La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 55 (Vulgate 54) : Exaudi, Deus, la prière de l'homme trahi par son ami
Le psaume 55 des bibles modernes, psaume 54 de la Vulgate, est l'*Exaudi, Deus, orationem meam* de David : la plainte du juste trahi par son ami le plus proche, le désir des « ailes comme à la colombe », et l'abandon du verset 23, « Jette ton souci sur le Seigneur ». Vous en lisez ci-dessous le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine, verset par verset ; l'explication suit.
Vous cherchez le psaume 54 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 53.
1 In finem, in carminibus. Intellectus David.
1 Pour la fin, parmi les cantiques, instruction de David.
2 Exaudi, Deus, orationem meam, et ne despexeris deprecationem meam :
2 Exaucez, ô Dieu, ma prière, et ne méprisez pas ma supplication. *
3 intende mihi, et exaudi me. Contristatus sum in exercitatione mea, et conturbatus sum
3 Écoutez-moi, et exaucez-moi. J’ai été rempli de tristesse dans mon épreuve, * et le trouble m’a saisi
4 a voce inimici, et a tribulatione peccatoris. Quoniam declinaverunt in me iniquitates, et in ira molesti erant mihi.
4 à la voix de l’ennemi, et devant l’oppression du pécheur. Car ils m’ont accusé de crimes, * et dans leur colère ils m’ont affligé.
5 Cor meum conturbatum est in me, et formido mortis cecidit super me.
5 Mon cœur s’est troublé au dedans de moi, * et les terreurs de la mort sont tombées sur moi.
6 Timor et tremor venerunt super me, et contexerunt me tenebræ.
6 La crainte et le tremblement m’ont saisi, * et les ténèbres m’ont enveloppé.
7 Et dixi : Quis dabit mihi pennas sicut columbæ, et volabo, et requiescam ?
7 Et j’ai dit : Qui me donnera des ailes comme à la colombe, * pour que je puisse m’envoler et me reposer ?
8 Ecce elongavi fugiens, et mansi in solitudine.
8 Voici que je me suis éloigné en fuyant, * et j’ai demeuré au désert.
9 Exspectabam eum qui salvum me fecit a pusillanimitate spiritus, et tempestate.
9 J’attendais là Celui qui m’a sauvé * de l’abattement de l’esprit et de la tempête.
10 Præcipita, Domine ; divide linguas eorum : quoniam vidi iniquitatem et contradictionem in civitate.
10 Perdez-les, Seigneur, divisez leurs langues ; * car j’ai vu l’iniquité et la contradiction dans la ville.
11 Die ac nocte circumdabit eam super muros ejus iniquitas ; et labor in medio ejus,
11 Jour et nuit l’iniquité fait le tour de ses murs ; * au milieu d’elle sont le travail
12 et injustitia : et non defecit de plateis ejus usura et dolus.
12 et l’injustice. L’usure et la tromperie * ne quittent point ses places publiques.
13 Quoniam si inimicus meus maledixisset mihi, sustinuissem utique. Et si is qui oderat me super me magna locutus fuisset, abscondissem me forsitan ab eo.
13 Car, si mon ennemi m’avait maudit, * je l’aurais supporté. Et si celui qui me haïssait avait parlé de moi avec insolence, * peut-être me serais-je caché de lui.
14 Tu vero homo unanimis, dux meus, et notus meus :
14 Mais toi, qui ne faisais qu’un avec moi, * mon conseiller et mon ami ;
15 qui simul mecum dulces capiebas cibos ; in domo Dei ambulavimus cum consensu.
15 toi qui avec moi partageais les doux mets de ma table : * nous marchions avec tant d’union dans la maison de Dieu !
16 Veniat mors super illos, et descendant in infernum viventes : quoniam nequitiæ in habitaculis eorum, in medio eorum.
16 Que la mort fonde sur eux, et qu’ils descendent tout vivants dans l’enfer. Car l’iniquité est dans leurs demeures, * en eux-mêmes.
17 Ego autem ad Deum clamavi, et Dominus salvabit me.
17 Mais moi j’ai crié vers Dieu, * et le Seigneur me sauvera.
18 Vespere, et mane, et meridie, narrabo, et annuntiabo ; et exaudiet vocem meam.
18 Le soir, le matin et à midi, je raconterai et j’annoncerai mes misères, * et Il exaucera ma voix.
19 Redimet in pace animam meam ab his qui appropinquant mihi : quoniam inter multos erant mecum.
19 Il délivrera en paix mon âme de ceux qui s’approchent pour me perdre ; * car ils étaient en grand nombre contre moi.
20 Exaudiet Deus, et humiliabit illos, qui est ante sæcula. Non enim est illis commutatio, et non timuerunt Deum.
20 Dieu m’exaucera, et Il les humiliera, * Lui qui est avant tous les siècles. Car il n’y a point de changement en eux, et ils ne craignent pas Dieu. *
21 Extendit manum suam in retribuendo ; contaminaverunt testamentum ejus :
21 Il a étendu Sa main pour leur rendre ce qu’ils méritaient. Ils ont souillé Son alliance ;
22 divisi sunt ab ira vultus ejus, et appropinquavit cor illius. Molliti sunt sermones ejus super oleum ; et ipsi sunt jacula.
22 ils ont été dissipés par la colère de Son visage, * et Son cœur s’est approché. Ses discours sont plus doux que l’huile ; * mais ils sont en même temps comme des flèches.
23 Jacta super Dominum curam tuam, et ipse te enutriet ; non dabit in æternum fluctuationem justo.
23 Jette ton souci sur le Seigneur, et Lui-même Il te nourrira ; * Il ne laissera pas le juste dans une éternelle agitation.
24 Tu vero, Deus, deduces eos in puteum interitus. Viri sanguinum et dolosi non dimidiabunt dies suos ; ego autem sperabo in te, Domine.
24 Mais Vous, ô Dieu, Vous les conduirez * jusque dans l’abîme de la mort. Les hommes sanguinaires et trompeurs n’arriveront point à la moitié de leurs jours ; * mais moi, j’espérerai en Vous, Seigneur.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 55 ou psaume 54 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, numérotent ce psaume 55. La Vulgate et la Septante, suivies par le Bréviaire et les Pères, le numérotent 54, car elles réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. C'est le même texte, l'Exaudi, Deus. Toutes les correspondances figurent sur la page des Psaumes.
Pour les versets, la traduction de l'abbé Fillion compte le titre comme verset 1, comme la Louis Segond : « Jette ton souci sur le Seigneur » y est le verset 23. Les bibles qui ne numérotent pas le titre en font le verset 22, ce qui explique que l'on cherche ce verset sous les deux références.
Que signifie le psaume 55 ?
La peur et le désir de fuir (v. 2 à 9)
Le psaume commence par une supplication haletante : « Exaucez, ô Dieu, ma prière, et ne méprisez pas ma supplication » (v. 2). La détresse est décrite sans fard. « Mon cœur s'est troublé au dedans de moi, et les terreurs de la mort sont tombées sur moi » (v. 5) ; « La crainte et le tremblement m'ont saisi, et les ténèbres m'ont enveloppé » (v. 6). Ces versets, que l'on cherche sous la référence « psaume 55, 4 » et suivants, sont parmi les plus vrais de l'Écriture sur l'angoisse.
Puis vient le cri le plus connu : « Qui me donnera des ailes comme à la colombe, pour que je puisse m'envoler et me reposer ? » (v. 7). L'homme blessé voudrait fuir au désert, loin des hommes. Mais il ne fuit pas Dieu : « J'attendais là Celui qui m'a sauvé » (v. 9).
La ville et l'ami (v. 10 à 16)
La ville est livrée à l'iniquité, la tromperie ne quitte pas ses places. Mais la vraie blessure est ailleurs : « Car, si mon ennemi m'avait maudit, je l'aurais supporté » (v. 13). Celui qui a trahi n'est pas un ennemi déclaré : « Mais toi, qui ne faisais qu'un avec moi, mon conseiller et mon ami » (v. 14), « toi qui avec moi partageais les doux mets de ma table : nous marchions avec tant d'union dans la maison de Dieu ! » (v. 15). La trahison d'un ami, et d'un compagnon de prière, est la plus amère.
La prière du soir, du matin et de midi (v. 17 à 20)
Le psaume se retourne : « Mais moi j'ai crié vers Dieu, et le Seigneur me sauvera » (v. 17). Le verset suivant a nourri la prière des heures : « Le soir, le matin et à midi, je raconterai et j'annoncerai mes misères, et Il exaucera ma voix » (v. 18). L'Église y a vu l'image de la prière qui sanctifie le jour entier.
L'abandon (v. 21 à 24)
Le portrait du traître revient une dernière fois : « Ses discours sont plus doux que l'huile ; mais ils sont en même temps comme des flèches » (v. 22). Puis le psalmiste se tourne vers chacun de nous : « Jette ton souci sur le Seigneur, et Lui-même Il te nourrira ; Il ne laissera pas le juste dans une éternelle agitation » (v. 23). Le latin, Jacta super Dominum curam tuam, dit le geste : jeter le fardeau, comme on se décharge d'un poids trop lourd. Le dernier verset s'achève sur la même confiance : « mais moi, j'espérerai en Vous, Seigneur » (v. 24).
L'ami qui trahit : David, Achitophel et Judas
La tradition rapporte le psaume au temps de la révolte d'Absalom, quand Achitophel, le conseiller de David, passa au parti du fils rebelle. Le IIe livre des Rois, chapitre 15 (2 Samuel dans les bibles modernes) montre le roi apprenant la nouvelle et priant Dieu de renverser les conseils de son ancien ami.
Les Pères y ont reconnu la Passion. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend dans ce psaume la voix du Christ, et dans l'ami qui partageait la table, Judas. Notre-Seigneur l'a dit lui-même : « Celui qui met avec Moi la main au plat est celui qui Me trahira » (Matthieu 26, 23). Et au jardin, il appela encore Judas « mon ami ». La même plainte se lit au psaume 41, Beatus qui intelligit, que le Christ cite à la Cène : « Même l'homme de mon intimité […] qui mangeait mon pain, a fait éclater sa trahison contre moi ». L'article sur la Passion du Christ retrace ces heures.
Saint Augustin s'arrête aussi aux ailes de la colombe. La colombe est l'image de la simplicité et de l'Esprit-Saint ; désirer ses ailes, c'est désirer le repos en Dieu, non la fuite des devoirs.
Le verset 23 a son écho dans le Nouveau Testament. Saint Pierre écrit : « vous déchargeant sur Lui de tous vos soucis, car c'est Lui qui prend soin de vous » (1 Pierre 5, 7). C'est la doctrine de la Providence faite prière : Dieu prend soin de ceux qui se remettent à lui.
On peut prier ce psaume avec le psaume 54, Deus, in nomine tuo, qui le précède à Tierce, et avec le psaume 62, Nonne Deo subjecta erit anima mea, autre chant de l'âme qui n'attend son salut que de Dieu.
Le psaume 55 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 54 de la Vulgate se dit à Tierce le mercredi, en deux sections : versets 2 à 16, puis versets 17 à 24. La seconde section commence ainsi par « Mais moi j'ai crié vers Dieu » : la division du psaume suit le passage de la plainte à la confiance. Le bréviaire du jour permet de le prier à sa place.
Le missel de 1962 y puise aussi. L'introït du dixième dimanche après la Pentecôte, Dum clamarem ad Dominum, reprend les versets 17 à 20 et s'achève sur le verset 23 ; ce même verset 23, Jacta cogitatum tuum in Domino, forme le graduel du troisième dimanche après la Pentecôte.
Comment prier le psaume 55
Après une trahison. C'est le psaume de l'amitié blessée. Il permet de dire la douleur devant Dieu sans la changer en haine, et de lui laisser le jugement.
Dans l'angoisse. Les versets 5 à 7 donnent des mots à la peur ; le verset 9 la tourne vers Dieu. On peut les prier la nuit, quand l'inquiétude empêche le sommeil.
Matin, midi et soir. Le verset 18 invite à revenir vers Dieu aux trois moments du jour. Il peut servir de petite règle de prière pour qui ne dit pas l'office.
Pour se décharger d'un fardeau. Le verset 23 se retient par cœur et se redit seul, comme on remet un poids à plus fort que soi. Il a sa place dans toute prière de protection.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 55 est-il aussi appelé psaume 54 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate et la liturgie catholique le comptent 54 ; les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, le comptent 55. C'est le même psaume, l'Exaudi, Deus.
Que dit le psaume 55, verset 23 ?
« Jette ton souci sur le Seigneur, et Lui-même Il te nourrira ; Il ne laissera pas le juste dans une éternelle agitation. » C'est l'invitation à remettre à Dieu le poids de l'inquiétude. Les bibles qui ne comptent pas le titre le numérotent 22.
Que dit le psaume 55, verset 22 ?
Dans la numérotation de Fillion et de la Louis Segond, le verset 22 décrit le traître : ses discours sont plus doux que l'huile, mais ce sont des flèches. Dans les bibles qui ne comptent pas le titre, le verset 22 est « Jette ton souci sur le Seigneur ».
Le psaume 55 parle-t-il de Judas ?
Au sens littéral, il parle d'un ami de David qui l'a trahi, Achitophel selon la tradition. Au sens spirituel, les Pères y entendent la plainte du Christ trahi par Judas, qui partageait sa table.
Que signifie « des ailes comme à la colombe » ?
C'est le désir de fuir l'angoisse pour trouver le repos. Saint Augustin y voit le désir de l'âme de reposer en Dieu, porté par la simplicité de la colombe, et non une fuite des devoirs.
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