La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
La Seconde Épître de saint Pierre
La Seconde Épître de saint Pierre est le testament du prince des Apôtres, écrit à Rome peu avant son martyre : l'échelle des vertus, le témoignage de la Transfiguration, l'avertissement contre les faux docteurs et la grande page sur le jour du Seigneur. Ses trois chapitres sont rangés ci-dessous, dans la traduction de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate ; le guide qui suit en donne l'auteur, le plan et la lecture catholique.
Lire 2 Pierre : 3 chapitres
La Seconde Épître de saint Pierre, Epistola II beati Petri dans la Vulgate, est l'adieu de l'Apôtre. Il sait qu'il va bientôt quitter « ma tente », comme le Seigneur le lui a fait connaître, et il écrit pour que les fidèles gardent, « même après mon départ », le souvenir de son enseignement (2 P 1, 14-15). En trois courts chapitres, il dresse l'échelle des vertus chrétiennes, témoigne de la gloire qu'il a vue sur la sainte montagne, démasque les faux docteurs et répond à ceux qui se moquent du retour du Christ.
Elle prend place parmi les sept épîtres catholiques, après la Première Épître de saint Pierre et avant la Première Épître de saint Jean. Sa plus proche parente est l'Épître de saint Jude, avec laquelle elle partage un long passage sur les faux docteurs.
Qui a écrit la seconde épître de Pierre ?
Saint Pierre, prince des Apôtres. La lettre porte son nom : « Simon Pierre, serviteur et Apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui ont reçu avec nous une foi du même prix » (2 P 1, 1). L'auteur parle ensuite comme Pierre seul pouvait le faire. Il rappelle que le Seigneur lui a annoncé sa mort, la prophétie rapportée par saint Jean : « lorsque tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra » (Jn 21, 18).
Il a été témoin de la Transfiguration : « nous avons entendu nous-mêmes cette voix qui venait du Ciel, lorsque nous étions avec Lui sur la sainte montagne » (1, 18). Il appelle cette lettre « la seconde lettre que je vous écris » (3, 1), et parle de « notre bien-aimé frère Paul » comme d'un égal.
Les témoignages anciens sont venus plus lentement que pour la plupart des livres. La lettre est d'abord plutôt évoquée que citée au IIe siècle ; Clément d'Alexandrie la commentait ; Origène tenait la première pour reçue et la seconde pour discutée ; saint Méthode d'Olympe la cite comme de Pierre. Eusèbe la range parmi les livres contestés, mais utiles au grand nombre et lus avec les autres Écritures (Histoire ecclésiastique, III, 3).
Saint Jérôme rapporte que beaucoup la rejetaient à cause de la différence de style avec la première (Des hommes illustres, 1), et donne lui-même la réponse dans sa lettre 120 à Hédibia : saint Pierre s'est servi, selon les besoins, d'interprètes différents, comme il se servit de saint Marc. Au IVe siècle, saint Athanase, saint Cyrille de Jérusalem et saint Grégoire de Nazianze la reçoivent, et saint Jérôme l'a placée dans la Vulgate.
Beaucoup d'exégètes modernes pensent qu'un disciple l'a écrite au nom de Pierre après sa mort ; l'Église la reçoit, avec les Pères et les conciles, comme l'œuvre de l'Apôtre.
Quand et pour qui la seconde épître de Pierre a-t-elle été écrite ?
Peu avant le martyre de saint Pierre, à Rome. La lettre le dit elle-même : « je sais que je quitterai bientôt ma tente » (1, 14). Saint Jérôme place la mort de l'Apôtre dans la quatorzième année de Néron, vers 67 ; la seconde lettre suit donc de peu la première, écrite vers 63 ou 64.
Puisque saint Pierre l'appelle sa seconde lettre aux mêmes lecteurs, elle s'adresse aux Églises de la première : les fidèles du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie et de la Bithynie, en Asie Mineure, convertis pour la plupart du paganisme. L'occasion en est l'apparition de maîtres aux mœurs relâchées, qui promettent la liberté et nient le retour du Christ.
De quoi parle la seconde épître de Pierre ? Résumé des 3 chapitres
L'échelle des vertus et le témoignage apostolique (chapitre 1)
Le chapitre 1 s'ouvre sur les dons de Dieu : « Sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété » (1, 3), et par Ses promesses nous devenons « participants de la nature divine » (1, 4).
La foi n'est que le premier degré : il faut « joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science », puis « à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété » (1, 5-6), puis l'amour des frères et la charité (1, 7). Celui à qui ces choses manquent « est aveugle et marche à tâtons, ayant oublié la purification de ses anciens péchés » (1, 9). Viennent ensuite l'adieu de l'Apôtre, le souvenir de la Transfiguration et la règle d'interprétation des prophéties (1, 20).
Les faux docteurs et leur jugement (chapitre 2)
Le chapitre 2 annonce « des docteurs de mensonge, qui introduiront des hérésies pernicieuses, et qui, reniant le Maître qui les a rachetés, attireront sur eux une ruine soudaine » (2, 1), et qui, « par cupidité, […] trafiqueront de vous » (2, 3). Les jugements passés de Dieu les avertissent : les anges pécheurs précipités « dans le tartare » (2, 4) ; l'ancien monde noyé par le déluge, quand Dieu « n'a sauvé que Noé, lui huitième, ce prédicateur de la justice » (2, 5), comme au chapitre 6 de la Genèse ; Sodome et Gomorrhe réduites en cendres, et le juste Lot délivré (2, 7).
Car « le Seigneur sait délivrer de l'épreuve les hommes pieux » (2, 9). Le portrait des hérétiques est sans complaisance : ils suivent « la voie de Balaam, fils de Bosor » (2, 15), le devin des Nombres repris par son ânesse ; ce sont « des fontaines sans eau » (2, 17) ; ils promettent la liberté, « quand ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption » (2, 19). Pour qui retombe après avoir connu le Christ, « leur dernière condition devient pire que la première » (2, 20).
Les moqueurs et le jour du Seigneur (chapitre 3)
Le chapitre 3 répond aux moqueurs des derniers jours, qui diront : « Où est la promesse de Son avènement ? » (3, 4). Comme le monde d'alors périt par l'eau, les cieux et la terre d'à présent sont « réservés pour le feu, au jour du jugement et de la ruine des impies » (3, 7).
Le retard de Dieu est miséricorde : un jour est pour Lui comme mille ans, et Il patiente, ne voulant pas qu'aucun périsse (3, 9). Le jour viendra comme un voleur ; « nous attendons, selon Ses promesses, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habitera » (3, 13). L'Apôtre conclut en recommandant les lettres de saint Paul, en mettant en garde contre ceux qui les tordent (3, 16), et en exhortant à croître dans la grâce.
Les grands thèmes et la lecture catholique
Participants de la nature divine. Nul verset du Nouveau Testament ne dit plus hardiment ce qu'est la grâce : non une simple faveur extérieure, mais une participation réelle à la vie de Dieu (1, 4). Saint Thomas d'Aquin s'appuie sur ce verset pour enseigner que la grâce, participation de la nature divine, précède les vertus infuses qui en découlent (Somme théologique, I-II, q. 110, a. 3). Saint Léon le Grand en tire, dans son premier sermon sur la Nativité, que le Bréviaire lit aux Matines de Noël, le fameux appel : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité. » Notre page sur la grâce de Dieu expose cette doctrine.
Une foi qui agit. Saint Pierre ne laisse pas la foi seule : « appliquez-vous davantage à affermir par les bonnes œuvres votre vocation et votre élection ; car, en faisant cela, vous ne pécherez jamais » (1, 10). Le concile de Trente cite ce verset sous le nom du prince des Apôtres, dans son décret sur la justification (1547), contre ceux qui disaient la foi seule suffisante et les commandements impossibles à garder.
L'Écriture, l'Église et l'interprétation privée. « étant persuadés avant tout qu'aucune prophétie de l'Écriture ne s'explique par une interprétation particulière. » « Car ce n'est point par une volonté humaine que la prophétie a été autrefois apportée ; mais c'est inspirés par l'Esprit-Saint que les saints hommes de Dieu ont parlé » (1, 20-21).
Ces deux versets enseignent à la fois l'origine divine de l'Écriture et la règle de son interprétation : le sens de l'Écriture n'est pas abandonné au jugement de chacun, mais confié à l'Église que guide le même Esprit. L'avertissement de 3, 16 contre les ignorants qui « tordent le sens » des lettres de saint Paul va dans le même sens. Le concile de Trente défend d'interpréter l'Écriture contre le sens que tient et qu'a tenu la sainte Mère Église (session IV), et Léon XIII développe cet enseignement dans l'encyclique Providentissimus Deus (1893).
La Transfiguration. La preuve de la venue du Seigneur en puissance, pour saint Pierre, est ce qu'il a vu sur la sainte montagne, que la tradition situe au Thabor, scène racontée en Matthieu 17 : c'est « après avoir été les témoins oculaires de Sa majesté » qu'il prêche (1, 16). Les prophètes le confirment, « comme à une lampe qui luit dans un lieu obscur, jusqu'à ce que le jour vienne à paraître, et que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs » (1, 19).
Les fins dernières. Le chapitre 3 est le texte le plus net du Nouveau Testament sur la fin du monde par le feu et la création nouvelle, annoncée par Isaïe et montrée dans l'Apocalypse. Avec les anges réservés pour le jugement (2, 4), il enseigne que l'enfer est réel et le jugement certain ; voyez le Jugement dernier.
Chapitres et versets célèbres de la seconde épître de Pierre
- 2 P 1, 4 : « afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption de la concupiscence qui existe dans le monde ».
- 2 P 1, 5-7 : l'échelle qui monte de la foi à la charité, de vertu en vertu.
- 2 P 1, 17 : la voix du Père sur la sainte montagne : « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui Je Me suis complu ; écoutez-Le » (1, 17).
- 2 P 1, 20-21 : le texte classique sur l'inspiration de l'Écriture et son interprétation.
- 2 P 2, 22 : « Le chien est retourné à ce qu'il avait vomi ; et : La truie, après avoir été lavée, s'est vautrée dans la boue » (2, 22). Saint Pierre applique le proverbe de Proverbes 26 à ceux qui retombent dans les péchés qu'ils avaient quittés.
- 2 P 3, 8 : « devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour » (3, 8), écho du psaume 90 (89 de la Vulgate) : « mille ans sont à Vos yeux comme le jour d'hier qui n'est plus ».
- 2 P 3, 9 : « Le Seigneur ne retarde pas l'exécution de Sa promesse, comme quelques-uns le supposent ; mais Il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais que tous viennent à la pénitence. » La Vulgate dit ad poenitentiam reverti.
- 2 P 3, 10 : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; alors les cieux passeront avec un grand fracas, les éléments embrasés se dissoudront » (3, 10).
- 2 P 3, 18 : « Mais croissez dans la grâce dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » (3, 18), les derniers mots écrits que nous ayons de saint Pierre.
La seconde épître de Pierre dans le canon et dans la liturgie
La seconde épître de Pierre est l'un des livres du Nouveau Testament que certaines Églises ont d'abord discutés : la vieille version syriaque, la Peshitto, ne la contenait pas, et Tertullien comme saint Cyprien n'en parlent pas. Le doute fut levé au IVe siècle : le concile de Rome sous saint Damase (382), ceux d'Hippone (393) et de Carthage (397), puis celui de Florence, comptent deux épîtres de Pierre, et le concile de Trente, dans sa IVe session (1546), les nomme parmi les livres saints. Les Bibles protestantes l'ont aussi gardée, sous le même nom et avec les mêmes trois chapitres.
Dans le Missel romain de 1962, 2 P 1, 16-19 est l'épître de la fête de la Transfiguration, le 6 août, avec l'Évangile de saint Matthieu (17, 1-9). Au Bréviaire, l'épître est lue aux Matines du temps pascal, avec les autres épîtres catholiques. Retrouvez la fête dans notre calendrier liturgique et l'office du jour dans le Bréviaire.
Comment lire la seconde épître de Pierre
Lisez-la d'un trait, un quart d'heure suffit, puis un chapitre par jour. Lisez l'Épître de saint Jude à côté du chapitre 2, et le récit de la Transfiguration avant 1, 16-19. Gardez le latin sous les yeux : divinae consortes naturae (1, 4) et propria interpretatione (1, 20) portent la doctrine. Pour la vie et le martyre de l'Apôtre, voyez Saint Pierre et saint Paul, les deux colonnes de l'Église, et parcourez toute la Bible de Fillion dans cette liseuse.
Questions Fréquentes
Qui a écrit la seconde épître de Pierre ?
L'Église tient qu'elle est de saint Pierre l'Apôtre. La lettre nomme « Simon Pierre, serviteur et Apôtre de Jésus-Christ » (2 P 1, 1), se dit écrite par un témoin de la Transfiguration (1, 16-18), rappelle la prophétie du Christ sur la mort de Pierre (1, 14) et s'appelle « la seconde lettre » de l'Apôtre (3, 1). Discutée par quelques-uns au début, elle fut reçue par les Pères du IVe siècle, et saint Jérôme expliquait la différence de style par l'emploi d'interprètes différents.
Quand la seconde épître de Pierre a-t-elle été écrite ?
Peu avant le martyre de saint Pierre à Rome, comme il le dit lui-même : « je sais que je quitterai bientôt ma tente » (1, 14). Saint Jérôme place cette mort dans la quatorzième année de Néron, vers 67. La lettre suit donc de peu la première, écrite vers 63-64.
Que veut dire « participants de la nature divine » ?
En 2 P 1, 4, saint Pierre enseigne que, par les promesses du Christ, nous recevons une participation réelle à la vie divine : c'est la grâce sanctifiante. L'homme ne devient pas Dieu par nature, mais il est fait enfant de Dieu et rendu capable de Le connaître et de L'aimer comme Il se connaît et s'aime. Saint Thomas d'Aquin s'appuie sur ce verset pour définir la grâce.
Que signifie 2 Pierre 3, 8 : « un jour est comme mille ans » ?
Saint Pierre répond aux moqueurs qui trouvent que le Seigneur tarde à revenir. Dieu n'est pas mesuré par le temps : ce qui nous paraît long n'est rien devant Lui, comme le chantait déjà le psaume 89 de la Vulgate. Le verset ne donne pas une clef pour calculer la date de la fin du monde.
Que veut dire 2 Pierre 3, 9 ?
Le verset explique pourquoi le Christ n'est pas encore revenu : Dieu « use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais que tous viennent à la pénitence ». Le délai est une miséricorde, qui laisse aux pécheurs le temps de se convertir. Il montre que Dieu veut sincèrement le salut de tous, même si tous ne l'acceptent pas.
2 Pierre 3, 10 parle-t-il d'un « enlèvement » des chrétiens ?
Non. « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur » désigne le dernier jour : le retour visible du Christ, le jugement général et la fin de ce monde par le feu. L'Église n'a jamais enseigné d'enlèvement secret des fidèles avant ce jour ; le Christ revient une fois, dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, comme le professe le Credo.
Combien de chapitres compte la seconde épître de Pierre ?
Elle compte 3 chapitres et 61 versets, dans la Vulgate comme dans les bibles modernes. Le verset souvent cherché sur les soucis à décharger sur Dieu appartient à la première épître (1 P 5, 7). Les trois chapitres se lisent dans la grille ci-dessus et dans l'application Bible catholique d'Iter Fidei.
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