà la béatitude de l'Évangile : « Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront eux-mêmes miséricorde » (Mt 5, 7).
Saint Augustin pose une question sur ce verset : qui est ce pauvre ? Il y reconnaît d'abord le Christ, qui « étant riche, S'est fait pauvre pour vous » (2 Corinthiens 8, 9). Comprendre le pauvre, c'est comprendre le mystère de ce dépouillement, et le servir dans ses membres, puisque le Seigneur a dit : « c'est à Moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).
La prière du malade (v. 5-9)
Le malade se reconnaît pécheur : « J'ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi ; guérissez mon âme, car j'ai péché contre Vous » (v. 5). Il demande la guérison de l'âme avant celle du corps. Le psaume 6, Domine, ne in furore, unit de même la maladie et la supplication du pénitent.
Autour de son lit, ses ennemis attendent sa mort : « Quand mourra-t-il, et quand périra son Nom ? » (v. 6). Les visiteurs tiennent de vains discours, puis vont répandre dehors ce qu'ils ont vu (v. 7). Ils concluent : « Est-ce que celui qui dort ne pourra jamais se lever ? » (v. 9).
L'ami qui trahit (v. 10)
La blessure la plus profonde vient d'un proche : « Même l'homme de mon intimité, en qui je me suis confié, et qui mangeait mon pain, a fait éclater sa trahison contre moi » (v. 10). Le psaume 55, Exaudi, Deus, orationem meam, dit la même douleur : un ennemi, on l'aurait supporté, mais c'était un ami et un compagnon de table.
Notre-Seigneur s'est appliqué ce verset pendant la dernière Cène, en annonçant la trahison de Judas : « il faut que l'Écriture s'accomplisse : Celui qui mange du pain avec Moi, lèvera son talon contre Moi » (Jean 13, 18). Le psaume devient ainsi une prophétie de la Passion, prononcée au moment même où le Christ institue l'Eucharistie. Voyez la Cène. Le psaume 109, Deus, laudem meam, est cité par saint Pierre à propos du même Judas.
« Ressuscitez-moi » (v. 11-13)
À la moquerie des ennemis répond la prière : « Mais Vous, Seigneur, ayez compassion de moi, et ressuscitez-moi ; et je leur rendrai ce qu'ils méritent » (v. 11). C'est le verset 11 que l'on cherche souvent. La Vulgate dit resuscita me, relevez-moi. Au sens littéral, le malade demande de se relever de son lit. Les Pères y ont entendu le Christ demandant à son Père la résurrection, réponse à la question railleuse du verset 9 : celui qui dort se relèvera. Quant à « je leur rendrai ce qu'ils méritent », ils l'entendent du jugement que le Ressuscité exercera, non d'une vengeance.
Le psalmiste conclut dans la certitude d'être aimé : « J'ai connu quel a été Votre amour pour moi » (v. 12), et Dieu l'affermit pour toujours en sa présence (v. 13).
La doxologie du premier livre (v. 14)
Le dernier verset n'appartient pas seulement à ce psaume : il ferme tout le premier livre du psautier. « Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Ainsi soit-il » (v. 14). Le latin dit Fiat, fiat. Les deuxième, troisième et quatrième livres se terminent eux aussi par une bénédiction semblable (psaumes 72, 89 et 106 des bibles modernes), et le cinquième par l'Alléluia du psaume 150.
Le psaume 41 dans la liturgie
Au Bréviaire romain de 1962, le psaume 40 de la Vulgate se dit à Sexte du mardi, suivi du Quemadmodum partagé en deux. L'Église le prie donc chaque semaine au milieu du jour ; vous le trouverez dans le bréviaire du jour.
Il appartient aussi à l'office des morts : il est le deuxième psaume du troisième nocturne des Matines des défunts, sous l'antienne Sana, Domine, animam meam, quia peccavi tibi, tirée du verset 5.
Comment prier le psaume 41
- Pour un malade. Les versets 2 à 5 se prient au chevet d'un malade ou pour lui, avec la prière de guérison pour les malades. Ils demandent d'abord la guérison de l'âme.
- Quand on visite un malade. Le psaume est un examen de conscience pour le visiteur : venir pour consoler, non pour tenir de vains discours.
- Après une trahison. Le verset 10 permet de dire à Dieu la blessure, en union avec le Christ trahi, et le verset 11 de remettre la justice entre ses mains.
- Pour les pauvres. Le verset 2 invite à « avoir l'intelligence » du pauvre : à le voir, à l'écouter et à le secourir.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 41, verset 11 ?
« Mais Vous, Seigneur, ayez compassion de moi, et ressuscitez-moi ; et je leur rendrai ce qu'ils méritent. » Le malade demande à Dieu de le relever. Les Pères y lisent la prière du Christ pour sa résurrection, et le jugement qu'il exercera.
Le psaume 41 est-il le psaume « Comme un cerf altéré » ?
Non. Comme un cerf altéré est le refrain moderne du psaume que les bibles modernes numérotent 42 et que la Vulgate et les livrets de messe numérotent 41 : le psaume 42, Quemadmodum desiderat cervus. Les livrets de messe l'unissent souvent au suivant sous le nom de « psaume 41-42 ».
Quel verset du psaume 41 annonce la trahison de Judas ?
Le verset 10 : « Même l'homme de mon intimité, en qui je me suis confié, et qui mangeait mon pain, a fait éclater sa trahison contre moi. » Jésus le cite à la Cène, selon saint Jean, chapitre 13.
Qui a écrit le psaume 41 ?
Le titre l'attribue à David. La tradition y entend aussi la voix du Christ, à cause de l'usage que Notre-Seigneur en fait au soir de la Cène.
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