La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
La Première Épître de saint Pierre
La Première Épître de saint Pierre est la lettre que le prince des Apôtres écrivit de Rome aux chrétiens d'Asie Mineure : cinq chapitres sur l'espérance, la sainteté et la souffrance avec le Christ, d'où viennent le « sacerdoce royal » et l'invitation à se décharger sur Dieu de tous ses soucis. Ses chapitres sont rangés ci-dessous, dans la traduction de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate ; le guide qui suit en donne l'auteur, le plan et la lecture catholique.
Lire 1 Pierre : 5 chapitres
La Première Épître de saint Pierre, Epistola I beati Petri dans la Vulgate, est la deuxième des sept épîtres catholiques, entre l'Épître de saint Jacques et la Seconde Épître de saint Pierre. Elle est courte, cinq chapitres et cent cinq versets, mais d'une grande densité : le premier pape y enseigne à des convertis éprouvés à espérer, à être saints et à bien souffrir. On y entend la voix de celui à qui le Seigneur avait dit : « Pais Mes brebis » (Jn 21, 17).
Qui a écrit la première épître de Pierre ?
Saint Pierre, Simon fils de Jean, que Notre-Seigneur établit pierre de Son Église. La lettre s'ouvre sur son nom : « Pierre, Apôtre de Jésus-Christ, aux élus étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie » (1 P 1, 1). L'auteur se dit « ancien » comme les prêtres qu'il exhorte, et « témoin des souffrances du Christ » (5, 1) ; il salue de la part de « mon fils Marc » et charge les pasteurs de paître le troupeau de Dieu, la mission même que le Christ lui avait confiée au bord du lac. La Seconde Épître renvoie à celle-ci : « Voici, mes bien-aimés, la seconde lettre que je vous écris » (2 P 3, 1).
Aucun livre du Nouveau Testament n'a de témoins plus anciens. Saint Polycarpe de Smyrne la cite à plusieurs reprises dans sa Lettre aux Philippiens ; Eusèbe rapporte que Papias s'en servait ; saint Irénée la cite sous le nom de Pierre ; Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origène et saint Cyprien la lui attribuent, et Eusèbe la range parmi les livres reçus de tous (Histoire ecclésiastique, III, 3).
La lettre dit elle-même comment elle fut écrite : « Je vous ai écrit brièvement, ce me semble, par Silvain, notre frère fidèle » (5, 12). Silvain, le Silas compagnon de saint Paul, a pu servir de secrétaire ou de rédacteur, ce qui expliquerait la qualité de son grec. Beaucoup d'exégètes modernes pensent qu'un disciple l'a écrite au nom de Pierre après sa mort ; l'Église la lit, avec les Pères, comme l'œuvre de l'Apôtre.
Quand et pour qui la première épître de Pierre a-t-elle été écrite ?
À Rome. « L'église élue comme vous qui est à Babylone vous salue, ainsi que mon fils Marc » (5, 13). Eusèbe rapporte, d'après Papias et Clément d'Alexandrie, que saint Pierre désigne ainsi Rome au sens figuré (Histoire ecclésiastique, II, 15) ; l'Apocalypse donne le même nom à la ville persécutrice. La date la plus communément retenue par les commentateurs catholiques est 63 ou 64 : après l'Épître aux Éphésiens, dont la lettre a plusieurs échos, et avant que n'éclate la persécution de Néron, qu'elle ne décrit pas encore. Saint Pierre mourut crucifié à Rome peu après, sous Néron ; saint Jérôme place son martyre dans la quatorzième année de cet empereur.
Pour les chrétiens d'Asie Mineure. Les destinataires habitent cinq provinces romaines, le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie. Origène les croyait juifs convertis ; la plupart des commentateurs pensent qu'ils venaient surtout du paganisme, puisque saint Pierre rappelle le temps où ils vivaient « dans le désordre, les convoitises, l'ivrognerie » et « le culte sacrilège des idoles » (4, 3), et les appelle ceux « qui autrefois n'étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu » (2, 10). Calomniés par leurs voisins, ils reçoivent une lettre pour les affermir dans la foi et les consoler dans l'épreuve.
De quoi parle la première épître de Pierre ? Résumé des 5 chapitres
Le fil de la lettre est l'espérance : une espérance vivante, née de la Résurrection, qui rend le chrétien saint dès maintenant et patient dans l'épreuve.
L'espérance vivante (1, 1-12)
Après le salut, saint Pierre bénit Dieu, « qui, selon Sa grande miséricorde, nous a régénérés pour une espérance vivante par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts » (1 P 1, 3), pour un héritage incorruptible gardé dans les Cieux. Les épreuves présentes éprouvent la foi comme le feu éprouve l'or (1, 7) ; les prophètes ont scruté ce salut, et « les Anges désirent contempler à fond » ce qui est maintenant annoncé (1, 12).
L'appel à la sainteté (1, 13 à 2, 10)
« soyez saints vous aussi dans toute votre conduite », « car il est écrit : Vous serez saints parce que Je suis saint » (1, 15-16), selon le commandement du Lévitique. Le prix du rachat n'est pas l'or ni l'argent, mais « le précieux sang du Christ, comme de l'Agneau sans tache et sans défaut » (1, 19). Régénérés par la parole de Dieu, les fidèles doivent désirer, « comme des enfants nouveau-nés », le lait spirituel (2, 2). Au chapitre 2, ils viennent au Christ, « pierre vivante », pierre angulaire d'Isaïe 28 et pierre rejetée du psaume 118 (117 de la Vulgate), pour être bâtis en maison spirituelle et en « sacerdoce saint ».
Les chrétiens au milieu des païens (2, 11 à 4, 19)
« Étrangers et voyageurs », les fidèles doivent vivre si bien au milieu des païens que leurs calomniateurs glorifient Dieu (2, 11-12). Ils seront soumis aux autorités « à cause de Dieu », et les serviteurs à leurs maîtres, même difficiles, à l'exemple du Christ qui « a porté Lui-même nos péchés dans Son corps sur le bois » (2, 24), comme l'annonçait Isaïe 53. Le chapitre 3 s'adresse aux épouses et aux maris, puis à tous : bénir au lieu de maudire, être prêts à rendre compte de leur espérance.
Le Christ est mort « Lui juste pour des injustes » (3, 18), est allé prêcher aux esprits en prison, et nous sauve par le baptême, figuré par l'arche de Noé. Le chapitre 4 arme le chrétien de la même pensée que le Christ souffrant : « La fin de toutes choses approche. Soyez donc prudents et veillez dans la prière » (4, 7). Par-dessus tout, la charité ; et, dans le feu de la persécution, la joie de souffrir « comme chrétien » (4, 16).
Les pasteurs, l'humilité et la vigilance (chapitre 5)
Au chapitre 5, saint Pierre, « ancien comme eux », exhorte les prêtres : « paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié » (5, 2), sans contrainte, sans gain honteux, « non en dominant sur ceux qui sont votre partage, mais devenant les modèles du troupeau » (5, 3), dans l'attente du « prince des pasteurs ». Tous doivent être humbles, remettre leurs soucis à Dieu et résister au diable, « demeurant fermes dans la foi » (5, 9). Les salutations de Silvain, de Marc et de « l'église […] qui est à Babylone » ferment la lettre.
Les grands thèmes et la lecture catholique
Le Christ souffrant, modèle du chrétien. Aucun livre ne lie plus étroitement la souffrance chrétienne à la Passion : « le Christ aussi a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez Ses traces » (2, 21) ; « parce que vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous » (4, 13). La souffrance offerte n'est pas une défaite mais une communion ; encore faut-il souffrir pour le bien, non comme malfaiteur : « Car il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant bien qu'en faisant mal » (3, 17). Et si le jugement « va commencer par la maison de Dieu » (4, 17), l'épreuve présente est déjà une purification miséricordieuse.
Le sacerdoce royal et le sacerdoce ministériel. « Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, un peuple acquis » (2, 9) : saint Pierre reprend la promesse du Sinaï, « Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte » (Ex 19, 6). Le Catéchisme du concile de Trente distingue, à propos de l'Ordre, un sacerdoce intérieur, commun à tous les baptisés qui offrent à Dieu des sacrifices spirituels, et un sacerdoce extérieur, réservé à ceux qui reçoivent l'imposition des mains. La même épître qui appelle tous les fidèles « sacerdoce royal » distingue d'ailleurs les « anciens » qui paissent le troupeau et les jeunes qui leur sont soumis (5, 5).
Le baptême et l'arche. Dans l'arche, « huit seulement, furent sauvées à travers l'eau » ; « Figure à laquelle correspond le baptême, qui vous sauve maintenant » (3, 20-21). Le déluge de la Genèse est la première figure du sacrement, que présente notre page sur le Baptême ; la force du baptême ne vient pas de laver le corps mais de la résurrection du Christ.
La descente du Christ aux enfers. « Il est allé prêcher aux esprits qui étaient en prison » (3, 19) : la tradition y lit la descente de l'âme du Christ aux enfers entre Sa mort et Sa Résurrection, l'article du Credo « Il est descendu aux enfers », pour annoncer la délivrance aux justes de l'ancienne Alliance. Le verset 4, 6, où l'Évangile est « annoncé aux morts », va dans le même sens. Saint Augustin, dans sa lettre 164 à Évode, en proposait aussi une lecture spirituelle : le Christ aurait prêché en esprit, par Noé, aux hommes de son temps.
La primauté de Pierre. L'épître ne discute pas la primauté ; elle l'exerce. De Rome, le prince des Apôtres écrit à cinq provinces avec l'autorité d'un pasteur universel et donne aux prêtres leur règle de vie. Notre article Le pape : successeur de Pierre expose cette doctrine.
Chapitres et versets célèbres de la première épître de Pierre
- 1 P 5, 7 : « vous déchargeant sur Lui de tous vos soucis, car c'est Lui qui prend soin de vous » (5, 7), précédé de « Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu'Il vous élève au temps de Sa visite » (5, 6). C'est l'écho du psalmiste : « Jette ton souci sur le Seigneur, et Lui-même Il te nourrira » (Ps 54, 23).
- 1 P 5, 8 : « Soyez sobres et veillez ; car votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui il pourra dévorer » (5, 8). L'Église lit ces mots chaque soir au début des Complies, la dernière heure de l'office.
- 1 P 5, 10 : « Le Dieu de toute grâce, qui nous a appelés dans le Christ Jésus à Son éternelle gloire, Lui-même vous perfectionnera, vous affermira et vous fortifiera, après que vous aurez un peu souffert » (5, 10).
- 1 P 4, 8 : « Mais surtout ayez les uns pour les autres une charité persévérante, car la charité couvre une multitude de péchés » (4, 8), tiré des Proverbes (10, 12) ; et 4, 10, sur les bons dispensateurs « de la grâce de Dieu aux formes multiples ».
- 1 P 3, 15 : « Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Jésus-Christ, étant toujours prêts à répondre pour votre défense à quiconque vous demandera compte de votre espérance » (3, 15), la charte de l'apologétique chrétienne, à exercer « avec douceur et respect ».
- 1 P 3, 3-4 : la parure des femmes n'est pas « la frisure des cheveux, les ornements d'or », mais « l'homme caché du cœur, par la pureté incorruptible d'un esprit doux et modeste » (3, 4).
- 1 P 2, 17 : « Honorez tous les hommes ; aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi » (2, 17).
- 1 P 2, 25 : « Car vous étiez comme des brebis errantes ; mais vous êtes retournés maintenant au pasteur et au gardien de vos âmes » (2, 25).
La première épître de Pierre dans le canon et dans la liturgie
L'épître n'a jamais fait partie des livres discutés. Le concile de Trente, dans sa IVe session (1546), nomme parmi les livres saints « deux de Pierre l'apôtre ». Elle porte le même nom et les mêmes cinq chapitres dans les Bibles catholiques et protestantes.
Le Missel romain de 1962 la lit souvent, surtout au temps pascal. Le samedi in albis, quand les nouveaux baptisés quittaient leurs vêtements blancs, l'épître est 2, 1-10 : « comme des enfants nouveau-nés ». Le IIe dimanche après Pâques, celui du Bon Pasteur, lit 2, 21-25, qui s'achève sur le retour « au pasteur et au gardien de vos âmes » ; le IIIe dimanche après Pâques, 2, 11-19 ; le dimanche après l'Ascension, 4, 7-11 ; le IIIe dimanche après la Pentecôte, 5, 6-11 ; le Ve dimanche après la Pentecôte, 3, 8-15.
La fête de la Chaire de saint Pierre, le 22 février, prend son épître en 1, 1-7, et la lecture brève des Complies, chaque soir, est 5, 8-9. Au Bréviaire, l'épître est lue aux Matines du temps pascal, après celle de saint Jacques. Suivez ces jours dans notre calendrier liturgique, et priez l'office dans le Bréviaire. Saint Pierre est fêté avec saint Paul le 29 juin : voyez Saint Pierre et saint Paul, les deux colonnes de l'Église.
Comment lire la première épître de Pierre
Lisez-la d'abord d'un trait, puis chapitre par chapitre en suivant les épîtres des dimanches après Pâques, qui lui donnent son cadre : la joie des nouveaux baptisés. Gardez près de vous l'Évangile selon saint Marc, que la tradition tient pour la prédication de Pierre recueillie par son « fils » Marc, et les discours de Pierre dans les Actes des Apôtres. Prolongez par la Seconde Épître de saint Pierre, son testament. Toute la Bible de Fillion se lit dans cette liseuse, avec le latin de la Vulgate.
Questions Fréquentes
Qui a écrit la première épître de Pierre ?
Saint Pierre, prince des Apôtres et premier évêque de Rome. La lettre porte son nom dès le premier verset, se dit écrite par un « témoin des souffrances du Christ », et fut reçue comme sienne par saint Polycarpe, Papias, saint Irénée et toute l'Église ancienne. Saint Pierre l'écrivit « par Silvain » (1 P 5, 12), qui lui servit probablement de secrétaire.
À qui la première épître de Pierre est-elle adressée ?
Aux chrétiens « dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie », cinq provinces d'Asie Mineure (1 P 1, 1). La plupart venaient du paganisme et souffraient la calomnie de leurs voisins. Saint Pierre les appelle « étrangers et voyageurs » sur la terre.
Quand la première épître de Pierre a-t-elle été écrite ?
À Rome, que la lettre appelle « Babylone » (1 P 5, 13), avant le martyre de saint Pierre sous Néron. La date la plus souvent retenue est 63 ou 64, juste avant la persécution de Néron, que la lettre ne décrit pas encore.
Que signifie « sacerdoce royal » en 1 Pierre 2, 9 ?
Saint Pierre applique aux baptisés la promesse faite à Israël au Sinaï : ils forment un peuple consacré, qui offre à Dieu des sacrifices spirituels et annonce Ses merveilles. Ce sacerdoce commun de tous les fidèles ne supprime pas le sacerdoce ministériel des prêtres ordonnés, que la même épître distingue en exhortant les « anciens » à paître le troupeau.
Que veut dire 1 Pierre 5, 7 ?
« Vous déchargeant sur Lui de tous vos soucis, car c'est Lui qui prend soin de vous. » Saint Pierre unit ce verset à l'humilité (5, 6) : l'humble ne porte pas seul ses fardeaux, il les remet à un Père qui pourvoit. La confiance n'exclut pas la vigilance, que le verset suivant demande aussitôt contre le diable.
Que signifie 1 Pierre 3, 19 : « Il est allé prêcher aux esprits qui étaient en prison » ?
La tradition y voit la descente du Christ aux enfers entre Sa mort et Sa Résurrection, l'article du Credo « Il est descendu aux enfers » : l'âme du Christ alla annoncer la délivrance aux âmes des justes qui attendaient la Rédemption. Lisez le passage dans son contexte au chapitre 3.
Combien de chapitres compte la première épître de Pierre ?
Elle compte 5 chapitres et 105 versets, dans la Vulgate comme dans les bibles modernes. Chacun se lit dans la grille ci-dessus, et aussi sur téléphone dans l'application Bible catholique d'Iter Fidei.
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