La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
L'Épître de saint Jude
L'Épître de saint Jude, apôtre et frère de saint Jacques, est un seul chapitre pressant qui appelle les fidèles à combattre pour la foi transmise une fois pour toutes aux saints, avec ses lignes célèbres sur saint Michel et sur la prophétie d'Hénoch. Ses vingt-cinq versets sont ci-dessous, dans la traduction de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate ; le guide qui suit l'explique verset par verset.
Lire Jude : un chapitre
L'Épître de saint Jude, Epistola catholica beati Judae dans la Vulgate, tient en un chapitre de vingt-cinq versets, et compte parmi les pages les plus vigoureuses du Nouveau Testament. Son auteur voulait écrire sur « votre salut commun », mais il s'est trouvé dans la nécessité de sonner l'alarme : des impies se sont glissés dans l'Église, et les fidèles doivent « combattre pour la foi qui a été une fois pour toutes transmise aux saints » (Jude 3).
En quelques lignes, il rassemble les châtiments de l'Ancien Testament, la dispute de saint Michel avec le diable et la prophétie d'Hénoch, et il termine par l'une des plus belles doxologies de l'Écriture. C'est la dernière des sept épîtres catholiques, juste avant l'Apocalypse ; sa plus proche parente est la Seconde Épître de saint Pierre, dont le chapitre 2 parcourt le même terrain.
Qui a écrit l'épître de Jude ?
Saint Jude l'Apôtre, appelé aussi Thaddée : Jude et Thaddée sont deux noms d'un même apôtre. La lettre commence ainsi : « Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques, à ceux qui sont aimés en Dieu le Père, gardés et appelés par Jésus-Christ » (v. 1).
Parmi les Douze, saint Luc nomme « Jude frère de Jacques » (Lc 6, 16 ; Ac 1, 13), que saint Matthieu et saint Marc appellent Thaddée. Saint Jean rapporte sa question à la Cène : « Judas, non pas l'Iscariote, Lui dit : Seigneur, d'où vient que Vous Vous manifesterez à nous, et non pas au monde ? » (Jn 14, 22). Le Jacques dont il se réclame est celui de Jérusalem, « le frère du Seigneur », auteur de l'Épître de saint Jacques, que les interprètes catholiques identifient à saint Jacques le Mineur. Jude appartenait donc aux « frères » du Seigneur, c'est-à-dire à Ses proches parents, nommés ensemble en saint Matthieu : « Et Jacques, Joseph, Simon et Jude ne sont-ils pas Ses frères ? » (Mt 13, 55).
Le Canon de Muratori, à Rome vers 170, compte déjà l'épître de Jude parmi les livres reçus. Tertullien en appelle à elle à propos d'Hénoch (De la toilette des femmes, I, 3) ; Clément d'Alexandrie l'a commentée ; Origène la loue comme une lettre de peu de lignes, mais pleine des paroles fortes de la grâce céleste. Saint Jérôme rapporte la seule objection et la réponse : beaucoup la rejetaient parce qu'elle cite le livre d'Hénoch, mais l'ancienneté et l'usage lui ont acquis l'autorité, et elle est comptée parmi les saintes Écritures (Des hommes illustres, 4). Beaucoup d'exégètes modernes distinguent le Jude « frère du Seigneur » de l'apôtre Jude Thaddée, et certains placent la lettre après le temps des Apôtres ; l'Église la reçoit comme l'œuvre de l'Apôtre.
Quand et pour qui l'épître de Jude a-t-elle été écrite ?
L'année exacte est inconnue. On place d'ordinaire la lettre avant 70, et souvent vers 62-65 : un auteur qui énumère les châtiments de Dieu pour des lecteurs nourris de l'Ancien Testament aurait difficilement passé sous silence la ruine de Jérusalem, et la Seconde Épître de saint Pierre semble reprendre son texte.
Elle s'adresse « à ceux qui sont aimés en Dieu le Père, gardés et appelés par Jésus-Christ », une communauté précise menacée par de faux docteurs. Ses nombreuses allusions à l'histoire et aux traditions juives font penser à des chrétiens d'origine juive, de Palestine ou des pays voisins. L'occasion est claire : des impies « qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution, et qui renient notre seul maître et Seigneur Jésus-Christ » (v. 4).
De quoi parle l'épître de Jude ? Résumé verset par verset
Salut et raison de la lettre (versets 1 à 4)
Saint Jude salue ses lecteurs : « Que la miséricorde, la paix et la charité soient multipliées en vous » (v. 2). Il explique pourquoi il écrit : la foi transmise aux saints doit être défendue, car « il s'est glissé parmi vous certains hommes, depuis longtemps désignés pour la condamnation ».
Les châtiments de Dieu et les faux docteurs (versets 5 à 16)
Trois exemples de jugement viennent d'abord (v. 5-7) : le peuple délivré d'Égypte, puis frappé pour son incrédulité ; « les anges qui n'ont pas conservé leur dignité, mais qui ont abandonné leur propre demeure », réservés pour le jugement du grand jour (v. 6) ; Sodome et Gomorrhe, « subissant la peine du feu éternel » (v. 7), comme le raconte le chapitre 19 de la Genèse. À ces hommes qui méprisent l'autorité, saint Jude oppose la retenue de l'archange Michel (v. 9).
Puis vient la triple malédiction : « Malheur à eux ! car ils ont suivi la voie de Caïn ; ils se sont jetés, pour un salaire, dans l'erreur de Balaam, et ils ont péri dans la rébellion de Coré » (v. 11) : Caïn, le premier meurtrier, Balaam le devin vénal, Coré le révolté contre Moïse et Aaron, que la terre engloutit (Nb 16). Suivent cinq images tirées de la nature : « nuées sans eau, emportées çà et là par les vents ; arbres d'automne, sans fruits, deux fois morts, déracinés » (v. 12), « vagues furieuses de la mer », « astres errants, auxquels une tempête ténébreuse est réservée pour l'éternité » (v. 13). Hénoch, « le septième patriarche depuis Adam », avait déjà annoncé leur jugement (v. 14-15).
L'exhortation aux fidèles (versets 17 à 23)
Les fidèles doivent se rappeler la prophétie des Apôtres : « au dernier temps il viendra des moqueurs, qui marcheront dans l'impiété, suivant leurs convoitises » (v. 18). Les faux docteurs « se séparent eux-mêmes, êtres sensuels, n'ayant pas l'esprit » (v. 19). Les fidèles, eux, bâtissent sur leur sainte foi, prient « par l'Esprit-Saint » (v. 20), se gardent « dans l'amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ, pour obtenir la vie éternelle » (v. 21), et traitent avec sagesse ceux qui s'égarent, les retirant du feu (v. 22-23).
La doxologie (versets 24 et 25)
La lettre s'achève en louange à « Celui qui est puissant pour vous conserver sans péché, et pour vous faire comparaître devant Sa gloire irréprochables et dans l'allégresse » (v. 24).
Les grands thèmes et la lecture catholique
La foi transmise une fois pour toutes. Le mot clé de l'épître est au verset 3 : la foi « une fois pour toutes transmise aux saints », semel traditae sanctis fidei dans la Vulgate. La foi est un dépôt, livré une fois, et la part du chrétien est de le garder. Saint Paul dit la même chose à Timothée : « O Timothée, garde le dépôt, en évitant les profanes nouveautés de paroles » (1 Tm 6, 20). Le concile du Vatican (1870) enseigne que la doctrine de la foi a été confiée comme un dépôt divin à l'Épouse du Christ, pour être fidèlement gardée et infailliblement déclarée (Dei Filius, chapitre 4).
Les anges, le jugement et l'enfer. Saint Jude parle de la chute des anges qui « n'ont pas conservé leur dignité », c'est-à-dire leur rang premier, et de l'humilité de saint Michel, qui reprend la parole de Zacharie : « Que le Seigneur te réprime, Satan ! » (Za 3, 2). Michel est le grand prince du livre de Daniel et le vainqueur du dragon dans l'Apocalypse ; voyez notre page sur saint Michel archange et sur les anges et leurs neuf chœurs. Le « feu éternel » de Sodome et la « tempête ténébreuse » réservée « pour l'éternité » sont parmi les témoignages les plus nets du Nouveau Testament sur la réalité et l'éternité de la peine.
La prière et la miséricorde. Les versets 20 et 21 nomment ensemble l'Esprit-Saint, Dieu et Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec la foi, la prière, la charité et l'espérance : tout l'édifice spirituel. Les versets 22 et 23 donnent une règle de correction fraternelle : reprendre les obstinés, arracher au feu ceux qui sont en danger, avoir pour les faibles « une pitié mêlée de crainte », tout en haïssant « jusqu'à la tunique souillée par la chair », c'est-à-dire le péché et ce qui y entraîne.
Saint Michel et le corps de Moïse (verset 9)
« Cependant l'Archange Michel, lorsqu'il discutait avec le diable, lui disputant le corps de Moïse, n'osa pas porter contre lui un jugement injurieux ; mais dit : Que le Seigneur te réprime ! » L'Ancien Testament dit seulement de la sépulture de Moïse que « personne jusqu'à ce jour n'a connu le lieu de sa sépulture » (Dt 34, 6). Le combat de l'archange est connu par une tradition juive : Origène (Des principes, III, 2, 1) le rattache à un écrit appelé l'Assomption de Moïse. La leçon est claire : si l'archange lui-même ne maudit pas le démon mais s'en remet au jugement de Dieu, combien moins l'homme doit-il insulter les autorités.
L'épître de Jude cite-t-elle le livre d'Hénoch ?
Hénoch est le patriarche de la Genèse qui « marcha avec Dieu, et il ne parut plus, parce que Dieu l'enleva » (Gn 5, 24) ; l'Ecclésiastique dit qu'il « a été transporté dans le paradis » (44, 16), et l'Épître aux Hébreux qu'il fut enlevé « pour ne pas voir la mort » (11, 5). Les versets 14 et 15 de Jude rapportent de lui une prophétie que l'Ancien Testament ne contient pas : « Voici, le Seigneur est venu avec Ses saintes myriades », « pour exercer un jugement contre tous ». On la retrouve, avec de petites différences, au début du livre juif apocryphe d'Hénoch (1 Hénoch 1, 9), écrit avant l'ère chrétienne.
Beaucoup de commentateurs catholiques y voient une citation libre de ce livre ; d'autres pensent que la prophétie était connue par la tradition. Dans les deux cas, saint Jude ne cite pas Hénoch comme un livre canonique. Saint Augustin pose la limite : on ne peut nier qu'Hénoch ait laissé quelque écrit divin, puisque l'apôtre Jude l'affirme dans son épître canonique, mais les livres qui circulent sous son nom sont à bon droit écartés du canon, leur origine étant douteuse et leur contenu mêlé de fables (La Cité de Dieu, XV, 23). L'écrivain inspiré garantit la prophétie qu'il rapporte, non le livre entier, comme saint Paul cite un poète païen à Athènes. Le livre d'Hénoch ne fait pas partie de la Bible catholique.
L'épître de Jude dans le canon et dans la liturgie
L'épître de Jude fut parmi les livres d'abord discutés dans quelques Églises, à cause de la citation d'Hénoch : Eusèbe la range parmi les livres contestés mais reçus du grand nombre, et la vieille version syriaque l'omettait. Le concile de Rome sous saint Damase (382), ceux d'Hippone (393) et de Carthage (397), puis celui de Florence, reçoivent une épître de Jude, et le concile de Trente, dans sa IVe session (1546), la définit sacrée et canonique. Les Bibles protestantes la gardent aussi.
Saint Simon et saint Jude sont fêtés ensemble le 28 octobre ; selon la tradition que rapporte le Bréviaire romain, saint Jude prêcha en Mésopotamie et saint Simon en Égypte, puis ils se rejoignirent en Perse, où ils subirent ensemble le martyre. Au Bréviaire, l'épître est lue aux Matines du temps pascal avec les autres épîtres catholiques. Vous trouverez la fête dans notre calendrier liturgique, et vous pouvez vous y préparer par la neuvaine à saint Jude, le patron des causes désespérées.
Comment lire l'épître de Jude
Lisez-la d'une traite, puis à côté du chapitre 2 de la Seconde Épître de saint Pierre, et cherchez dans la Genèse et les Nombres les histoires que Jude suppose connues : Caïn, Sodome, Balaam, la révolte de Coré. Gardez le latin à côté du français : supercertari semel traditae sanctis fidei (v. 3) et Imperet tibi Dominus (v. 9) méritent d'être appris par cœur. Toute la Bible de Fillion se lit dans cette liseuse.
Questions Fréquentes
Qui a écrit l'épître de Jude ?
L'Église tient qu'elle a été écrite par saint Jude l'Apôtre, appelé aussi Thaddée, qui se présente comme « serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques » (v. 1). Il était l'un des Douze et le frère de saint Jacques le Mineur, parent du Seigneur. Les Pères l'ont reçue, et le concile de Trente l'a définie canonique.
Saint Jude est-il Judas Iscariote ?
Non. L'auteur est saint Jude Thaddée, l'apôtre fidèle que saint Jean distingue expressément : « Judas, non pas l'Iscariote » (Jn 14, 22), et que saint Luc appelle « Jude frère de Jacques ». Judas Iscariote trahit le Seigneur et mourut avant la Pentecôte ; saint Jude prêcha l'Évangile et mourut martyr, selon la tradition, avec saint Simon.
Quand l'épître de Jude a-t-elle été écrite ?
La date exacte est inconnue. On la place d'ordinaire avant 70, souvent vers 62-65, car elle ne dit rien de la ruine de Jérusalem.
Quel est le message de l'épître de Jude ?
Garder intacte la foi reçue des Apôtres. Saint Jude avertit que les faux docteurs qui changent la grâce en licence seront jugés comme le furent Israël au désert, les anges rebelles et Sodome. Les fidèles doivent bâtir sur leur foi, prier dans l'Esprit-Saint, se garder dans l'amour de Dieu et faire miséricorde à ceux qui sont en danger.
Que signifie la dispute de saint Michel pour le corps de Moïse ?
Au verset 9, saint Jude rapporte une tradition juive selon laquelle l'archange Michel disputa au diable le corps de Moïse, dont la sépulture est restée cachée (Dt 34, 6). Michel ne maudit pas le démon mais dit : « Que le Seigneur te réprime ! » La leçon vise les faux docteurs qui insultent les autorités sans retenue.
Pourquoi l'épître de Jude cite-t-elle Hénoch ?
Aux versets 14 et 15, saint Jude rapporte une prophétie d'Hénoch qu'on lit aussi dans le livre apocryphe d'Hénoch. Il ne fait pas de ce livre une Écriture : il garantit seulement la vérité de la prophétie qu'il cite, comme l'explique saint Augustin. Le livre d'Hénoch n'appartient pas à la Bible catholique.
Combien de chapitres compte l'épître de Jude ?
Un seul, de 25 versets ; on cite donc « Jude 3 » ou « Jude 1, 3 ». Avec Abdias, l'Épître à Philémon et les deuxième et troisième épîtres de Jean, c'est l'un des livres de la Bible à chapitre unique. Le texte complet se lit ci-dessus et dans l'application Bible catholique d'Iter Fidei.
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