La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 109 (Vulgate 108) : Deus, laudem meam, le psaume de Judas
Le psaume 109 des bibles modernes, 108 de la Vulgate, est la plainte du juste trahi qui remet sa cause à Dieu ; saint Pierre en applique un verset à Judas. Voici son texte intégral dans la traduction catholique de l’abbé Fillion, avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l’explication et la manière chrétienne de le prier suivent le texte.
Vous cherchez le psaume 108 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 107.
1 In finem. Psalmus David.
1 Pour la fin, psaume de David.
2 Deus, laudem meam ne tacueris, quia os peccatoris et os dolosi super me apertum est.
2 O Dieu, ne Vous taisez pas sur ma louange, * car la bouche du pécheur et la bouche de l’homme fourbe sont ouvertes contre moi.
3 Locuti sunt adversum me lingua dolosa, et sermonibus odii circumdederunt me : et expugnaverunt me gratis.
3 Ils ont parlé contre moi avec une langue perfide, ils m’ont comme assiégé par leurs discours haineux, * et ils m’ont fait la guerre sans sujet.
4 Pro eo ut me diligerent, detrahebant mihi ; ego autem orabam.
4 Au lieu de m’aimer, ils me calomniaient ; * mais moi, je demeurais en prière.
5 Et posuerunt adversum me mala pro bonis, et odium pro dilectione mea.
5 Ils m’ont rendu le mal pour le bien, * et la haine pour mon amour.
6 Constitue super eum peccatorem, et diabolus stet a dextris ejus.
6 Livrez-le au pouvoir du pécheur, * et que le démon se tienne à sa droite.
7 Cum judicatur, exeat condemnatus ; et oratio ejus fiat in peccatum.
7 Lorsqu’on le jugera, qu’il sorte condamné, * et que sa prière même soit imputée à péché.
8 Fiant dies ejus pauci, et episcopatum ejus accipiat alter.
8 Que ses jours soient abrégés, * et qu’un autre reçoive sa charge.
9 Fiant filii ejus orphani, et uxor ejus vidua.
9 Que ses enfants deviennent orphelins, * et que sa femme devienne veuve.
10 Nutantes transferantur filii ejus et mendicent, et ejiciantur de habitationibus suis.
10 Que ses enfants errent vagabonds et qu’ils mendient, * et qu’ils soient chassés de leurs demeures.
11 Scrutetur fœnerator omnem substantiam ejus, et diripiant alieni labores ejus.
11 Que l’usurier recherche et enlève tout son bien, * et que les étrangers ravissent le fruit de ses travaux.
12 Non sit illi adjutor, nec sit qui misereatur pupillis ejus.
12 Que personne ne l’assiste, * et que nul n’ait compassion de ses orphelins.
13 Fiant nati ejus in interitum ; in generatione una deleatur nomen ejus.
13 Que tous ses enfants périssent, * et que son nom soit effacé au cours d’une seule génération.
14 In memoriam redeat iniquitas patrum ejus in conspectu Domini, et peccatum matris ejus non deleatur.
14 Que l’iniquité de ses pères revive dans le souvenir du Seigneur, * et que le péché de sa mère ne soit point effacé.
15 Fiant contra Dominum semper, et dispereat de terra memoria eorum :
15 Qu’ils soient toujours présents devant le Seigneur, et que leur mémoire disparaisse de dessus la terre ; *
16 pro eo quod non est recordatus facere misericordiam,
16 parce qu’il ne s’est point souvenu de faire miséricorde,
17 et persecutus est hominem inopem et mendicum, et compunctum corde, mortificare.
17 qu’il a poursuivi l’homme pauvre et indigent, * et l’homme au cœur brisé, pour le faire mourir.
18 Et dilexit maledictionem, et veniet ei ; et noluit benedictionem, et elongabitur ab eo. Et induit maledictionem sicut vestimentum ; et intravit sicut aqua in interiora ejus, et sicut oleum in ossibus ejus.
18 Il a aimé la malédiction, et elle tombera sur lui ; * il n’a pas voulu de la bénédiction, et elle sera éloignée de lui. Et il s’est revêtu de la malédiction comme d’un vêtement ; * elle a pénétré comme l’eau au dedans de lui, et comme l’huile dans ses os.
19 Fiat ei sicut vestimentum quo operitur, et sicut zona qua semper præcingitur.
19 Qu’elle lui soit comme le vêtement qui le couvre, * et comme la ceinture dont il est toujours ceint.
20 Hoc opus eorum qui detrahunt mihi apud Dominum, et qui loquuntur mala adversus animam meam.
20 C’est ainsi que le Seigneur punira ceux qui me calomnient, * et qui profèrent le mal contre mon âme.
21 Et tu, Domine, Domine, fac mecum propter nomen tuum, quia suavis est misericordia tua.
21 Et Vous, Seigneur, Seigneur, prenez ma défense à cause de Votre Nom, * parce que Votre miséricorde est pleine de douceur. Délivrez-moi,
22 Libera me, quia egenus et pauper ego sum, et cor meum conturbatum est intra me.
22 car je suis pauvre et indigent, * et mon cœur est tout troublé au dedans de moi.
23 Sicut umbra cum declinat ablatus sum, et excussus sum sicut locustæ.
23 Je disparais comme l’ombre à son déclin, * et je suis secoué comme les sauterelles.
24 Genua mea infirmata sunt a jejunio, et caro mea immutata est propter oleum.
24 Mes genoux se sont affaiblis par le jeûne, * et ma chair est toute changée, parce qu’elle est privée d’huile.
25 Et ego factus sum opprobrium illis ; viderunt me, et moverunt capita sua.
25 Je suis devenu pour eux un sujet d’opprobre ; * ils m’ont vu, et ils ont branlé la tête.
26 Adjuva me, Domine Deus meus ; salvum me fac secundum misericordiam tuam.
26 Secourez-moi, Seigneur mon Dieu ; * sauvez-moi selon Votre miséricorde.
27 Et sciant quia manus tua hæc, et tu, Domine, fecisti eam.
27 Et qu’ils sachent que c’est Votre main, * et que c’est Vous, Seigneur, qui faites ces choses.
28 Maledicent illi, et tu benedices : qui insurgunt in me confundantur ; servus autem tuus lætabitur.
28 Ils maudiront, mais Vous, Vous bénirez. * Que ceux qui se lèvent contre moi soient confondus, tandis que Votre serviteur se réjouira.
29 Induantur qui detrahunt mihi pudore, et operiantur sicut diploide confusione sua.
29 Que ceux qui me calomnient soient couverts de honte, * et qu’ils soient revêtus de leur confusion comme d’un manteau double.
30 Confitebor Domino nimis in ore meo, et in medio multorum laudabo eum :
30 Ma bouche célébrera le Seigneur de toute sa force, * et je Le louerai au milieu d’une grande assemblée,
31 quia astitit a dextris pauperis, ut salvam faceret a persequentibus animam meam.
31 parce qu’Il S’est tenu à la droite du pauvre, * pour sauver mon âme de ceux qui la persécutent.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 109 ou psaume 108 ?
Le psaume que les bibles modernes, dont la Louis Segond, numérotent 109 est le psaume 108 de la Vulgate, celui que l’Église prie au bréviaire et que les Pères ont commenté. La numérotation hébraïque coupe en deux le psaume 9 de la Vulgate, d’où un décalage d’une unité jusqu’au psaume 147. En latin, il commence par Deus, laudem meam ne tacueris.
Une confusion fréquente doit être levée : le psaume qui porte le numéro 109 dans la Vulgate, et que l’on cherche parfois sous le nom de psaume 109, Tu es prêtre à jamais, est un autre psaume. C’est le psaume 110 des bibles modernes, Dixit Dominus, le premier psaume des vêpres du dimanche. La table des Psaumes donne toutes les correspondances.
Que signifie le psaume 109 ?
Le titre porte : « Pour la fin, psaume de David » (v. 1). Le psaume se déroule en trois mouvements, d’une violence verbale qui surprend à la première lecture.
La plainte de l’innocent (v. 2-5). Un homme est assailli par des langues menteuses. On lui rend le mal pour le bien et la haine pour l’amour. Un trait le distingue de ses accusateurs : « Au lieu de m’aimer, ils me calomniaient ; mais moi, je demeurais en prière » (v. 4). Il ne riposte pas ; il prie.
Les imprécations (v. 6-20). Vient ensuite la longue série des malédictions, toutes au singulier, contre un homme en particulier : « Livrez-le au pouvoir du pécheur, et que le démon se tienne à sa droite » (v. 6). Ses jours seront abrégés, sa charge passera à un autre, sa maison sera vidée, son nom effacé. Le psaume dit aussi pourquoi : « parce qu’il ne s’est point souvenu de faire miséricorde » (v. 16), et parce qu’« il a aimé la malédiction, et elle tombera sur lui » (v. 18). Le châtiment n’est pas arbitraire : le méchant récolte ce qu’il a choisi.
La supplication et l’action de grâces (v. 21-31). Le ton change d’un coup : « Et Vous, Seigneur, Seigneur, prenez ma défense à cause de Votre Nom » (v. 21). Le juste se décrit pauvre et affaibli : « Je disparais comme l’ombre à son déclin » (v. 23), « mes genoux se sont affaiblis par le jeûne » (v. 24). Il se remet entièrement à Dieu : « Ils maudiront, mais Vous, Vous bénirez » (v. 28). Le dernier verset répond au sixième. Le démon se tenait à la droite du méchant ; Dieu, lui, « S’est tenu à la droite du pauvre, pour sauver mon âme de ceux qui la persécutent » (v. 31).
Pourquoi l’appelle-t-on le psaume de Judas ?
Le Nouveau Testament donne lui-même la clef du psaume. Après l’Ascension, saint Pierre réunit les disciples pour remplacer le traître et déclare qu’il fallait que s’accomplît « ce que le Saint-Esprit a prédit dans l’Écriture, par la bouche de David, au sujet de Judas » (Ac 1, 16). Il cite alors deux psaumes : le psaume 69, Salvum me fac, pour la demeure devenue déserte, et notre verset 8, « qu’un autre reçoive sa charge ». Le latin de la Vulgate porte episcopatum ejus accipiat alter : c’est la charge d’Apôtre de Judas que reçoit saint Matthias.
Toute la tradition a suivi cette lecture. Celui qui prie au milieu des calomnies, c’est le Christ dans sa Passion ; l’ami qui rend la haine pour l’amour, c’est Judas, en qui « Satan entra » au soir de la Cène (Jn 13, 27). Le verset 25, « ils m’ont vu, et ils ont branlé la tête », se retrouve au Calvaire, quand les passants blasphémaient en branlant la tête. Le psaume rejoint ainsi le psaume 22, Deus, Deus meus, où le même geste de mépris est décrit, et le psaume 41, Beatus qui intelligit, dont Notre-Seigneur cite le verset sur l’ami qui mangeait son pain.
Comment comprendre les malédictions ?
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, répond à la difficulté que tout lecteur chrétien éprouve : ces paroles ne sont pas des vœux de haine mais des prophéties. Le psalmiste, inspiré, annonce sous la forme d’un souhait ce qui arrivera au pécheur obstiné. La forme est celle de l’imprécation ; le sens est celui d’un oracle. Saint Robert Bellarmin, dans son Explanatio in Psalmos, suit la même voie et lit tout le psaume comme une prophétie de Judas et des ennemis du Christ.
Deux autres remarques aident à le prier. Le juste du psaume ne se venge jamais lui-même : il « demeurait en prière » et remet le jugement à Dieu. Et le châtiment décrit est celui que le méchant s’attire : il s’est revêtu de la malédiction « comme d’un vêtement » (v. 18). Le psaume enseigne la crainte de Dieu : il montre où mène le refus obstiné de la grâce, à l’image du traître qui désespéra.
Peut-on prier le psaume 109 pour chasser ses ennemis ?
Beaucoup de pages présentent le psaume 109 comme une formule « puissante » pour chasser ses ennemis, briser une jalousie au travail ou atteindre quelqu’un à distance. Cet usage est contraire à la foi. Réciter un texte sacré comme une formule qui agirait par elle-même relève de la superstition, que le catéchisme range parmi les péchés contre le premier commandement. Vouloir du mal à une personne est en outre contraire au précepte du Seigneur : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » (Mt 5, 44).
Le psaume peut pourtant être prié dans l’épreuve, et c’est même sa vocation. Celui qui subit la calomnie, le harcèlement ou la trahison peut dire à Dieu toute l’injustice subie, sans l’atténuer, puis lui en remettre la sentence : « prenez ma défense à cause de Votre Nom ». On prie alors pour ses ennemis eux-mêmes, comme le demande le Notre Père, et l’on garde la paix. Si vous cherchez des prières de délivrance éprouvées par la tradition, voyez les prières puissantes de la tradition catholique.
Le psaume 109 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 108 de la Vulgate est récité chaque semaine à None du samedi, partagé en trois sections : versets 2 à 13, 14 à 21 et 22 à 31. L’Église ne retranche pas ce psaume difficile : elle le prie tout entier, dans la bouche du Christ, chaque samedi au milieu de l’après-midi. Vous pouvez suivre l’office de chaque jour avec le bréviaire en ligne.
Comment prier le psaume 109
- Comme une méditation de la Passion : écouter, dans les versets 2 à 5 et 21 à 31, la voix du Christ trahi qui prie pour ceux qui le calomnient.
- Dans la calomnie ou la persécution : remettre sa cause à Dieu au lieu de se faire justice, en s’appuyant sur les versets 21, 26 et 31.
- Pour la crainte salutaire : se rappeler, devant le sort de Judas, qu’on ne joue pas avec la grâce, et demander la persévérance.
On le conclut, comme tous les psaumes de l’office, par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Que signifie le psaume 109 ?
C’est la prière d’un innocent calomnié et trahi par celui qu’il aimait. Il annonce le châtiment du méchant, puis se remet à Dieu, qui se tient « à la droite du pauvre ». La tradition, à la suite de saint Pierre, y lit la Passion du Christ et la fin de Judas.
Peut-on prier le psaume 109 pour chasser ses ennemis ?
Pas comme une formule magique dirigée contre une personne : ce serait de la superstition et un manque de charité. On le prie pour confier à Dieu une injustice subie, sans se venger, en gardant le commandement d’aimer ses ennemis et de prier pour eux.
Quand prier le psaume 109 ?
L’Église le prie chaque samedi à None. Personnellement, on peut le prier dans une épreuve de calomnie ou de trahison, ou le méditer pendant le Carême et la Semaine sainte, comme une prophétie de la Passion.
Qui a écrit le psaume 109 ?
Le titre l’attribue à David, et saint Pierre le confirme dans les Actes des Apôtres : le Saint-Esprit a parlé « par la bouche de David ». La tradition tient David pour son auteur humain.
Où lire le psaume 109 dans une Bible catholique ?
Dans une Bible catholique qui suit la Vulgate, comme celle de l’abbé Fillion, il porte le numéro 108. Son texte intégral, en français et en latin, se trouve en haut de cette page.
Le psaume 109 est-il le psaume « Tu es prêtre à jamais » ?
Non. Le verset « Vous êtes prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech » appartient au psaume 109 de la Vulgate, qui est le psaume 110 des bibles modernes, le Dixit Dominus. Le psaume 109 des bibles modernes est le Deus, laudem meam, présenté sur cette page.
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