La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
La Première Épître de saint Jean
La Première Épître de saint Jean est la méditation du disciple bien-aimé au soir de sa vie : Dieu est lumière, Dieu est amour, confessons nos péchés, aimons-nous en actes et en vérité. Ses cinq chapitres sont rangés ci-dessous, dans la traduction de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate ; le guide qui suit en donne l'auteur, le plan et la lecture catholique.
Lire 1 Jean : 5 chapitres
La Première Épître de saint Jean, Epistola I beati Joannis dans la Vulgate, est la plus longue des trois lettres que l'Apôtre a laissées, avant la brève Seconde Épître et la Troisième Épître de saint Jean. Elle se lit comme la parole d'un vieillard à ses « petits enfants ». Deux phrases la portent tout entière : « Dieu est lumière » (1 Jn 1, 5) et « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8). Saint Jean y confirme les deux grands mystères de la foi, la Trinité et l'Incarnation du Fils de Dieu, et en tire toute la vie chrétienne : marcher dans la lumière, garder les commandements, s'aimer les uns les autres.
Qui a écrit la première épître de Jean ?
L'Église l'a toujours reçue comme l'œuvre de saint Jean l'Apôtre, fils de Zébédée, le disciple que Jésus aimait, auteur de l'Évangile selon saint Jean et de l'Apocalypse. La lettre ne donne pas son nom, mais elle s'ouvre sur le témoignage d'un témoin oculaire : « Ce qui était au commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de vie » (1 Jn 1, 1), écho direct du prologue de l'Évangile.
Les Pères. Saint Polycarpe de Smyrne, disciple de l'Apôtre, reprend dans sa Lettre aux Philippiens (7) la sentence de 1 Jn 4, 3 : quiconque ne confesse pas que Jésus-Christ est venu dans la chair est un antéchrist. Eusèbe rapporte que Papias d'Hiérapolis se servait de témoignages tirés de la première épître de Jean (Histoire ecclésiastique, III, 39). Saint Irénée, puis le Canon de Muratori, Clément d'Alexandrie et Tertullien la citent comme de Jean.
La lettre elle-même. La parenté avec le quatrième Évangile saute aux yeux : la lumière et les ténèbres, la vérité et le mensonge, la vie, l'amour, le commandement nouveau, « demeurer » en Dieu, « vaincre le monde ». Beaucoup d'exégètes modernes attribuent les écrits johanniques à une « école » ou à un disciple de l'Apôtre ; la tradition de l'Église y lit l'Apôtre lui-même.
Quand et pour qui la première épître de Jean a-t-elle été écrite ?
À la fin du Ier siècle, très probablement à Éphèse, où saint Jean vécut ses dernières années ; saint Irénée dit qu'il y demeura jusqu'au temps de Trajan, empereur en 98. Rien de certain ne peut être fixé, mais les commentateurs la placent dans les dernières années du siècle, après l'Évangile.
Elle s'adresse aux chrétiens des Églises que saint Jean gouvernait en Asie Mineure, autour d'Éphèse, la région des sept Églises de l'Apocalypse. Il les appelle « mes petits enfants » et s'adresse tour à tour aux pères, aux jeunes gens et aux enfants (1 Jn 2, 12-14). Saint Augustin et d'autres auteurs latins l'appellent « épître aux Parthes », nom dont l'origine reste obscure.
Il écrit pour deux raisons. D'abord contre de faux docteurs qui « sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres » (2, 19) et nient que Jésus-Christ soit venu dans la chair : on pense à Cérinthe, qui séparait Jésus du Christ, et aux docètes, pour qui le Fils de Dieu n'avait qu'une apparence de corps. Ensuite pour affermir les fidèles : « afin que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous, et que notre communion soit avec le Père, et avec Son Fils Jésus-Christ » (1, 3).
De quoi parle la première épître de Jean ? Résumé des 5 chapitres
Saint Jean revient sur les mêmes vérités en cercles qui s'élargissent ; on peut pourtant suivre la lettre en cinq étapes.
Prologue : la parole de vie (1, 1-4)
L'Apôtre atteste la Vie éternelle « qui était auprès du Père et qui nous est apparue », pour que ses lecteurs entrent dans sa communion avec le Père et le Fils, « et que votre joie soit parfaite » (1, 4).
Dieu est lumière : marcher dans la lumière (1, 5 à 2, 29)
Puisque Dieu est lumière, on ne peut se dire en communion avec Lui et marcher dans les ténèbres ; mais nul ne peut se dire sans péché, et « si nous confessons nos péchés, Il est fidèle et juste, pour nous remettre nos péchés » (1, 9). Le Christ est « un avocat auprès du Père », et « une propitiation pour nos péchés ; et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (2, 2).
On Le connaît en gardant Ses commandements, surtout celui de l'amour, ancien et nouveau à la fois (2, 7-8). Puis l'avertissement : « N'aimez pas le monde » (2, 15). C'est « la dernière heure », plusieurs antéchrists sont sortis (2, 18), mais les fidèles sont gardés par l'onction reçue de Celui qui est Saint (2, 20) et par ce qu'ils ont entendu dès le commencement.
Enfants de Dieu : la justice et l'amour fraternel (chapitre 3)
« Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu et que nous le soyons en effet » (3, 1). Les enfants de Dieu pratiquent la justice ; « celui qui commet le péché est enfant du diable », et « le Fils de Dieu a paru : c'est pour détruire les œuvres du diable » (3, 8). Caïn est la figure de la haine, lui qui tua son frère (Gn 4, 8) : « Quiconque hait son frère est un homicide » (3, 15). L'amour vrai donne sa vie et ouvre la main au frère dans le besoin (3, 17).
Dieu est amour : éprouver les esprits (chapitre 4)
« Ne croyez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour voir s'ils sont de Dieu » (4, 1) : l'esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu ; celui qui « divise Jésus » est l'esprit de l'antéchrist. Puis le sommet de la lettre : Dieu est amour. Il a envoyé Son Fils unique (4, 9), « c'est Lui qui nous a aimés le premier » (4, 10), et « l'amour parfait bannit la crainte » (4, 18). Nul ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas s'il hait le frère qu'il voit.
La foi victorieuse du monde (chapitre 5)
Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu, et « ce qui remporte la victoire sur le monde, c'est notre foi » (5, 4). Le Christ « est venu par l'eau et par le sang » (5, 6), et trois rendent témoignage. La lettre s'achève sur la confiance dans la prière, la distinction du péché « qui ne va pas à la mort » et du péché « qui va à la mort » (5, 16), la profession de foi « C'est Lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle » (5, 20), et un dernier mot : « Mes petits enfants, gardez-vous des idoles » (5, 21).
Les grands thèmes et la lecture catholique
Dieu est amour. Deus caritas est (4, 8 et 4, 16) : c'est ce que l'Écriture dit de plus profond sur Dieu. Fillion traduit « amour », la Vulgate dit caritas, la charité, cet amour surnaturel que Dieu répand dans l'âme avec la grâce et qui est la reine des vertus théologales. Saint Augustin a prêché dix homélies sur cette épître pendant l'octave de Pâques, et c'est dans la septième qu'il donne sa célèbre règle : « Aime, et fais ce que tu veux », c'est-à-dire : que la racine de tes actes soit la charité, et rien de mauvais n'en sortira.
La confession des péchés. « Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est point en nous » (1, 8) : le verset répond à toute prétention d'être sans péché en cette vie. Quand saint Jean dit ailleurs que celui qui est né de Dieu « ne commet pas de péché » (3, 9), la tradition l'entend du péché mortel, qui chasse la vie divine. « Si nous confessons nos péchés » (1, 9) se lit avec le pouvoir donné aux Apôtres : « Les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettrez » (Jn 20, 23), où le concile de Trente reconnaît l'institution du sacrement de Pénitence (session XIV). Notre guide Comment se confesser en donne la pratique.
La foi qui agit par l'amour. Saint Jean unit sans cesse croire et faire : « Celui qui pratique la justice est juste » (3, 7) ; « l'amour pour Dieu consiste en ce que nous gardions Ses commandements ; et Ses commandements ne sont pas pénibles » (5, 3). Le concile de Trente cite ce dernier verset pour enseigner que le juste peut, avec la grâce, garder la loi de Dieu : c'est aussi la doctrine de l'Épître de saint Jacques.
Le monde et ses trois convoitises. « Car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, et concupiscence des yeux, et orgueil de la vie » (2, 16). Saint Thomas d'Aquin ramène à ces trois convoitises toutes les causes du péché (Somme théologique, I-II, q. 77, a. 5), et la tradition y voit la racine des sept péchés capitaux.
L'Incarnation et l'antéchrist. Le critère de tout esprit est la confession « que Jésus-Christ est venu en chair » (4, 2). Les épîtres de saint Jean sont les seuls livres de l'Écriture qui emploient le mot « antéchrist » : elles parlent des nombreux antéchrists déjà à l'œuvre, précurseurs de celui « dont vous avez entendu dire qu'il vient ».
Chapitres et versets célèbres de la première épître de Jean
- 1 Jn 1, 7 : « Mais si nous marchons dans la lumière, comme Il est Lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus-Christ Son Fils nous purifie de tout péché » (1, 7).
- 1 Jn 2, 17 : « Or le monde passe, et sa concupiscence avec lui ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (2, 17).
- 1 Jn 3, 2 : « nous serons semblables à Lui, parce que nous Le verrons tel qu'Il est » (3, 2), le grand texte de la vision béatifique.
- 1 Jn 3, 16 et 3, 18 : « A ceci nous avons connu l'amour de Dieu : c'est qu'Il a donné Sa vie pour nous ; et nous devons aussi donner notre vie pour nos frères » (3, 16) ; « Mes petits enfants, n'aimons pas en paroles ni avec la langue, mais par les actes et en vérité » (3, 18).
- 1 Jn 3, 20 : « car, si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur, et Il connaît toutes choses » (3, 20), verset de paix pour les âmes scrupuleuses.
- 1 Jn 4, 4 : « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (4, 4).
- 1 Jn 4, 16 : « Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui » (4, 16).
- 1 Jn 4, 19-20 : « Nous donc, aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier » (4, 19) ; « Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur » (4, 20).
- 1 Jn 5, 14 : « quoi que nous Lui demandions selon Sa volonté, Il nous exauce » (5, 14).
- 1 Jn 5, 7-8, les trois témoins : « Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le Ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois sont un » (5, 7). Ce verset, appelé « comma johannique », figure dans la Vulgate clémentine et chez Fillion, mais manque dans les plus anciens manuscrits grecs ; le IVe concile du Latran (1215) l'a cité. Le Saint-Office déclara en 1897 qu'on ne pouvait en nier sûrement l'authenticité, puis précisa en 1927 que les savants catholiques pouvaient étudier la question, sous le jugement de l'Église. La doctrine qu'il énonce est la foi de l'Église en la Sainte Trinité.
La première épître de Jean dans le canon et dans la liturgie
L'épître n'a jamais été mise en doute : Eusèbe la range parmi les livres reçus de tous, les conciles d'Hippone (393), de Carthage (397) et de Florence comptent trois épîtres de Jean, et le concile de Trente, dans sa IVe session (1546), les nomme parmi les livres saints. Elle porte le même nom et les mêmes cinq chapitres dans les Bibles catholiques et protestantes.
Le Missel romain de 1962 en lit plusieurs passages. Le dimanche in albis, octave de Pâques, a pour épître 5, 4-10 : « ce qui remporte la victoire sur le monde, c'est notre foi ». La messe du Ier dimanche après la Pentecôte, dite les jours de semaine après la Trinité, lit 4, 8-21, « Dieu est amour » ; le IIe dimanche après la Pentecôte, 3, 13-18 : « Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait ». Au Bréviaire, l'épître est lue aux Matines du temps pascal avec les autres épîtres catholiques. Saint Jean est fêté le 27 décembre ; suivez ces jours dans notre calendrier liturgique.
Comment lire la première épître de Jean
Lisez-la d'abord d'une seule traite, puis à côté de l'Évangile selon saint Jean, surtout du discours après la Cène qui commence au chapitre 13, où fut donné le commandement nouveau. Prenez ensuite un chapitre par jour, le latin en regard. Avant la confession, priez le chapitre 1 ; dans la crainte ou le scrupule, le chapitre 4. Toute la Bible de Fillion se lit dans cette liseuse.
Questions Fréquentes
Qui a écrit la première épître de Jean ?
Saint Jean l'Apôtre, fils de Zébédée, le disciple bien-aimé, qui a aussi écrit le quatrième Évangile et l'Apocalypse. L'auteur se présente comme un témoin qui a vu et touché « la parole de vie », et les Pères, depuis saint Polycarpe, Papias et saint Irénée, ont reçu la lettre comme la sienne. Des exégètes modernes l'attribuent à un cercle johannique, mais la tradition de l'Église la tient pour l'œuvre de l'Apôtre.
Quand la première épître de Jean a-t-elle été écrite ?
À la fin du Ier siècle, à Éphèse, probablement vers 95-100, après l'Évangile de saint Jean. Saint Irénée atteste que l'Apôtre vécut en Asie jusqu'au règne de Trajan. Rien de plus précis n'est connu.
Que veut dire « Dieu est amour » (1 Jean 4, 8) ?
Saint Jean ne dit pas seulement que Dieu aime, mais que Son être même est amour : le Père, le Fils et le Saint-Esprit vivent d'un éternel don mutuel. Cet amour s'est manifesté quand Dieu a envoyé Son Fils unique comme propitiation pour nos péchés (4, 9-10). La conséquence est immédiate : celui qui n'aime pas son frère ne connaît pas Dieu.
Que signifie 1 Jean 1, 9 : « si nous confessons nos péchés » ?
Dieu, fidèle à Sa promesse, pardonne à ceux qui avouent humblement leurs fautes et les purifie de toute iniquité. L'Église lit ce verset avec le pouvoir de remettre les péchés que le Christ a donné aux Apôtres (Jn 20, 23), exercé dans le sacrement de Pénitence. Il rappelle aussi que personne ne peut se dire sans péché (1, 8).
Que veut dire « l'amour parfait bannit la crainte » (1 Jean 4, 18) ?
L'amour parfait chasse la crainte servile, celle qui redoute le châtiment plus que l'offense de Dieu, et la crainte anxieuse qui désespère de Sa miséricorde. Il n'exclut pas la crainte filiale, qui est un don du Saint-Esprit et que l'Écriture recommande souvent. Plus l'âme aime, plus elle a d'assurance pour le jour du jugement (4, 17).
Qu'est-ce que le péché « qui va à la mort » (1 Jean 5, 16) ?
Saint Jean demande de prier pour le frère qui commet un péché « qui ne va pas à la mort », et ne dit pas de prier pour celui qui va à la mort. Les commentateurs l'entendent communément de l'apostasie obstinée et de l'impénitence finale, qui refusent le pardon lui-même. Saint Jean ne dit pas que ce péché ne peut être pardonné : aucun pécheur ne doit désespérer tant qu'il vit.
Qu'est-ce que l'antéchrist selon saint Jean ?
Saint Jean est le seul auteur de l'Écriture qui emploie ce mot : est antéchrist celui qui « nie que Jésus est le Christ » et « nie le Père et le Fils » (2, 22), ou qui ne confesse pas Jésus-Christ venu en chair. Il en voit déjà plusieurs à l'œuvre, précurseurs de celui qui doit venir à la fin des temps.
Combien de chapitres compte la première épître de Jean ?
Elle compte 5 chapitres et 105 versets, dans la Vulgate comme dans les bibles modernes. Chacun se lit dans la grille ci-dessus et dans l'application Bible catholique d'Iter Fidei.
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