La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 102 (Vulgate 101) : Domine, exaudi, la prière du pauvre
Le psaume 102 des bibles modernes, psaume 101 de la Vulgate, est le cinquième des sept psaumes de la pénitence : *Domine, exaudi orationem meam*, « Seigneur, exaucez ma prière, et que mon cri aille jusqu'à Vous ». Le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine suivent, verset par verset, avec l'explication en dessous.
Vous cherchez le psaume 101 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 100.
1 Oratio pauperis, cum anxius fuerit, et in conspectu Domini effuderit precem suam.
1 Prière du pauvre, lorsqu’il sera dans l’affliction, et qu’il répandra sa supplication en présence du Seigneur.
2 Domine, exaudi orationem meam, et clamor meus ad te veniat.
2 Seigneur, exaucez ma prière, * et que mon cri aille jusqu’à Vous.
3 Non avertas faciem tuam a me : in quacumque die tribulor, inclina ad me aurem tuam ; in quacumque die invocavero te, velociter exaudi me.
3 Ne détournez pas de moi Votre visage ; * en quelque jour que je sois affligé, inclinez vers moi Votre oreille. En quelque jour que je Vous invoque, * exaucez-moi promptement.
4 Quia defecerunt sicut fumus dies mei, et ossa mea sicut cremium aruerunt.
4 Car mes jours se sont évanouis comme la fumée, * et mes os se sont desséchés comme le bois du foyer.
5 Percussus sum ut fœnum, et aruit cor meum, quia oblitus sum comedere panem meum.
5 J’ai été frappé comme l’herbe, et mon cœur s’est desséché, * parce que j’ai oublié de manger mon pain.
6 A voce gemitus mei adhæsit os meum carni meæ.
6 A force de pousser des gémissements, * mes os se sont attachés à ma peau.
7 Similis factus sum pellicano solitudinis ; factus sum sicut nycticorax in domicilio.
7 Je suis devenu semblable au pélican du désert ; * je suis devenu comme le hibou des maisons.
8 Vigilavi, et factus sum sicut passer solitarius in tecto.
8 J’ai veillé, * et je suis devenu comme le passereau qui se tient seul sur le toit.
9 Tota die exprobrabant mihi inimici mei, et qui laudabant me adversum me jurabant :
9 Tout le jour mes ennemis me faisaient des reproches, * et ceux qui me louaient conspiraient avec serment contre moi.
10 quia cinerem tamquam panem manducabam, et potum meum cum fletu miscebam,
10 Parce que je mangeais la cendre comme du pain, * et que je mêlais mon breuvage avec mes larmes ;
11 a facie iræ et indignationis tuæ : quia elevans allisisti me.
11 à cause de Votre colère et de Votre indignation, * car après m’avoir élevé Vous m’avez écrasé.
12 Dies mei sicut umbra declinaverunt, et ego sicut fœnum arui.
12 Mes jours se sont évanouis comme l’ombre, * et je me suis desséché comme l’herbe.
13 Tu autem, Domine, in æternum permanes, et memoriale tuum in generationem et generationem.
13 Mais Vous, Seigneur, Vous subsistez éternellement, * et la mémoire de Votre Nom s’étend de race en race.
14 Tu exsurgens misereberis Sion, quia tempus miserendi ejus, quia venit tempus :
14 Vous Vous lèverez, et Vous aurez pitié de Sion, * car il est temps d’avoir pitié d’elle, et le temps est venu.
15 quoniam placuerunt servis tuis lapides ejus, et terræ ejus miserebuntur.
15 Car ses pierres sont aimées de Vos serviteurs, * et sa terre les attendrit.
16 Et timebunt gentes nomen tuum, Domine, et omnes reges terræ gloriam tuam :
16 Et les nations craindront Votre Nom, Seigneur, * et tous les rois de la terre Votre gloire,
17 quia ædificavit Dominus Sion, et videbitur in gloria sua.
17 parce que le Seigneur a bâti Sion, * et qu’Il sera vu dans Sa gloire.
18 Respexit in orationem humilium et non sprevit precem eorum.
18 Il a regardé la prière des humbles, * et Il n’a point méprisé leur prière.
19 Scribantur hæc in generatione altera, et populus qui creabitur laudabit Dominum.
19 Que ces choses soient écrites pour la génération future, * et le peuple qui sera créé louera le Seigneur.
20 Quia prospexit de excelso sancto suo ; Dominus de cælo in terram aspexit :
20 parce qu’Il a regardé du haut de Son lieu saint. * Le Seigneur a regardé du Ciel sur la terre,
21 ut audiret gemitus compeditorum ; ut solveret filios interemptorum :
21 pour entendre les gémissements des captifs, * pour délivrer les fils de ceux qui avaient été tués,
22 ut annuntient in Sion nomen Domini, et laudem ejus in Jerusalem :
22 afin qu’ils annoncent dans Sion le Nom du Seigneur, * et Sa louange dans Jérusalem,
23 in conveniendo populos in unum, et reges, ut serviant Domino.
23 lorsque les peuples et les rois s’assembleront * pour servir conjointement le Seigneur.
24 Respondit ei in via virtutis suæ : Paucitatem dierum meorum nuntia mihi :
24 Il Lui dit dans sa force : * Faites-moi connaître le petit nombre de mes jours.
25 ne revoces me in dimidio dierum meorum, in generationem et generationem anni tui.
25 Ne me rappelez pas au milieu de mes jours ; * Vos années durent d’âge en âge.
26 Initio tu, Domine, terram fundasti, et opera manuum tuarum sunt cæli.
26 Dès le commencement, Seigneur, Vous avez fondé la terre, * et les cieux sont l’œuvre de Vos mains.
27 Ipsi peribunt, tu autem permanes ; et omnes sicut vestimentum veterascent. Et sicut opertorium mutabis eos, et mutabuntur ;
27 Ils périront, mais Vous, Vous demeurez, * et ils vieilliront tous comme un vêtement. Vous les changerez comme un manteau, et ils seront changés ; *
28 tu autem idem ipse es, et anni tui non deficient.
28 mais Vous, Vous êtes toujours le même, et Vos années ne passeront point.
29 Filii servorum tuorum habitabunt, et semen eorum in sæculum dirigetur.
29 Les fils de Vos serviteurs auront une demeure permanente, * et leur postérité sera stable à jamais.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 102 ou psaume 101 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, comptent ce psaume comme le 102 ; la Vulgate, la liturgie et l'abbé Fillion le comptent comme le 101, parce qu'ils réunissent les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. Cette double numérotation est ici la cause d'une confusion très répandue : le « psaume 102 » que l'on chante à la messe et aux funérailles, Le Seigneur est tendresse et pitié, n'est pas celui-ci, mais le psaume 103, Benedic anima mea, numéroté 102 dans la Vulgate. La page des Psaumes donne toutes les correspondances.
Que signifie le psaume 102 ?
Le titre est l'un des plus beaux du Psautier : « Prière du pauvre, lorsqu'il sera dans l'affliction, et qu'il répandra sa supplication en présence du Seigneur » (v. 1). Il ne nomme pas d'auteur, mais une situation. Le mouvement en est net : une plainte, un retournement, une espérance qui s'élargit au monde.
La plainte du malheureux (v. 2-12)
« Seigneur, exaucez ma prière, et que mon cri aille jusqu'à Vous » (v. 2). Le suppliant demande d'abord d'être entendu, et vite : « exaucez-moi promptement » (v. 3). Puis il décrit son état par une suite d'images qui comptent parmi les plus poignantes de la Bible. Ses jours s'en vont « comme la fumée », ses os sont secs « comme le bois du foyer » (v. 4). Il est frappé comme l'herbe, « parce que j'ai oublié de manger mon pain » (v. 5).
Viennent ensuite les oiseaux de la solitude : « Je suis devenu semblable au pélican du désert ; je suis devenu comme le hibou des maisons » (v. 7), puis « comme le passereau qui se tient seul sur le toit » (v. 8). Ses ennemis l'insultent, et sa nourriture même est devenue deuil : « je mangeais la cendre comme du pain », dit-il, et ses larmes se mêlaient à son breuvage (v. 10). Au fond de la plainte apparaît la cause : « à cause de Votre colère et de Votre indignation » (v. 11). C'est ce qui fait de ce psaume un psaume de pénitence : l'épreuve est reçue comme venant de Dieu, en rapport avec le péché.
Le retournement : « Mais Vous, Seigneur » (v. 13-23)
Au verset 13, tout bascule sur un seul mot : « Mais Vous, Seigneur, Vous subsistez éternellement, et la mémoire de Votre Nom s'étend de race en race » (v. 13). L'homme passe comme l'ombre, Dieu demeure : c'est en regardant cette éternité, et non sa propre misère, que le pauvre retrouve l'espérance. La prière s'élargit alors de l'individu au peuple : « Vous Vous lèverez, et Vous aurez pitié de Sion, car il est temps d'avoir pitié d'elle » (v. 14). Les ruines de Jérusalem sont aimées : « ses pierres sont aimées de Vos serviteurs » (v. 15).
Le psalmiste voit déjà les nations venir adorer, et le motif en est la bonté de Dieu envers les petits : « Il a regardé la prière des humbles, et Il n'a point méprisé leur prière » (v. 18). Il veut que cela soit écrit pour l'avenir : « Que ces choses soient écrites pour la génération future, et le peuple qui sera créé louera le Seigneur » (v. 19).
L'éternité de Dieu (v. 24-29)
La dernière partie revient à la fragilité du suppliant, « Ne me rappelez pas au milieu de mes jours » (v. 25), pour la confronter une dernière fois à l'éternité divine. Ce sont les versets les plus solennels du psaume : « Dès le commencement, Seigneur, Vous avez fondé la terre, et les cieux sont l'œuvre de Vos mains » (v. 26). Les cieux eux-mêmes vieilliront comme un vêtement, « mais Vous, Vous êtes toujours le même, et Vos années ne passeront point » (v. 28).
La lecture des Pères : le pauvre, c'est le Christ
L'Épître aux Hébreux cite les versets 26 à 28 et les applique expressément au Fils : « C'est Vous, Seigneur, qui, au commencement, avez fondé la terre » (Hébreux, chapitre 1). Le Dieu éternel que le pauvre invoque, c'est donc le Christ, Créateur du monde et immuable.
Saint Augustin pousse plus loin : le pauvre qui prie dans ce psaume, c'est le Christ lui-même, la tête et le corps ensemble. Le Christ a pris sur lui la faiblesse et l'angoisse de ses membres ; et c'est l'Église, exilée et souffrante, qui gémit en lui vers la Jérusalem d'en haut, dont elle aime déjà les pierres.
Le pélican du verset 7 a eu une longue postérité dans la symbolique chrétienne. Le Moyen Âge en a fait l'image du Christ qui nourrit ses petits de son sang, et l'hymne Adoro te devote, attribuée à saint Thomas d'Aquin, invoque le Seigneur sous ce nom : Pie pellicane, Jesu Domine.
Le psaume 102 dans la liturgie
Ce psaume est le cinquième des sept psaumes de la pénitence, avec le psaume 6, Domine, ne in furore, le psaume 51, Miserere, le psaume 130, De profundis et le psaume 143, Domine, exaudi orationem meam… auribus percipe, ainsi que les psaumes 32 et 38 de l'hébreu. Le bréviaire les donne ensemble, suivis des litanies des saints, et leur récitation est restée une dévotion classique du Carême et des jours de pénitence.
Dans le psautier hebdomadaire du bréviaire romain de 1962, il est chanté à Tierce du samedi, en trois sections (v. 2-13, 14-23, 24-29). Vous le retrouverez dans le bréviaire du jour.
Son premier verset est devenu l'un des versets les plus fréquents de l'Office : Domine, exaudi orationem meam, avec le répons Et clamor meus ad te veniat, revient souvent avant l'oraison.
Comment prier le psaume 102
- Dans l'épreuve, la maladie, la dépression. Le psaume met des mots sur l'accablement sans jamais lâcher Dieu.
- Dans la solitude. Le passereau seul sur le toit est la prière des veuves, des malades isolés, des personnes âgées.
- En temps de pénitence, avec les autres psaumes pénitentiels, avant une confession.
- Devant la mort, avec les versets 25 à 28 : nos jours sont courts, les années de Dieu ne passent pas.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 102 est-il aussi appelé psaume 101 ?
Parce que la Vulgate et la Septante, que suivent la liturgie et l'abbé Fillion, réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. Le psaume 102 des bibles modernes, Domine, exaudi orationem meam, est donc le psaume 101 de la Vulgate.
Le psaume 102 Le Seigneur est tendresse et pitié est-il celui-ci ?
Non. Le Seigneur est tendresse et pitié est le refrain du Benedic anima mea, « Mon âme, bénis le Seigneur ». Les livres liturgiques le numérotent 102 selon la Vulgate, mais les bibles modernes l'appellent psaume 103. Son texte complet se trouve sur la page du psaume 103 (Vulgate 102).
Quel psaume 102 lit-on aux funérailles ?
Le « psaume 102 » proposé dans les livrets de funérailles actuels est presque toujours Le Seigneur est tendresse et pitié, c'est-à-dire le psaume 103 des bibles modernes. Le psaume 102 hébreu, celui-ci, convient aussi au deuil : il dit la brièveté de la vie et l'éternité de Dieu, et peut se prier pour les défunts.
Qui a écrit le psaume 102 ?
Le titre ne nomme pas d'auteur : il le présente comme la « prière du pauvre » dans l'affliction. La tradition l'a souvent reçu avec les autres psaumes attribués à David, tandis que plusieurs commentateurs le situent au temps de l'exil, à cause des ruines de Sion. L'Esprit-Saint en est l'auteur principal.
Pourquoi est-ce un psaume de pénitence ?
Parce que le suppliant reçoit son épreuve comme venant de la colère de Dieu contre le péché, et qu'il s'humilie au lieu de se révolter. Il mange la cendre comme du pain, signe traditionnel de pénitence, et met toute son espérance dans la miséricorde de Celui qui demeure.
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