La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
L'Épître de saint Jacques
L'Épître de saint Jacques est la première des épîtres catholiques : cinq chapitres de sagesse pratique sur l'épreuve, la langue, les pauvres, la prière et la foi qui vit par les œuvres, avec la promulgation du sacrement de l'Extrême-Onction. Ses chapitres sont rangés ci-dessous, dans la traduction de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate ; le guide qui suit en donne l'auteur, le plan et la lecture catholique.
Lire Jacques : 5 chapitres
L'Épître de saint Jacques, Epistola catholica beati Jacobi dans la Vulgate, ouvre la série des sept épîtres catholiques, placées entre l'Épître aux Hébreux et l'Apocalypse. On les appelle catholiques, c'est-à-dire universelles, parce qu'elles ne s'adressent pas à une Église particulière mais à l'ensemble des fidèles. En cinq courts chapitres, saint Jacques parle comme les sages de l'Ancien Testament : regarder l'épreuve comme une joie, tenir sa langue en bride, honorer le pauvre, montrer sa foi par ses œuvres et prier, car « la prière fervente du juste a beaucoup de puissance » (Jc 5, 16).
Qui a écrit l'épître de Jacques ?
La lettre s'ouvre sur son nom : « Jacques, serviteur de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus qui sont dispersées, salut » (Jc 1, 1). La tradition de l'Église y reconnaît saint Jacques le Mineur, « frère du Seigneur », c'est-à-dire Son proche parent, premier évêque de Jérusalem. Le concile de Trente, dans son enseignement sur l'Extrême-Onction (session XIV, 1551), nomme l'auteur du chapitre 5 « Jacques, apôtre et frère du Seigneur ».
Quel Jacques a écrit l'épître ?
Plusieurs hommes portent ce nom dans le Nouveau Testament. Ce n'est pas saint Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de saint Jean : Hérode Agrippa « fit mourir par le glaive Jacques, frère de Jean » vers l'an 44 (Ac 12, 2), trop tôt pour cette lettre.
L'auteur est le Jacques qui dirige l'Église de Jérusalem : c'est à lui que saint Pierre, délivré de prison, fait porter la nouvelle ; c'est lui qui prononce la sentence décisive au concile de Jérusalem (Ac 15, 13) ; c'est lui que saint Paul nomme parmi « les colonnes de l'Église » et dont il dit : « je ne vis aucun autre des Apôtres, sinon Jacques, le frère du Seigneur » (Ga 1, 19). Saint Jude, à son tour, se présente comme « frère de Jacques » (Jude 1).
La plupart des interprètes catholiques identifient ce Jacques à Jacques, fils d'Alphée, l'un des Douze : saint Paul le compte parmi les Apôtres, et saint Jérôme voyait en lui le fils de Marie, sœur de la Mère du Seigneur, donc Son cousin. Le mot « frère », en hébreu, désigne couramment un parent : l'Église n'a jamais lu dans ces « frères du Seigneur » des fils de la Vierge.
Jacques le Juste et son martyre
Hégésippe, au IIe siècle, cité par Eusèbe (Histoire ecclésiastique, II, 23), rapporte que tous l'appelaient « le Juste », qu'il était saint dès le sein de sa mère, et qu'il fut précipité du pinacle du Temple puis achevé à coups de bâton de foulon. L'historien juif Flavius Josèphe mentionne sa lapidation sous le grand prêtre Anan (Antiquités juives, XX, 9, 1), vers 62. Beaucoup de critiques modernes attribuent la lettre à un écrivain plus tardif ; saint Jérôme savait déjà que certains le disaient, et l'Église l'a reçue comme l'œuvre de l'Apôtre.
Quand et pour qui l'épître de Jacques a-t-elle été écrite ?
Elle fut écrite à Jérusalem, avant le martyre de saint Jacques, survenu vers 62. Deux datations traditionnelles se rencontrent : peu avant sa mort, vers 60-62, ou beaucoup plus tôt, vers 47-49, avant le concile de Jérusalem dont elle ne dit rien ; dans ce cas, ce serait l'un des plus anciens écrits du Nouveau Testament.
Elle s'adresse « aux douze tribus qui sont dispersées » : les chrétiens d'origine juive de la Dispersion, établis hors de Palestine. Ils connaissent bien l'Ancien Testament et se réunissent dans leur « assemblée » (Jc 2, 2). La plupart sont pauvres, opprimés par des riches qui retiennent le salaire des ouvriers et les traînent devant les tribunaux ; leur ferveur première s'est refroidie, on flatte les riches, on méprise les pauvres, la langue court. Saint Jacques leur écrit en pasteur, pour les affermir dans l'épreuve et accorder leur conduite à leur foi.
De quoi parle l'épître de Jacques ? Résumé des 5 chapitres
Comme les Proverbes et l'Ecclésiastique, l'épître ne suit pas de plan rigoureux : elle passe d'un conseil à l'autre et revient sur ses thèmes. On peut cependant la suivre chapitre par chapitre.
L'épreuve, la sagesse et la parole mise en pratique (chapitre 1)
« Regardez comme une grande joie, mes frères, d'être en butte à diverses épreuves », « sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience » (Jc 1, 2-3). Celui qui manque de sagesse doit la demander à Dieu, « mais qu'il demande avec foi, sans hésiter » (1, 6). Dieu ne tente personne : « chacun est tenté par sa propre concupiscence » (1, 14), tandis que tout don parfait descend du Père des lumières. D'où la règle : être « prompt à écouter, lent à parler, et lent à se mettre en colère » (1, 19), et mettre la parole en pratique au lieu de ressembler à l'homme qui se regarde dans un miroir et oublie aussitôt son visage (1, 23-24).
Les pauvres, la loi royale, la foi et les œuvres (chapitre 2)
Le chapitre 2 condamne l'acception des personnes : donner la place d'honneur à l'homme à l'anneau d'or et faire asseoir le pauvre sous son marchepied. « Dieu n'a-t-Il pas choisi ceux qui sont pauvres selon le monde, pour qu'ils soient riches dans la foi » (2, 5) ? Accomplir la « loi royale », « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Jc 2, 8, citant Lv 19, 18), c'est garder toute la loi, car celui qui pèche contre un seul point « est coupable de tous » (2, 10).
Vient alors le grand argument : une foi qui ne vêt pas celui qui est nu et ne nourrit pas celui qui a faim « est morte en elle-même » (2, 17). Abraham fut justifié par les œuvres quand il offrit Isaac sur l'autel (Gn 22), et Rahab quand elle reçut les messagers.
La langue et les deux sagesses (chapitre 3)
« Ne soyez pas nombreux à vous ériger en docteurs » (Jc 3, 1) : celui qui enseigne sera jugé plus sévèrement. La langue est le mors du cheval, le petit gouvernail qui mène un grand navire, l'étincelle qui embrase une forêt : « mais la langue, aucun homme ne peut la dompter ; mal impossible à réprimer, elle est pleine d'un venin mortel » (3, 8). La sagesse terrestre engendre jalousie et dispute ; « la sagesse qui vient d'en haut est premièrement chaste, puis pacifique, modérée, conciliante » (3, 17).
L'amitié du monde, l'orgueil et la présomption (chapitre 4)
Les guerres et les querelles viennent des passions « qui combattent dans vos membres » (Jc 4, 1), et « l'amour de ce monde est inimitié contre Dieu » (4, 4). « Dieu résiste aux superbes, et Il donne Sa grâce aux humbles » (4, 6), écho de Proverbes 3. Il faut donc se soumettre à Dieu, résister au diable, se purifier, s'humilier, ne pas médire, et ne pas bâtir ses projets sans Dieu : « Car qu'est-ce que votre vie ? C'est une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite s'évanouit » (4, 15).
Les riches, la patience, l'onction des malades et la prière (chapitre 5)
Le chapitre 5 s'ouvre sur une malédiction de prophète contre les riches qui ont frustré les moissonneurs de leur salaire, dont le cri « a pénétré jusqu'aux oreilles du Seigneur des armées » (5, 4). Les fidèles doivent attendre l'avènement du Seigneur comme le laboureur attend la pluie, avec la patience de Job, et ne pas jurer : « Dites seulement : Oui, oui ; Non, non » (5, 12), comme l'avait enseigné le Seigneur (Mt 5, 37).
Vient alors le sacrement des malades (5, 14-15), puis l'exemple d'Élie, qui pria pour qu'il ne plût pas, et il ne plut pas « durant trois ans et demi » (5, 17 ; voir III Rois 17, 1 Rois dans les bibles modernes). L'épître se clôt sur la récompense de celui qui ramène un pécheur : il « sauvera son âme de la mort, et couvrira une multitude de péchés » (5, 20).
Les grands thèmes et la lecture catholique
La foi et les œuvres. « Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement » (Jc 2, 24). Saint Jacques ne contredit pas saint Paul. Quand l'Apôtre des nations écrit que « l'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi » (Rm 3, 28), il parle des œuvres de la loi mosaïque accomplies avant la foi, qui ne peuvent mériter la grâce ; saint Jacques parle des œuvres qui naissent de la foi et de la charité, et sans lesquelles la foi est morte.
Saint Augustin le disait déjà : Paul regarde les œuvres qui précèdent la foi, Jacques celles qui la suivent. Le concile de Trente, dans son décret sur la justification (1547), cite ce verset pour enseigner que le juste, la foi coopérant aux bonnes œuvres, croît dans la justice reçue. C'est le point où la Réforme s'est séparée de l'Église, comme l'explique notre article Catholique ou protestant : quelle est la vraie différence ?
L'Extrême-Onction. « Quelqu'un parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les prêtres de l'église, et qu'ils prient sur lui, l'oignant d'huile au nom du Seigneur. » « Et la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le soulagera ; et s'il a commis des péchés, ils lui seront remis » (Jc 5, 14-15).
Le concile de Trente enseigne que cette onction sacrée des malades a été instituée par le Christ comme un vrai sacrement de la loi nouvelle, insinuée en saint Marc, où les Apôtres « oignaient d'huile de nombreux malades » (Mc 6, 13), et promulguée aux fidèles par saint Jacques (session XIV). On y trouve la matière (l'huile), le ministre (les prêtres, non de simples anciens), la forme (la prière) et l'effet (le soulagement et la rémission des péchés). Voyez notre page sur l'Extrême-Onction.
L'aveu des péchés. « Confessez-vous donc réciproquement vos péchés » (5, 16) suit immédiatement l'appel aux prêtres : la tradition catholique y lit une allusion à la confession faite à ceux qui ont reçu le pouvoir de remettre les péchés, sacrement que présente notre guide Comment se confesser.
Les pauvres et la miséricorde. Aucun livre du Nouveau Testament ne parle plus durement aux riches ni plus tendrement des pauvres. Visiter les orphelins et les veuves, vêtir celui qui est nu, nourrir celui qui a faim : saint Jacques fait des œuvres de miséricorde la preuve d'une foi vivante, et prévient que « le jugement est sans miséricorde pour celui qui n'a pas fait miséricorde » (2, 13).
Chapitres et versets célèbres de l'épître de Jacques
- Jc 1, 5 : « Si quelqu'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous libéralement et sans rien reprocher ; et elle lui sera donnée » (chapitre 1).
- Jc 1, 12 : « Heureux l'homme qui souffre patiemment l'épreuve, car, lorsqu'il aura été éprouvé, il recevra la couronne de vie » (1, 12).
- Jc 1, 17 : « Toute grâce excellente et tout don parfait vient d'en haut, et descend du Père des lumières » (1, 17).
- Jc 1, 27 : « La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur tribulation, et à se conserver pur du siècle présent » (1, 27).
- Jc 2, 19 et 2, 26 : « les démons le croient aussi, et ils tremblent » (2, 19) ; « De même, en effet, que le corps sans âme est mort, ainsi la foi sans les œuvres est morte » (2, 26).
- Jc 3, 6 : « La langue aussi est un feu ; c'est un monde d'iniquité » (chapitre 3).
- Jc 4, 7-8 : « Soumettez-vous donc à Dieu ; mais résistez au diable, et il fuira loin de vous » ; « Approchez-vous de Dieu, et Il S'approchera de vous » (4, 7).
- Jc 5, 13 : « Quelqu'un parmi vous est-il dans la tristesse ? Qu'il prie. Est-il dans la joie ? Qu'il chante des cantiques » (5, 13).
L'épître de Jacques dans le canon et dans la liturgie
Écrite pour des chrétiens d'origine juive, l'épître fut lente à être citée en Occident, et elle compte parmi les livres du Nouveau Testament que quelques Églises ont discutés au début, ceux qu'on appelle deutérocanoniques du Nouveau Testament. Eusèbe note qu'elle est contestée, mais lue publiquement dans la plupart des Églises. Origène, saint Athanase, saint Jérôme et saint Augustin la reçoivent comme Écriture ; les conciles de Rome (382), d'Hippone (393) et de Carthage (397), puis celui de Florence, la nomment ; et le concile de Trente, dans sa IVe session (1546), la définit canonique parmi les livres saints. Luther ne l'a pas retranchée, mais il l'a appelée « une épître de paille » et reléguée à la fin de son Nouveau Testament de 1522, parce qu'elle contredisait sa doctrine de la foi seule ; les Bibles protestantes la contiennent pourtant.
Le Missel romain de 1962 lui emprunte l'épître du IVe dimanche après Pâques (1, 17-21), celle du Ve dimanche après Pâques (1, 22-27), et celle de la messe des Rogations (5, 16-20), sur la puissance de la prière d'Élie. Au Bréviaire, elle ouvre la lecture des épîtres catholiques aux Matines du temps pascal. Saint Jacques le Mineur est fêté avec saint Philippe le 11 mai : suivez ces jours dans notre calendrier liturgique.
Comment lire l'épître de Jacques
Lisez-la d'abord d'un trait : un quart d'heure suffit. Prenez-la ensuite à raison d'un chapitre par jour pendant une semaine, en vous arrêtant à chaque commandement, car saint Jacques écrit des sentences faites pour être pratiquées plus encore que comprises. Lisez le chapitre 2 à côté de Romains 4, pour voir comment les deux Apôtres lisent l'histoire d'Abraham, et le chapitre 5 à côté de Marc 6. Poursuivez par la Première Épître de saint Pierre, qui la suit dans la Bible et reprend plusieurs de ses accents. Toute la Bible de Fillion se lit dans cette liseuse, le latin de la Vulgate en regard.
Questions Fréquentes
Qui a écrit l'épître de Jacques ?
La tradition de l'Église l'attribue à saint Jacques le Mineur, « frère du Seigneur », c'est-à-dire Son cousin, premier évêque de Jérusalem, que la plupart des interprètes catholiques identifient à Jacques, fils d'Alphée, l'un des Douze. Ce n'est pas saint Jacques le Majeur, frère de saint Jean, mis à mort vers 44. Le concile de Trente nomme l'auteur « Jacques, apôtre et frère du Seigneur ».
Jacques était-il le frère de Jésus ?
L'Écriture l'appelle « le frère du Seigneur » (Ga 1, 19), selon l'usage hébreu qui donne ce nom aux proches parents. Saint Jérôme le tenait pour le fils de Marie, sœur de la Mère du Seigneur, donc pour Son cousin. L'Église enseigne la virginité perpétuelle de Marie : les « frères » de Jésus ne sont pas ses fils.
Que veut dire « la foi sans les œuvres est morte » ?
Saint Jacques enseigne qu'une foi qui ne produit pas d'œuvres de charité ne sauve pas : elle est comme un corps sans âme (Jc 2, 26). Il ne s'oppose pas à saint Paul, qui exclut les œuvres de la loi faites avant la foi, mais il montre que la foi véritable agit par la charité. Le concile de Trente cite Jc 2, 24 dans son décret sur la justification.
Quel est le message principal de l'épître de Jacques ?
Que la foi doit être vécue. Une foi véritable supporte l'épreuve avec patience, demande à Dieu la sagesse, tient sa langue, honore le pauvre, fuit l'amitié du monde et se montre par les œuvres. L'épître est un petit traité de vie chrétienne, très proche du Sermon sur la montagne.
Que dit l'épître de Jacques sur l'onction des malades ?
Au chapitre 5, saint Jacques ordonne au malade d'appeler « les prêtres de l'église », qui prient sur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi le soulage, et ses péchés lui sont remis (Jc 5, 14-15). Le concile de Trente y voit la promulgation du sacrement de l'Extrême-Onction, institué par le Christ.
Combien de chapitres compte l'épître de Jacques ?
L'épître de Jacques compte 5 chapitres et 108 versets, dans la Vulgate comme dans les bibles modernes. Chacun se lit dans la grille ci-dessus, et aussi sur téléphone dans l'application Bible catholique d'Iter Fidei.
Pourquoi Luther a-t-il appelé l'épître de Jacques une « épître de paille » ?
Dans la préface de son Nouveau Testament de 1522, Luther l'opposait aux écrits de saint Paul et de saint Jean, parce qu'elle enseigne que l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi seulement, ce qui ruinait sa doctrine. Il ne l'a pas retirée de la Bible, mais l'a reléguée à la fin. L'Église, avec toute la tradition, la tient pour pleinement canonique.
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