La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
La Seconde Épître de saint Jean
La Seconde Épître de saint Jean tient en treize versets : une lettre de « l'ancien » à « la dame élue et à ses enfants », qui unit la vérité et l'amour et met en garde contre les séducteurs qui nient le Christ venu en chair. Son chapitre unique est ci-dessous, dans la traduction de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate ; le guide qui suit l'explique verset par verset.
Lire 2 Jean : un chapitre
La Seconde Épître de saint Jean est un seul chapitre de treize versets, que l'on lit en trois minutes sur la page de 2 Jean. Elle se tient entre la longue Première Épître de saint Jean et sa jumelle, la Troisième Épître, et dit en raccourci ce que saint Jean dit partout : le commandement est que nous nous aimions les uns les autres, et il n'y a pas d'amour vrai hors de la vérité sur Jésus-Christ. Le mot « vérité » revient dans chacun de ses quatre premiers versets.
Qui a écrit la deuxième épître de Jean ?
L'Église l'a reçue comme l'œuvre de saint Jean l'Apôtre, le disciple bien-aimé. Il ne donne pas son nom, mais un titre : « L'ancien » (2 Jn 1), Senior dans la Vulgate, presbyteros en grec. Le titre convient au dernier survivant des Douze, vénéré de toutes les Églises d'Asie, qui pouvait écrire à une communauté sans autre présentation.
Le témoignage de la lettre. Elle parle la langue de l'Évangile et de la première épître. « Non comme si je t'écrivais un commandement nouveau, mais d'après celui que nous avons reçu dès le commencement, que nous nous aimions les uns les autres » (v. 5) reprend 1 Jean 2, 7 et la parole de la Cène : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres » (Jn 13, 34). Les séducteurs « qui ne confessent point Jésus-Christ venu en chair » (v. 7) sont ceux que démasque 1 Jean 4.
Le témoignage des Pères. Saint Irénée cite les versets 10 et 11 comme paroles de « Jean, disciple du Seigneur » (Contre les hérésies, I, 16, 3), et les versets 7 et 8 comme tirés de son épître. Le Canon de Muratori connaît deux épîtres de Jean, Clément d'Alexandrie a commenté celle-ci, et Origène connaissait les deux petites lettres.
Eusèbe les rangeait pourtant parmi les écrits discutés, ne sachant s'il fallait les attribuer à l'évangéliste ou à un homonyme (Histoire ecclésiastique, III, 25), et saint Jérôme rapporte que certains les donnaient à un « Jean le prêtre » dont on montrait le tombeau à Éphèse. Jérôme lui-même les reçoit sans hésiter comme Écriture. Beaucoup d'exégètes modernes distinguent ce « presbytre » de l'Apôtre ; la tradition de l'Église lit dans les trois épîtres la voix de saint Jean.
Quand la deuxième épître de Jean a-t-elle été écrite ?
La lettre ne donne aucune date. La tradition place les trois épîtres de saint Jean à la fin de sa longue vie, dans les dernières années du Ier siècle, à Éphèse ou dans les environs. Rien de plus précis n'est connu.
L'occasion est claire. Des docteurs itinérants se répandaient en Asie, niant la vraie humanité du Fils de Dieu ou séparant Jésus du Christ. Saint Irénée raconte que saint Jean, voyant l'hérétique Cérinthe dans les bains d'Éphèse, en sortit sans s'être baigné, de crainte que l'édifice ne s'écroule sur l'ennemi de la vérité (Contre les hérésies, III, 3, 4). La lettre est dirigée contre ces mêmes erreurs, celles des docètes et des premiers gnostiques.
Qui est la dame élue de la deuxième épître de Jean ?
La lettre s'ouvre ainsi : « L'ancien, à la dame élue et à ses enfants, que j'aime véritablement » (v. 1) ; la Vulgate dit Electae dominae, et natis ejus. Le grec peut se lire « la dame élue », « la dame Électa » ou « l'élue Kyria », ou encore comme le nom d'une Église. Les interprètes catholiques tiennent deux opinions.
Une chrétienne et sa famille. Beaucoup y voient une femme réelle, éminente par sa piété et sa charité, dont les enfants marchent dans la vérité. Clément d'Alexandrie la nomme même Électa.
Une Église et ses fidèles. D'autres lisent dans la « dame » une Église locale et dans ses « enfants » ses fidèles. La finale va dans ce sens : « Les enfants de ta sœur Élue te saluent » (v. 13), c'est-à-dire les fidèles de l'Église où écrit saint Jean. La lettre passe d'ailleurs du « tu » au « vous » comme si elle s'adressait à une communauté, et saint Pierre appelle de même une Église « élue » : « L'église élue comme vous qui est à Babylone vous salue » (1 P 5, 13).
L'Église n'a pas tranché. Dans les deux cas, la lettre s'adresse à une maison de la foi, une mère et ses enfants qui marchent dans la vérité.
De quoi parle la deuxième épître de Jean ? Résumé verset par verset
Salut : aimer dans la vérité (versets 1 à 3)
L'ancien aime la dame et ses enfants « véritablement, et non pas moi seul, mais aussi tous ceux qui connaissent la vérité », « à cause de la vérité qui demeure en nous, et qui sera avec nous éternellement » (v. 2). Le souhait unit les deux mots de toute la lettre : grâce, miséricorde et paix de la part du Père et de « Jésus-Christ, Fils du Père, dans la vérité et la charité » (v. 3).
Le commandement de l'amour (versets 4 à 6)
« J'ai éprouvé une grande joie à trouver quelques-uns de tes enfants marchant dans la vérité » (v. 4). Saint Jean ne donne pas de loi nouvelle, mais l'ancienne, « que nous nous aimions les uns les autres », et il la définit : « Et l'amour consiste en ceci : que nous marchions selon Ses commandements » (v. 6). L'amour est obéissance, comme l'avait dit le Seigneur : « Si vous gardez Mes commandements, vous demeurerez dans Mon amour » (Jn 15, 10).
Les séducteurs et l'antéchrist (versets 7 à 11)
Vient l'avertissement : « Car de nombreux séducteurs se sont répandus dans le monde, qui ne confessent point Jésus-Christ venu en chair. Un tel homme est un séducteur et un antéchrist » (v. 7). Les fidèles doivent veiller sur eux-mêmes, « afin de ne pas perdre le fruit de votre travail, mais de recevoir une récompense pleine » (v. 8). Qui ne demeure pas dans la doctrine du Christ n'a pas Dieu ; qui y demeure « a le Père et le Fils » (v. 9). Le docteur qui apporte une autre doctrine ne doit donc être ni reçu à la maison ni salué (v. 10-11).
Adieu (versets 12 et 13)
« Quoique j'eusse plusieurs choses à vous écrire, je n'ai pas voulu le faire avec du papier et de l'encre ; car j'espère aller auprès de vous et vous entretenir de vive voix, afin que votre joie soit pleine » (v. 12). La Troisième Épître se termine presque dans les mêmes termes (3 Jn 13-14).
Les grands thèmes et la lecture catholique
La vérité et l'amour ne font qu'un. Saint Jean n'oppose jamais l'amour à la doctrine. L'amour qu'il commande est « dans la vérité », et la vérité qu'il garde est la foi par laquelle on aime Dieu comme il faut. La charité est l'amour surnaturel de Dieu par-dessus tout et du prochain pour Dieu : elle veut « que nous marchions selon Ses commandements », ceux que résume notre page sur les Dix Commandements.
Mes petits enfants, aimez-vous. Saint Jérôme rapporte, dans son commentaire de l'Épître aux Galates, que saint Jean, devenu très vieux à Éphèse, se faisait porter à l'assemblée des fidèles et n'y disait plus que ces mots : mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. Comme on lui demandait pourquoi il répétait toujours la même chose, il répondit que c'était le commandement du Seigneur, et que, s'il était accompli, cela suffisait. Le verset 5 de cette lettre est ce sermon mis par écrit.
Jésus-Christ venu en chair. Le critère de tout docteur est l'Incarnation : « Et le Verbe a été fait chair, et Il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). Nier la vraie chair du Christ, c'est nier la Rédemption, accomplie dans Son corps livré et Son sang versé ; voyez notre page sur l'Incarnation et la Rédemption. Les épîtres de saint Jean sont les seuls livres de l'Écriture qui emploient le mot « antéchrist » : celui-ci est le séducteur qui défait la confession du Christ.
Persévérer pour la pleine récompense. « Recevoir une récompense pleine » (v. 8) enseigne que les bonnes œuvres faites dans la grâce sont vraiment récompensées, et qu'on peut en perdre le fruit en abandonnant la foi : c'est la doctrine du mérite et de la persévérance que le concile de Trente expose dans son décret sur la justification. La doctrine où il faut « demeurer » (v. 9) est celle qui a été reçue « dès le commencement » et transmise dans l'Église.
Versets célèbres de la deuxième épître de Jean
- 2 Jn 6, le plus cherché : « Et l'amour consiste en ceci : que nous marchions selon Ses commandements. Car c'est là le commandement, comme vous l'avez entendu dès le commencement : que vous marchiez dans cet amour. » À rapprocher de 1 Jean 5, 3 : « Ses commandements ne sont pas pénibles ».
- 2 Jn 7 : « Un tel homme est un séducteur et un antéchrist », hic est seductor et antichristus.
- 2 Jn 9 : « Quiconque s'éloigne et ne demeure point dans la doctrine du Christ, n'a pas Dieu ; celui qui demeure dans cette doctrine, celui-là a le Père et le Fils. »
- 2 Jn 10-11 : « Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez point. » « Car celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises. » La Vulgate dit nec Ave ei dixeritis : ne lui dites pas « salut ». Il s'agit du maître qui vient répandre son erreur, comme le dit saint Paul : « Écarte celui qui est hérétique, après un premier et un seconde avertissement » (Tt 3, 10). La consigne ne supprime pas la charité due à tous, qui fait souhaiter et demander le salut de chacun ; elle protège la foi des simples contre une familiarité qui vaudrait approbation.
La deuxième épître de Jean dans le canon et dans la liturgie
Les deuxième et troisième épîtres de Jean comptent parmi les sept épîtres catholiques, avec celles de Jacques, de Pierre et de Jude. Elles furent longtemps discutées en Orient : Eusèbe les classait parmi les livres contestés, et l'ancienne version syriaque ne les contenait pas. L'Occident les reçut au IVe siècle : le concile de Rome sous saint Damase (382), ceux d'Hippone (393) et de Carthage (397), puis de Florence, donnent la même liste, et le concile de Trente, dans sa IVe session (1546), a clos la question en nommant « trois de Jean l'apôtre ». Les Bibles protestantes contiennent aussi 2 Jean, sous le même nom.
Le Missel romain ne la lit à aucun dimanche ; au Bréviaire, elle est lue aux Matines du temps pascal avec les autres épîtres catholiques. Saint Jean est fêté le 27 décembre, jour que vous retrouverez dans notre calendrier liturgique.
Comment lire la deuxième épître de Jean
Lisez-la d'une traite, puis lisez aussitôt la Troisième Épître : les deux lettres font la paire, l'une interdit d'accueillir les faux docteurs, l'autre loue Gaïus d'avoir accueilli les vrais. Reprenez ensuite le chapitre 4 de la première épître, où le discernement des esprits est développé. Toute la Bible de Fillion se lit dans cette liseuse.
Questions Fréquentes
Qui a écrit la deuxième épître de Jean ?
L'Église l'a toujours reçue comme l'œuvre de saint Jean l'Apôtre, le disciple bien-aimé, auteur de l'Évangile, des deux autres épîtres et de l'Apocalypse. Il s'y nomme « l'ancien », titre qui convient au dernier survivant des Apôtres, et saint Irénée la cite comme parole de « Jean, disciple du Seigneur ». Certains anciens et beaucoup de modernes l'attribuent à un autre Jean, « le presbytre », mais la tradition y lit l'Apôtre.
Qui est la dame élue dans la deuxième épître de Jean ?
La lettre s'adresse « à la dame élue et à ses enfants » (2 Jn 1). Pour les uns, c'est une chrétienne réelle, d'une grande piété, que Clément d'Alexandrie nomme Électa ; pour d'autres, c'est une Église locale et ses fidèles, ce que confirme la salutation finale des « enfants de ta sœur Élue ». L'Église n'a pas tranché.
Que signifie 2 Jean 6 ?
Saint Jean définit l'amour par l'obéissance : « l'amour consiste en ceci : que nous marchions selon Ses commandements ». Aimer Dieu n'est pas d'abord un sentiment, c'est faire Sa volonté ; et le commandement par excellence est de marcher dans l'amour du prochain, reçu « dès le commencement ».
Que veut dire 2 Jean 10 : « ne le saluez point » ?
Le verset interdit d'accueillir chez soi et de soutenir le docteur qui vient répandre une doctrine contraire au Christ venu en chair, car ce serait participer à son œuvre (v. 11). Il ne commande pas la dureté envers les personnes : la charité veut le salut de tous, même des ennemis. Il protège la foi de la communauté.
Quand la deuxième épître de Jean a-t-elle été écrite ?
La lettre ne donne pas de date. La tradition la place, avec les deux autres épîtres de saint Jean, à la fin de la vie de l'Apôtre, dans les dernières années du Ier siècle, à Éphèse ou dans les environs.
La deuxième épître de Jean est-elle le livre le plus court de la Bible ?
C'est le livre qui a le moins de versets, treize dans la Vulgate et chez Fillion. Mais en nombre de mots, dans le grec, la Troisième Épître de saint Jean est un peu plus courte, bien qu'elle ait quatorze versets : c'est elle qu'on désigne d'ordinaire comme le plus court livre de la Bible.
Combien de chapitres compte la deuxième épître de Jean ?
Un seul, de treize versets : une référence comme « 2 Jean 3, 16 » n'existe donc pas, elle vise souvent Jean 3, 16 ou 1 Jean 3, 16. Le texte complet se lit ci-dessus et dans l'application Bible catholique d'Iter Fidei.
2 Jean · avec l'app
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